"Ce n'est pas parce que l'on a rien dire qu'il faut fermer sa gueule" Michel AUDIARD

jeudi 20 décembre 2012

le Père Noël


Il y a quelques jours, une directrice d'une école maternelle publique a eu l'idée pour le moins surprenante d'annuler la visite que le Père Noël devait faire dans son établissement, au prétexte farfelu d'accéder à la demande de certaines familles de confession musulmane et donc "du respect des différentes croyances et des valeurs de l’école laïque."

Je ne vous cache pas que ce genre de décision m'a mis dans tous mes états: mis à part le fait que le  Père Noël n'a aucun lien direct avec une quelconque religion, le fait de prendre pour prétexte la défense de la laïcité pour justifier une telle idiotie me scandalise au plus haut degré. Sans compter que le Père Noël fait partie intégrante de nos traditions, que ces traditions valent bien toutes les autres et qu'il convient, sans faiblesse ni agressivité, de les défendre. Les autorités locales vont organiser la venue du Père Noël, alors que le rectorat a réagit mollement et que le ministère de l'Education Nationale était aux abonnés absents....

Mais au-delà de cette polémique - dont, entre nous, nous nous serions bien passés - , j'ai voulu savoir d'où venait cette légende, cette tradition. Qui est donc ce Père Noël, d'où vient-il? Voilà les questions, objet de ce billet, auxquelles je vais m'efforcer de répondre.

Il est d'abord quasiment impossible de définir l'origine de sa personnalité. Les quelques historiens qui se sont penchés sur la question ne sont pas d'accord entre eux. Certains la font remonter aux légendes germaniques: le dieu Odin, capable de voler dans les airs,  était habillé d'un manteau rouge et avait une barbe. A défaut d'être lui-même le Père Noël, Odin aurait été son lointain ancêtre.

Une légende russe affirme que le Père Noël serait le quatrième roi mage, mais n'ayant pas réussi à trouver l'enfant Jésus, il continuerait à le chercher en distribuant des cadeaux à tous les enfants.
Saint Nicolas

Plus sérieusement, il faut sans doute remonter à la légende de Nicolas de Myre, évèque byzantin né au III ème siècle après JC et devenu par sa canonisation Saint Nicolas. Il aurait, entre autres miracles, ressuscité trois enfants, ce qui aurait fait de lui le protecteur des enfants. Et selon les coutumes des pays du nord de l'Europe, chaque 6 décembre, habillé d'un manteau rouge et appuyé sur sa crosse d'évêque, il irait de maison en maison, distribuer des cadeaux aux enfants sages, ceux qui, bien sûr, connaissent leurs prières.
Santa Claus en 1861

Au début du XIX ème siècle, lorsque des émigrés des pays nordiques, en particulier des hollandais, sont arrivés aux Etats Unis, Saint Nicolas, qu'ils avaient amené dans leurs maigres bagages,  est devenu Santa Claus.

En 1821, Clément Clarke Moore, un pasteur américain, écrivit un poème* décrivant Santa Claus sous son apparence actuelle: dodu, souriant, avec un bonnet, et à la place de l'âne, huit rennes tirant un superbe traineau.

Un autre américain, l'illustrateur Thomas Nast, invente en 1860 l'image que nous connaissons aujourd'hui: costume rouge garni de fourrure blanche et un gros ceinturon. Il situe même  l'atelier  du bonhomme rouge au pôle Nord. Une autre légende, créée de toutes pièces celle-là, affirmait que le personnage de Santa Claus avait été créé par Coca Cola. C'est donc au mieux une ânerie, au pire une grossière manipulation commerciale. Pour ma part, je pencherais pour les deux réunies.

le Père Noël sur une carte postale en 1910

Pour autant, l'arrivée de Santa Claus, devenu le Père Noël chez nous remonte à l'après guerre. S'il est vrai que les enfants recevaient des cadeaux le jour de Noël, il n'en reste pas moins que la notion même de Père Noël était peu présente. Sauf peut-être dans l'est de la France. En tout cas, il apparait dans une carte postale de 1910.

