"Ce n'est pas parce que l'on a rien dire qu'il faut fermer sa gueule" Michel AUDIARD

mardi 31 janvier 2012

neige aux Panissières

Et oui, c'est l'hiver. Et l'hiver, à la montagne, en principe, il neige... Depuis ce matin nous sommes servis. Il nous a fallu descendre dans la vallée: une heure pour faire à peine 20 kms. Les chasse neige étaient à l'oeuvre, mais quand une neige abondante tombe sur un sol gelé, il faut mieux être équipé. 


Mais, même équipés comme nous le sommes, remonter les 500 mètres n'a pas été une mince affaire. Heureusement Henri Pinpin sait manier la pelle à neige mieux que personne et une fois de plus, il est venu à notre secours. Il est vrai que nous vivons dans un monde un peu trop individualiste, mais il y a des exceptions, il y a des gens qui savent ce qu'est la solidarité et qui là pratiquent: Henri est de ceux-là.



Nos mésanges, moineaux, merles sont à la peine. Il y la queue et quelques frottements de plumes pour venir au ravitaillement sur la terrasse. Et les plus petits ne sont pas toujours les moins forts.




la ruche
J'imagine que mes abeilles sont bien au chaud. Je les ai visitées discrètement la semaine dernière: il leur restait du sucre, signe qu'elles se nourrissent.




A l'heure où j'écris ce billet, la neige tombe encore un peu, et si j'en crois la météo, un froid sec devrait s'installer. Mais la météo n'est pas une science exacte, nous le savons tous, même si nous la consultons régulièrement...


Gamine
la petite maison de Claudine
Sans lire dans le marc de café, je peux annoncer que la neige fera les gros titres des JT de 20 heures. Et on verra, comme tous les ans, des piétons, des automobilistes interviewés, dire les mêmes banalités; d'autres pester parce que les routes ne sont pas assez dégagées; d'autres interpeller les pouvoirs publics... etc, etc. Bref le florilège habituel des râleurs...






Avez vous remarqué que les journalistes qui interviennent en direct se mettent en "situation", c'est-à-dire que, pour que nous puissions nous rendre compte vraiment du mauvais temps, ils sont dehors, sous la neige. Ou la pluie, ou le vent, c'est selon. Et les pauvres de débiter stoïquement leur reportage sous les éléments "déchaînés". Mais bon , ils font leur boulot et c'est peut-être un peu facile quand on est  installés, bien au chaud dans son fauteuil. Aussi, j'arrête mon persiflage...







Quelques photos des Panissières sous la neige...

dimanche 29 janvier 2012

les 100 derniers jours



Patrick L'ECOLIER, le patron du café café littéraire, philosophique et sociologique que je fréquente régulièrement, a eu la bonne idée d'organiser un "petit exercice" original: sur le site qu'il anime, publier un texte chaque jour qui nous sépare du second tour de l'élection présidentielle: "les 100 derniers jours".  
Il n'y a pas de règles particulières, sinon celles de l'intelligence et du respect. Mais il n'est pas interdit non plus d'être iconoclaste, railleur, impertinent, drôle, espiègle, farceur, pince-sans-rire, taquin, narquois, facétieux. Tout en étant sérieux sans se prendre au sérieux. Et tout ça dans la joie et la bonne humeur!
Je me suis donc porté volontaire pour écrire quelques textes et le patron du lieu me fait l'honneur et l'amitié de publier mon premier billet: http://calipso.over-blog.net/article-les-100-derniers-jours-j-100-97733985.html. Je le publie à la fin de cet article.
Tous les jours, ily aura un texte publié sur le site: www.calipso.over-blog.net. Aussi, je vous invite à y faire un tour quand vous aurez deux minutes. Il me semble que vous ne serez pas déçu...
Bonne lecture.


