"Ce n'est pas parce que l'on a rien dire qu'il faut fermer sa gueule" Michel AUDIARD

mardi 30 octobre 2012

les Présidents de la République Française: suite et fin en forme de conclusion.


Dans son "discours à la jeunesse" prononcé à Albi le 30 juillet 1903, Jean Jaurès affirmait: "Dans notre France moderne, qu’est-ce donc que la République ? C’est un grand acte de confiance. Instituer la République, c’est proclamer que des millions d’hommes sauront tracer eux-mêmes la règle commune de leur action ; qu’ils sauront concilier la liberté et la loi, le mouvement et l’ordre ; qu’ils sauront se combattre sans se déchirer ; que leurs divisions n’iront pas jusqu’à une fureur chronique de guerre civile, et qu’ils ne chercheront jamais dans une dictature même passagère une trêve funeste et un lâche repos. Instituer la République, c’est proclamer que les citoyens des grandes nations modernes, obligés de suffire par un travail constant aux nécessités de la vie privée et domestique, auront cependant assez de temps et de liberté d’esprit pour s’occuper de la chose commune. Et si cette République surgit dans un monde monarchique encore, c’est d’assurer qu’elle s’adaptera aux conditions compliquées de la vie internationale sans entreprendre sur l’évolution plus lente des peuples, mais sans rien abandonner de sa fierté juste et sans atténuer l’éclat de son principe. Oui, la République est un grand acte de confiance et un grand acte d’audace. (...) C’était la République d’un grand peuple où il n’y avait que des citoyens et où tous les citoyens étaient égaux. C’était la République de la démocratie et du suffrage universel. C’était une nouveauté magnifique et émouvante."
J'ai mis le lien avec l'intégralité de ce discours en début de texte.

Passons sur l'éloquence du verbe, propre à cette époque, mais malgré tout d'une remarquable modernité.

Nous pouvons affirmer sans risque d'erreur que, exception faite de Louis Napoléon Bonaparte, la quasi totalité de ceux qui se sont succédés à la magistrature suprême ont été des protecteurs, mais aussi des défenseurs de la République telle que Jaurès la magnifiait.

La I ère et la II ème République ont été assassinées; la III ème et la IV ème se sont suicidées; la V ème, en place depuis 1958 permet la continuité et l'action gouvernementales, sans empêcher pour autant l'alternance démocratique.

A de très rares exceptions, toutes ultra minoritaires, plus personne, aucun parti, aucune organisation ne remet en cause la République en tant que telle. Au contraire, tous les partis qui aspirent à gouverner s'en réclament, même si pour certains, aux extrêmes, leur conception autoritaire de la République est bien éloignée de celle de Jaurès.

Il est de bon ton aujourd'hui de dénoncer les Présidents comme des "monarques républicains", tout comme ceux d'hier étaient-ils moqués parce que habitués des "banquets républicains" ou des comices agricoles.

Les Présidents des III ème et IV ème n'avaient que peu de pouvoirs, je l'ai écrit dans mes précédents billets. Mails ils ont tous, sans exception, y compris Adolphe Thiers, orléaniste et Patrice de Mac Mahon, monarchiste, ils ont tous été les gardiens vigilants de la Constitution. Chacun avec des nuances,  tel Alexandre Millerand (1920 - 1924) qui déplore l'instabilité ministérielle; ou Raymond Poincaré (1913 - 1920) qui regrette de ne pouvoir agir plus directement sur les affaires de l'Etat.

