"Ce n'est pas parce que l'on a rien dire qu'il faut fermer sa gueule" Michel AUDIARD

mercredi 21 septembre 2011

Vivre au-dessus de ses moyens...

Vivre au-dessus de ses moyens…

Le monde en général et l'Europe en particulier se débattent depuis quelques années dans une crise économique dont la gravité est au moins équivalente à celle de 1929. Les causes en sont multiples, mais on peut d'ores et déjà en pointer deux majeures: la faillite du système financier entrainé dans une spirale infernale due à son arrogance et son avidité scandaleuse et  l'abandon quasi total par les Etats de leurs prérogatives économiques au profit  du secteur privé marchand, dominé par les financiers. On est bien loin de l'époque où de Gaulle affirmait que "la politique de la France ne se faisait pas à la corbeille."  Depuis le milieu des années 70 - 80, sous prétexte de régler la crise de 1974, les Etats ont été priés de se mettre en retrait et de laisser agir les entrepreneurs privés. Margaret Thatcher, puis Ronald Reagan ont été les fidèles courroies de transmission de ces économistes ultra-libéraux issus de "l'Ecole de Chicago." Le président américain n'affirmait-il pas que "l'Etat n'est pas la solution, il est le problème." Quasiment tous les Etats démocratiques ont emboité le pas à ces politiques économiques, légitimés qu'ils étaient par les citoyens qui les portaient au pouvoir.
Mon propos d'aujourd'hui n'est pas revenir sur cette crise, ses origines ou ses conséquences. Non, plus modeste, mon propos d'aujourd'hui est de revenir sur un point de vue paru dans le journal "les Echos" du 19 août 2011 et qui n'a rencontré aucun écho dans nos médias. Et c'est bien dommage. Car cet article écrit par Madame Agnès Verdier-Molinié, dirigeante, je cite "de la Fondation IFRAP, think tank spécialisé dans l'évaluation des politiques publiques"  est un exemple éclairant de cette prétention à réduire le rôle de l'Etat à celui d'acteur de seconde zone. Le titre de cet article est sans ambiguïté: "couper dans les dépenses plutôt que d'augmenter les impôts." 
Et à partir de là, vous faire part de mon sentiment.

Que dit donc cette dame qui déclenche chez moi une sainte colère?
Tout d'abord, elle donne sa recette: "Pour supprimer le déficit structurel de la France (autour de 60 milliards d'euros par an), il conviendrait de couper 30 milliards de dépenses et de trouver 30 milliards de recettes nouvelles."
Comment coupe t-elle 30 milliards de dépenses?
1. l'Etat, les collectivités, les opérateurs publics, les universités sont mis en demeure de  supprimer des postes de fonctionnaires; de supprimer également les mises à disposition de personnels publics aux syndicats ou aux associations; d'aligner les retraites de la fonction publique sur celles du privé (20 milliards d'euros pour ce seul alignement!!!); des délégations de service publics (éducation, transports, logements) permettraient de substantielles économies. D'après une étude, l'enseignement privé sous contrat coûte 30 à 40% de moins par élève que le public. Voilà une affirmation pour le moins gratuite, mais il est vrai que cette étude a été faite par son organisation. Dont acte.

2. les collectivités locales devraient mettre en vigueur le non remplacement d'un fonctionnaire sur deux, "voire de deux sur trois", partant à la retraite; la réduction volontaire des échelons locaux; une réforme de la clause générale de compétence, sans toutefois sur ce sujet qu'elle ne rentre dans les détails.
3. les dépenses sociales: 600 milliards par an, précise t-elle. Ses remèdes: "meilleure gestion de l'hôpital public par non remplacement des départs en retraite; régulation de l'absentéisme; tarification à l'activité. Regrouper les aides sociales  (RSA, prime de Noël, APL...), en attendant sans doute de les réduire, puis de les abandonner; aides plafonnées par foyer fiscal. Et de citer le gouvernement britannique comme exemple. C'est tout dire!
Ensuite, vient sa potion pour les recettes:
1. l'Etat doit se désengager "petit à petit" de ses participations dans les entreprises, soit plus de 90 milliards d'euros: La Poste, EDF, les aéroports. Elle trouve même 20 milliards d'euros dans une vague "liquidation partielle et avisée de ces titres".
On voit par là que la partie recettes est infiniment plus courte que la partie coupe dans les dépenses, pourtant tout aussi expéditive.
Elle conclut son point de vie avec du classique: "baisser les dépenses publiques demande une vision non uniquement focalisée sur les échéances présidentielles et législatives."  et rappelle les exemples allemands, suédois ou canadiens, censés être des références.
Cet article a le mérite de la clarté. Ce point de vue ultra-libéral s'il en est illustre parfaitement ce à quoi veulent arriver tous les penseurs d'une société privatisée, c'est-à-dire où l'Etat serait réduit à la portion congrue, laissant les acteurs économiques (entendez par là les multi-nationales et les banques) organiser la vie de la nation. Ou pour reprendre une image bien connue: "au sein du poulailler, la même liberté pour tous, pour le renard comme pour les poules."