Avec le chewing-gum et le Coca Cola (encore lui!), les américains nous ont amené après la guerre le... Père Noël. C'est vraiment à partir des années 50 qu'il a vraiment fait son apparition. Malgré une campagne virulente menée par des écrivains catholiques de renom, tels François Mauriac, Gilbert Cesbron. L'effigie du Père Noël a même été pendue puis brulée *  par un prêtre à Dijon en 1951!!! Ses adversaires lui reprochaient de n'être qu'une opération commerciale, destinée à éloigner les fidèles de la signification de la Nativité. Dans un article, "le Père Noël supplicié", publié dans "les Temps Modernes en 1952, Claude Lévi-Strauss écrit: "Elle avait été décidée avec l’accord du clergé qui avait condamné le Père Noël comme usurpateur et hérétique. Il avait été accusé de paganiser la fête de Noël et de s’y être installé comme un coucou en prenant une place de plus en plus grande. On lui reproche surtout de s’être introduit dans toutes les écoles publiques d’où la crèche est scrupuleusement bannie." (1) On voit donc par là que le Père Noël n'est en aucune façon d'origine religieuse. Bien au contraire!

De nos jours, certains voient en ce bonhomme une superstition qu'il convient de faire disparaitre. D'autres ne voient en lui qu'un moyen supplémentaire de pousser à la consommation. Devant tant d'obstination matérialiste, je suis tenté de penser que "quand on veut noyer son chien, on dit qu'il a la rage."

le Père Noël des Panissières
Le Père Noël est bien plus qu'un mythe: c'est une légende. Et comme toutes les légendes, elle s'adresse d'abord et presque uniquement aux enfants. Pour avoir à plusieurs reprises revêtu l'habit rouge, j'ai pu voir dans les yeux de mes Princesses tant d'émerveillement, tant d'enchantement que je me surprends à regretter ces moments où je pénétrais dans la maison pour déposer au pied du sapin illuminé tous les cadeaux. Elles étaient à quelques mètres, dans les bras de leurs parents et adressaient au Père Noël que j'étais de petits signes timides qui disaient leur bonheur et leur admiration. Et moi, caché derrière ma barbe blanche et ma chevelure, j'avais les larmes aux yeux et le coeur qui battait la chamade.. Ces moments là, croyez moi, ça ne s'oublie pas!...

Pour revenir aux questions que je posais au début de ce billet, il n'y a pas de réponses définitives. Ou plutôt si: le Père Noël vient du fond des âges; il vient de pays qui n'existent pas, ou alors seulement dans un imaginaire que chacun d'entre nous porte en lui.

Alors, foin des fâcheux, foin des rationalistes de tout poil, foin des marchands de bondieuseries, tous ces empêcheurs de vivre!...

Je vous souhaite, à tous et toutes, et du fond du coeur, un bon un beau, un joyeux Noël.

* clic sur le lien.

(1) in le blog de Jacques Bertomeau: www.berthomeau.com ,
Pour écrire cet article et conduire mes recherches, j'ai bien sûr navigué sur le web; merci de leur concours à:
http://www.histoire-fr.com/dossier_pere_noel.htm
http://www.joyeux-noel.com/perenoel.html
http://www.frenchmomentsblog.com/?p=2206
http://www.berthomeau.com/article-le-pere-noel-supplicie-brule-devant-des-enfants-des-patronages-sur-le-parvis-de-la-cathedrale-de-d-90211322-comments.html#ancho
crédit photo: joyeuxnoel.com et frenchmomentsblog

vendredi 7 décembre 2012

"les cent derniers jours": le livre


Les cent derniers jours

Collectif d’auteurs


Au printemps dernier, en pleine campagne présidentielle, une trentaine d’auteurs se retrouvaient dans l’anonymat d’un bar virtuel avec l’idée de revisiter, cent jours durant, les clairs-obscurs du jubilé républicain. Depuis des années, on ruminait ferme sur la crise, le manque à gagner en temps de bonheur disponible était dans toutes les têtes et il y avait un peu partout cette envie de donner un peu d’ivresse aux attentes, d’instiller de la couleur sur les pages tristement convenues des discours officiels.

