"Ce n'est pas parce que l'on a rien dire qu'il faut fermer sa gueule" Michel AUDIARD

vendredi 30 décembre 2011

le petit exercice littéraire du vendredi (35)

pour ce dernier exercice de l'année, j'ai choisi un auteur qui aime la vie, les bons mots, la bonne chère et les bons vins. C'est très facile, trop, sans doute. Mais bon, je ne veux pas vous embrumer la tête, mais vous laisser toute votre lucidité pour finir l'année en beauté et commencer la nouvelle dans une forme olympique. Le nom de cet auteur et le titre de son bouquin: réponses l'année prochaine....
En 1981, je fus invité par Maurice Denuzières à Meursault où il allait recevoir le prix de la Paulée. Je descendis en voiture avec son éditeur, Jean-Claude Lattès, valeureux propriétaire de 20 hectares de côtes du Lubéron, aujourd'hui un ami de plus de quarante ans.
A l'entrée de Meursault, un gendarme me fit signe d'arrêter ma SM. Inquiet - quelle faute de conduite avais-je donc commise? -, je la rangeai le long du trottoir et baissai la vitre.
- bonjour, monsieur, me dit la pandore, l'air sévère. Vous ne pouvez pas aller plus loin comme ça..
- comment, comme ça?
- vous avez vu ce qu'il y a sur la plage arrière de votre voiture?
Je me retournai.
- une bouteille d'eau minérale!
- l'eau est interdite à Meursault pendant la Paulée, déclara le gendarme, mi-sérieux, mi-amusé. Attendez moi quelques instants...
Il revint avec une bouteille de vin. Il la mit à la place de la bouteille d'eau qu'il confisqua...
Par les temps qui courent, on n'imagine plus un gendarme oser une telle plaisanterie, un tel geste, même en Bourgogne. La vue d'une bouteille d'eau dans une voiture peut, au contraire, valoir au conducteur les félicitations de la Gendarmerie et une décoration sur-le-champ dans l'Ordre national du Mérite. Pendant des siècles, il était convenu que tout buveur d'eau n'aimait pas le vin et que tout buveur de vin détestait l'eau. Ce sectarisme idiot, cet intégrisme essentiellement bachique, a produit une consternante littérature dans laquelle l'eau est moquée et méprisée.
Pour mémoire, quand même, cette Imprécation d'un buveur:
Maudit porteur d'eau, viens tu livrer la guerre
Au Dieu charmant qui remplit mon tonneau?
Retire-toi, marraud! n'approche pas... tout beau...
A l'aspect d'un seau, je fuirais au bout de la terre.
Si tu veux que de toi je devienne content,
N'apporte de l'eau seulement
Qu'autant il en faut pour rincer mon verre.
Au moins deux raisons à cette "aquaphobie" ou "hydrophobie" (Diderot emploie le mot "hydrophobe" dans Jacques le Fataliste):pendant longtemps, l'eau, même celle puisée à la source ou au puits, n'avait pas bonne réputation auprès des médecins. J'entends encore ma mère me gronder parce que je buvais de l'eau entre les repas. Sa filiation beaujolaise n'en faisait pas une ennemie héréditaire de l'eau; elle était simplement que celle-ci était plus nuisible que bénéfique à la santé de ses enfants. (Après avoir passé au fil de son épée un quarteron d'Anglais, le Grand Ferré mourut pour avoir bu, encore en sueur, de l'eau trop fraîche. Cet Obélix médiéval était quelque fois appelé à la rescousse par ma mère pour me mettre en garde contre les bagarres, la transpiration ou l'eau).
L'autre raison pour laquelle les buveurs de vin haïssaient le "chateau-la-pompe" ou le "jus de parapluie", c'était qu'alors, il n'était pas rare qu'il fût versé dans des verres contenant de vrais châteaux. Couper le vin quand il était excellent relevait en effet, sinon de la criminalité, au moins de la délinquance. Mais quand c'était de la piquette, quel mal y avait-il à ajouter de l'eau pour édulcorer la potion?

vendredi 16 décembre 2011

Le petit exercice littéraire du vendredi (34)



Mairie de Juvisy sur Orge
Pour l'avant dernier petit exercice de l'année, je vous propose un auteur qui a toujours eu un rapport particulier avec les mots, une façon bien à lui d'organiser ses phrases et ses textes. Il a inspiré bien des poètes, des écrivains et même un mouvement littéraire. Le nom de cet auteur et le titre de son ouvrage. Réponses dimanche dans la soirée, rubriques commentaires.