Le Père Cent 
par Claude Bachelier
Ce jour-là, Raymond avait acheté une bouteille de champagne et il avait invité quelques copains dans sa chambre, laquelle chambre lui piquait la moitié de sa paie d’ouvrier à temps partiel et à contrat précaire.
Le champagne, c’était un peu plus cher que le mousseux, mais bon, ce n’était pas tous les jours que l’on fêtait le « Père Cent », c’est-à-dire les cent jours qui restaient avant le changement de boss. Ils avaient trinqué dans des gobelets en plastique et chanté un vieil air qu’ils avaient appris à l’armée : « la quille viendra, les bleus rest’ront pour laver les gamelles …


Ils y croyaient tous au départ du boss, mais ne se faisaient pas trop d’illusions. Comme disait la grand-mère de Raymond : « il ne faut jamais compter les œufs dans le cul de la poule ! ». Parce que les votants – et ils en faisaient partie – râlaient, allaient même jusqu’à protester, mais il leur arrivait trop souvent d’avoir peur de l’avenir.


Raymond, lui, n’avait pas eu peur de l’avenir quand, il y a quelques années, il avait décidé de choisir ce type. Il lui paraissait jeune, dynamique, ambitieux, généreux, des qualités essentielles aux yeux de Raymond pour occuper ce poste. Mais cette jeunesse ne s’est révélée que conservatrice ; le dynamisme, un autoritarisme sournois ; l’ambition, une soumission aux financiers. Quant à la générosité, elle ne s’est révélée qu’égoïsme.


C’est vrai qu’il y avait cru à ce type. Pourtant, la déception est venue aussitôt : le soir où il est devenu le boss, plutôt que de venir vider un canon à la cantine de l’usine, il est allé faire un gueuleton avec ses potes, boss comme lui. Il avait promis qu’avant d’occuper son bureau, il allait réfléchir à de nouvelles stratégies pour que la boite tourne mieux. Drôle façon de réfléchir: faire la nouba sur un yacht avec sa bourgeoise et des copains !


Ça, c’était le début. Et ce qui aurait pu passer pour des erreurs de jeunesse se révéla un hors d’œuvre à côté des plats de résistance qui ont suivi : il a commencé à couper dans le budget de la formation continue et viré la moitié des formateurs au prétexte qu’il ne servait à rien de savoir lire autre chose que les notes de service et les notices d’utilisation des machines. A l’infirmerie, là aussi, il a viré la moitié des soignants au prétexte que les conditions de travail étaient idéales et que personne ne pouvait être malade. Sans compter qu’il a vendu la moitié de l’infirmerie à des margoulins qui vendaient très chers des médicaments bidons à l’infirmerie.


Il a décidé qu’il fallait bosser plus pour avoir une meilleure paie. Sauf que les quelques sous gagnés en plus ont servi à payer les augmentations des loyers, du pain ou du gaz, et même celles des médicaments, bien qu’il y avait une assurance pour ça. Assurance qui augmentait elle aussi.


Ses sbires, eux, traitaient les malades de fainéants qui ruinaient le système. Parce que tout ce beau monde n’avait qu’une formule à la bouche : « ça coûte trop cher ». La formation, ça coûte trop cher ; les soins, ça coûte trop cher ; les congés, ça coûte trop cher. Même les paies, ça coûte trop cher. Il n’y a qu’un truc qui n’est pas trop cher, c’est la façon dont ils vivent. Là, rien n’est trop cher.


Et puis, il y a aussi les financiers. Le boss, il dit qu’il ne les aime pas et qu’il s’en méfie. Mais, il suffit qu’ils fassent les gros yeux et hop, il se met au garde à vous. A croire qu’il en a peur. Alors, conséquences immédiates : moins de paie, moins de formation, moins de soins et le pain est plus cher, les loyers et le gaz aussi.


«La quille viendra, les bleus rest’ront pour laver les gamelles… » Ce jour-là, Raymond et ses copains avaient levé le coude en l’honneur du « Père Cent ». Cent jours, c’est long et c’est court à la fois. Napoléon en savait quelque chose.





vendredi 27 janvier 2012

le petit exercice littéraire (4)

C'est un poète que je vous propose cette semaine, un poète un peu particulier dans le sens où son côté libertaire affirmé n'a jamais empêché qu'il soit encore aujourd'hui un des  poètes les plus connus et les plus familiers. 
Il me semble que c'est plutôt facile et nul besoin d'images. Non plus que d'internet d'ailleurs. Cherchez, cherchez bien, il n'y en a qu'un qui pouvait écrire un tel texte. Donc l'auteur et le titre de ce poème: réponses dimanche dans la soirée, rubriques commentaires.

