"Ce n'est pas parce que l'on a rien dire qu'il faut fermer sa gueule" Michel AUDIARD

vendredi 11 novembre 2016

Réhabiliter "les fusillés pour l'exemple"

Nous commémorons aujourd’hui le 98ème anniversaire de l’armistice qui a mis fin à cette guerre qui fut une gigantesque boucherie, mais aussi à une guerre qui fut considérée à raison comme « le suicide de l’Europe ».

Paul Valéry écrivait en 1919: « Nous autres, civilisations, nous savons que nous sommes mortelles ». Ce qui était vrai à cette époque est tout aussi vrai aujourd’hui, à l’aube de ce XXIème siècle.

Donc, dans chaque village de France, des hommages ont été rendus à ces centaines de milliers de morts, de disparus, de blessés, d’invalides. Mais aussi à ces milliers de veuves et d’orphelins. Hommages mérités. Hommages indispensables pour que ne soit jamais oubliés leurs sacrifices. Pour que ne soit jamais oubliées les horreurs du militarisme outrancier qui ont conduit à ces massacres, à ces tueries. « Plus jamais ça » disait-on après  novembre 1918. Hélas, vingt et un ans plus tard, nouvelle guerre, nouveaux massacres, nouvelles tueries. Mais cela, nous le savons.

Donc, hommages ont été rendus à toutes les victimes. Non, pas à toutes. Tous ceux qui ont été fusillés pour l’exemple pendant cette première guerre mondiale sont toujours les grands absents, les oubliés volontaires de la mémoire collective. Ou plus exactement ceux que les pouvoirs politiques depuis 98 ans ont volontairement occultés, par lâcheté ou par idéologie ou par conformisme ou par bêtise. En réalité, tout cela à la fois.



honneur aux soldats anglais
Il n’y a pas que des militaires français qui ont été fusillés. Il y a aussi des britanniques. Le gouvernement britannique a réhabilité collectivement en 2007 les 306 militaires fusillés. Certes, 89 années après, cela peut paraitre long, mais l’essentiel n’est pas là!

Chez nous, rien. Lionel Jospin, premier ministre a bien demandé une telle réhabilitation. Mais refus du président Chirac qui ne trouvait pas cela « opportun »

Mais personne n’a trouvé inopportun de décorer le général Nivelle des plus hautes décorations civiles et militaires et de l’enterrer aux Invalides!

Personne n’a trouvé inopportun de combler d’honneurs et de médailles tous les officiers généraux qui ont envoyé délibérément à la mort des milliers de soldats pour reprendre à l’ennemi quelques mètres carrés, aussitôt perdus le lendemain!


Personne n’a trouvé inopportun de rétablir dans leurs grades, leurs honneurs et leurs pensions les militaires félons de l’OAS qui, ne l’oublions pas, ont du sang sur les mains, du sang de français et d’algériens. Sans compter les multiples tentatives d’assassinat du chef de l’Etat! Personne!

 Réhabiliter aujourd’hui tous ces malheureux serait, de la part de ceux qui nous gouvernent aujourd’hui comme ceux qui nous gouvernerons demain, serait faire preuve de patriotisme. Oui, de patriotisme. Parce que c’est quoi, le patriotisme? Parce que le patriotisme, c’est d’abord et avant tout aimer son pays. Eventuellement, de mourir pour lui. 

J’ai eu l’occasion de travailler sur des lettres de soldats écrites à leurs familles pendant le conflit. Tous, je dis bien tous, étaient des patriotes. Tous voulaient défendre la patrie. Tous! Mais aucun ne réclamait de mourir pour elle. Ils acceptaient cette possibilité, mais aucun, sciemment, ne voulait mourir.
A cet égard, « les carnets de guerre de Louis Barthas, tonnelier, 1914 – 1918″ sont un témoignage exceptionnel.


La dernière tentative de réhabilitation collective a été tentée par le sénateur Fischer en décembre 2012 a été rejetée par la majorité sénatoriale le 19 juin 2014. Quelle honte!


Alors, quand des tribunaux militaires jugeaient des soldats soi disant coupables de trahison, des soldats qui se seraient volontairement blessés, ils les condamnaient à mort. Sans appel. Après des procès où la sentence étaient décidées à l’avance puisqu' »Il s’agit moins de punir un coupable que d’empêcher par la sévérité de la répression la contagion du mal. »

98 ans après cette abomination que fut cette guerre, il serait temps de tourner la page. De réintégrer dans la communauté des morts pour la France tous ces soldats qui n’ont sans doute pas été des héros, mais qui étaient des victimes, tout comme l’étaient les 1 400 000 morts, les 4 266 000 blessés de France. Comme les 9 720 000 morts, les 21 228 000 blessés du monde entier.

