"Ce n'est pas parce que l'on a rien dire qu'il faut fermer sa gueule" Michel AUDIARD

lundi 30 mai 2011

de la République Batave à la République des Panissières

our parler des Pays Bas, on dit souvent la Hollande. Et nous avons tort. A l'origine, la Hollande n'était qu'une province des Pays Bas. En 1840, cette province a été divisée en deux provinces distinctes, l'une au nord, la septentrionale, avec Amsterdam et Haarlem;  l'autre au sud, la méridionale, avec Rotterdam (merci Betty). Aujourd'hui, les Pays Bas comptent douze provinces continentales, plus trois territoires situés dans les Antilles.
Pour remonter un peu plus loin dans le temps, dans les années 1790, il existait une République Batave en référence aux bataves qui s'étaient révoltés contre Rome au 1er siècle. Par parenthèses, imaginons ce qu'était l'Empire de Rome, à une époque où les moyens de communications étaient plutôt rudimentaires, où l'on se déplaçait à pieds et où il fallait des mois pour traverser l'Europe, du sud au nord, en contournant les Alpes!
Cette République Batave donc, née d'un soulèvement contre le roi Guillaume V d'Orange,  encouragé, puis aidé par les troupes révolutionnaires françaises, durera jusqu'en 1806, date à laquelle elle sera transformée en royaume par la volonté de Napoléon 1er Bonaparte et confiée à son frère Louis, jusqu'à son abdication en 1810 au profit de son jeune fils, Napoléon Louis, ( à ne pas confondre avec son frère Louis Napoléon, futur Napoléon III) qui régna 13 jours, du 1er au 13 juillet 1810.
Je ne vais pas faire ici l'histoire des Pays Bas, encore que cela pourrait être passionnant, tant l'histoire de ce pays est riche. Mais ce serait un peu long et je n'ai pas vraiment les compétences historiques et scientifiques nécessaires.
Pour autant, en quelques lignes, permettez moi quelques détails.
Pour parler des habitants des Pays Bas, on dit aussi néerlandais, en référence à Néderland, ce qui, en traduction littérale, signifie "pays plus bas que la mer", puisque le quart du territoire se situe sous le niveau de la mer. D'où les polders dont les premiers datent du début du XVI ème siècle.En 1953, de nombreuses digues ont cédé suite à l'effet conjugué des grandes marées et d'une très forte tempête, entrainant de nombreuses victimes et par la suite de nouvelles organisations de ces digues.
L'organisation politique actuelle des Pays Bas remonte au traité de Vienne de 1815, marquant la défaite définitive de Napoléon 1er: Guillaume 1er d'Orange-Nassau fut le premier roi d'un état qui comprenait alors aussi la Belgique et ce, jusqu'en 1830, date à laquelle la Belgique devient indépendante suite au soulèvement des belges contre le souverain néerlandais.
Aujourd'hui, les Pays Bas sont une monarchie constitutionnelle dont la souveraine, Béatrix, préside le Conseil d'Etat, chargé de conseiller le gouvernement, et nomme le gouvernement, aidée en cela par un "formateur".
Les Pays Bas sont un des six états fondateurs du Marché Commun en signant le traité de Rome en 1957 et l'un des promoteurs de la monnaie unique, l'Euro.
On ne peut parler des Pays Bas sans évoquer les grands artistes qui ont jalonné leur histoire. Et plus particulièrement ceux du XVII ème siècle: de Vermeer à Rubens, de Rembrandt à Van Gogh sans oublier  Jérôme Bosch, Franz Hals, la liste est longue de ces artistes talentueux, témoins de leur époque.
Plus près de nous, Vincent Van Gogh. Il y a quelques années, après avoir visité le Rijksmuséum et la maison d'Anne Frank à Amsterdam, nous avions été au musée consacré à Van Gogh, un bâtiment à l'architecture sobre et dépouillée. Je n'oublierai jamais cette toile, "les mangeurs de pomme de terre" et quelques autres dont le titre m'échappe. Ce qui m'avait alors frappé, impressionné, c'était la noirceur de ces peintures, en opposition aux couleurs éclatantes de celles plus connues, comme les fameux "tournesols" ou le "portrait du docteur Gachet", pourtant peintes peu après.
Nous avons passé le week end dernier à Roermond, dans la province du Limbour, à quelques kilomètres de la frontière allemande. Anne y exposait à la galerie de Aggie Hendrikx. Nous étions dans une ancienne prison reconvertie en hôtel, très moderne, très "zen", sauf pour les toilettes.
Nous avons beaucoup marché dans cette ville moyenne (55000 habitants), plutôt cossue, plutôt bourgeoise. Ce qui m'a frappé, ce sont les façades des maisons, toutes différentes, peintes dans diverses couleurs. Il y en a de très très belles, très originales, d'âges divers, la plus ancienne remontant au XV ème siècle. Nous avons été à Maastricht, distant d'une quarantaine de kilomètres, et j'y ai remarqué la même diversité des habitations. Quand je pense que chez nous -et même chez eux, ne rêvons pas!- certains voudraient tout uniformiser, que nos villes ressemblent à des casernes, où tout serait bien aligné, unicolore, que rien dans nos campagnes ne puissent dépasser, je me dit que ceux et celles là devraient aller faire un tour dans ces villes , ou dans d'autres, à Honfleur par exemple... Je vais essayer de mettre quelques photos de ces façades dans un diaporama, histoire de  partager ).
J'aime les Pays Bas, Amsterdam ou Roermond; mais aussi l'Italie, Turin, Milan, Rome, Florence; mais aussi les Etats Unis, New York, San Francisco, Sausalito; mais aussi la Belgique, le Vietnam, la Thaïlande, le Brésil, le Sénégal, Madagascar, et bien d'autres... Et les néerlandais (es), les italiens (nes), les américains (es)... En fait je m'aperçois que j'aime tous les peuples. Enfin, presque... Et, pour n'oublier personne, combien j'aime aussi celui de la République des Panissières!...

