"Ce n'est pas parce que l'on a rien dire qu'il faut fermer sa gueule" Michel AUDIARD

vendredi 29 avril 2011

le petit exercice littéraire du vendredi (13)

Il s’agit aujourd’hui d’un poème écrit par un personnage exceptionnel qui a donné à la poésie française la légèreté et la vivacité qui, bien souvent, lui faisaient défaut. Donc, le nom de ce poète et le titre de ce texte. Réponses dimanche dans la soirée.

 Il était une foisunknown.1303975959.jpeg
un petit garçon qui n’était pas gai,
il n’y avait pas beaucoup de soleil
    là où il habitait.
Il n’avait jamais connu ses parents
    et vivait chez des gens qui
    n’étaient ni bons ni méchants,
    ils avaient autre chose à faire,
    ils n’avaient pas le temps.
Il y avait une autre fois275px-action_clericale.1303976217.jpg
un petit garçon qui souriait très
    souvent, la nuit, en dormant.
C’était une autre fois
    mais c’était le même petit
    garçon.
On l’appelait Michel Morin, le
    Petit garçon de la lune, parce
    que, lorsqu’il y avait la lune,
    il était content.
…/…
Des choses et des gens qui me font
    plaisir et qui me rendent heureux
    vraiment.
- Par exemple?
  Je revois Papa et Maman
- Mais comment peux tu les revoir
    puisque tu ne les as jamais vus?
  Tout de suite je les ai reconnus.
- Comment peux tu les reconnaitre
    puisque tu ne les as jamais
    connus?
  Ils me ressemblent, ils ont le même
    âge que moi.
  Papa c’était un enfant de la lune et
    Maman une petite fille du soleil.
220px-quartier_montmartre.1303977362.jpgUn jour qu’ils dansaient
    ensemble
Ils sont tombés sur la
    terre
à côté d’un ruisseau bleu
qui riait et chantait com-
me eux.
Et ils ont chanté avec lui
tellement ils étaient
heureux.
Et il a dansé avec eux.
Mais un jour la misère
    est venue
    et le ruisseau bleu est
    parti.
Papa et Maman l’ontunknown-2.1303977673.jpeg
    perdu de vue
et se sont perdus tous
    les deux avec lui.
Ils sont tombés dans la
    Misère
et ils m’ont laissé tomber
    aussi.
C’est vous qui me l’avez
    dit. 

jeudi 21 avril 2011

le petit exercice du vendredi (12)

Les meilleures intentions du monde ne sont pas, hélas, toujours suivies d'effet. C'était vrai hier. Cela l'est encore aujourd'hui. Et, hélas, le sera encore demain... Le gouvernement des Hommes n'est pas un long fleuve tranquille. Qui a écrit ces lignes, et quand? Réponses dans la rubrique commentaires mardi prochain, dans la soirée. Passez un bon week end de Paques.

Il n'est pas d'usage qu'un premier ministre s'adresse aux membres de son gouvernement sous la forme que j'ai choisie ici.
logo_ecole_nationale_dadministration.1303402202.jpgSa gamme d'expression habituelle ne connaît guère, en effet, de formules intermédiaires entre la déclaration politique et la classique circulaire.
Mais notre pays se trouve assailli de trop de difficultés, notre appareil d'État devenu trop distant de la société civile, pour dédaigner, ici comme ailleurs, les démarches nouvelles.
Donner aux multiples aspirations émanant des différents secteurs de la société l'occasion de s'exprimer, de se confronter et, si possible, de s'harmoniser est notre commune ambition. Mais cela impose au gouvernement une organisation, une démarche et des méthodes permettant de concilier le souci du dialogue et le maintien de l'autorité de l'État.
Le programme du gouvernement présentera, le moment venu, les voies et moyens d'une telle action.
La présente circulaire comporte d'ores et déjà des instructions sur la manière d'agir qui devra être la nôtre.
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Celles-ci ont été regroupées sous cinq têtes de chapitre : respect de l'État de droit ; respect du législateur ; respect de la société civile ; respect de la cohérence de l'action gouvernementale ; respect de l'administration.
Cette liste n'épuise pas un sujet dont les aspects multiples se révéleront à chaque instant de votre action ministérielle. Certains de ces aspects ont d'ailleurs fait l'objet de circulaires de mes prédécesseurs, dont la liste figure en annexe et auxquelles vous voudrez bien vous reporter.
Je vous demande cependant de voir dans les instructions qui suivent, au-delà du simple rappel de règles de bonne administration dont l'énoncé rend souvent le son de l'évidence, un code de déontologie de l'action gouvernementale.
75px-coat_of_arms_of_new_caledoniasvg.1303402740.pngJ'ai souhaité y rendre perceptibles l'esprit et la méthode qui doivent désormais inspirer vos travaux.
Aussi ai-je voulu que cette circulaire soit un des premiers actes du premier ministre désigné le... et qu'elle soit publiée au Journal officiel de la République française.
Je compte sur chacune et chacun d'entre vous pour la mettre en œuvre, tout comme vous pourrez compter sur moi pour y être attentif. 

