"Ce n'est pas parce que l'on a rien dire qu'il faut fermer sa gueule" Michel AUDIARD

jeudi 20 décembre 2012

le Père Noël


Il y a quelques jours, une directrice d'une école maternelle publique a eu l'idée pour le moins surprenante d'annuler la visite que le Père Noël devait faire dans son établissement, au prétexte farfelu d'accéder à la demande de certaines familles de confession musulmane et donc "du respect des différentes croyances et des valeurs de l’école laïque."

Je ne vous cache pas que ce genre de décision m'a mis dans tous mes états: mis à part le fait que le  Père Noël n'a aucun lien direct avec une quelconque religion, le fait de prendre pour prétexte la défense de la laïcité pour justifier une telle idiotie me scandalise au plus haut degré. Sans compter que le Père Noël fait partie intégrante de nos traditions, que ces traditions valent bien toutes les autres et qu'il convient, sans faiblesse ni agressivité, de les défendre. Les autorités locales vont organiser la venue du Père Noël, alors que le rectorat a réagit mollement et que le ministère de l'Education Nationale était aux abonnés absents....

Mais au-delà de cette polémique - dont, entre nous, nous nous serions bien passés - , j'ai voulu savoir d'où venait cette légende, cette tradition. Qui est donc ce Père Noël, d'où vient-il? Voilà les questions, objet de ce billet, auxquelles je vais m'efforcer de répondre.

Il est d'abord quasiment impossible de définir l'origine de sa personnalité. Les quelques historiens qui se sont penchés sur la question ne sont pas d'accord entre eux. Certains la font remonter aux légendes germaniques: le dieu Odin, capable de voler dans les airs,  était habillé d'un manteau rouge et avait une barbe. A défaut d'être lui-même le Père Noël, Odin aurait été son lointain ancêtre.

Une légende russe affirme que le Père Noël serait le quatrième roi mage, mais n'ayant pas réussi à trouver l'enfant Jésus, il continuerait à le chercher en distribuant des cadeaux à tous les enfants.
Saint Nicolas

Plus sérieusement, il faut sans doute remonter à la légende de Nicolas de Myre, évèque byzantin né au III ème siècle après JC et devenu par sa canonisation Saint Nicolas. Il aurait, entre autres miracles, ressuscité trois enfants, ce qui aurait fait de lui le protecteur des enfants. Et selon les coutumes des pays du nord de l'Europe, chaque 6 décembre, habillé d'un manteau rouge et appuyé sur sa crosse d'évêque, il irait de maison en maison, distribuer des cadeaux aux enfants sages, ceux qui, bien sûr, connaissent leurs prières.
Santa Claus en 1861

Au début du XIX ème siècle, lorsque des émigrés des pays nordiques, en particulier des hollandais, sont arrivés aux Etats Unis, Saint Nicolas, qu'ils avaient amené dans leurs maigres bagages,  est devenu Santa Claus.

En 1821, Clément Clarke Moore, un pasteur américain, écrivit un poème* décrivant Santa Claus sous son apparence actuelle: dodu, souriant, avec un bonnet, et à la place de l'âne, huit rennes tirant un superbe traineau.

Un autre américain, l'illustrateur Thomas Nast, invente en 1860 l'image que nous connaissons aujourd'hui: costume rouge garni de fourrure blanche et un gros ceinturon. Il situe même  l'atelier  du bonhomme rouge au pôle Nord. Une autre légende, créée de toutes pièces celle-là, affirmait que le personnage de Santa Claus avait été créé par Coca Cola. C'est donc au mieux une ânerie, au pire une grossière manipulation commerciale. Pour ma part, je pencherais pour les deux réunies.

le Père Noël sur une carte postale en 1910

Pour autant, l'arrivée de Santa Claus, devenu le Père Noël chez nous remonte à l'après guerre. S'il est vrai que les enfants recevaient des cadeaux le jour de Noël, il n'en reste pas moins que la notion même de Père Noël était peu présente. Sauf peut-être dans l'est de la France. En tout cas, il apparait dans une carte postale de 1910.

Avec le chewing-gum et le Coca Cola (encore lui!), les américains nous ont amené après la guerre le... Père Noël. C'est vraiment à partir des années 50 qu'il a vraiment fait son apparition. Malgré une campagne virulente menée par des écrivains catholiques de renom, tels François Mauriac, Gilbert Cesbron. L'effigie du Père Noël a même été pendue puis brulée *  par un prêtre à Dijon en 1951!!! Ses adversaires lui reprochaient de n'être qu'une opération commerciale, destinée à éloigner les fidèles de la signification de la Nativité. Dans un article, "le Père Noël supplicié", publié dans "les Temps Modernes en 1952, Claude Lévi-Strauss écrit: "Elle avait été décidée avec l’accord du clergé qui avait condamné le Père Noël comme usurpateur et hérétique. Il avait été accusé de paganiser la fête de Noël et de s’y être installé comme un coucou en prenant une place de plus en plus grande. On lui reproche surtout de s’être introduit dans toutes les écoles publiques d’où la crèche est scrupuleusement bannie." (1) On voit donc par là que le Père Noël n'est en aucune façon d'origine religieuse. Bien au contraire!

