"Ce n'est pas parce que l'on a rien dire qu'il faut fermer sa gueule" Michel AUDIARD

mercredi 21 novembre 2012

and the winner is... Barack OBAMA!


Le mardi 6 novembre, j'étais à New York. Le hasard faisant bien les choses, c'était juste pour les élections américaines. Ces élections sont en elles-mêmes bien plus complexes que les nôtres. En effet, tous les 4 ans, immuablement le mardi qui suit le premier lundi de novembre (appelé là-bas "elections day"), outre les grands électeurs appelés à élire ensuite le Président, il faut aussi voter pour le renouvellement de tous les députés fédéraux et de chaque état (Chambre des Représentants), du tiers des sénateurs, de 11 gouverneurs (sur 50) et cette année se prononcer sur 176 référendums dans 38 états.

A New York City, il fallait voter pour les grands électeurs, 1 sénateur de l'état fédéral, tous les députés de l'état fédéral, tous les sénateurs et tous les députés de l'état de NYC, soit 5 votes différents, étant entendu qu'il est possible de ne voter que pour un seul scrutin, ou deux.

une carte d'électeur

Avec un ami américain, je me suis rendu dans son bureau de vote, situé sur la 14 ème rue, entre la 6 ème et 5 ème avenue. Comme chez nous vers 10 heures du matin, il a fallu faire la queue. L'emplacement du bureau de vote, pour des raisons inconnues mais qui ont fait grincer des dents, avait été changé. Ce qui fait que les électeurs ont du s'entasser dans un local peu adapté, d'où une joyeuse pagaille. Comme chez nous, il convient de se faire identifier, sans pour autant de donner de pièce d'identité: la carte d'électeur suffit. Ensuite tout diffère: il est remis à chaque électeur une grande feuille sur laquelle, dans des isoloirs brinquebalants, il faut cocher les cases correspondant à ses choix, puis aller vers une machine à voter où la feuille sera scannée par les soins de l'électeur. La machine est d'un fonctionnement assez simple, en tout cas bien plus simple et fiable que dans l'état de Floride qui en resté à des machines mécaniques à trous, propices à toutes les contestations, voire à toutes les tricheries. Se souvenir des élections de 2000 où Georges W. Bush* l'a emporté dans des conditions douteuses, grâce justement à l'état de Floride et ses machines antédiluviennes.
Mitt Romney
Barack Ob
Le soir, nous avons dîné chez d'autres amis américains. La question politique a relativement peu été abordée, même si le pro Romney s'est heurté aux pro Obama, surtout au sujet de l'assurance sociale mise en place par le Président. Mais pour ce qui me concerne, j'étais quelque peu sur des charbons ardents et ce ne sont pas les quelques résultats aperçus à la télé et qui donnaient M. Romney* en avance qui pouvait me rassurer. 

Vers 22 heures, les premiers résultats annonçaient une confortable avance pour B. Obama. Une demie heure plus tard, une chaîne favorable aux républicains donnaient le président vainqueur avec 303 grands électeurs, 270 étant le nombre minimum. Les républicains perdaient deux sièges au Sénat et plusieurs à la Chambre des Représentants, sans pour autant que, dans cette dernière, ils perdent leur confortable avance. Il faudra cependant au Président Obama négocier avec une majorité qui lui est hostile, mais confortablement réélu, il me semble qu'il aura une marge de manoeuvre plus importante.

Les sondages pré électoraux prévoyaient une élection serrée, indécise, même si dans les derniers jours, le président sortant semblait reprendre l'avantage. Toujours à partir de ces sondages, aucun commentateur, aucun journaliste n'osaient avancer le moindre pronostic. Et pourtant, Barack Obama a été élu avec 63,5 millions de voix (50,62%) contre 60 millions (47,76%) à Mitt Romney, soit une avance de plus 3,5 millions de voix. Et 332 grands électeurs contre 203. Nous pouvons donc vérifier une nouvelle fois que la "science sondagistique" n'a pas été à la hauteur. Ce n'est d'ailleurs pas nouveau, que ce soit aux EU, en France ou ailleurs. Et il est bien dommage que les sondages continuent à faire la pluie et le beau temps chez nos médias, nos élus et nos analystes politiques.

La participation électorale a été moins forte de 9% par rapport à 2008, soit 50% de la population pouvant voter. Il faut savoir qu'aux USA, le pourcentage de votants est calculé à partir de tous les américains en âge de voter, et non comme chez nous à partir des listes électorales.

Pour mémoire, en 2008, Barack Obama avait gagné contre John Mac Cain* avec près de 70 millions de voix (53%) contre 60 millions à son adversaire (45,66%). Il ressort de ces chiffres que le Président américain a été la principale "victime" des abstentionnistes de 2012.

Si B. Obama et M. Romney ont été les deux candidats les plus connus et les plus médiatisés, il y avait trois autres candidats qui, ensemble, ont recueilli un peu moins de 1,8 million de suffrages: Gary Johnson*, du Parti Libertarien*; Jill Stein*, du Parti Vert*; et Virgil Goode*, un ultra conservateur du Parti Constitutionnnaliste*.

Il est difficile de passer sous silence le coût faramineux de cette campagne électorale: pas loin de 6 milliards  de dollars selon un institut américain*. L'essentiel de cette somme est passé dans des spots publicitaires agressifs et souvent mensongers, le candidat républicaine ayant, en la matière, battu tous les records, sans compter qu'il a bénéficié de la générosité de donateurs richissimes, ultra conservateurs, membres pour la plupart du Tea Party*.
la devise du Tea Party: "ne me marche pas dessus"

C'est la seconde défaite consécutive des républicains dans les élections présidentielles. Si la première peut s'expliquer par une certaine lassitude envers une présidence républicaine inefficace et mensongère, la seconde me semble plus complexe. Complexe mais pas tant que cela.