Ce furent cent jours d’effervescence littéraire et l’occasion de soulager le grimoire électoral d’une partie de son épaisse couche de fard. L’affaire fut réjouissante, jubilatoire, plébiscitée jusqu’au clap de fin, un jour de mai.

Ce livre rassemble une cinquantaine de ces « brèves de comptoir » ; des prises de parole incisives, impertinentes, parfois visionnaires, agrémentées de quelques dérives poétiques, d’un brin de mauvaise foi et d’une brassée de frissons romantiques, le tout relevé d’une bonne dose d’humour.

Auteurs au sommaire :
Danièle Akakpo, Claude Bachelier, Désirée Boillot, Jean Calbrix, Benoit Camus, Emmanuelle Cart-Tanneur, Emmanuelle Della Monica, Annick Demouzon, Patrick Denys, Jacqueline Dewerdt, Alain Emery, Sophie Etienbled, Franck Garot, Jordy Grosborne, Jean Gualbert, Joël Hamm, Corinne Jeanson, Jean-Luc Lapoule, Patrick L’Ecolier, Patrick Ledent, Lunatik, Laurence Marconi, Yvonne Oter, Claude Romashov, Castor Tillon, Bastien Zukkas.



parution le 20 décembre 2012
134 pages, 13 €

Zonaires éditions 35 rue du Rocher 38120 Le Fontanil Cornillon, Franc
http://www.zonaires.com/ Mail : contact@zonaires.com

mercredi 21 novembre 2012

and the winner is... Barack OBAMA!


Le mardi 6 novembre, j'étais à New York. Le hasard faisant bien les choses, c'était juste pour les élections américaines. Ces élections sont en elles-mêmes bien plus complexes que les nôtres. En effet, tous les 4 ans, immuablement le mardi qui suit le premier lundi de novembre (appelé là-bas "elections day"), outre les grands électeurs appelés à élire ensuite le Président, il faut aussi voter pour le renouvellement de tous les députés fédéraux et de chaque état (Chambre des Représentants), du tiers des sénateurs, de 11 gouverneurs (sur 50) et cette année se prononcer sur 176 référendums dans 38 états.

A New York City, il fallait voter pour les grands électeurs, 1 sénateur de l'état fédéral, tous les députés de l'état fédéral, tous les sénateurs et tous les députés de l'état de NYC, soit 5 votes différents, étant entendu qu'il est possible de ne voter que pour un seul scrutin, ou deux.

une carte d'électeur

Avec un ami américain, je me suis rendu dans son bureau de vote, situé sur la 14 ème rue, entre la 6 ème et 5 ème avenue. Comme chez nous vers 10 heures du matin, il a fallu faire la queue. L'emplacement du bureau de vote, pour des raisons inconnues mais qui ont fait grincer des dents, avait été changé. Ce qui fait que les électeurs ont du s'entasser dans un local peu adapté, d'où une joyeuse pagaille. Comme chez nous, il convient de se faire identifier, sans pour autant de donner de pièce d'identité: la carte d'électeur suffit. Ensuite tout diffère: il est remis à chaque électeur une grande feuille sur laquelle, dans des isoloirs brinquebalants, il faut cocher les cases correspondant à ses choix, puis aller vers une machine à voter où la feuille sera scannée par les soins de l'électeur. La machine est d'un fonctionnement assez simple, en tout cas bien plus simple et fiable que dans l'état de Floride qui en resté à des machines mécaniques à trous, propices à toutes les contestations, voire à toutes les tricheries. Se souvenir des élections de 2000 où Georges W. Bush* l'a emporté dans des conditions douteuses, grâce justement à l'état de Floride et ses machines antédiluviennes.
Mitt Romney
Barack Ob
Le soir, nous avons dîné chez d'autres amis américains. La question politique a relativement peu été abordée, même si le pro Romney s'est heurté aux pro Obama, surtout au sujet de l'assurance sociale mise en place par le Président. Mais pour ce qui me concerne, j'étais quelque peu sur des charbons ardents et ce ne sont pas les quelques résultats aperçus à la télé et qui donnaient M. Romney* en avance qui pouvait me rassurer. 