Gabriel n'insiste pas. Il découvre un nouveau sujet d'enthousiasme.
- et ça, s'exclame-t-il, ça c'est...


Mais il a la parole coupée par une euréquation de son beau-frère.
André Breton en 1924
- j'ai trouvé, hurle celui-ci. Le truc qu'on vient de voir, c'était pas le Panthéon bien sûr, c'était la gare de Lyon.


- peut-être, dit Gabriel avec désinvolture, mais maintenant c'est du passé, n'en parlons plus, tandis que ça, petite, regarde moi ça si c'est chouette comme architecture, c'est les Invalides...


- t'es tombé sur la tête, Charles, ça n'a rien à voir avec les Invalides.


- et bien, dit Gabriel, si ce n'est pas les Invalides, apprends-nous cexé.


- je ne sais pas trop, dit Charles, mais c'est tout au plus la caserne de Reuilly.


- vous, dit ..... avec indulgence, vous êtes tous les deux des p'tits marrants.


- ....., déclare Gabriel en prenant un air majestueux trouvé sans peine dans son répertoire, si ça te plait de voir vraiment les Invalides et le tombeau véritable du vrai Npaoléon, je t'y conduirai.


- Napoléon mon cul, réplique ..... Il m'intéresse pas du tout, cet enflé, avec son chapeau à la con.


- Qu'est-ce qui t'intéresse alors?


..... ne répond pas.


- oui, dit Charles avec une gentillesse inattendue, qu'est ce qui t'intéresse?


- Le métro.


Gabriel dit: ah. Charles ne dit rien. Puis Gabriel reprend son discours et dit de nouveau: ah.


- Et quand est-ce qu'elle va finir cette grève? demande ..... en gonflant ses mots de férocité.


- Je sais pas, moi, dit Gabriel, je fais pas de politique.


- C'est pas de la politique, dit Charles, c'est pour la croûte.


- Et vous, msieu, lui demande ....., vous faites quelques fois la grève?


- Bin dame, faut bien faire monter le tarif.


- On devrait plutôt vous le baisser, votre tarif, avec une charrette comma la vôtre, on fait pas plus dégueulasse. Bous l'avez trouvée sur les bords de la Marne, par hasard?


- On est bientôt arrivé, dit Gabriel, conciliant. Voilà le tabac du coin.

 

vendredi 2 décembre 2011

le petit exercice littéraire du vendredi (33)


Cette semaine, nous serons en plein dans le quotidien de l'économie: crise financière oblige. Cet auteur a, sans vraiment le vouloir, créé une doctrine économique qui, comme toutes les doctrines économiques a ses supporters et ses adversaires. Pour autant, sa pensée, d'une grande pertinence,  est plus que jamais d'actualité  Pas facile, facile, mais pas impossible de trouver le nom de cet auteur et le titre de son ouvrage. Réponses, comme d'habitude, dans la soirée de dimanche, rubrique commentaires.


Nous avons dit en passant que le nouveau système pourrait être plus que l'ancien favorable à la paix. Il convient de revenir et d'insister sur ce sujet.



Eton College
Les causes de la guerre sont multiples. Les dictateurs et leurs semblables, à qui la guerre procure, au moins en perspective, un stimulant délectable, n'ont pas de peine à exciter le sens belliqueux de leurs peuples. Mais il existe en outre des causes économiques de la guerre, qui leur facilitent l'entretien de la flamme populaire, à savoir: la poussée de la population et la compétition autour des débouchés. Cette dernière cause, qui a joué au XIX ème  siècleet jouera peut-être un rôle prédominant, a un rapport étroit avec notre sujet.


circulation théorique de la macroéconomie
Nous avons signalé dans le chapitre précédent que sous un régime de laissez-faire intérieur et d'étalon-or international, comme celui qui était orthodoxe pendant la seconde moitié du XIX ème siècle, le seul moyen pour les Gouvernements de soulager la détresse économique de leur pays était de lutter pour la conquête des marchés extérieurs. Les remèdes au chômage chronique ou intermittent se trouvaient tous exclus à l'exception des mesures destinées à améliorer la balance extérieure des revenus.