vendredi 27 mai 2011

le petit exercice littéraire du vendredi (16)

Cette semaine, un auteur que nous connaissons tous, sans pour autant l'avoir lu. Pour ma part, j'ai essayé il y a fort longtemps, mais j'ai vite lâché prise. Pour autant, il reste un auteur qui a marqué la poésie de son époque  et, d'une certaine façon,  la nôtre. Qui est cet auteur et le titre de son oeuvre majeure?  Réponses dimanche dans la soirée, rubrique commentaires.
Au milieu du chemin de notre vie, ayant quitté le chemin droit, je me trouvai dans une forêt obscure . Ah ! qu’il serait dur de dire combien cette forêt était sauvage, épaisse et âpre, la pensée seule en renouvelle la peur, elle était si amère, que guère plus ne l’est la mort ; mais pour parler du bien que j’y trouvai, je dirai les autres choses qui m’y apparurent.
Comment j’y entrai, je ne le saurais dire, tant j’étais plein de sommeil quand j’abandonnai la vraie voie, mais, arrivé au pied d’une colline, là où se terminait cette vallée qui de crainte m’avait serré le cœur, je levai mes regards, et je vis son sommet revêtu déjà des rayons de la planète qui guide fidèlement en tout sentier, alors la peur qui jusqu’au fond du cœur m’avait troublé durant la nuit que je passai avec tant d’angoisse fut un peu apaisée.
Et comme celui qui, sorti de la mer, sur la rive haletant se tourne vers l’eau périlleuse, et regarde ; ainsi se tourna mon âme fugitive pour regarder le passage que jamais ne traverse aucun vivant.
Quand j’eus reposé mon corps fatigué, je repris ma route par la côte déserte, de sorte que le pied ferme était le plus bas, et voici qu’apparut, presque au pied du mont, une panthère agile et légère couverte d’un poil tacheté.
Elle ne s’écartait pas de devant moi, et me coupait tellement le chemin que plusieurs fois je fus près de retourner.
C’était le temps où le matin commence, et le soleil montait avec ces étoiles qui l’entouraient, quand le divin Amour mut primitivement ces beaux astres ; de sorte que le gai pelage de cette bête fauve, l’heure du jour et la douce saison me conviaient à bien espérer : non toutefois que ne m’effrayât la vue d’un lion qui m’apparut. Il paraissait venir contre moi, la tête haute, avec une telle rage de faim que l’air même semblait en effroi. En même temps une louve  qui, dans sa maigreur, semblait porter en soi toutes les avidités, et qui a déjà fait vivre misérables bien des gens. Elle me jeta en tant d’abattement, par la frayeur qu’inspirait sa vue, que je perdis l’espérance d’atteindre le sommet.
Tel que celui qui désire gagner, pleure et s’attriste en tous ses pensées, lorsque le temps amène sa perte, tel me fit la bête sans paix, qui, peu à peu s’approchant de moi, me repoussait là où le soleil se tait.
Pendant qu’en bas je m’affaissais, à mes yeux s’offrit qui  par un long silence paraissait enroué ; lorsque, dans le grand désert, je le vis : — Aie pitié de moi, lui criai-je, qui que tu sois, ou ombre d’homme, ou homme véritable.