mardi 19 avril 2011

Eddy Mitchell, le rocker éternel...

Samedi dernier, nous sommes allés voir,  écouter et applaudir Schmoll, alias Eddy Mitchell. La salle du Summum à Grenoble (3000 places) était pleine à craquer d'une foule plutôt sage, où cheveux blancs et calvities n'empêchaient nullement jean's, santiags  et katogans. 

Même mal assis - les sièges du Summum sont du genre spartiate - nous étions très bien placés, cependant à distance suffisante des hauts parleurs dont je n'ose même pas imaginer le nombre de décibels qu'ils crachaient: de quoi rendre fou collectivement les otho-rhino et les gestionnaires de l'Assurance maladie!!

Schmoll était en forme. Certes, il ne fait plus depuis longtemps les sauts de cabri de sa folle jeunesse, mais bon, sans vouloir être médisant, ce n'est quand même pas non plus "un perdreau de l'année". Comme d'ailleurs la très grande majorité de ceux qui étaient dans la salle. Et j'y étais...

Oui, Claude Moine était en forme et pendant deux heures tapantes, il nous l'a montré. Et démontré. Quand je pense qu'à ses débuts, il se disait que ce type là, avec sa dégaine de voyou et ses chansons idiotes, ce type là ne ferait pas long feu, je me dis qu'il faut éviter d'insulter l'avenir. Et il a chanté pendant deux heures, nous épargant ce que font pas mal de chanteurs aujourd'hui, à savoir raconter leur vie ou casser du sucre sur le dos de untel ou intel, histoire de faire passer le temps et de reprendre leur souffle. Scholl est un chanteur, pas un baratineur.

Dix huit personnes sur la scène, lui inclus: douze "cuivres", trois guitaristes, un pianiste et un batteur: un ensemble très professionnel. Avec, au saxo solo, Jean Bouchéty, l'arrangeur de bien des chansons du rocker, lequel en écrit presque toutes les paroles. 
Et comme parolier, on peut dire qu'il en impose: de "j'ai oublié de l'oublier" à "Alice" en passant par "la dernière séance", "pas de boogie woogie" ou "lèche-bottes blues", que des mélodies que chacun connait et reconnait. Et il y a toujours, derrière ces paroles, un petit quelque chose d'une  mélancolie que chacun d'entre nous porte en lui. Par exemple: 

"Je n't'ai pas vu grandir
Toi tu m'as vu vieillir... là , j'en fais d'trop
T'es l'début, moi la fin,
Et j' n'aurai jamais plus 18 ans demain."       

ou

"il y avait des chevaux sauvages, 
le soir dans les embouteillages
solitaire en somme, lonesome
il voyait des paysages
à la fin du film, tout est dit
le p'tit Claude s'appelle Eddy
l'histoire dit qu'il avait pris
l'esprit grande prairie.

il était loin, loin, loin, loin
il était loin, loin, loin, loin
l'esprit grande prairie
il était loin, loin....

Mais, heureusement, le grand Eddy n'a pas fait que dans la nostalgie: il nous a fait partager plusieurs chansons de son dernier album, "come back", dont il est à noter qu'à part un titre écrit par Laurent Voulzy et Alain Souchon ("ils ont cent vingt ans à eux deux", nous a-t'il confié..), c'est lui qui a écrit toutes les autres.

Oui, Eddy Mitchell est bien le rocker éternel, celui dont on regrettera toujours qu'il ne fasse pas de "come back" comme il écrit dans sa dernière chanson:

"oh, je ne vous ferai pas le coup de come back
des adieux, des regrets!
Non, je ne vous ferai pas le coup de come back
A jamais."

le Vietnam: ou Viêt Nam, les Viets du Sud

Avec un couple d’amis, nous avons passé dix sept jours au Vietnam et quatre jours au Cambodge. En mars, deux mois avant la saison des pluie. C’est peu de dire p1080801.1303053473.JPGque le dépaysement a été total. Nous étions dans un autre monde, une autre civilisation, sans pour autant, tel Christophe Colomb, être dans un nouveau monde.