Friedrich HAYEK
Les économistes avaient coutume de célébrer le système international existant parce qu'il procurait les fruits de la division internationale du travail tout en conciliant les intérêts  des différentes nations; mais ils laissaient dans l'ombre une conséquence moins bienfaisante de ce système. Et certains hommes d'Etat faisaient preuve de bon sens et d'une juste compréhension de l'ordre réel des choses lorsqu'ils soutenaient qu'un riche et vieux pays qui néglige la lutte pour les débouchés voit sa prospérité décliner et s'évanouir.
 Or, si les nations pouvaient apprendre à maintenir le plein emploi au moyen de leur seule politique intérieure (et aussi, faut-il ajouter, si elles pouvaient atteindre un équilibre démographique), il ne devrait pas y avoir de force économique importante propre à dresser les intérêts de divers pays les uns contre les autres. Il y aurait encore place pour la division internationale du travail et pour l'octroi de prêts à l'étranger en des conditions appropriées. 
Mais aucun pays n'aurait plus un motif puissant d'imposer ses produits aux autres pays et de refuser les leurs, comme ils le font aujourd'hui, non parce que cette politique est nécessaire pour leur permettre de payer ce qu'ils désirent acheter à l'étranger, mais parce qu'ils cherchent à rompre ouvertement l'équilibre des paiement s de manière à rendre leurs balances commerciales créditrices. 
Le commerce international cesserait d'être ce qu'il est, c'est-à-dire un expédient désespéré pour préserver l'emploi intérieur des pays en stimulant les ventes  et en restaurant les achats au-dehors; moyen qui, lorsqu'il réussit, ne fait que transférer le problème du chômage au pays le moins bien placé dans la lutte. Il deviendrait un échange de marchandises et de services, réalisé librement et sans obstacles, en des conditions comportant des avantages réciproques.

vendredi 25 novembre 2011

le petit exercice littéraire du vendredi (32)

Aujourd'hui, un auteur qui n'en est pas un. Mais à la parole savoureuse et à l'intelligence aigüe. Avec en plus une qualité indispensable, une curiosité intellectuelle hors du commun. Essayez de ne pas aller sur internet. Car il me semble que c'est assez facile. Le nom de cet auteur et le titre de son ouvrage. Réponses dimanche dans la soirée, rubrique commentaires.


Rien n'est moins écologique que le "billet vert". Pour accumuler énormément de dollars ou pour en gagner un ou deux, riches et pauvres, milliardaires et déshérités, avec des responsabilités proportionnelles à leurs moyens, auront bien saccagé la planète. Le dollar est la monnaie universelle de la réplétion et de la faim, de l'opulence et de la survie. France-Soir publiait naguère une bande dessinée quotidienne relatant les aventures des gangsters célèbres. Titre: "Le crime ne paie pas". Mais si, hélas! le crime paie. Cash et le plus souvent en dollars. Les paradis fiscaux en sont bourrés.


Alexandre Soljenitsyne
Je ne puis pourtant détester le mot dollar. Pour une raison très personnelle, bien légère, frivole, parce qu'un billet, retiré de la circulation fiduciaire, a acquis dans mon portefeuille une valeur qui n'est pas prise en compte dans le cours de monnaies: la magie.


J'avais vingt ans et à cette époque, il n'y avait rien d'étonnant à ce qu'un étudiant n'eût encore jamais vu de dollars. Au cours d'un repas dans un restaurant populaire de Richelieu-Drouot, mon ami Guy Frély, de quelques années mon aîné, qui travaillait dans un ministère, sortit de sa poche un billet d'un dollar. Je le palpai et le regardais avec curiosité. "Garde-le,me dit-il, il te portera chance".


Vingt-cinq ans après, tassé, fripé, ce billet était toujours au fond de mon portefeuille. A chaque fois que j'en changeais, je n'oubliais pas de l'y remettre. Vint une époque où les hommes portèrent des sacs en bandoulière. J'oubliais le mien dans le métro, à la station Charles-de-Gaulle-Etoile. Dedans, entre autres objets commodes auxquels j'avais la faiblesse de tenir: clés et portefeuille. Le soir même, assez tard, une femme sonna chez moi. Passagère de la même trame de métro, elle avait trouvé mon sac et, à l'intérieur, mon adresse. Elle allait travailler un peu plus  loin que l'Etoile, à Neuilly, au New York Herald Tribune. C'était une journaliste américaine.


le Beaujolais vu du ciel
le prix Goncourt 2011
Quelques années après, un samedi matin, je m'aperçus que, la veille,en sortant de la brasserie Lipp où nous allions souper après ..........., javais perdu mon portefeuille. Il était probablement tombé de ma poche tandis que je montais en voiture. Le dimanche, je reçus un coup de téléphone d'une personne qui travaillait au Point et qui m'informa que mon portefeuille y avait é&té déposé par un homme bien honnête. Il l'avait trouvé après minuit dans une rue de Saint-Germain-des-Prés. Avait-il laissé son nom et son adresse? Non, c'était un Américain qui s'en était retourné aux Etats-Unis le matin même.