Parce qu'il a toujours voué aux gémonies le "régime des partis", partis accusés d'être, par leurs querelles, responsables de l'instabilité ministérielle et, partant, de la fragilité de l'Etat, Charles de Gaulle (1958 -1969), le fondateur de la V ème République, a fait en sorte que le Président de la  République soit le véritable détenteur du pouvoir, même si la Constitution, dans son article 20 stipule: "Le Gouvernement détermine et conduit la politique de la Nation." Si cette Constitution permet aux gouvernements de gouverner dans la durée, il n'en reste pas moins que le Parlement  n'est que trop souvent une simple chambre d'enregistrement et  députés et sénateurs, des "godillots".(1)

Quelle que soit la République, chaque Président a laissé sa propre empreinte. Certes, il est bien évident que la gouvernance a changé: quoi de commun, en effet, entre un Président qui "inaugurait les chrysanthèmes" et "l'hyper président" que nous avons connu entre 2007 et 2012? Cela est dû bien sûr à l'évolution des institutions. Mais aussi d'un phénomène plus global: la mondialisation. Qu'elle soit commerciale, financière ou sociétale. Le Président d'aujourd'hui se doit d'être présent sur tous les fronts, de réagir dans l'instant au moindre évènement, au risque d'en faire trop ou ... pas assez! Mais ce qui est vrai pour le Président l'est tout aussi pour chacun d'entre nous: que ce soit dans la vie professionnelle ou personnelle, l'équation est quasiment la même. Sauf que le Président est le Président de la République. Ce qui n'est pas tout à fait la même chose...

Pour conclure ce billet, je voudrais évoquer ceux qui auraient pu occuper cette haute fonction. Tous n'ont pas été candidat, mais, à des titres divers, ils font partie de mon "Panthéon personnel."

JULES FERRY (1832 - 1893): il est le véritable architecte de l'école publique, à savoir obligatoire, laïque et gratuite. Cela ne s'est pas fait sans peine et sans oppositions: pour les bien pensants de l'époque, apprendre à lire, à écrire et à compter à des enfants d'ouvriers et de paysans n'avait aucun sens, et dans une école sans Dieu, payée par les contribuables!!! Certains lui reprochent sa politique coloniale et sa conception du "devoir" des colonisateurs au regard des populations indigènes.

Léon Gambetta
LEON GAMBETTA (1838 - 1882): il est l'un de ceux qui a proclamé la République après la chute du second empire; il tente, sans succès d'organiser la résistance à l'armée prussienne.  Il est Président du Conseil pendant un peu plus de deux mois et demi. On retiendra de lui son engagement sans faille en faveur de la République.

Goerges Clemenceau
GEORGES CLEMENCEAU (1841 - 1929): c'est sans doute l'homme politique le plus complexe et le plus actif de la III ème République. Journaliste, avocat, député, ministre, il a de multiples casquettes. Anti clérical, opposé à la colonisation, défenseur farouche de Alfred Dreyfus, il est sur tous les fronts. Président du Conseil à deux reprises, de 1906 à 1909 et de 1917 à 1920. C'est surtout ce second ministère qui restera dans l'Histoire: en effet Clemenceau n'a qu'un mot d'ordre: "Politique intérieure ? Je fais la guerre. Politique étrangère ? Je fais la guerre. Je fais toujours la guerre" (2) Sa politique intransigeante mènera les alliés à la victoire contre l'Allemagne et lui vaudra l'appellation méritée de "Père la Victoire." Il est candidat à la succession de Raymond Poincaré en 1920, mais est battu à la "primaire" de son parti par Paul Deschanel. Au regard de la classe politique de son époque, Clemenceau était  une personnalité trop forte, sans compter que tout au long de sa carrière, il s'était fait de nombreux ennemis.
Jean Jaurès