Anticlérical fanatique
Gros mangeur d'écclésiastiques,
Cet aveu me coûte beaucoup,
Mais ces hommes d'Eglise, hélas !
Ne sont pas tous des dégueulasses,
Témoin le curé de chez nous.
Quand la foule qui se déchaîne
Pendit un homme au bout d'un chêne
Sans forme aucune de remords,
Ce ratichon fit scandale
Et rugit à travers les stalles,
"Mort à toute peine de mort!"
Puis, on le vit, étrange rite,
Qui baptisait les marguerites
Avec l'eau de son bénitier
Et qui prodiguait les hosties,
Le pain bénit, l'Eucharistie,
Aux petits oiseaux du moutier.
Ensuite, il retroussa ses manches,
Prit son goupillon des dimanches
Et, plein d'une sainte colère,
Il partit comme à l'offensive
Dire une grand' messe exclusive
A celui qui dansait en l'air.
C'est à du gibier de potence
Qu'en cette triste circonstance
L'Hommage sacré fut rendu.
Ce jour là, le rôle du Christ(e),
Bonne aubaine pour le touriste,
Etait joué par un pendu.
Et maintenant quand on croasse,
Nous, les païens de sa paroisse,
C'est pas lui qu'on veut dépriser.
Quand on crie "A bas la calotte"
A s'en faire péter la glotte,
La sienne n'est jamais visée.
Anticléricaux fanatiques
Gros mangeur d'écclésiastiques,
Quand vous vous goinfrerez un plat
De cureton, je vous exhorte,
Camarades, à faire en sorte
Que ce ne soit pas celui-là.

vendredi 20 janvier 2012

les "impros" de Jean François Zygel

Invités par notre banque (en l'occurence le Crédit Agricole d'Allevard), nous avons assisté hier soir, au musée de Grenoble, à un concert: "variations sur Schubert", donné par Jean François Zygel.


Franz Schubert


Nous connaissons tous plus ou moins ce grand compositeur à travers certains airs entendus dans des films ou même en classe: ainsi de la "truite";  du "Trio en mi bémol majeur" dans Barry Lindon; du "Quintette en ut majeur,"dans "trois hommes et un couffin" ou encore le "Moment musical en fa mineur" de "et vogue le navire" de Fédérico Fellini. Sans oublier le fameux "Avé Maria"  chanté par des dizaines et des dizaines d'artistes. Mais reconnaissons que nous sommes bien peu -et moi le premier- à savoir que tous ces airs pourtant connus ont été écrit par ce musicien prolifique et inspiré, mort à 32 ans.

Il a commencé à composer vers douze ou treize ans, des fantaisies, en allemand des "lieders". Il a écrit sa première symphonie et son premier quator à cordes à seize ans. Et il n'a jamais cessé d'écrire: symphonies, sonates, opéras, musiques chorales et sacrées, sans oublier des centaines de valses. Hier soir Jean François Zygel affirmait que c'était Schubert qui avait inventé la valse. On peut imaginer tout ce qu'il aurait encore pu écrire s'il avait vécu plus longtemps.
De Jean François Zygel, nous connaissons tous plus ou moins ses émissions de télévision et plus particulièrement ses "leçons de musique" et la "boite à musique" sur France 2, sans oublier les émissions sur France Musique.

Zygel est ce que l'on pourrait appeler un "vulgarisateur", quelqu'un qui sait expliquer simplement quelque chose de complexe et de compliqué et en plus,  sait le faire apprécier et aimer. C'est un talent qui n'est pas donné à tout le monde.

Jean François Zygel
Hier soir, nous avons retrouvé et le vulgarisateur et le virtuose. Sous la forme non dite d'une leçon de musique et d'improvisations sur la musique de Schubert. N'étant pas un grand connaisseur de la chose musicale, j'ai découvert ce qu'était l'improvisation, encore que le mot ne corresponde pas vraiment à la réalité telle que définie par le Petit Larousse, à savoir: "composer sur-le-champ, organiser rapidement et sans préparation quelque chose". Mais peu importe le sens des mots, parce que ce que nous avons entendu hier soir était du grand art.