Comment n'aurais-je pas fait un rapprochement entre mon dollar fétiche et ces deux Américains qui m'avaient rapporté ce que mon étourderie avait perdu? Mes chances de rentrer en possession de mon portefeuille étaient minces, mais beaucoup plus nombreuses que les probabilités, infimes celles-là, qu'il fût trouvé deux fois par des Américains, à Paris, et des Américains intègres. Le hasard me parut deux fois magique.

Des années passèrent encore. Il y avait toujours, dans la poche principale de mon portefeuille, tout au fond, caché, pressé par les coupures françaises, le billet vert de mes jeunes années Richelieu-Drouot. Cette fois, je perdis mon portefeuille à la sortie d'un restaurant Courtepaille, près d'Avallon. Il n'y a pas d'Américains dans le Morvan.

samedi 19 novembre 2011

salauds de pauvres (2)

Il y a quelques temps, j'avais écrit un billet, "salauds de pauvres" en réaction à un discours de Laurent Wauquiez qui proposait alors de faire travailler gratuitement les chômeurs au prétexte mensonger autant que fallacieux que bien trop de ces chômeurs "profitaient du système" et se complaisaient dans le système de l'assistanat. Il est à remarquer que cette proposition a été retenue par le gouvernement qui devrait présenter une loi en ce sens devant le Parlement. Quand il s'agit de dénoncer le soi-disant assistanat, nos gouvernants ne manquent ni d'imaginations ni de solutions toutes faites, les unes et les autres visant toujours les mêmes populations, accusées de fraudes, de vols, d'escroqueries en tout genres et de fainéantises caractérisées. En oubliant bien sûr les requins en cols blancs  qui nous ont amené là où nous sommes, c'est-à-dire pour citer le Premier Ministre, "au bord de la faillite". Il faut se souvenir qu'il avait déclaré, en 2007, qu'il était "le Premier Ministre d'un Etat en faillite." Ce qui ne l'a pas empêcher de mettre en oeuvre le bouclier fiscal, avec les résultats et les conséquences que l'on sait!


Les propos de Laurent Wauquiez, pour indignes qu'ils soient, méritent cependant que l'on s'y arrête. Rappelons qu'il est ministre de l'Enseignement supérieur et de la recherche depuis quelques mois. Avant ce poste, il fut secrétaire d'Etat chargé de l'emploi, puis un éphémère ministre des Affaires Européennes. Il a créé le mouvement " la droite sociale" (sic!) et est membre de l'UMP. 


Donc, quels sont les propos de ce monsieur qui m'amène à réagir?
Je cite: "Si jamais, quand vous tombez malade, cela n'a aucun impact sur votre indemnité et votre salaire, ce n'est pas très responsabilisant. Du coup, on a un peu l'impression que la sécurité sociale est quelque chose sur lequel on peut tirer sans qu'il y ait un impact."
Puis:
"Il faut qu'il y ait un petit signal. Quelqu'un qui est en arrêt maladie, il faut qu'il se rende compte : tout ça, ça coûte à la sécurité sociale. C'est une question de principe. Il oppose celui qui joue le jeu, qui, quand il est un petit peu malade, fait l'effort d'aller au travail", à celui qui se dit "quand je suis malade, c'est pas grave parce que je suis indemnisé".
"Ce n'est pas juste", continue M. Wauquiez, évoquant encore celui qui finance le système "par ses cotisations qui viennent pour compenser des gens qui n'en ont rien  à faire et, se disent que parce que c'est gratuit, tirent sur le tiroir-caisse."


