"Ce n'est pas parce que l'on a rien dire qu'il faut fermer sa gueule" Michel AUDIARD

dimanche 14 juillet 2013

Emile Combes ou le médaillon mystérieux de la Chapelle du Bard


Cela fait pas mal de temps que j'ai délaissé cet endroit. Il faut dire, à ma décharge, que j'ai été très occupé par cette conférence que j'ai donnée le 4 juillet sur le thème "Emile Combes ou le médaillon mystérieux de la Chapelle du Bard*."


Il est vrai que les recherches que j'ai effectuées, que ce soit aux archives départementales ou locales, dans mes bouquins, sur le net ou auprès de certains "anciens", il est vrai donc que cela m'a pris beaucoup de temps, mais aussi, mais surtout, j'ai retrouvé certaines sensations quand je découvrais de nouveaux éléments, de nouveaux faits, tout ce qui fait l'intérêt mais aussi la singularité de la recherche.

Cette conférence n'avait pas d'enjeu à proprement parler, si ce n'est celui d'intéresser les gens et de leur faire découvrir ou re découvrir cette période mal connue et pourtant si primordiale de notre Histoire.
Il me fallait aussi relier un point de notre histoire locale à notre histoire nationale.

le médaillon de Emile Combes
L'histoire locale, c'était ce médaillon en plâtre d'Emile Combes* dans la salle du conseil municipal de la Chapelle du Bard, un village de quelques 500 habitants à quelques kilomètres d'Allevard*. Il trône dans cette salle depuis longtemps au même titre que chaque Président de la République. J'ai essayé de savoir depuis quand et pourquoi. Mais à priori, il n'y a pas d'explications rationnelles. Et je me suis dit, et je me dis encore que, tout compte fait, Emile Combes a bien sa place dans cette enceinte républicaine.

Je me suis arrêté sur toutes les lois anti cléricales votées dès 1875: lois Ferry*, loi du droit d'accroissement*, loi de 1901* entre autres. Ainsi que sur les réactions des catholiques, dans notre département et notre canton, réactions violentes, allant jusqu'à l'appel à la désobéissance civile, en se référant, quel paradoxe, à la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, déclaration qu'ils vouaient aux gémonies un siècle plus tôt!

J'ai bien sûr évoqué les législatives d'avril 1902 qui ont envoyé à l'Assemblée Nationale une majorité dite du "Bloc Républicain"*, favorable à la séparation. Et dans ce Bloc, sept députés sur huit de l'Isère, notre département, ont voté en faveur de la loi, alors que Gustave Rivet*, favorable lui aussi à cette séparation, était élu dès le premier tour dans la circonscription comprenant le canton d'Allevard.

En faisant le lien avec l'histoire nationale, j'ai voulu aller un peu plus loin dans la connaissance de cette loi de "séparation DES églises et de l'Etat." En expliquer les raisons et les causes. Car si une loi ne fut pas le fruit du hasard, c'est bien celle-là. En effet, l'étroite implication de l'église catholique dans les affaires de l'Etat et ce, depuis l'origine, c'est-à-dire, pour faire court à Clovis, cette implication, cette quasi fusion n'a jamais cessé et cela jusqu'à Charles X, le dernier des Bourbons à avoir régné.

Le XVIII ème siècle a vu l'émergence des philosophes des Lumières, les Montesquieu*, Voltaire*, Rousseau, Diderot* et quelques autres. Dans leurs écrits, tous condamnés par l'église, ils ont remis en cause les dogmes de l'absolutisme royal, mais aussi et surtout la toute puissance de l'église catholique, apostolique et romaine. La séparation des pouvoirs, la raison, la science, autant d'idées nouvelles qui battaient en brèche les pouvoirs de la noblesse et du clergé et qui appelaient à l'émergence de sociétés démocratiques.

La loi de décembre 1905 est la suite logique de ces idées en ce sens qu'elle introduisait dans la société républicaine naissante le concept de laïcité, c'est-à-dire celui d'un Etat délivré des influences religieuses. Mais elle est aussi le fruit de l'aveuglement et du rejet absolu par l'église catholique française de toute modernité, modernité qu'elle assimilait à la décadence de la société, et à toute évolution qui aurait pu remettre en cause son emprise sur cette société.

Sans doute cette loi a t-elle été conçue, puis appliquée dans la douleur. Mais les années passant, les convictions extrêmes  perdant de leur radicalité, et surtout la première guerre mondiale, cette abominable boucherie, tout a concouru à apaiser les esprits autant que les comportements.

En mars 1905, alors qu'il n'était plus Président du Conseil, Emile Combes déclarait: "la loi doit ouvrir une ère nouvelle et durable de concorde sociale."

Combien il avait raison! Il est vrai que la France  a vécu de nombreuses crises, politiques, sociales, économiques sans oublier la seconde guerre mondiale et les décolonisations. Comme il est vrai également que les questions religieuses n'ont jamais été parties prenantes dans ces débats, ou alors de façon minimaliste.

L'article 1 de la loi* stipule: « La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes."

Depuis le 5 décembre 1905, c'est une réalité que chacun peut vivre selon ses croyances ou ses convictions. De nos jours, alors que le retour d'une certaine forme de religiosité militante et intrusive se fait jour et que des communautarismes sournois tentent de s'imposer au sein de notre société, la loi de séparation des églises et de l'Etat a plus que jamais son utilité. Elle  est plus que jamais indispensable au bon équilibre et à la bonne harmonie de notre société.

Vouloir là modifier au prétexte imbécile de plus d'équité revient en réalité à lui ôter sa raison d'être et ouvrir ainsi la porte à la réaction cléricale et à ses avatars: l'intolérance, la soumission aux dogmes et à court terme, au retour de la primauté religieuse.

Emile Combes a bien mérité de la laïcité.
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