De ma place, je pouvais voir les mains du pianiste sur le clavier et c'est un spectacle exceptionnel, voire insolite de voir les doigts effleurer ou frapper les touches; de voir le ballet des mains qui se croisent  quand la droite joue légèrement  les aigus et que la gauche va puissamment jouer les graves. Zygel, sur son siège, se tient droit, alerte et élégant, de plus en plus concentré sur son art. Mais il n'a pas cet air compassé et contraint que l'on rencontre trop souvent chez les musiciens. Chez lui, il y a de l'aisance, mais pas de suffisance. Et puis, cette musique, que l'art de Zygel rend plus légère, plus compréhensible. Et entre chaque morceau, quelques mots sur le musicien, sur son oeuvre, sur son époque, avec ce qu'il faut d'humour et de clarté pour que tout l'auditoire n'en perde pas un seul mot.


Oui, nous avons passé une bonne soirée.

Merci Monsieur Schubert. Merci Monsieur Zygel.




photo mains de pianiste: Adeline Melliez, photographe: http://www.adeline-melliez.com

le petit exercice littéraire du vendredi (3)

Cette semaine, l'auteur que je vous propose n'est pas connu pour ses écrits, mais ce qu'il raconte dans cet ouvrage - le seul qu'il ait jamais écrit - nous plonge dans un monde que nous ne connaissons qu'à travers que  ceux ou celles qui vivent veulent bien en nous dire, ou écrire. Un monde bien plus secret qu'il n'y parait, même s'il est souvent sur le devant de la scène. L'auteur et son ouvrage: réponses, dimanche dans la soirée, rubrique commentaires.
agnès VARDALouis Malle ressemblait à ce qu'il était, un jeune homme de la haute bourgeoisie très sage, très policé, très propre sur lui, et en même temps pas aussi sage qu'il en avait l'air. Il avait le regard et le sourire très doux, il montrait une grande gaieté derrière laquelle on sentait une sorte de mélancolie, une nostalgie de quelque chose qu'il avait été peut-être le seul à connaitre. Son projet semblait une gageure: il voulait transposer au cinéma le livre de Raymond Queneau. Après avoir obtenu la palme d'or à Cannes pour son premier film, un documentaire avec le commandant Cousterau intitulé le monde du silence, il venait d'enchainer deux réussites, les Amants et Asceneur pour l'échafaud. Toute sa vie, un peu comme Tavernier, Louis s'est ingénié à changer de registre et de genre à chaque nouveau film.
.../...
En se servant des moyens du cinéma, Louis voulait transcrire la langue deQueneau, avec ses fantaisies langagières, ses bizarreries, son éclatement, ses jeux d'esprit. Du roman, il avait également retenu ce côté music-hall, comédie musicale, ces chapitres qui crépitent comme autant de scènes de ballet. D'ou, sans doute, son choix d'engager des comédiens familiers des cabarets et ses partis pris de mise en scène, où les séquences s'enchainent comme dans une revue. Dans la distribution, ily avait beaucoup de monde. Il y avait Jacques Dufilho et Hubert Deschamps, déjà épatants, que j'avais croisés dans des cabarets où ils s'étaient fait connaitre.
.../...
Ou encore Antoine Roblot qui n'était pas comédien. C'était un ami de Louis, héritier des Pompes funèbres ROBLOT, qui était une figure de Saint-germain-des-Prés où il trainait habituellement ses guêtres avec une lassitude plus ou moins feinte. Il était assez précieux, détaché des choses et d'une fantaisie exquise. Il a écrit ensuite un ou deux livres qui étaient loin d'être mauvais. Il y avait surtout la petite Catherine Demongeot, époustouflante, qui jouait Zazie et chapeautait toute l'affaire. C'était un voyou délicieux, insupportable et ... charmante. Elle était Zazie. Il y a trois ou quatre ans, quelque part en banlieue parisienne, je jouais ...., si je me souviens bien, ou alors je lisais des poèmes de Victor Hugo. En sortant de scène, on m'a prévenu qu'une femme m'attendait dans ma loge:
- elle nous a dit qu'elle avait tourné avec vous il y a très longtemps et qu'elle s'appelait à cette époque Catherine Demongeot. Et j'ai vu une dame arriver, avec des lunettes, un long visage. La petite Catherine était devenue professeur. Je lui ai dit:
-tu as concrétisé ce dont rêvais Zazie: devenir institutrice pour faire chier les mômes...

crédit photo grand duc: Michel Lamy, internet.com