Il me répondit : « Homme ne suis-je, jadis homme je fus, et mes parents étaient Lombards, et tous deux eurent Mantoue pour patrie, je naquis sub Julio, bien que tard, et vécus à Rome sous le bon Auguste, au temps des dieux faux et, menteurs. Je fus poète et chantai ce juste fils d’Anchise, qui vint de Troie, après l’incendie du superbe Ilion, mais toi pourquoi retourner à tant d’ennui ? Pourquoi ne gravis-tu point le délicieux mont, principe et source de toute joie ? »
Serais-tu ce Virgile, cette fontaine d’où coule un si large fleuve du parler ? lui répondis-je, la rougeur au front. O des autres poètes honneur et lumière ! que me soit compté le long désir et le grand amour qui m’a fait chercher ton volume, tu es mon maître et mon père : à toi seul je dois le beau style qui m’a honoré. Vois la bête à cause de qui je me suis retourné : sage fameux, secours-moi contre celle qui fait frémir mes veines et mon pouls.
Il te faut prendre une autre route, répondit-il, me voyant pleurer, si tu veux sortir de ce lieu sauvage ; car la bête qui excite tes cris ne laisse passer personne par sa voie, mais l’empêche tellement, qu’elle le tue, et sa nature est si méchante et si farouche, que jamais son appétit n’est rassasié, et qu’après s’être repue, elle a plus faim qu’auparavant.
Les animaux avec qui elle s’accouple sont nombreux, et le seront plus encore, jusqu’à ce que vienne le Lévrier  qui tristement la fera mourir, celui-ci ne se nourrira ni de terre ni d’argent, mais de sagesse, d’amour et de vertu, et sa patrie sera entre Feltre et Feltre, il sera le salut de cette humble Italie 18 pour qui, blessés, moururent la vierge Camille, Euryale, Turnus et Nisus.
De partout il chassera la louve, jusqu’à ce qu’il l’ait remise en enfer, d’où premièrement la tira l’envie, je pense donc et juge que pour toi le mieux est de me suivre, et je serai ton guide, et hors d’ici je te conduirai par un lieu éternel, où tu ouïras les hurlements du désespoir et tu verras les antiques esprits désolés, dont chacun à grands cris appelle une seconde mort : et ceux qui dans le feu sont contents, parce qu’ils espèrent venir un jour parmi les bienheureux, vers qui ensuite, si tu veux monter, te guidera une âme plus digne de cela que moi. Avec elle en partant je te laisserai, parce qu’à sa loi ayant été rebelle, le Roi qui règne là-haut ne veut pas que par moi l’on vienne en sa cité, partout il commande, et de là il régit : là est sa demeure et son trône sublime. Heureux celui qu’à ce séjour il a élu ! »
Et moi à lui : — Poète, afin que je fuie ce mal et des maux pires 21, je te demande, par ce Dieu que tu n’as point connu, de me conduire là où tu viens de dire, pour que je voie la porte de saint Pierre, et ceux que tu représentes si tristes.
Alors il se mut, et je le suivis.

jeudi 19 mai 2011

le petit exercice littéraire du vendredi (15)

Cette semaine, comme disent les d’jeunes, c’est fastoche. Très. C’est la raison pour laquelle je ne mets pas d’illustrations pour vous aider. Mais je suis quasiment certain que, si vous ne l’avez pas lu, vous l’avez, au moins une fois, entendu. Donc, le nom de l’auteur et le titre de l’ouvrage. Réponse mardi 24, dans la soirée, pour cause de travaux de maintenance sur le blog.