Mitt Romney a été gouverneur du Massachusett de 2002 à 2007. Il a plutôt fait preuve de pragmatisme: bien que classé à droite, il a mis en place un système de sécurité sociale qui a pu profiter à tous ses administrés; bien qu'opposé au mariage homosexuel, il a fait en sorte qu'il ne soit réservé qu'aux habitants de son état; il se déclare même, à titre personnel, favorable à l'IVG.

A partir de 2011, quand il prépare sa campagne pour les primaires républicaines: changement de tactique: non seulement, il met en avant son appartenance à "l'église de Jésus Christ des saints derniers jours"*, plus connue sous le nom de "mormon", mais surtout, il se rapproche du Tea Party, effectuant ainsi une marche arrière afin de se rapprocher de l'aile la plus droitière et conservatrice du parti républicain, le "Grand Old Party"*.

En plus de son habilité politique, cette droitisation lui permet de remporter les primaires républicaines. Il choisit comme co-listier Paul Ryan*, un jeune député issu de l'aile droite du parti. A partir de là, toute sa stratégie, et celle de ses supporters, va être de promouvoir une politique la plus réactionnaire et conservatrice qui soit, calquée à l'identique sur les positions du Tea Party: réduction de l'Etat fédéral, baisse du budget de cet Etat fédéral, baisse conséquente, voire suppression des budgets sociaux, baisse des impôts pour les plus fortunés, interdiction totale de l'IVG et du mariage homosexuel, suppression du système de protection sociale mis en place par B. Obama, refus de toutes politiques environnementales, refus de la notion même d'égalité pour ne citer que les plus visibles. Certains de ses soutiens n'y vont pas par quatre chemins: de la remise en cause de la réalité du viol jusqu'à la remise en cause du droit des femmes sans oublier une politique anti immigration des plus répressives.

Les stratèges de la compagne de M. Romney, ancrés dans leurs positionnement conservateur, n'ont pas pris en compte l'évolution de leur pays au niveau démographique: les hispaniques, arrivant majoritairement du Mexique, représentent près de 20% de la population; les noirs (afro américains) pas loin de 15%; les asiatiques près de 10 à 12%. Ce qui signifie que ces minorités ont désormais un poids politique considérable et que "l'Amérique blanche" des origines, d'ici quelques années, ne sera plus majoritaire en tant que telle. Pour un pays où les diverses communautés sont reconnues officiellement, cette tendance a obligatoirement des conséquences sur le vote.

Les républicains n'ont pas pris en compte non plus l'influence grandissante des femmes: elles représentent plus de la moitié de la population et le féminisme américain est dynamique. Aussi les droits des femmes à la contraception, à l'IVG, à la non discrimination sont-ils des éléments majeurs du débat démocratique aux USA. Remettre en cause - et de quelle façon! - ces droits ne pouvaient pas être sans conséquences.

Ce refus par les républicains de prendre en compte la réalité de ces deux évolutions peut en partie expliquer leur défaite. En partie seulement bien sûr car l'économie a joué son rôle dans le débat. D'autant que les républicains prônaient une politique économique ultra libérale, laquelle politique menée par GW Bush a amené la crise qui perdure encore aujourd'hui.

Pour ma part, il me semble que la droitisation des républicains américains a produit des effets de rejet de la part des électeurs. A tel point que les politiques du président sortant apparaissent comme équilibrées, efficaces et intelligentes à des citoyens que les excès du Tea Party rebuttent et exaspèrent. Il est intéressant de noter que B. Obama est le seul dirigeant d'une démocratie à être réélu depuis le début du siècle, alors que son pays traverse une crise sans précédent.

Sans vouloir faire un parallèle absolu avec la France, nous pouvons malgré tout nous interroger sur la défaite de Nicolas Sarkozy: certes, sa politique n'a pas été des meilleures ou des plus pertinentes; mais il n'est pas interdit de penser que la droitisation de cette politique et de sa campagne électorale ont pu éloigner de lui des électeurs qui ne lui étaient pas fondamentalement hostiles. Le nouveau président de l'UMP serait bien inspiré d'en tenir compte. Mais de cela, je doute et de toutes façons, ce n'est pas le sujet de mon billet.

Dans mon article du 20 janvier 2009, lors de l'intronisation de Barack Obama: j'écrivais: "J'ai confiance en ce peuple américain qui n'a pas hésité à porter à sa tête, je cite "un homme dont le père, il y a moins de soixante ans, risquait de ne pas être servi dans un restaurant, peut maintenant se trouver devant vous pour prêter le serment suprême."  pour reprendre les propres termes de B. Obama.

J'ai toujours confiance en ce peuple, et même un peu plus. Avoir réélu Obama, dans ces périodes de doutes et d'égoïsme,  alors que son bilan est loin d'être parfait, est une preuve de maturité et d'intelligence. Les américains avaient le libre choix entre le passé et l'avenir.
Ils ont choisi l'avenir. Cela seul importe!

Pour conclure, une "histoire" trouvée sur internet:
1. les républicains ont dit que l'ouragan Sandy était du à Dieu;
2. les mêmes ont affirmé que B. Obama avait été réélu grâce à Sandy.
je vous laisse écrire le paragraphe 3.

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