JEAN JAURES (1859 - 1914): toutes les villes de France ou presque ont une rue ou une avenue Jean Jaurès. C'est dire l'empreinte que cet homme a laissé dans notre Histoire. C'est d'abord un brillant intellectuel qui rentre en politique à 25 ans. Républicain indiscutable, il se fait connaitre en soutenant la grève des mineurs de Carmaux en 1892. Il est élu député de la ville l'année suivante en battant le député sortant, Jérôme Solage, un industriel pourtant très bien implanté. Dans un premier temps, il il refuse de prendre partie  dans l'affaire Dreyfus, estimant que "c'est une affaire de la bourgeoisie." Mais devant l'injustice criante faite au capitaine, il prend parti pour lui et devient un de ses plus ardents défenseurs. En 1904, il fonde le journal l'Humanité. Alors que les tensions montent entre la France, l'Angleterre et l'Allemagne, il a une position en retrait par rapport au militarisme ambiant et au parfum de revanche qui flotte particulièrement à l'extrême droite. Son pacifisme lui vaut la haine et de multiples appels au meurtre. Pour autant ce pacifisme n'est pas la capitulation devant l'empire allemand. Jaurès est assassiné le 31 juillet 1914, soit 4 jours avant la déclaration de guerre. On peut s'interroger, en vain cependant, pour savoir si Jaurès aurait rejoint "l'union sacrée". En tout état de cause, on ne peut que regretter que son pacifisme n'ait pas été suivi, tant en France qu'en Allemagne: cela aurait évité des millions de victimes et la ruine de l'Europe.
Pierre Mendès france

PIERRE MENDES FRANCE (1907 - 1982): il n'aura été Président du Conseil que neuf mois, de juin 1954 à février 1955. Elu pour régler le conflit en Indochine et amener la Tunisie à l'indépendance, il a rapidement mené à bien les missions qui lui ont été confiées. La guerre d'Algérie, appelée alors pudiquement "évènements d'Algérie", commence le 1er novembre 1954, donc sous sa présidence. Il engage alors une politique de fermeté tout en préparant les réformes indispensables en Algérie. Il sera chassé du pouvoir par une coalition hétéroclite et contre nature de députés de droite le soupçonnant de sympathies indépendantistes, de  communistes et  de radicaux. Son extrême rigueur et son intransigeance sont souvent une référence dans la vie politique d'aujourd'hui. Mais à pousser trop loin cette intransigeance, il a pu devenir procédurier. Ainsi, partisan à l'excès du parlementarisme, il n'a pas su - ou pas voulu - voir que les excès de ce système paralysait la vie démocratique, jusqu'à lui faire courir les plus grands dangers.

Pour conclure cette longue série consacrée aux vingt trois Présidents de la République Française, de Louis Napoléon Bonaparte à Nicolas Sarkozy, je laisserai le dernier mot à René Rémond, historien éminent s'il en est:
"Le ralliement, presque général, aux institutions qui nous régissent, l'acceptation de la Démocratie, la conviction qu'il ne peut plus y avoir de pouvoir légitime que procédant du suffrage de la nation, ne sont-ils pas, à leur manière, des indices du progrès de l'unité? Comme l'est aussi le rejet en politique de la violence qui a retenu la France de basculer dans la guerre civile en des situations qui, un siècle plus tôt, auraient vraisemblablement dégénéré en affrontements armés et qui nous a épargné l'épreuve du terrorisme intérieur."(3)

(1) expression due à André Valabrègue, député gaulliste de l'UNR de Béziers, qui l'utilisa pour la première fois en 1958: "nous sommes les godillots du général."
(2) déclaration à la Chambre des Députés le 8 mars 1918.
(3) in "le siècle dernier", de René Rémond, Librairie Arthème Fayard, édition 2003, page 1130.

dimanche 14 octobre 2012

les Présidents de la République Française: 11 ème partie: 2007 - 2012


Nicolas Sarkozy est donc le vingt-troisième Président de la République. Il annonce sa candidature à la présidence de la République en novembre 2006. "Travailler plus pour gagner plus" ( un slogan que l'on dit emprunté au MEDEF!), "la rupture tranquille" ou "l'ordre en mouvement" sont les principaux slogans de sa campagne électorale. Il est élu au second tour par 53,06% des suffrages exprimés face à Ségolène Royal*, la candidate socialiste, au terme d'une campagne assez rude. La participation électorale a été forte puisque plus de 82% des électeurs ont voté pour le premier tour et 84% au second. Jean Marie Le Pen*, avec 10,44% des exprimés,  est bien loin de son score de 2002. Marie-Georges Buffet*, la candidate du PCF n'atteint pas les 2%, de même que Dominique Voynet*, candidate écologique avec 1,57%.