Comme ses collègues de parti ou de gouvernement, Mr Wauquiez oppose ceux qui travaillent courageusement, c'est-a-dire lui, ses amis, vous, moi, aux autres, c'est-à-dire les fainéants, les voleurs, les profiteurs, bref et pour reprendre ce qu'ils considèrent comme un gros mot ou une insulte: les assistés! C'est une constante chez ces gens-là, opposer les uns aux autres, les fonctionnaires aux salariés du privé, ceux qui ont un boulot à ceux qui n'en n'ont pas, les ouvriers aux employés, ceux des villes à ceux des campagnes, les français aux étrangers et j'en oublie. Le ton avait été donné lors de la campagne des présidentielles où le candidat Sarkozy opposait -déjà- "ceux qui se lèvent tôt" aux autres. Et tout cela dans un discours quasi compassionnel où chaque mot est pesé, calculé, de façon à aller dans le sens du poil.


Avant que de continuer mon billet, je voudrais que l'on se comprenne bien: je n'écris pas ici pour dire que "tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil." Je sais qu'il y a des profiteurs, des fainéants, des escrocs: la fraude existe et, comme tout un chacun, je connais des gens qui usent et abusent su système. Mais comme tout un chacun aussi, je sais qu'il y a des gens qui ont besoin de ce système, parce que malade, précaire, au chômage, retraité à la maigre pension, etc, etc. Et comme tout un chacun, je sais aussi qu'il y a dans notre France huit millions de personnes qui vivent avec moins de 800,00 € par mois.


Pour revenir aux propos de notre ministre, membre de la "Droite Sociale" (re-sic), il fustige (j'ai failli écrire stigmatise, mais ce mot est tellement galvaudé!) ceux et celles qui, malades, arrêtent de travailler. Sans doute ce monsieur n'a t-il jamais été malade et on ne peut que s'en réjouir pour lui. Et lui souhaiter que cela continue.


Pour autant, il ne connait rien à la réalité du monde de l'entreprise qu'il dit connaitre. Car lorsqu'un salarié est en arrêt maladie (pas accident du travail ou maternité), il faut savoir que, outre les 3 jours de carence (bientôt 4), cet arrêt lui sera décompté pour ses congés payés, pour son intéressement ou sa participation éventuel, ses primes, même si son salaire est complété par son employeur. Et ce complément n'est quasiment pas assuré dans les petites entreprises. Dans ce cas, la sécu verse un complément, mais qui est loin de remplacer la totalité du salaire puisque l'indemnité versée est de 50% ou 66% du salaire brut. Et depuis la dernière loi de finances, ces pourcentages se trouveront diminués du fait d'un nouveau mode de calcul. Y compris pour les accidents du travail. Quand on connait la modicité des salaires dans notre pays (en 2009, moyenne de 1583€ brut par mois pour les hommes, source INSEE), on se demande si ce monsieur n'a pas fumé de la moquette avant cet interview. Je vous rassure, il ne fume pas et il sait ce qu'il dit.


Lui et ses amis sont des grands pourfendeurs de ce qu'ils appellent l'assistanat. Et dans ce qu'ils considèrent comme un gros mot, ils mettent la Sécurité Sociale en première ligne, au prétexte qu'elle "coûte". Sauf que cette sécu, nous la payons: par nos cotisations tous les mois et celles des employeurs, par toutes les franchises appliquées aux remboursements, par la CSG et la CRDS, sans oublier les mutuelles privées. Et j'en oublie certainement. Nous avons tous une assurance pour la maison ou la voiture, assurances toutes les deux obligatoires. Nous payons une cotisation et lors d'un sinistre, nous faisons jouer la clause de remboursement. Parfois, d'ailleurs, ce n'est pas toujours facile! Il y a des escroqueries à l'assurance mais cela ne met pas en cause le système. Les assureurs privés, les mutuelles gagnent de l'argent et même beaucoup. Ils arrivent à certains d'en perdre, mais à cause de placements spéculatifs douteux.


Ce que je veux dire par là, c'est que la sécu n'est pas gratuite: comme une assurance, nous payons des cotisations et si besoin, nous demandons les prestations auxquelles nos cotisations nous donnent droit. Sous prétexte de faire la chasse aux voleurs, mr Wauquiez et ses amis remettent en cause tout le système. Il n'est que de se souvenir du discours du Président il y a quelques jours où il avait le culot de se référer au Conseil National de la Résistance. N'est pas Hessel qui veut!


