"Ce n'est pas parce que l'on a rien dire qu'il faut fermer sa gueule" Michel AUDIARD

mardi 31 mars 2015

petit père Combes, reviens, ils sont devenus fous!



En montant à l'échafaud le 8 novembre 1793, Manon Roland* a déclaré: " Ô Liberté, que de crimes, on commet en ton nom!".
Permettez-moi de paraphraser la phrase de cette grande figure de la Révolution Française: "Ô laïcité, que d'âneries, on commet en ton nom!"

Il est vrai que depuis quelques années, cette grande et belle loi, si nécessaire et si indispensable, est mise à toutes les sauces, récupérée par les uns et par les autres, manipulée, triturée, déformée, amochée, dénaturée, mutilée, etc, etc.

Tout le monde se réclame d'elle, y compris et surtout les descendants spirituels de ceux qui l'ont combattu violemment il y a un peu plus d'un siècle. Chacun peut aisément en comprendre les raisons.

Je ne passerai pas en détail toutes celle ou tous ceux qui l'invoquent à tout bout de champ pour justifier leurs causes, ce serait trop long. Je me contenterai des derniers effets de manches concernant les cantines scolaires. Parce que, là, sans faire de jeux de mots, il y a à boire et à manger.

D'abord, c'est le maire UMP de Challon sur Saone qui a dégainé le premier: il a décidé qu'au nom de la laïcité, le menu de substitution* comprenant du porc, en place depuis plus de 30 ans, ne sera plus servi dans les cantines de la commune qu'il administre.

Dans la foulée et sans doute pour ne pas être en reste, le président de l'UMP affirme solennellement qu'il soutient cette initiative, ajoutant au passage que "ceux qui veulent des repas confessionnels n'ont qu'à aller dans des écoles privées confessionnelles." Je crois me souvenir que cet homme-là a été Président de la République pendant 5 ans après avoir exercé plusieurs fonctions ministérielles de haut niveau. Et pourtant, le voilà qui incite à déserter l'école publique. Il faut bien reconnaitre que c'est quand même une situation paradoxale. Mais à bien y réfléchir, pas tant que cela.

Quelques jours plus tard, sur RTL*, il propose de mettre des tables réservées pour les enfants de confession juive et des tables pour les enfants de confession musulmane. En matière d'incitation au communautarisme, il est difficile de faire mieux...

Je note au passage que plusieurs membres de son parti l'ont désavoué. Mais chacun sait que dans un parti politique, selon l'article 1, "le chef a toujours raison" et que, selon l'article 2, "si le chef a tort, c'est l'article 1 qui s'applique."

Mais, au fait, que dit la loi de 1905 au sujet des cantines publiques à laquelle ces messieurs dames se réfèrent? Et bien.... rien. Absolument rien. Pas même la moindre allusion. Sans doute, l'Observatoire de la Laïcité* recommande t-il "de ne pas prendre en compte de prescriptions religieuses", mais dans le même temps, il recommande d'offrir "une diversité de choix".

Les repas de substitution sont en place dans toutes les écoles publiques depuis des années sans que cela n'ait jamais posé le moindre problème. Donc, comment peut-on qualifier ces décisions? Pour ma part, j'aurais tendance à les qualifier de populistes, de ce populisme dont la finalité n'est rien d'autre que de semer la division et la haine. 
Nous vivons pourtant une époque où, plus que jamais, nous avons besoin de lucidité, de tolérance et d'intelligence. Tout le contraire de ces décisions politiciennes de bas étage.

Ensuite, et toujours dans le cadre des repas des cantines publiques, diverses personnalités écrivent dans Le Monde du 26 mars 2015* un article au titre évocateur: "Le repas végétarien, le plus laïc de tous." Encore une fois, la laïcité est instrumentalisée pour une cause particulière et partisane. Bien entendu au nom des grands principes chers aux signataires et accessoirement au nom "du bien être animal et respect de la vie sensible."

Après tout, pourquoi pas? Il y a des enfants qui n'aiment ni la viande ni le poisson, sans qu'il y ait la moindre cause religieuse. D'ailleurs de tels menus existent  déjà dans certaines cantines.

Mais là où le bât blesse, c'est quand ces mêmes signataires demandent, exigent que, je cite, "la loi française impose dans chaque cantine scolaire, mais aussi dans les restaurants universitaires et les administrations, une alternative végétarienne, voire végétalienne. "

Vous avez bien lu: la loi IMPOSE! Et cerise sur le gâteau, dans les restaurants universitaires! D'ailleurs, pour ne pas faire d'erreur de transcription, j'ai fait un copier-coller.

Petit à petit, j'ai le sentiment que des groupes de pression imposent insidieusement leurs préceptes, leurs dogmes, parfois leurs fantasmes ou leurs folies. Nous n'avons d'autres choix que de nous plier sans broncher à leurs exigences sous peine d'être rangés dans des catégories infamantes! Et souvent, hélas, les politiques qui nous dirigent cèdent à ces injonctions. Est-ce par faiblesse, manque de courage, démagogie? Peut-être tout cela à la fois.

Ce n'est d'ailleurs pas le seul domaine où des groupes de pression sévissent. Il y en a en matière économique: il faut être partisan inconditionnel de la liberté pour tous dans le même poulailler: pour le renard comme pour les poules.

En matière religieuse, il faut respecter les diverses croyances, ce qui est, bien sûr, une excellente chose, sauf que les diverses croyances en question n'admettent pas que l'on puisse les contredire, les brocarder ou les ridiculiser. Et dans ce cas, certains croyants apprennent l'insulte à leurs enfants; d'autres, des assassins, tuent sans vergogne. Dans les deux cas, qui ne sont en rien comparables, il ne faut pas toucher à la religion de quelque manière que ce soit!

Et là aussi, mais pas que là, les politiques manquent bien souvent de détermination et de courage.

Pour en revenir aux cantines scolaires et aux deux cas objets de mon billet, il me semble que c'est quand même osé de faire appel à la loi du "petit père Combes" pour justifier des parti pris, des idéologies.

Emile COMBES
Emile Combes

La loi* qu'a voulue Emile Combes* et qu'a fait voter Aristide Briand* le 9 décembre 1905, en clarifiant et en déterminant les rapport entre les églises et l'Etat, a été, quoiqu'on puisse en dire, une loi qui a apaisé la société française, même si son adoption a soulevé de vastes et violents débats.

Il est très dommageable qu'aujourd'hui, certains se croient obligés de la brandir comme un étendard pour justifier leurs petits calculs méprisables.

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"Angèle Cartier" de Claude Bachelier, éditions Zonaires: www.zonaires.com