Nicolas Sarkozy: né le 28 janvier 1955. Président de la République du 16 mai 2007 au 15 mai 2012.

Il est d'origine hongroise par son père. Titulaire d'un DEA de sciences politiques, en 1980, il obtient un certificat d'aptitude à la profession d'avocat.
Membre de l'UDR, puis du RPR, il devient maire de Neuilly sur Seine en 1983, au nez et à la barbe de Charles Pasqua*. Elu député en 1986, il est Ministre du budget dans le gouvernement de cohabitation de Edouard Balladur. Il soutient ce dernier à la présidentielle de 1995, ce qui lui vaudra une courte  période de disgrâce. 
En mai 2002, il est nommé Ministre de l'intérieur par Jacques Chirac. Il est à l'origine de la mise en place des radars sur les voies de circulation. Il encourage la création du Conseil Français du Culte Musulman (CFCM)*. Il mène une politique plutôt énergique et répressive. Sans pour autant obtenir des résultats probants. En mars 2004, il est nommé Ministre d'Etat, Ministre des Finances dans le troisième gouvernement de Jean Pierre Raffarin*.
Il affirme très tôt sa singularité et ses ambitions. Ainsi, au cours d'un interview sur France 2, en novembre 2003, alors que le journaliste lui demande s'il pense à la présidentielle, il a cette réponse: "j'y pense et pas seulement en me rasant." 
Un an plus tard, il est élu à la présidence de l'UMP. Il est nommé ministre d'Etat, ministre de l'intérieur et de l'aménagement du territoire dans le gouvernement de Dominique de Villepin* en mai 2005. Il conserve la présidence du Conseil Général des Hauts de Seine, mais aussi la présidence de l'UMP, malgré l'hostilité de Jacques Chirac.
Sa politique du tout sécuritaire, à base de déclarations volontaristes et souvent immédiatement consécutives à certains évènements, se montre d'une efficacité toute relative: les chiffres de la délinquance ne baissent pas et le sentiment d'insécurité perdure. Suite à la mort de deux adolescents, des émeutes se déclenchent dans la banlieue parisienne. Il annonce alors "la tolérance zéro" vis à vis des émeutiers, ce qui n'empêche pas ces émeutes de durer plus d'une vingtaine de jours. Le Premier Ministre décrète alors l'état d'urgence, appliqué pour la première fois depuis 1961 sur le territoire métropolitain.

Le soir même de son élection, Nicolas Sarkozy réunit ses amis*, en majorité des dirigeants d'entreprises du CAC 40, des sportifs et des comédiens, au Fouquet's. Le lendemain, alors qu'il avait annoncé qu'avant de prendre ses fonctions, il s'isolerait pour réfléchir, il part pour une croisière de trois jours sur le yacht de son ami Vincent Bolloré*. 
Cela sera reproché au nouveau Président tout au long de son mandat. Plus pour le symbole que pour les actes en eux-mêmes: passer une partie de la soirée de la victoire électorale en compagnie de gens fortunés n'est pas forcément le bon signal envoyé aux citoyens... Arnaud Teyssier ne manque pas de le souligner: "Nous ne nous attarderons guère en ces lignes sur le syndrome de la montre Rolex. Il reste que dans un système où l'élection présidentielle est tout, comme la symbolique qui s'y rattache, les institutions pâtissent immédiatement et de manière irrémédiable de cette atteinte portée à une sobriété au moins apparente qu'avaient respectée, peu ou prou, tous les prédécesseurs de Nicolas Sarkozy." (1)

