"Ce n'est pas parce que l'on a rien dire qu'il faut fermer sa gueule" Michel AUDIARD

dimanche 22 juin 2014

bientôt...




François Rettaz, écrivain public, nous raconte Angèle Cartier. Née avec le siècle, elle s’était rêvée institutrice. Mais la Grande Guerre, cette horreur sans nom, a balayé ses espérances. Elle a révélé une femme qui, derrière une fragilité apparente, était en réalité une femme de caractère, à la volonté inébranlable. Il lui fallait bien cela alors que la vie ne lui laissait d’autres choix que de se battre, encore et encore.


Durant des années Claude Bachelier a parcouru le monde sur terre comme en mer et puis voilà qu’après avoir franchi détroits et caps, traversé gorges et défilés, il prend la plume pour raconter la vie, le quotidien de gens qui ne sont pas des héros, qui ont ce petit plus qui les rend si différents et qu’un jour, peut-être, il a croisé sans les voir.

Angèle Cartier un roman de Claude Bachelier, 158 pages, 15 € (frais de port 2€)
Parution le 2 juillet 2014   ISBN 978-2-9543796-6-1
Souscription avant parution : les frais de port sont offerts Bon de commande
www.zonaires.com

mardi 3 juin 2014

travailler plus....

le barman du café littéraire Calipso a proposé d'écrire un court texte à partir d'une brève, parue dans la presse. Je me suis empressé de prendre ma plume.

En 2007, Jackie avait entendu un candidat à la présidentielle affirmer qu’il fallait « travailler plus pour gagner plus ». Même à cette époque, pourtant, Jackie aurait bien voulu travailler tout court pour gagner plus que le RSA. Parce que cela faisait presque deux ans qu’il pointait à l’ANPE, et sans ce RSA et sans ses parents, il se serait retrouvé à la rue puisque ses droits à indemnités étaient épuisés depuis belle lurette. Ce slogan débile, balancé par des gens qui ignoraient tout de ce qu’est la galère le mettait hors de lui.

Avant que de se retrouver au chômage, il était magasinier dans une petite entreprise. Sauf que son patron ne payait ni ses fournisseurs ni l’URSSAF et que l’entreprise a donc fait faillite. Cela juste au moment où tout s’est déréglé dans le monde parce que des gens sans scrupules avaient joué avec l’argent des autres et qu’ils avaient perdu. Enfin, perdu, c’est beaucoup dire, car ces gens-là savent toujours se sortir des situations les plus périlleuses, même et surtout s’ils en sont à l’origine.

Toujours est-il que Jackie a pris le chemin de l’ANPE, comme des milliers d’autres, victimes eux aussi des prédateurs de la finance.

Et quand il y a un poste libre pour cent types qui cherchent un boulot, il y en a forcément quatre-vingt-dix-neuf qui restent sur le carreau. Et il a souvent fait partie de ces quatre-vingt-dix-neuf là. Alors, travailler plus pour gagner plus, faut-il encore avoir un boulot !

Dans le même temps, il s’est fâché avec sa copine et, faute de logement, il est retourné vivre chez ses parents. Parce que non seulement, le moindre appartement était hors de prix, mais aussi parce que les propriétaires exigeaient des garanties impossibles à fournir.

Il allait au moins une fois par semaine à l’ANPE, puis à Pôle Emploi. En effet, des gens savants avaient décidé que changer de nom et de structures serait plus efficace et moins cher. Pour ce qui est de l’efficacité, c’était plutôt raté : de moins en moins de boulots proposés et peu de budgets pour les formations. Quant au « moins cher », là aussi, c’était raté, car les économies attendues n’ont pas été au rendez-vous, même si plusieurs centaines de postes ont été supprimés.

Il a bien eu quelques boulots par les boites d’intérim, mais pas de quoi faire bouillir correctement la marmite.

Chez ses parents, Jackie se faisait discret et aidait sa mère pour les tâches ménagères et les courses dans les magasins. Il passait beaucoup de temps devant la télé ou l’ordinateur de son père.

Il a ainsi pu voir et entendre tous ces messieurs dames du « travailler plus pour gagner plus » dénoncer, la main sur le cœur, ceux qu’ils appelaient des profiteurs et des tricheurs, à savoir les chômeurs, lesquels chômeurs selon eux, mettaient en péril le système social français, dont ils étaient, évidemment, les plus ardents, les plus sincères et les plus efficaces défenseurs !!! Quand il entendait ces gens déclamer leurs discours hypocrites, il lui arrivait d’avoir des envies de tout casser, de foutre en l’air cette société faux-cul.

Jackie n’avait pas fait d’études et ne comprenait pas grand-chose à l’économie. Les débats qu’il avait suivis à la télé ou les articles qu’il avait lus sur internet l’avaient découragé de la chose économique. Personne ne prenait la peine d’expliquer simplement ce qui, sans doute, était compliqué. Comme s’il fallait rester entre gens qui savent.

Pourtant, il se disait qu’il y avait peut-être une solution à ce chômage : au lieu de faire travailler plus ceux qui avaient déjà un job, il serait peut-être bien de les faire travailler un peu moins, tout en les payant autant. Les boulots ainsi libérés pourraient être donnés à ceux qui, comme lui, pointaient à Pôle Emploi. Mais des tas de gens savants, d’économistes distingués, de politiques aussi honnêtes que chevronnés, avaient décrété que « l’économie, ça ne marche pas comme ça », et que de toute façon, il n’y avait qu’une chose à faire, et une seule : « se réformer », donc se serrer la ceinture ! La France vivait au-dessus de ses moyens, affirmaient-ils. Et les Français aussi.



Brève, mai 2014

La Suède expérimente de travailler moins pour gagner autant. Rappel : en Suède : chômage : 8,1% ; croissance : 3%