L’aéroport de Hanoï est semblable à tous les aéroports internationaux du monde : des halls immenses où se croisent et s’entre croisent  des milliers de passagers pressés, angoissés, des taxis, des agents de la circulation complètement dépassés. Il faut reconnaître qu’il y a de quoi être dépassés : en effet, à Hanoï comme à Saïgon ou Phnom Penh, il y a des milliers, que dis-je, des dizaines de milliers de deux roues: vélos, mobylettes, motos  sans oublier les vp1080787.1303053148.JPGoitures et les camions. Et tout ça dans un concert de klaxons ininterrompu. Là-bas, on ne klaxonne pas pour protester ou insulter, mais pour prévenir de sa présence. Il faut dire que  la priorité à droite, les lignes blanches, les stops, les feux tricolores ne sont considérés, au mieux, que comme des concepts, et donc traités comme tels : des concepts. D’ailleurs, on nous a dit à plusieurs reprises que le code de la route est « facultatif ». C’est dire.

Nous avons fait un tour du côté du mausolée de Ho Chi Minh, sans pour autant pénétrer à l’intérieur : il aurait fallu faire la queue pendant trop de temps pour voir une momie, fut elle celle du Père de la Nation. Il faut préciser que « l’oncle Ho », comme il est appelé avec respect, l’oncle Ho voulait être enterré très simplement. Visiblement, il n’a pas été entendu par ses « héritiers » politiques. Nous avons visité la maison, simple et austère, où il a exercé ses fonctions de président jusqu’à sa mort. Je note au passage que bien des hommes qui ont eu pour leur pays une importance capitale – de Gaulle, Mandela, Gandhi, Ho Chi Minh – que ces hommes donc ont souvent préféré la simplicité, voire l’austérité aux ors des palais présidentiels.

Le musée d’ethnographie de Hanoï rassemble entre autre tous les styles d’habitation des différentes régions du pays. p1080975.1303138587.JPGMais aussi toutes les façons d’y vivre, d’y travailler ou d’y mourir. En même temps que nous, un collège tout entier visitait le musée. Encore que le terme visiter ne soit pas celui qui convient : les collégiens étaient livrés à eux mêmes et se souciaient comme d’une guigne de leurs ancêtres et de leurs coutumes.

p1080820.1303136747.JPGLa baie d’Halong mérite bien sa réputation de beauté mystérieuse et secrète. Pour peu qu’on se laisse aller à ouvrir sa propre boite à fantasmes, on se retrouve au milieu d’un monde peuplé d’ilots solitaires, plantés là, au milieu de  nulle part, comme jetés au hasard par une main invisible. Nul oiseau, nul animal, rien qu’une nature indomptée. Pourtant, dans un village lacustre, il y a des pêcheurs, qui vivent sur leurs bateaux, des artisans qui travaillent la nacre ou les tissus, mais aussi une école avec des élèves rieurs et des maitres sérieux.

Nous avons pris un train de nuit pour rejoindre Lao Cai, le pays des H’Mongs, à la frontière avec la Chine. Un train quelque peu ancien appelé TGV : Train à Grandes Vibrations. Et des vibrations, nous en avons eues, ce qui ne nous a pas vraiment empêché de dormir. Pour l’anecdote, en arrivant le matin, nous avons petit déjeuné dans un restaurant : le Bordeaux…

Nous sommes allés au marché. A Can Cau, puis à Bac Ha. Bien sûr nous étions des touristes, mais cela ne troublait en rien les villageois qui vaquaient à leurs occupations sans s’occuper de nous. Même si nous étions très sollicités pour acheter chemises ou tapis de l’artisanat local : il convenait alors de discuter les prix, leur machine à calculer à la main : joies du marchandage…p1080885.1303054155.JPG Les hommes sont habillés de façon banale, pantalon, tee-shirt ou p1080852.1303134735.JPGchemise, veste. p1080857.1303053987.jpgPar contre, les femmes et les enfants vivent en permanence dans leurs habits traditionnels, aux couleurs vives et chatoyantes, dans des tissus brodés et comme le jour de marché, c’est un peu la fête, ces habits sont encore plus beaux, plus élégants que d’habitude.