Il nomme François Fillon Premier Ministre et fait appel à des ministres "d'ouverture": Bernard Kouchner*, Eric Besson*, Martin Hirsh*, Jean Pierre Jouyet*. Ce qui trouble quelque peu son électorat: les législatives ne sont pas à la hauteur des résultats de la présidentielle: il s'est dit dans les rangs de l'UMP que la faute en reviendrait à Jean Louis Borloo* , coupable de s'être fait piéger par Laurent Fabius au sujet de la "TVA sociale"
Après avoir laissé la présidence de la commission des fiances de l'Assemblée Nationale à Didier Migaud*, député socialiste, il le nomme en février 2010 président de la Cour des Comptes. Dans le même temps, il nomme Michel Charasse*, mitterrandien historique, au Conseil Constitutionnel. Ce qui n'est pas forcément apprécié dans la majorité et son électorat.

Dès son entrée en fonction, le nouveau président met en oeuvre plusieurs promesses de sa campagne électorale:

- la loi "TEPA": défiscalisation des heures supplémentaires, déduction des intérêts d'emprunts immobiliers, allègement des droits de succession, augmentation du taux du "bouclier fiscal"*, dont on peut rappeler au passage que ce "bouclier" fut mis en oeuvre par le gouvernement de Villepin. L'ensemble de ces mesures ont pesé lourdement sur le budget de l'Etat, en particulier dès le début de la crise où elles sont apparues comme étant des mesures favorisant les "riches".
-
la loi LRU:  Liberté et Responsabilité des Universités;

- service minimum dans les transports publics et les écoles;
- mise en place du plan Alzheimer;
- création du statut d'auto entrepreneur;
-
réforme des régimes spéciaux de retraite pour les aligner sur le régime général;
-
passage à 5,5% de la TVA dans la restauration: cette mesure fut très critiquée: en effet, en plus de son coût faramineux pour les finances de l'Etat, son efficacité n'a jamais été démontrée.

Le 21 juillet, la Constitution est modifiée par le Congrès réuni à Versailles par deux voix de majorité, dont celle de Jack Lang, député PS. Cette modification limite à deux le nombre de mandats consécutifs que peu effectuer une même personne; elle autorise le Président à s'exprimer devant le Congrès, ce qu'une loi, votée en 1873 sous la présidence d'Adolphe Thiers, avait interdit.(voir mon billet: http://panissieres.blog.lemonde.fr/2012/05/12/les-presidents-de-la-republique-francaise-1ere-partie-1848-1887/). 
Guy Carcassonne, s'il n'est pas hostile à cette modification, doute toutefois de son utilité: "Sauf à présumer magique le verbe présidentiel, les parlementaires n'avaient pas à craindre d'en être subjugués. Ils furent pourtant réticents à franchement hostiles. (...) Mais il ajoute: "Plus prosaïquement, qu'une fois l'an il puisse exposer le bilan des mois écoulés et les perspectives de ceux à venir, à la tribune plutôt que lors des voeux indigents qu'il présente le 31 décembre puis dans les premiers jours de janvier, n'aurait pas nui à l'autorité du chef du Gouvernement et aurait obligé le chef de l'Etat à se montrer clair et dense, devant l'auditoire le plus difficile qui soit." (2)
Une autre modification importante de la Constitution concerne le fameux article 49-3 qui permettait aux gouvernements de faire passer en force n'importe quel article de loi. Désormais, le gouvernement ne pourra plus engager sa responsabilité que sur un seul projet de loi par session, hormis la loi de finance et la loi de financement de la Sécurité Sociale. C'est une modification capitale dans l'établissement des lois et des relations entre le gouvernement et le Parlement.