Quelques communes ont eu ce courage d’inscrire sur le monuments aux morts les noms de ceux qui ont été « fusillés pour l’exemple. » C’est formidable, mais cela ne suffit pas pour les réintégrer dans la communauté nationale. C’est aux plus hautes autorités de l’Etat de la faire.

Ce sera l’honneur du prochain président de le faire vraiment! Et son déshonneur s’il se dérobait!

de Claude Bachelier
Angèle Cartier
www.zonaires.com


mercredi 9 novembre 2016

les américains avaient à choisir entre...

les américains avaient à choisir entre Clinton et Trump. Ils ont choisi Trump. Les français auront Le Pen..

Vous voudrez bien excuser cette paraphrase de ce qu'avait déclaré W. Churchill en septembre 1938. Mais c'est ce qui m'est venu à l'esprit dès ce matin, quand à la radio, aux infos de 07h00, me sont parvenus les premiers résultats qui plaçaient D. Trump en "position de ballotage très favorable". (G. Erner)

Pourquoi, me direz-vous, un tel lien? Parce que la réalité du programme de D. Trump est un programme de société, les programmes politiques ou économiques viennent loin derrière. Tout comme celui de Mme Le Pen. Et pour appuyer ce projet, ils développent un populisme de combat, où l'outrance, la démagogie, le mensonge, l'insulte sont les arguments majeurs. 

Peu importe qu'il sera impossible de financer tel ou tel projet; peu importe qu'il sera impossible de revenir sur tel ou tel engagement international; peu importe qu'il sera impossible d'ériger des murs tout autour du territoire. Non, ce qui importe, c'est de dire que leurs adversaires sont tous et toutes issus de "l'établishment", des élites, que ce sont tous des pourris. Que eux seuls savent parler au peuple dans un langage que lui seul peut comprendre. Ah, peuples, que de mensonges, que d'âneries on peut dire en votre nom!!!

Pour revenir au lien que je fais entre ces deux populistes, D. Trump et M. Le Pen, il n'est que de revenir sur les félicitations que la présidente du FN a envoyé à Mr Trump avant même l'annonce de sa victoire. Mais aussi celles de Mme Maréchal Le Pen et de Mr JM Le Pen. Leur satisfaction, leur bonheur avaient quelque chose de pathétique, une sorte d'orgasme politique en quelque sorte.

Un autre prétendant, chez nous, à la magistrature suprême, a même déclaré que le peuple américain avait rejeté "la pensée unique"...

Et donc, je me dis que si le populisme a triomphé aux USA, et de quelle manière, il peut aussi triompher chez nous, en mai prochain.
Parce que le populisme, ne l'oublions pas, c'est un discours tenus par ceux qui affirment défendre les intérêts du peuple contre les élites. Même et surtout s'ils en sont les purs produits. Mr Trump et Mme Le Pen ne viennent ni du prolétariat ni de la classe moyenne. Tout comme d'ailleurs l'ancien maire de Neuilly.

Beaucoup des discours qui nous sont servis en vue de l'élection présidentielle en 2017 sont directement issus du populisme. Ils viennent de certains à gauche, mais surtout de beaucoup à droite. Les uns et les autres veulent faire notre bonheur, même contre nous.

Quoi que l'on puisse en penser, l'élection de Mr Trump, et avec lui, celle d'une majorité républicaine dans les deux chambres, cette élection donc va faire rentrer le monde dans une grande période d'incertitudes et de dangers. A cela, il faut ajouter les populismes à l'oeuvre dans certains pays européens, populismes partisans de pouvoirs autoritaires et rétrogrades, qui font de l'étranger - européen ou pas - le bouc émissaire et qui rêvent d'un retour à l'ordre moral.

Et bien sûr, chez nous, tous ces gens que l'élection de D. Trump galvanise. Nous ne sommes nullement à l'abri de leur soif de pouvoir autoritaire, nullement à l'abri d'une contagion qui nous viendrait d'outre Atlantique.

Tout cela n'incite guère à l'optimisme et il m'arrive de céder au découragement.

Alors, pour conclure, permettez-moi de citer Alexis de Tocqueville, qui a, il y a plus d’un siècle et demi, si bien compris ce qu’étaient les Etats Unis:

"pendant longtemps, ils empêcheront qu'aucun despotisme ne puisse s'asseoir, et ils fourniront de nouvelles armes à chaque génération nouvelle qui voudra lutter en faveur de la liberté des hommes.
Ayons donc de l'avenir cette crainte salutaire qui fait veiller et combattre, et non cette sorte de terreur molle et oisive qui abat les coeurs et les énerve."(1)

(1) "de la Démocratie en Amérique", de Alexis de Tocqueville, 1840, livre II, chapitre VII, éditions Gallimard, collection de la Pléiade.


"Angèle Cartier"
de Claude Bachelier
éditions Zonaires
www.zonaires.com