C’est une région très montagneuse. Les rizières sont innombrables, mais aussi des champs de maïs ou de théier. En général, il n’y a qu’une récolte par an, le centre et le sud allant jusqu’à trois. Le gouvernement fixe quatre récoltes comme objectif. Le Vietnam est l’un des plus grands exportateurs de riz au monde.p1080954.1303138283.JPG Les paysages de ces rizières sont impressionnants : à flanc de montagnes ou dans les plaines, c’est un même spectacle fait de sérénité et d’harmonie.  Une précision qui remplit de fierté certains vietnamiens, en tout cas notre guide : le Vietnam est le deuxième producteur mondial de café, derrière le Brésil.

Nous avons rejoint Hué, en passant par le Col des Nuages.p1090104.1303138852.JPG Auparavant, nous avions longé des plages de sable blanc à Da Nang, ville où les troupes américaines avaient installé une base immense. Des dizaines d’hôtels (des « resorts ») sont en construction le long de ces plages, plages qui deviendront les plages privées des hôtels et qui ne seront plus accessibles aux « indigènes ». Paradoxe singulier dans un pays communiste !

A Hué, capitale impériale jusqu’en 1945, nous avons longuement arpenté les différents palais royaux. Le pouvoir des différents rois était total, sans partage, régi par des lois implacables, appliquées avec rigueur par toute une hiérarchie (mandarins, eunuques) qui ne devait son existence qu’au monarque. Et une étiquette intransigeante, inflexible, sans oublier la religion, instrumentalisée au service exclusif du roi. Avec pour conséquences des pesanteurs, des rigidités qui ont conduit à scléroser le système, à l’affaiblir, puis à le détruire. Il en est ainsi d’ailleurs de tous les pouvoirs absolus, hier comme aujourd’hui, et comme demain.

Ho Chi Minh Ville. Ou Saïgon : à priori, les vietnamiens disent toujours Saïgon. Ville immense, tentaculaire, qui donne l’impression d’être plus dynamique, plus vivante, moins figée dans le passé que Hanoï. Ce n’est qu’une impression, bien sûr, mais le touriste que j’étais -et qui avais laissé ses à-prioris en France- l’a ressenti dès notre arrivée dans la ville. Là aussi, le code de la route est facultatif…      

Nous avons embarqué sur le Bassac pour une grande ballade sur le Mékong. p1090212.1303141408.jpgAllez savoir pourquoi, j’ai pensé à Gabin, quartier maitre de la Royale dans « un singe en hiver », sauf que lui se baladait sur le Yang Tsé Kiang.  A voir les rivages du Mékong, ces paysages, ces marchés flottants, ces jonques, je comprends mieux que puisse exister, pour ceux qui y ont navigué, une nostalgie certaine. Nous avons tous, caché au plus profond de nous, la nostalgie de rivages lointains et mystérieux.

Il y a presque autant de circulation sur le Mékong que dans les rues de Hanoï ou Saïgon. Des pêcheurs, des commerçants, des péniches énormes, chargées à ras bord de sable ou de graviers pris directement dans le lit du fleuve. Même le bruit des moteurs ne parvient pas à nous faire oublier que l’on navigue sur le Mékong.p1090243.1303139204.JPG Le marché flottant est un concentré de couleurs, d’odeurs, de bruits, de vies absolument inoubliables. Chaque jonque, chaque bateau a son enseigne : un ananas en haut d ‘une pique indique un marchand de fruits ; des oignons ou un chou un marchand de légumes…

p1090221.1303137544.JPGIl y a une vie très dense, le long de ce fleuve : les gens y vivent de la pêche, de l’agriculture, du transport de marchandises. Il y a même des fabriques de tuiles que l’on repère de loin à cause de la fumée qui s’échappe des fours. La fabrication est artisanale, bien sûr, et trois personnes sur quatre qui y travaillent sont des femmes.
Tout le long du fleuve, y compris le matin de bonne heure, on entend les cris, les rires des enfants.
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p1080905.1303135962.JPGp1080880.1303136306.jpgSi je ne devais garder qu’un souvenir de ce voyage, ce serait celui des enfants. Au nord, au sud, au centre, il y a des enfants. Cela n’est pas original, me direz vous. Certes, mais ils ont une telle présence, un tel rayonnement, une telle liberté  que l’on ne peut que se dire que ce pays est celui des enfants. Il est vrai que ce n’est pas toujours drôle d’être un enfant au Vietnam : il faut aider la famille dès son plus jeune âge que l’on soir paysan, pêcheur, commerçant ou autre. Mais  résonnera éternellement dans ma tête ce rire clair, ce rire éclatant des enfants du Vietnam.
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