Vers 22 heures, les premiers résultats annonçaient une confortable avance pour B. Obama. Une demie heure plus tard, une chaîne favorable aux républicains donnaient le président vainqueur avec 303 grands électeurs, 270 étant le nombre minimum. Les républicains perdaient deux sièges au Sénat et plusieurs à la Chambre des Représentants, sans pour autant que, dans cette dernière, ils perdent leur confortable avance. Il faudra cependant au Président Obama négocier avec une majorité qui lui est hostile, mais confortablement réélu, il me semble qu'il aura une marge de manoeuvre plus importante.

Les sondages pré électoraux prévoyaient une élection serrée, indécise, même si dans les derniers jours, le président sortant semblait reprendre l'avantage. Toujours à partir de ces sondages, aucun commentateur, aucun journaliste n'osaient avancer le moindre pronostic. Et pourtant, Barack Obama a été élu avec 63,5 millions de voix (50,62%) contre 60 millions (47,76%) à Mitt Romney, soit une avance de plus 3,5 millions de voix. Et 332 grands électeurs contre 203. Nous pouvons donc vérifier une nouvelle fois que la "science sondagistique" n'a pas été à la hauteur. Ce n'est d'ailleurs pas nouveau, que ce soit aux EU, en France ou ailleurs. Et il est bien dommage que les sondages continuent à faire la pluie et le beau temps chez nos médias, nos élus et nos analystes politiques.

La participation électorale a été moins forte de 9% par rapport à 2008, soit 50% de la population pouvant voter. Il faut savoir qu'aux USA, le pourcentage de votants est calculé à partir de tous les américains en âge de voter, et non comme chez nous à partir des listes électorales.

Pour mémoire, en 2008, Barack Obama avait gagné contre John Mac Cain* avec près de 70 millions de voix (53%) contre 60 millions à son adversaire (45,66%). Il ressort de ces chiffres que le Président américain a été la principale "victime" des abstentionnistes de 2012.

Si B. Obama et M. Romney ont été les deux candidats les plus connus et les plus médiatisés, il y avait trois autres candidats qui, ensemble, ont recueilli un peu moins de 1,8 million de suffrages: Gary Johnson*, du Parti Libertarien*; Jill Stein*, du Parti Vert*; et Virgil Goode*, un ultra conservateur du Parti Constitutionnnaliste*.

Il est difficile de passer sous silence le coût faramineux de cette campagne électorale: pas loin de 6 milliards  de dollars selon un institut américain*. L'essentiel de cette somme est passé dans des spots publicitaires agressifs et souvent mensongers, le candidat républicaine ayant, en la matière, battu tous les records, sans compter qu'il a bénéficié de la générosité de donateurs richissimes, ultra conservateurs, membres pour la plupart du Tea Party*.
la devise du Tea Party: "ne me marche pas dessus"

C'est la seconde défaite consécutive des républicains dans les élections présidentielles. Si la première peut s'expliquer par une certaine lassitude envers une présidence républicaine inefficace et mensongère, la seconde me semble plus complexe. Complexe mais pas tant que cela.