A mesure que l’âge m’envahit, la nature me devient plus proche. Chaque année, en quatre saisons qui me sont autant de leçons, sa sagesse vient me consoler. Elle chante au printemps; “Quoiqu’il ait pu jadis, arriver, je suis au commencement! Tout est clair, malgré les giboulées; jeune, y compris les arbres rabougris; beau, même ces champs caillouteux. L’amour fait monter en moi des sèves et des certitudes si radieuses et si puissantes qu’elles ne finissent jamais.”

Elle proclame en été: “Quelle gloire est ma fécondité! A grand effort, sort de moi tout ce qui nourrit les êtres. Chaque vie dépend de ma chaleur. Ces grains, ces fruits, ces troupeaux, qu’innonde à présent le soleil, ils sont une réussite que rien ne saurait détruire.  Désormais, l’avenir m’appartient.”

En automne, elle soupire: “Ma tâche est près de son terme. J’ai donné mes fleurs, mes moissons, mes fruits. Maintenant, je me recueille. Voyez comme je suis belle encore, dans ma robe de pourpre et d’or, sous la déchirante lumière. Hélas! les vents et les frimas viendront bientôt m’arracher ma parure. Mais un jour, sur mon corps dépouillé refleurira ma jeunesse.”

En hiver, elle gémit: “Me voici, stérile et glacée. Combien de plantes, de bêtes, d’oiseaux que je fis naître et que j’aimais meurent sur mon sein qui ne peut plus les nourrir ni les réchauffer! Le destin est-il donc déjà scellé? Est-ce, pour toujours, la victoire de la mort? Non! Déjà, sous mon sol inerte, un sourd travail s’accomplit. Immobile au fond des ténèbres, je pressens le merveileux retour de la lumière et de la vie.”

Vieille Terre, rongée par les âges, rabotée de pluies et de tempêtes , épuisée de végétations,mais prête, indéfiniment à produire ce qu’il faut pour que se succèdent les vivants!

Vieille France, accablée d’Histoire, meurtrie de guerres et de révolutions, allant et venant sans relâche de la grandeur  au déclin, mais redressée, de siècle en siècle, par génie du renouveau!

Vieil homme, recru d’épreuves, détaché des entreprises, sentant venir le froid éternel, mais jamais las de guetter dans l’ombre la lueur de l’espérance. 

samedi 14 mai 2011

"salauds de pauvres"

Si j'emploie cette réplique de Jean Gabin dans "la traversée de Paris" , un superbe film de Claude Autant-Lara, en 1956, avec entre autres acteurs Bourvil et Louis de Funès, si j'emploie cette réplique donc, c'est parce qu'elle me fait penser aux propos de Laurent Wauquiez, ministre des Affaires Européennes.

Que dit ce jeune ministre, né en 1975?  "aujourd'hui, un couple qui est au RSA, en cumulant les différents systèmes de minima sociaux, peut gagner plus qu'un couple dans lequel il y a une personne qui travaille au smic. Ça c'est la société française qui tourne à l'envers" et, le 9 mai,  dans un "chat" sur le site du Monde.fr, il ajoute: "Et pourtant, un couple avec deux enfants, au RSA, qui cumule avec l'APL, va gagner autour de 1 100 euros par mois, soit plus que le smic net. Si vous ajoutez en plus les différentes aides type exonération des frais de cantine pour vos enfants, type exonération des frais de transports publics... dont bénéficient parfois les gens au RSA, vous obtenez cette situation absurde où le retour au travail se traduit par un appauvrissement. C'est pour moi une vraie injustice.." Il propose de demander aux allocataires du RSA de "plafonner le cumul de tous les minima sociaux à 75 % du smic" et que ces allocataires donnent cinq heures hebdomadaires de services sociaux. Voilà, résumé, sa position, position qui n'est, au minimum qu'une remise en cause du RSA, au moins dans un premier temps pour, dans un second en terminer avec les différentes allocations qui ne seraient, selon lui, que des mesures d'assistanat. Au passage, il faut se souvenir que le RSA (Revenu de Solidarité Active) a été initié par Martin Hirsch , Haut Commissaire aux Solidarités Actives, membre du gouvernement de François Fillon de 2007 à 2010.