La sécu est en déficit, n'arrête pas d'affirmer tous ses détracteurs, à coups de milliards d'euros. Faut-il rappeler que les recettes de cette sécu viennent des cotisations versées par les salariés et les entreprises. Sauf que les dites entreprises bénéficient de milliards d'euros d'exonérations de ces cotisations, dont il serait pertinent d'en examiner l'efficacité. En théorie, l'Etat  doit reverser à l'URSSAF l'intégralité du montant de ces exonérations. Ce qu'il ne fait pas: ce serait d'ailleurs une bonne chose que de connaitre la dette de l'administration à la sécu. Et puis, nous sommes en période de chômage endémique et moins de travailleurs égal moins de cotisations. CQFD!


Je sais qu'il n'y a pas de remèdes miracles et je me garderai bien de me ranger dans le camp des "yaka" ou izonka", sachant toutefois que ces derniers se retrouvent dans chaque camp politique ou économique.


Pour autant, je me souviens qu'entre 1997 et 2000, les comptes de la Sécurité Sociale étaient en équilibre, et même en excédent. Je vous laisse vérifier sur ce lien. La raison? Une baisse significative du chômage, tout bêtement. Baisse due autant à un environnement international favorable qu'à une volonté politique forte. Aujourd'hui, il est vrai que l'environnement international n'est pas spécialement favorable, mais, chez nous, la volonté politique s'exerce plutôt du côté du bouclier fiscal et de la dénonciation scandaleuse de boucs émissaires. Plus facile en effet de s'attaquer aux malades et aux chômeurs qu'à ses amis du CAC 40.


S'attaquer aux fraudes et aux fraudeurs est nécessaire. Mais laisser entendre de façon quelque peu hypocrite que les malades ne le serait que pour mieux tirer au flanc et bénéficier ainsi des "largesses" de la sécu est hautement irresponsable. Mais dans la réalité des intentions, ceux qui nous dirigent encore pour quelques mois ont une politique bien précise, même s'ils s'en défendent, à savoir détricoter ce qu'en France on appelle faussement "l'Etat providence". Pour eux, cet "Etat providence" est à l'origine de tous nos maux, de tous nos déficits, de toutes les catastrophes. Sauf que ce genre d'affirmations est un mensonge grossier: aux Etats Unis, en Grande Bretagne, en Allemagne, pour ne citer que ceux-là,  il n'y a pas de système social comme le notre; pas non plus de code du travail ou d'inspecteurs du travail; en Allemagne, il n'y a même pas de salaire minimum. Il n'empêche que ces pays, tous dans la tourmente financière et économique, ces pays connaissent les déficits, le chômage, l'inflation, la précarité, la misère.


Alors, affirmer comme Mr Wauquiez et ses amis que le mal français vient d'un système social trop avantageux et qui encouragerait l'assistanat est une insulte faite à notre intelligence. Ils se sont soumis aux nouveaux imprécateurs que sont les marchés financiers, les agences de notation et les spéculateurs de tous poils et ils voudraient nous faire croire que c'est parce que nous sommes tous des assistés que nous devons payer le prix d'une rédemption qui ne peut venir que d'eux. Eux et leur rigueur à sens unique. Eux et leur austérité qui conduit dans une impasse.


Je sais, comme tout un chacun, qu'il n'y a pas de recettes miracle. Je sais aussi que ce volontarisme d'opérette qui consiste à nous faire ingurgiter des purges ne donnera d'autres résultats que de nous appauvrir un peu plus et de nous enchainer encore plus à ce que les marxistes appelaient "le grand capital."


Et nous mourrons sans même être guéris.

vendredi 11 novembre 2011

le petit exercice littéraire du vendredi

Des problèmes techniques sur le Monde.fr qui héberge mon blog où je publie d'habitude les "petits exercices" m'oblige à "poster" sur celui-ci. Vous pouvez bien sûr y écrire vos réponses sans pour autant vous abonner. Comme sur l'autre blog, vous devez cependant inscrire votre adresse internet, visible par moi seul. 
Raymond ARON
Cette semaine, un auteur du XIXème siècle, fin observateur de la vie en France, qu'elle soir politique, sociale, administrative ou sociale. A le lire, on voit que ces réflexions sont toujours, en quelque sorte, d'actualité. Donc, le nom de cet auteur et de son oeuvre. Réponses dimanche soir, rubrique commentaires.