Sauf que ce que nous vivons actuellement est la preuve éclatante de l'échec du retrait des Etats. Comme par hasard, la crise touche en priorité les économies fortement libéralisées, les USA et l'Europe en sont les exemples les plus évidents. On me dira bien sûr que certains s'en sortent mieux que d'autres et on me citera la Suède, l'Allemagne et d'autres. En oubliant qu'en Suède la pression fiscale est énorme et qu'en Allemagne, les pauvres se comptent par millions. Comme chez nous. Alors, si c'est pour avoir des taux de croissance élevés et avoir en même temps des gens qui n'ont pas de quoi se nourrir ou se loger, je ne vois pas vraiment l'intérêt. Et n'oublions pas que ce que nous avons appelé chez nous "les trente glorieuses" a été une période de forte prospérité, même si ce n'était pas le paradis. Mais ce n'était certainement pas l'enfer que nous vivons aujourd'hui.

Sans compter qu'en Grande Bretagne pour ne prendre que cet exemple, l'Etat a du nationaliser certaines banques pour leur éviter la faillite! Dans un pays ultra-libéral, c'est quand même assez cocasse. Mais n'ont-ils pas appliqué l'adage: "privatiser les profits et nationaliser les pertes"?
On m'objectera que la Grèce est un exemple de gabegie à ne pas suivre. Ce qui est tout à fait exact. Ce qui l'est tout autant, exact, c'est que si l'Etat grec avait été plus fort, tant vis à vis du public que du privé, que si l'Etat grec n'avait pas laissé faire, on n'en serait peut-être pas là. Il est tout aussi vrai d'ailleurs que l'Etat grec à triché pour entrer dans la zone euro, aidé en cela par une banque américaine.
Un exemple parmi d'autres: le travail à temps partiel a été mis en oeuvre à la demande des partenaires sociaux. Sauf que ce temps partiel, apprécié des entreprises à cause de réductions de cotisations sociales, génère ce qu'on appelle pudiquement des "travailleurs pauvres", c'est-à-dire des gens qui travaillent plus ou moins 30 heures par semaine, avec des horaires compliqués et dont les salaires ne suffisent pas à assurer une vie correcte. Ce temps partiel devait faire baisser le chômage. Il n'a rien fait baisser du tout, si ce n'est le niveau de vie de salariés devenus précaires.
Alors, bien sûr, on peut supprimer des postes de fonctionnaires par milliers comme le recommande les dogmes ultra-libéraux, privatiser à tour de bras, déréguler pour "améliorer la compétitivité", tous ces remèdes de cheval sans foi ni loi ont non seulement fait la preuve de leur inefficacité, mais aussi, mais surtout de leur nocivité et de leur dangerosité.
Parce que aujourd'hui, qui peut dire que nous avons trop de policiers, de gardiens de prison, d'infirmières, de magistrats, de profs?... J'ai entendu dire que l'on pouvait supprimer des postes de policiers parce l'on allait mettre des  caméras de surveillance un peu partout. Que l'on pouvait supprimer des postes de profs parce qu'il y a moins d'élèves. Et j'en passe et des meilleures. Mais de qui se moque t-on? A qui veut-on faire croire qu'il y a trop d'infirmières dans les hôpitaux? A qui veut-on faire croire qu'il y a trop de juges? J'entends certaines réponses du genre "on peut faire mieux avec moins en s'organisant mieux". Ca me rappelle le fameux "travailler plus pour gagner plus" du Président de la République!!! On a pu voir les résultats!
Vous savez que je ne suis pas, loin s'en faut, adepte de la "théorie du complot". Pour autant, il m'arrive de me demander si certains, vous voyez qui je veux dire, ne mettent pas tout en oeuvre pour mettre en l'air notre système social, pour, en quelque sorte laisser un champ de ruines sur lequel se bâtiraient de nouvelles structures. Un exemple: les moyens de l'hôpital public sont de plus en plus réduits, si bien que nous en arrivons à avoir des médecins et des infirmières travaillant dans des conditions de plus en plus difficiles et cela, nous dit-on, pour faire faire des économies à la Sécu!  Moralité: plus l'hôpital est en difficulté et plus "on" laisse le terrain au privé. C'est valable pour l'hôpital public, mais ça l'est tout autant pour tous les services publics.  Un autre exemple, plus personnel celui-là: dans mon village, à compter du 1er octobre, la poste sera fermée le lundi. Pas assez de personnel m'a t-on dit... Donc, attendons nous, un jour ou l'autre, à voir s'installer dans le village une petite unité privée qui, elle, sera ouverte le lundi, en attendant la suite!
Pour en revenir à cet article, on voit bien où veulent en venir tous ces gens qui prônent l'austérité, les sacrifices pour, disent-ils, notre bonheur. Sauf que l'austérité, la rigueur, les sacrifices, toutes ces potions magiques que veulent nous faire ingurgiter tous ces docteurs Diafoirus, tous ces remèdes ont fait le preuve de leur nuisance. Rien qu'en France, 4ème ou 5ème puissance économique mondiale, nous avons pas moins de HUIT MILLIONS de PAUVRES. Oui, HUIT MILLIONS. Et que nous propose t-on pour éradiquer cette misère? Rien. Rien d'autres que des purges, de l'huile de ricin, comme si nous étions trop bien portants! On nous dit même que nous avons vécu et que nous vivons encore au-dessus de nos moyens! Sans doute pour ces gens-là, vivre avec le SMIC (1300 bruts par mois) c'est d'un luxe!!! Ce matin, à la radio, j'ai entendu Jean Peyrelevade, ancien Président du Crédit Lyonnais (1993 - 2003) affirmer que les français avaient vécu au-dessus de leurs moyens et qu'il convenait de revenir aux réalités. Et les réalités, pour tous ces gens-là, c'est de baisser la dépense publique, d'augmenter la compétitivité des entreprises, afin de réduire notre dette. Donc, moins de prestations sociales, plus de flexibilité et de précarité du travail, moins de régulations, suppression du salaire minimum et baisses des salaires et des retraites. Et je dois en oublier.