Sauf que ce qu'affirme Mr Wauquiez est faux:

* un couple sans enfants touche 700 euros de RSA environ s'il ne travaille pas, mais sans le cumuler avec d'autres aides : le RSA étant un forfait. Si ce couple perçoit l'APL, cette dernière sera otée de son RSA et percevra à la place un forfait de 109,11 euros. Précisons qu'un couple avec un SMIC perçoit 1071€ et est éligible à une APL complète.

* un couple au RSA avec trois enfants perçoit, selon le barèmes des allocs, 1167€, plus qu'un couple avec un SMIC, sans enfants. Mais le rééquilbrage se fait dès l'instant où ce couple au SMIC a, lui aussi, trois enfants. Et ce couple pourra lui aussi toucher l'APL. On voit très vite que les affirmations de Mr Wauquiez sont fausses et pour le moins hasardeuses. Et je serai tenté de dire qu'il le sait car quand on relit ses réponses sur le"chat" du 9 mai, il précise "dont bénéficient parfois les gens au RSA" et le "parfois" utilisé ici a toute son importance.

Sans avoir l'air d'y toucher, le ministre classe la CMU (Couverture maladie Universelle)  dans ce qu'il appelle"l'assistanat", au motif qu'elle est attribuée aux bénéficiaires du RSA. Sauf que la CMU est attribuée en fonction d'un plafond de ressources et qu'un couple touchant un SMIC peut en bénéficier lui aussi.

Ah, cet assistanat que tout un chacun dénonce. Et avec quelle virulence, quelle bonne conscience! Un sondage effectué par le Figaro affirme que les deux tiers des français seraient d'accord avec les affirmations et les propositions de mr Wauquiez. Diantre! Fichtre! Foutre! Voilà une information qui décoiffe! Il est vrai que l'assisté, le tricheur, le fainéant, celui qui travaille au noir, bref tous ces profiteurs, ce sont les autres, toujours les autres. Et cet éternel sentiment que le tire au flanc c'est l'autre est très habilement exploité par les gens qui nous dirigent: le président n'affirme t'il pas qu'il est du côté "de la France qui se lève tôt"? Sous entendu que les autres, ceux qui n'ont pas de boulots, qui sont au chomage parce que leur entreprise a fait faillite ou a délocalisé, ne méritent pas son attention.

Parce que, comme le dit Mr Wauquiez, "le RSA coûte cher". Et oui, plusieurs milliards d'euros par an. Mais quand même moins cher que les dizaines de milliards d'euros donnés aux entreprises sous diverses formes, dont les exonérations de cotisations sociales, et cela sans contre-parties. Dans ce cas, pas d'efforts en échange, sinon des belles paroles et des "promesses qui n'engagent que ceux qui les écoutent." (je ne me souviens plus de qui est cette formule). Et je ne parle pas des subventions agricoles ou des facilités d'implantation d'enreprise. Là, of course, il ne s'agit pas d'assistanat, mais d'aides "indispensables pour la compétitivité"! Enfin, c'est ce qu'ils affirment!