Dans les pays où l'administration publique est déjà puissante, il naît peu d'idées, de désirs, de douleurs, il se rencontre peu d'intérêts et de passions qui ne viennent tôt ou tard se montrer à nu devant elle. En visitant ses archives on n'acquièrent pas seulement une notion très exacte de ses procédés, le pays tout entier s'y révèle. Un étranger auquel on livrerait aujourd'hui toutes les correspondances confidentielles qui remplissent les cartons du ministère de l'intérieur et des préfectures en saurait bientôt plus sur nous que nous-mêmes. Au XVIII ème siècle, l'administration publique était déjà, ainsi qu'on le verra en lisant ce livre, très centralisée, très puissante, prodigieusement active. On la voyait sans cesse aider, empêcher, permettre. Elle avait beaucoup à promettre, beaucoup à donner. Elle influait déjà de mille manières, non seulement sur la conduite générale des affaires, mais sur le sort des familles et sur la vie privée de chaque homme.
United States of America
.../...
A mesure que j'avançais dans cette étude, je m'étonnais en revoyant à tous moments dans la France de ce temps beaucoup de traits qui frappent dans celle de nos jours. J'y retrouvais une foule de sentiments que j'avais crus nés de la Révolution, une foule d'idées que j'avais pensé jusque-là ne venir que d'elle, mille habitudes qu'elle passe pour nous avoir seule données; j'y rencontrais partout les racines de la société actuelle profondément implantées dans ce vieux sol. Plus je me rapprochais de 1789, plus j'apercevais distinctement la physionomie de cette Révolution. Déjà, elle annonçait son tempérament, son génie; c'était elle-même.
Algérie
.../...
Dans ces sortes de sociétés où rien n'est fixe, chacun se sent aiguillonné sans cesse par la crainte de descendre et l'ardeur de monter; et comme l'argent, en même temps qu'il y est devenu la principale marque qui marque et distingue entre eux les hommes, y a acquis une mobilité singulière, passant de main en main sans cesse, transformant la condition des individus, élevant ou abaissant les familles, il n'y a presque personne qui ne soit obligé d'y faire un effort désespéré et continu pour le conserver ou pour l'acquérir. L'envie de s'enrichir à tout prix, le goût des affaires, l'amour du gain, la recherche du bien-être et des jouissances matérielles y sont donc les passions les plus communes.






Conseil général de la Manche









mardi 8 novembre 2011

deux princesses à New York.

l'A 380
Ce n'était pas vraiment un voyage princier. Pour autant, Air France avait mis à notre disposition - à nous et quelques 400 passagers - un A380. Dame, les princesses ne sauraient voyager sur un vulgaire coucou, fut-il de chez Boeing ou de chez Airbus. Ce coucou de près de 300 tonnes à vide nous a emmené en quelques heures et dans un silence relatif mais quand même remarquable à notre destination finale, à savoir New York City.


Inutile de préciser que ce voyage était attendu depuis quelques années, cinq exactement, depuis que, pour ses dix ans, nous y avions emmené Zoé.


Avec quatre valises de soute, deux de cabine, les sacs à dos, trouver un taxi à la mesure de nos bagages était mission impossible; aussi, nous avons du nous rabattre sur un taxi "classique", un des milliers de "yellows cabs" qui sillonnent les rues de NYC. Certes, ils donnent l'impression d'être de grands véhicules, mais en réalité, une fois que l'on a mis deux valises dans le coffre, il n'y a plus de places dans ce coffre et il a fallu se débrouiller pour caser à l'intérieur, le reste des bagages, les princesses et nous. Tout cela dans une chaleur lourde et humide. 


Pour nous déplacer dans cette ville immense, nous avons beaucoup marché, bien sûr, mais surtout pris le métro. Un métro, construit à la fin du XIX ème siècle et qui s'est peu modernisé. On retrouve ainsi des stations où les faïences sont d'origine. Les rames n'ont pas encore adopté le pneumatique et le bruit lorsqu'elles passent ou rentrent dans une sation est, au sens propre du terme, infernal. Mais cela n'a pas spécialement dérangé nos demoiselles qui y étaient aussi à l'aise que les gens du cru.. Nous avons pris le bus, tout aussi naturellement. D'ailleurs, et pour l'anecdote, lorsque deux dames d'âge respectable sont montées dans le bus, nos deux princesses se sont levées spontanément pour laisser à ces dames leurs places assises. Ce qui, entre nous, est tout à fait normal, mais qui mérite néanmoins d'être souligné.