La crise économique, partie des USA, arrive en France au début de l'année 2008 et surprend tout le monde, y compris au sommet de l'Etat. Un plan de sauvetage des banques françaises, particulièrement touchée par la débâcle américaine, est mis en place avec une efficacité certaine sous forme de prêts avec intérêts. Certains économistes ont regretté que l'Etat n'ait pas profité de la situation pour rentrer au capital des banques en question. 
Cette crise entraine un fort recul de l'activité des pays industrialisés, mais aussi une hausse très importante des dettes d'Etat de ces pays. La France n'y échappe pas. 
Il fait voter la loi "Grenelle 1" en juillet 2009 pour lutter contre le réchauffement climatique. Ce qui ne l'empêche pas d'affirmer en mars 2010, au salon de l'agriculture: "l'environnement, ça commence à bien faire."
Un "grand emprunt" de 35 milliards d'euros est lancé en juillet 2010 pour financer la recherche et l'université.
En 2010, la réforme concernant l'âge de départ à la retraite est lancée, malgré une très forte opposition des syndicats et de l'opinion publique. Après quelques aménagements mineurs, la réforme est adoptée fin 2010.

En matière de politique extérieure, il est très présent. Son style quelque peu familier ne laisse pas de surprendre, particulièrement la chancelière allemande Angéla Merkel, peu habituée à ce que les chefs d'Etat lui fasse la bise.

Il intervient tout azimuts:
- il réussit à faire libérer les infirmières bulgares des griffes du colonel Kadhafi, qu'il invitera en voyage officiel en France fin 2007. Les exigences du dictateur libyen comme ses attitudes scandalisent bon nombre de français, y compris dans l'entourage présidentiel. D'ailleurs plusieurs photos montrent le Président Sarkozy passablement gêné aux côtés de Kadhafi*.
-
A Dakar, il prononce un discours ambigu* où, s'il reconnait que la colonisation fut une erreur, il affirme que le sous développement en Afrique est le fait des africains eux-mêmes. Ce qui ne manquera pas de déclencher des polémiques sans fin.
-
lors du conflit* entre la Géorgie et la Russie, en août 2008, il se fait le médiateur entre les deux belligérants et réussit à stopper les hostilités. Ses interventions directes et rapides  auprès des présidents russes et géorgiens ont été plutôt efficaces.

- il sera l'un -sinon le seul- des initiateurs de traité de Lisbonne, signé en juin 2007. Ce traité reprend dans se grandes lignes la partie institutionnelle de projet de Constitution européenne.
- la France préside l'UE au deuxième semestre de 2008. Pour le président français, c'est l'occasion d'affirmer son volontarisme face à la crise.
- en avril 2009, la France réintègre le commandement intégré de l'OTAN. Ce qui lui sera reproché au nom de "l'héritage du général de Gaulle"! En réalité, cette décision met fin à une hypocrisie qui faisait que la France faisait partie de l'OTAN, sans en en faire partie tout en faisant partie! Et cela depuis le début des années 70.
-
il encourage et soutient la candidature de Dominique Strauss-Kahn* au poste de directeur général du FMI, puis, après les déboires judiciaires de ce dernier, soutient la candidature de Chirstine Lagarde*.

- après avoir soutenu politiquement et militairement le président élu de la Côte d'Ivoire, Alassane Ouatarra*, il prend l'initiative, en mars 2011, avec le Premier Ministre britannique, David Cameron, de soutenir militairement la rébellion libyenne* contre le colonel Kadhafi, avec la bénédiction du Conseil de Sécurité de l'ONU. Le dictateur libyen sera renversé en septembre 2011.

La côte de popularité du Président Sarkozy n'a quasiment jamais cesser de baisser dans les différents sondages. Certes, ce ne sont que des sondages et n'ont qu'une valeur très relative. Pour autant, ils révèlent une sorte d'ambiguïté: il est reproché au Président à la fois son côté "bling bling", son interventionnisme permanent, son mépris affiché des corps intermédiaires, ses coups de menton lors de ses discours, son impuissance face à l'envolée du chômage, sa façon d'opposer les français entre eux, "ceux qui se lèvent tôt" (mars 2005) en opposition aux "assistés", en particulier les chômeurs (15 février 2012 sur TF1), tout en lui reconnaissant un certain courage politique, un volontarisme permanent , voire une personnalité attachante.

