"Ce n'est pas parce que l'on a rien dire qu'il faut fermer sa gueule" Michel AUDIARD

mercredi 18 février 2015

"de Gaulle 1940 - 1944, l'homme du destin"





Charles de Gaulle
J'ai regardé, sur FR3, le lundi 16 février, le documentaire que Patrick Rotman a consacré à "l'Homme du 18 juin". Rotman est plutôt quelqu'un qui penche à gauche et c'est justement cela qui donne un intérêt particulier à ce documentaire. Certes, beaucoup de gens à gauche se réclament peu ou prou de de Gaulle. Pourtant, il est certain que quand il exerçait le pouvoir, la gauche - mais pas qu'elle - ne lui a pas fait de cadeau. Il suffit de relire "le coup d'état permanent", écrit en 1964 par François Mitterrand, pour en être persuadé. Ce qui n'empêchera pas le fondateur du PS de se couler avec délices dans les institutions de la V ème République et d'exercer le pouvoir quasiment à la manière du général si décrié!...

Patrick Rotman fait partie de ces gens de gauche qui ont pour le général ce qu'on pourrait appeler les yeux de Chimène: Jean Noël Jeanneney, Jean Pierre Chevènement, Jean Lacouture et quelques autres dont Régis Debray ou Max Gallo. Tous l'ont plus ou moins combattu, mais n'ont pas hésité, courageusement, à dépasser leurs parti pris, leurs idées reçues, sans pour autant se rallier à ceux qui, aujourd'hui comme hier, se réclament de l'héritage de Charles de Gaulle. Jean Lacouture en particulier qui a écrit la biographie sans aucun doute la plus complète sur CdG (1). Un travail sans complaisance ni malveillance.

Dans l'avertissement au lecteur du premier tome, il écrit: "L'ambition de ce livre n'est pas de présenter un "nouveau de Gaulle", un Charles dévoilé, un général inconnu. Elle est de proposer à un public de non-spécialistes aux yeux duquel Charles de Gaulle est d'ores et déjà un personnage aussi légendaire  que le sont devenus Jaurès ou Clemenceau, un récit cohérent, aussi équitable que possible (mais non pas neutre) de cette traversée épique du XX ème siècle par le plus illustre, et en tout cas le plus singulier des français." Si je peux ici me permettre un conseil, c'est de vous recommander de lire ces trois volumes: certes, ce sont plus de 2200 pages, notes non comprises, mais cela vaut le coup de s'y atteler.

Mais revenons au documentaire de Rotman. Tout a été dit sur de Gaulle et ce qu'il a fait ou pas fait. Pourtant, ce documentaire nous éclaire d'un jour nouveau sur la solitude de CdG, du 17 juin 1940, le jour où il rejoint l'Angleterre au  6 juillet 1944, jour où le président Roosevelt le reçoit avec les honneurs dus à un chef d'état.
Pendant ces quatre années, il a été seul. En 1940 et 1941, peu de français ont quitté la France pour le rejoindre; la majorité des français résidant à Londres est repartie en France, pourtant occupée, ou  s'est exilée aux Etats Unis. A part l'amiral Muselier, pas d'officiers généraux, pas le moindre préfet ou sous préfet, pas non plus le moindre directeur d'une administration publique. Pas non plus le moindre politique, trop occupé à voter les pleins pouvoirs au maréchal Pétain le 10 juillet 1940 (sauf 80 députés qui s'y opposent). Pour faire court, aucune personnalité française de premier plan qui aurait pu donner un peu d'éclat et de visibilité à cette entreprise.

Winston Churchill
Le premier ministre britannique, Winston Churchill, accueille et soutient CdG dès le début. Mais, parce qu'il est seul et sans grands moyens, de Gaulle est d'une intransigeance totale en ce qui concerne les affaires de la France. Ce qui bien sûr va générer des conflits violents avec Churchill, et donc accentuera encore un peu plus la solitude du chef de la France Libre.

Suite à l'attaque japonaise contre Pearl Harbour, les Etats Unis entrent en guerre contre les puissances de l'Axe en décembre 1941.

Vis à vis de la France, le président américain maintient son ambassadeur avec le gouvernement Pétain jusqu'au 11 novembre 1942, date à laquelle les allemands envahissent la zone non occupée de la France. C'est ensuite vers l'amiral Darlan, pourtant le successeur désigné de P. Pétain, que va le soutien américain. Puis quand l'amiral est assassiné le 24 décembre 1942, c'est le général Giraud qui devient l'interlocuteur privilégié des alliés.

Parce que intransigeant, d'une susceptibilité à fleur de peau quant à la souveraineté française, le général de Gaulle est systématiquement écarté des prises de décision. C'est tout juste si Churchill ne le retient pas prisonnier à Londres. De plus, Roosevelt le soupçonne d'être un apprenti dictateur et prévoit lors de la libération de la France de mettre en place une administration sous direction américaine: c'est l'Amgot.


le Chef de la France Libre accueilli à la Maison Blanche par le Président Roosevelt
Mais, Darlan assassiné et Giraud étant d'une incompétence politique totale, il ne reste plus aux alliés qu'à reconnaitre de Gaulle et son gouvernement provisoire.
Pour Charles de Gaulle, c'est la fin de la solitude. Même si à partir de la fin 1942, des hommes politiques français de tous bords, des personnalités de la société civile, des militaires de haut rang, des artistes, des intellectuels  l'ont rejoint, il était déjà moins seul.

Mais il me semble que c'est cette solitude qui l'a conforté dans ses choix de ne jamais rien lâcher, de n'accepter aucune compromission. De refuser la moindre concession quant à la souveraineté de la France et de son empire.

Par sa seule force de caractère, par sa seule détermination, il s'est imposé aux alliés, à Churchill, à Roosevelt, à Staline. A tel point que la France a apposé sa signature sur l'acte de reddition sans conditions de l'Allemagne - le maréchal allemand Keitel lors de cette signature: "Ach ! Il y a aussi des Français ! Il ne manquait plus que cela ! " - mais aussi sur celui du Japon par le maréchal Leclerc le 2 septembre 1945.

Sans oublier non plus que, lors de la création de l'ONU le 26 juin 1945, la France fera partie des cinq membres permanents du Conseil de sécurité, avec le droit de véto.


Le titre que Patrick Rotman a donné à son documentaire était particulièrement bien choisi: quoi que puissent en penser les nostalgiques de Vichy et de l'ordre ancien, Charles de Gaulle a bien été "l'homme du destin."

(1) DE GAULLE, de jean LACOUTURE, éditions du Seuil, en trois volumes:
1. "le rebelle", 1984, 838 pages
2. ""le politique", 1985, 689 pages
3. "le souverain", 1986, 797 pages


de Claude BACHELIER
de Claude BACHELIER www.zonaires.com
Editions ZONAIRES
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