De nos jours, certains voient en ce bonhomme une superstition qu'il convient de faire disparaitre. D'autres ne voient en lui qu'un moyen supplémentaire de pousser à la consommation. Devant tant d'obstination matérialiste, je suis tenté de penser que "quand on veut noyer son chien, on dit qu'il a la rage."

le Père Noël des Panissières
Le Père Noël est bien plus qu'un mythe: c'est une légende. Et comme toutes les légendes, elle s'adresse d'abord et presque uniquement aux enfants. Pour avoir à plusieurs reprises revêtu l'habit rouge, j'ai pu voir dans les yeux de mes Princesses tant d'émerveillement, tant d'enchantement que je me surprends à regretter ces moments où je pénétrais dans la maison pour déposer au pied du sapin illuminé tous les cadeaux. Elles étaient à quelques mètres, dans les bras de leurs parents et adressaient au Père Noël que j'étais de petits signes timides qui disaient leur bonheur et leur admiration. Et moi, caché derrière ma barbe blanche et ma chevelure, j'avais les larmes aux yeux et le coeur qui battait la chamade.. Ces moments là, croyez moi, ça ne s'oublie pas!...

Pour revenir aux questions que je posais au début de ce billet, il n'y a pas de réponses définitives. Ou plutôt si: le Père Noël vient du fond des âges; il vient de pays qui n'existent pas, ou alors seulement dans un imaginaire que chacun d'entre nous porte en lui.

Alors, foin des fâcheux, foin des rationalistes de tout poil, foin des marchands de bondieuseries, tous ces empêcheurs de vivre!...

Je vous souhaite, à tous et toutes, et du fond du coeur, un bon un beau, un joyeux Noël.

* clic sur le lien.

(1) in le blog de Jacques Bertomeau: www.berthomeau.com ,
Pour écrire cet article et conduire mes recherches, j'ai bien sûr navigué sur le web; merci de leur concours à:
http://www.histoire-fr.com/dossier_pere_noel.htm
http://www.joyeux-noel.com/perenoel.html
http://www.frenchmomentsblog.com/?p=2206
http://www.berthomeau.com/article-le-pere-noel-supplicie-brule-devant-des-enfants-des-patronages-sur-le-parvis-de-la-cathedrale-de-d-90211322-comments.html#ancho
crédit photo: joyeuxnoel.com et frenchmomentsblog

vendredi 7 décembre 2012

"les cent derniers jours": le livre


Les cent derniers jours

Collectif d’auteurs


Au printemps dernier, en pleine campagne présidentielle, une trentaine d’auteurs se retrouvaient dans l’anonymat d’un bar virtuel avec l’idée de revisiter, cent jours durant, les clairs-obscurs du jubilé républicain. Depuis des années, on ruminait ferme sur la crise, le manque à gagner en temps de bonheur disponible était dans toutes les têtes et il y avait un peu partout cette envie de donner un peu d’ivresse aux attentes, d’instiller de la couleur sur les pages tristement convenues des discours officiels.

Ce furent cent jours d’effervescence littéraire et l’occasion de soulager le grimoire électoral d’une partie de son épaisse couche de fard. L’affaire fut réjouissante, jubilatoire, plébiscitée jusqu’au clap de fin, un jour de mai.

Ce livre rassemble une cinquantaine de ces « brèves de comptoir » ; des prises de parole incisives, impertinentes, parfois visionnaires, agrémentées de quelques dérives poétiques, d’un brin de mauvaise foi et d’une brassée de frissons romantiques, le tout relevé d’une bonne dose d’humour.

Auteurs au sommaire :
Danièle Akakpo, Claude Bachelier, Désirée Boillot, Jean Calbrix, Benoit Camus, Emmanuelle Cart-Tanneur, Emmanuelle Della Monica, Annick Demouzon, Patrick Denys, Jacqueline Dewerdt, Alain Emery, Sophie Etienbled, Franck Garot, Jordy Grosborne, Jean Gualbert, Joël Hamm, Corinne Jeanson, Jean-Luc Lapoule, Patrick L’Ecolier, Patrick Ledent, Lunatik, Laurence Marconi, Yvonne Oter, Claude Romashov, Castor Tillon, Bastien Zukkas.



parution le 20 décembre 2012
134 pages, 13 €

Zonaires éditions 35 rue du Rocher 38120 Le Fontanil Cornillon, Franc
http://www.zonaires.com/ Mail : contact@zonaires.com