Mails il y a des ombres: les affaires. Les fameuses affaires qui auront empoisonné son quinquennat: l'affaire dite de Karachi* alors qu'il était directeur de la campagne de Edouard Balladur en 1995; l'affaire "Clearstream"*, une affaire de manipulation où il semble s'acharner contre Dominique de Villepin; mais surtout l'affaire Bettencourt*, une affaire de famille qui déborde le strict périmètre familial pour en arriver à des soupçons de financement illégal de la campagne électorale de 2007 de Nicolas Sarkozy.

Nicolas Sarkozy annonce sa candidature pour un second mandat le 15 février 2012. Au vu des sondages effectués en 2011 - encore eux!!! - et qui lui sont largement défavorables, certains commentateurs se demandent s'il sera présent au second tour!
Au fur et à mesure que se rapproche le 1er tour, le candidat Sarkozy "droitise" sa campagne, sous l'influence de certains de ses conseillers, en particulier de Patrick Buisson.*

Le 22 avril 2012, il obtient 27,18% des exprimés, devancé par François Hollande qui lui, obtient 28,63%. Il devance Marine Le Pen, (17,90%), Jean Luc Mélanchon (11,10%), François Bayrou (9,13%), Eva Joly (2,32%).
Au cours du débat qui l'oppose à François Hollande trois jours avant le second tour, il parait hésitant, sur la défensive et donne le sentiment qu'il n'y croit plus.

Le 6 mai 2012, il est battu par le candidat socialiste: 48,36% contre 51,64%.

A l'occasion de la commémoration du 8 mai 1945, Nicolas Sarkozy invite François Hollande à le célébrer avec lui. L'image de l'ancien et du nouveau Président de la République restera une image forte de la transition politique.
Le 15 mai suivant, Nicolas Sarkozy quitte ses fonctions.

Il est sans doute trop tôt pour tirer un bilan de ce quinquennat. Toutefois,il est certain que la crise économique venue des USA a bouleversé la vie politique et sociale. Nicolas Sarkozy, rendons lui cette justice, n'a pas été inerte, loin s'en faut. 
Il a compris que cette crise pouvait tout emporter sur son passage. Il a essayé, tant au niveau du G8 ou du G20 que de l'Union Européenne de mener des politiques volontaristes. Mais, l'ultra libéralisme dont il a été au début de son mandat un défenseur et un promoteur - ne voulait-il pas introduire en France en 2004 puis en 2007 le "crédit hypothécaire, un système très proche de celui des "subprimes" américains? - cet ultra libéralisme donc l'a piégé, lui et la majeure partie des dirigeants européens. Piégé dans un système où le Politique, qui a pour lui la légitimité du suffrage universel, se retrouve à la botte d'un système financier qui n'a que faire et de cette légitimité et de la crise politique et sociale qu'il a déclenchée.

Il convient également de souligner sa volonté d'être partout, de décider de tout, au point ramener le Premier Ministre au rang, selon ses dires, de "collaborateur"! 
Cette "hyper présidence", selon le titre du Figaro du 21 juin 2007, a fini par se retourner contre lui: la moindre faillite, le moindre faux pas, la moindre erreur, "c'était de la faute à Sarko". Sans oublier cette manie, sinon cette volonté, d'opposer les français les uns contre les autres: ceux qui ont du travail contre ceux qui n'en on pas; la fonction publique contre le privé; les immigrés contre les "natifs"; les "assistés" contre les entrepreneurs... Et la liste est longue.

A l'heure où ces lignes sont écrites, Nicolas Sarkozy n'est plus "que" membre de droit du Conseil Constitutionnel. Certaines affaires judiciaires pourraient bien obscurcir son avenir. Politique ou pas.

* clic sur le lien

(1) in "Histoire politique de la Vème République (1958 -2011) de Arnaud Teyssier, 2011, éditions Perrin, collection "tempus", page 794.
(2) in "la Constitution" de Guy Carcassonne, éditions du Seuil, collection Essais, neuvième édition 2009, page 120.