Je suis pour ma part partisan de la primauté du politique sur l'économique. Partisan d'un Etat qui impose aux acteurs économiques des lignes de conduite qui permettent aux citoyens de cet Etat de vivre dans la dignité. Cela impose bien sûr d'autres comportements, tant économiques que politiques. Mais dans un monde où l'argent et la puissance qu'il apporte sont devenus "les maitres de l'univers", j'ai bien peur que la folie ne l'emporte sur la Raison. L'Histoire nous enseigne que les injustices, quand elles deviennent insupportables, engendrent ou la guerres ou la révolution. Parfois les deux. Au-delà des grandes théories économiques ou politiques, des grands discours, il serait bien que l'on s'en souvienne.

ps: certains mots dans le texte sont en vert, soulignés et renvoient à une pub. Je ne suis pas à l'origine de cela et jusqu'à maintenant, personne n'a pu me dire comment éviter ce genre de choses désagréables. Si, vous lecteur, avez une solution, je suis preneur. Merci

jeudi 1 septembre 2011

des Panissières à Saint Suliac

Nous avons passé, avec nos deux princesses pélerinnaises,  une petite semaine dans ce village breton, situé dans l'estuaire de la Rance, à quelques kilomètres de l'usine marémotrice. Contrairement aux idées reçues, le soleil était de la partie et la pluie n'a fait son apparition que le dernier jour, comme si le pays marquait sa tristesse de nous voir partir...



Nous étions logés au coeur du village, dans une maison que nous avait prêtée nos cousins Nonésiens. Le granit est la marque de fabrique des maisons de ces contrées, des maisons un peu anciennes, s'entend, les plus récentes étant en moellons recouverts de crépi. Il faut dire qu'en Bretagne, le granit est partout, ou presque et les carrières d'extraction ne manquent pas. Sauf que de nos jours, construire une maison en granit revient autrement plus cher qu'une maison en parpaings.



Donc, la quasi totalité des maisons de Saint Suliac est en granit. Beaucoup d'entre elles ont été restaurées, sans pour autant perdre leur "cachet" d'origine. Chaque maison est différente, dans sa forme, sa couleur, son esprit. A quelques exceptions près, ce sont des petites maisons, avec un seul étage, un toit à deux pentes, recouvert d'ardoises. Donc, des maisons modestes, mais élégantes, coquettes, souvent très fleuries. Le diaporama vous en donnera une idée un peu plus précise. Le 15 août, c'est le Pardon et à l'occasion, des filets de pêcheurs ornaient bien des façades. Façon de rappeler  que Saint Suliac  a été un village de pêcheurs. A bord de chippes, un esquif typiquement suliaçais, les marins pêchaient le lançon, appelé là-bas une équille, ou la margate, une petite seiche dont je peux témoigner ici que, cuisinée par la cousine nonésienne, c'est ex-ce-llent!!!