chez Bubba Gump
Nous sommes allés au théâtre voir "le fantôme de l'Opéra". En matière de comédie musicale, les américains restent les maitres absolus. Elles n'en ont pas perdu une miette, même si la fatigue pesait parfois sur les paupières. Puis, ensuite, quelques crevettes et quelques "french fries" chez Bubba Gump, le restaurant de Forrest Gump


neige et pluie
Dans une ville comme NYC, la neige n'est jamais quelque chose de banal. Nous en avons encore eu la preuve ce vendredi. Et quand à la neige fondue et glaciale se mèle un vent violent, lui aussi glacial, on se demande si on aurait pas mieux fait de rester chez soi, bien au chaud. Mais pour ces demoiselles, ce ne sont pas quelques flocons de neige qui devaient entraver le shopping sur Brodway ou Canal Street, seule alternative quand le vent déboule des avenues (appelées là-bas des canyons) et vous transforme instantanément en un épouvantail, un parapluie retourné dans une main, tandis que l'autre (main) essaie de vous mainenair en équilibre sur le sol glissant! D'accord, j'exagère. Mais si peu...


Heureusement, "après la pluie, le beau temps". Nous en avons profité pour aller à Central Park où Lily et Lucy se sont essayées, avec succès, au patin à glace. Et oui, ce n'est pas tous les jours que l'on peut patiner dans un tel endroit et il ne fallait pas laisser passer une telle occasion. Cet immense poumon vert au coeur d'une telle ville ne laisse pas de surprendre, tant il y a de camions, de voitures, de motos, de bus qui roulent en permanence, dans un déluge de CO2, de bruits, d'embouteillages et j'en oublie. 
vue du Rockefelle Center


Nous ne sommes pas montés sur l'Empire State Building trop d'attente: plus de deux heures), mais sur le Rockefeller Center, un tout petit peu moins haut, mais tout aussi intéressant. Du sommet, on a une vue plongeante sur toute la ville. C'est très impressionnant. Et de là-haut, on prend mieux encore la mesure de Central Park.


une des nouvelles tours en construction
une nouvelle tour en construction
Puis la traversée vers la statue de la Liberté qui fêtait le 125 ème anniversaire de son installation. Un ami américain nous a d'ailleurs remercié, nous français, d'avoir fait ce cadeau aux EU. Puis Ellis Island, lieu d'accueil de milliers et de milliers d'immigrants, venus d'Europe et d'ailleurs. En revenant, nous sommes passés près de "ground zero", là où les "twins towers" se dressaient dans le ciel, avant que des obscurantistes fanatiques les détruisent. Heureusement, d'autres tours sortent de terre pour remplacer les deux autres. Preuve si besoin était que les américains ne se laissent pas intimider par le fanatisme!


le concierge
Halloween est par définition une des fêtes les plus traditionnelles aux USA. Des magasins sont créés uniquement pour l'occasion et ferment aussitôt après. Partout, dans les commerces, les administrations, les musées, etc, etc, il y a soit une citrouille, un zombie ou un squelette pour marquer cettte journée. Dans la rue, les magasins, bien des gens se griment plus ou moins discrètement, tel un des concierges de notre hôtel. 



Après que ces demoiselles aient revêtu leurs déguisement, nous sommes allés à la grande parade sur la 6 ème avenue. Malgré une organisation quelque peu chaotique, nous avons encore pu vérifier que les new yorkais ne manquaient pas d'imagination ni de démesure quand il s'agit de faire la fête. Auparavant, nous avions assisté à la parade des enfants, à Washington square. Là aussi, l'imagination est au pouvoir, mais heureusement plus mesurée.


Parce que le vent nous poussait, le voyage de retour n'a duré qu'un peu plus de six heures. Quelques turbulences et un repas froid plus tard (grève des hôtesses oblige), nous avons atterri à Roissy à six heures du matin. 


Nous avons fait un beau voyage, comme dit la chanson. Nos princesses n'ont pas été dépaysées à NYC: elles semblaient dans leur élément, un peu comme si elles y avaient toujours vécu. Pour autant, il y avait des regards, des exclamations, des questions qui nous disaient que l'émerveillement n'était jamais bien loin et que, quelque part dans leurs têtes, des images, des bruits, des sensations se mettaient en place et que jamais elles n'oublieraient ce voyage. Peut-on rêver mieux?