Je ne voudrais pas faire de parallèles hasardeux, mais j'ai lu quelque part que, pendant les règnes de Louis Philippe 1er et de Napoléon III, certains savants avaient expliqué, à grands renforts de calculs et de raisonnements qui s'affirmaient scientifiques, que si les pauvres de cette époque étaient pauvres, c'était, pour l'essentiel, de leur faute. En effet, leur physionnomie, leur morphologie déterminaient  leurs caractères et leurs personnalités. Sans oublier leurs penchants pour l'alcool et le sexe, ce qui en faisait des gens qui ne voulaient ni pouvaient changer leurs conditions, ce qui les rendaient bien sûr infréquentables. Et les aider d'une manière ou d'une autre, c'était les encourager dans la fainéantise et le vice. Quelques dames ne manquaient cependant pas de leur faire l'aumone, après la messe du dimanche, façon comme une autre de faire la charité et de réserver sa place au paradis. Lire ou relire Zola (Germinal, Pot Bouille...) est à cet égard très instructif.
Bien sûr, et heureusement, nous n'en sommes pas là. Mais cette façon de montrer du doigt ceux que notre société met de côté est pour le moins douteuse. Au prétexte que certains trichent et profitent du système - et il y en a, j'en connais - l'opprobre et le soupçon sont jetés sur tous ceux qui sans la solidarité nationale seraient dans la misère - et il y en a, j'en connais. Dans notre beau pays, n'oublions pas qu'en 2007, près de 13% de la population vivaient sous le seuil de pauvreté (moins de 800€ par mois), que la moitié des français vivaient avec moins de 1500€ par mois et que 25% des salarié, en 2008, gagnaient moins de 750€ par mois.
Quand quelqu'un veut parler de chiffres, et que ce quelqu'un là est un Politique, alors, il doit parler de TOUS les chiffres. Et pas uniquement de ceux qui lui permettent de faire étalage de sa démagogie et de flatter dans le sens du poil des citoyens qui ne demandent que cela. Quand on prétend assumer et représenter une "droite sociale" comme le fait Mr Wauqiez, il ne faut pas se conduire comme un populiste, un démagogue. Ou un "jean-foutre". Ce qui revient au même.
Dans son édition datée du 12 mai, le Monde titre son éditorial "faut-il punir les pauvres ou les aider?" Question pertinente s'il en est. Et il conclut:" Ce qu'il faut proposer n'est pas une corvée, susceptible de détruire des emplois peu qualifiés auxquels les employeurs substitueraient des RSA utilisés gratuitement, mais un vrai emploi, qui, comme tout travail, mérite salaire."
On ne saurait mieux dire! 

vendredi 6 mai 2011

le petit exercice littéraire du vendredi (14)

Pas très facile cette semaine. Mais je vous donne des indications qui devraient vous mettre sur la voie. Je viens de me procurer le dernier bouquin de cet auteur passionnant qui vient d'être publié et qui est d'une étonnante actualité, bien qu'écrit dans la seconde moité du XXème siècle.
Le nom de cet auteur et le titre de son ouvrage. A dimanche, dans la soirée, rubrique commentaires.

220px-johnlocke.1304613257.pngDe tous côtés, les prophètes nous assaillent; les tenants du Club de Rome, ceux qu'obsède l'arme nucléaire, ceux que terrifie la pollution ou 220px-adamsmith.1304623892.jpgceux que les milliards d'êtres humains à la fin du siècle empêchent de dormir, tous nous prophétisent l'apocalypse. Il ne manque pas d'annonciateurs de la mauvaise nouvelle. Je n'ai besoin ni de Nietzsche, ni de Heidegger pour savoir que le devenir de l'humanité n'obéit pas à la raison.

Aucune de ces angoisses n'est dénuée de fondement. Les Européens passent d'une peur à une autre; hier partisans de la croissance zéro, aujourd'hui révoltés contre le ralentissement de la croissance, ils ont perdu le sens d'un projet commun. La masse des Européens de l'Ouest vivent, dans la satisfaction et les querelles revendicatives, la relative opulence qu'ils exigent de l'Etat tutélaire. Ce Vieux Continent qui vieillit faute de renouveler ses générations, qui laisse à des immigrés les emplois les plus sales et les plus mal rétribués, se soumet-il déjà à l'empire idéocratique ou offre-t'il l'image de société à demi réconciliées avec elle-mêmes?200px-fronton_ens_ulm.1304613356.jpg

Européens sages qui détestent la guerre et qui disent adieu aux armes? Européens revenus de toutes les aventures, les croisades, les conquêtes coloniales, la quête indéfinie de la science, attachés à leurs libertés par habitude, hors d'état de s'unir pour se défendre ou pour créer? Traverseront-ils les années de récession ou de stagnation qui les attendent, d'ici à la fin du siècle, sans se déchirer ou sans s'abandonner? Selon le jour ou l'humeur, j'incline dans un sens ou dans l'autre.
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Contre les maux de la civilisation industrielle, les armes nucléaires, la pollution, la faim ou la surpopulation, je ne détiens pas le secret des remèdes miraculeux. Mais je sais que les croyances millénaristes ou les ratiocinations conceptuelles ne serviront à rien; je préfère l'expérience, le savoir et la modestie.
Si les civilisations, toutes ambitieuses et toutes précaires, doivent réaliser en un futur lointain les rêves des prophètes, quelle vocation universelle pourrait les unir en dehors de la raison?