Pour différentes raisons, dont la fin de la marine à voile, Saint Suliac n'est plus un port de pêche. L'agriculture, puis le tourisme ont petit à petit remplacé cette activité traditionnelle. Pour autant, ce village de 950 habitants cultive sa mémoire collective en organisant chaque année, en plus du Pardon du 15 août, une fête dédiée à "Saint Suliac, il y a cent ans."


Saint Malo, la célèbre cité des corsaires, n'est pas très loin. Nous avons visité "l'Etoile du Roy", un voilier, réplique d'une frégate construite à Saint Malo en 1795, qui a navigué sous pavillon français pendant UN mois, avant que d'être capturée par la marine Britannique. En déambulant dans le poste d'équipage, et pour avoir vécu et navigué sur sur des bâtiments au confort spartiate, j'ai pu mesurer que la vie à bord dans ces époques là ne devait pas être une sinécure pour l'équipage, mis à part la cabine du commandant, située à l'arrière, grande et relativement confortable.


Nous n'étions pas très loin de Cancale où A. est alléE chez Olivier Roellinger voir comment on pouvait améliorer notre "ordinaire". Entre nous, un "bouillon mystère de Tonkin pour petites huitres plates" ou une "soupe d'étrilles et poudre du voyage", ça se laisse déguster!Ce qui se laisse aussi déguster, ce sont les huitres, ces fameuses huitres cancalaises, fermes et croquantes, avec un goût d'iode très prononcé, bref un pur délice!


Il y a un "petit" musée à Cancale, pas très connu, hélas: "le musée ATP", pour "Art et Traditions Populaires". Comme beaucoup de ces musées modestes, modestes par leur taille et leurs moyens, ce musée est exceptionnel. Pour faire bref, il se compose de trois partie principales: une partie consacrée aux sculptures de l'abbé Quémenais; une autre aux modes de vie du pays cancalais; et une troisième, de loin la plus intéressante, en tout cas pour ce qui me concerne: la pêche à la morue pratiquée pour une partie au large de l'Irlande et pour une autre partie à Terre Neuve. Dans ce dernier cas, les voiliers partaient pour huit à neuf mois. A bord de chaque voilier, dix à quinze doris: ces petites embarcations à fond plat de cinq à sept mètres avec deux matelots à bord étaient chargées de la pêche proprement dite. Elles partaient un peu à l'aventure, avec un compas, quelques nourriture et des lignes de trois mille mètres sur lesquelles ils accrochaient des bulots sur les hameçons pour ramener un maximum de morues (parfois entre 700 et 800). Sachant que la paie était proportionnelle à la quantité de morues ramenée au voilier, on peut imaginer que le retour à bord ne se faisait qu'une fois la doris remplie à ras bord. Mais la brume, la grosse mer, parfois des baleines faisaient que bien des doris ne retrouvaient jamais le bord. Mon Ami suliaçais Yves B. -dont le père a été mousse sur un de ces voiliers; un jour, il faudra qu'il m'en parle un plus longuement- m'a dit que quelques doris étaient cependant arrivées à retourner à terre, et même une serait revenue à Cancale. Je me dis que ces gens-là étaient des sacrés navigateurs!


Les voiliers ont été remplacés par des chalutiers, équipés de chalut et de radars pour détecter les bancs de morue. D'où une pêche intensive entrainant la raréfaction de ces poissons. Anita Conti, océanographe et photographe, dans les années 52-53, a embarqué sur un des ces chalutiers et partagé la rude vie des marins. Elle en a tiré un livre, "racleurs d'océans" (éditions Payot et Rivages) avec des photos exceptionnelles. Déjà, dans cet ouvrage, elle s'inquiète de cette pêche intensive.


Nous sommes déjà allés au Mont Saint Michel à plusieurs reprises. Mais, à chaque visite, c'est toujours le même émerveillement, le même étonnement devant une telle bâtisse. Malgré une foule impressionnante, nous sommes montés, avec les princesses, jusqu'à l'abbaye, tout en haut. Il y a tellement à écrire que je préfère vous laisser le découvrir -ou redécouvrir-  par vous même avec ces deux liens. Mais, du haut de l'abbaye, voir la mer à perte de vue est un spectacle sans pareil...
Et puis, retour dans nos montagnes. Nous avons retrouvé Pollen, notre compagne fidèle depuis treize ans, mais bien fatiguée, très fatiguée. Sans doute nous a t'elle attendue pour tirer sa révérence. Quand je l'ai regardée une dernière fois, j'ai alors pensé à la très belle chanson de Renaud dont le refrain dit:


" un jour pourtant, je le sais bien,Dieu reconnaîtra les chiens."




Zoé et Pollen en 1999
Zoé et Pollen en 1999