Mitt Romney a été gouverneur du Massachusett de 2002 à 2007. Il a plutôt fait preuve de pragmatisme: bien que classé à droite, il a mis en place un système de sécurité sociale qui a pu profiter à tous ses administrés; bien qu'opposé au mariage homosexuel, il a fait en sorte qu'il ne soit réservé qu'aux habitants de son état; il se déclare même, à titre personnel, favorable à l'IVG.

A partir de 2011, quand il prépare sa campagne pour les primaires républicaines: changement de tactique: non seulement, il met en avant son appartenance à "l'église de Jésus Christ des saints derniers jours"*, plus connue sous le nom de "mormon", mais surtout, il se rapproche du Tea Party, effectuant ainsi une marche arrière afin de se rapprocher de l'aile la plus droitière et conservatrice du parti républicain, le "Grand Old Party"*.

En plus de son habilité politique, cette droitisation lui permet de remporter les primaires républicaines. Il choisit comme co-listier Paul Ryan*, un jeune député issu de l'aile droite du parti. A partir de là, toute sa stratégie, et celle de ses supporters, va être de promouvoir une politique la plus réactionnaire et conservatrice qui soit, calquée à l'identique sur les positions du Tea Party: réduction de l'Etat fédéral, baisse du budget de cet Etat fédéral, baisse conséquente, voire suppression des budgets sociaux, baisse des impôts pour les plus fortunés, interdiction totale de l'IVG et du mariage homosexuel, suppression du système de protection sociale mis en place par B. Obama, refus de toutes politiques environnementales, refus de la notion même d'égalité pour ne citer que les plus visibles. Certains de ses soutiens n'y vont pas par quatre chemins: de la remise en cause de la réalité du viol jusqu'à la remise en cause du droit des femmes sans oublier une politique anti immigration des plus répressives.

Les stratèges de la compagne de M. Romney, ancrés dans leurs positionnement conservateur, n'ont pas pris en compte l'évolution de leur pays au niveau démographique: les hispaniques, arrivant majoritairement du Mexique, représentent près de 20% de la population; les noirs (afro américains) pas loin de 15%; les asiatiques près de 10 à 12%. Ce qui signifie que ces minorités ont désormais un poids politique considérable et que "l'Amérique blanche" des origines, d'ici quelques années, ne sera plus majoritaire en tant que telle. Pour un pays où les diverses communautés sont reconnues officiellement, cette tendance a obligatoirement des conséquences sur le vote.

Les républicains n'ont pas pris en compte non plus l'influence grandissante des femmes: elles représentent plus de la moitié de la population et le féminisme américain est dynamique. Aussi les droits des femmes à la contraception, à l'IVG, à la non discrimination sont-ils des éléments majeurs du débat démocratique aux USA. Remettre en cause - et de quelle façon! - ces droits ne pouvaient pas être sans conséquences.

Ce refus par les républicains de prendre en compte la réalité de ces deux évolutions peut en partie expliquer leur défaite. En partie seulement bien sûr car l'économie a joué son rôle dans le débat. D'autant que les républicains prônaient une politique économique ultra libérale, laquelle politique menée par GW Bush a amené la crise qui perdure encore aujourd'hui.

Pour ma part, il me semble que la droitisation des républicains américains a produit des effets de rejet de la part des électeurs. A tel point que les politiques du président sortant apparaissent comme équilibrées, efficaces et intelligentes à des citoyens que les excès du Tea Party rebuttent et exaspèrent. Il est intéressant de noter que B. Obama est le seul dirigeant d'une démocratie à être réélu depuis le début du siècle, alors que son pays traverse une crise sans précédent.

Sans vouloir faire un parallèle absolu avec la France, nous pouvons malgré tout nous interroger sur la défaite de Nicolas Sarkozy: certes, sa politique n'a pas été des meilleures ou des plus pertinentes; mais il n'est pas interdit de penser que la droitisation de cette politique et de sa campagne électorale ont pu éloigner de lui des électeurs qui ne lui étaient pas fondamentalement hostiles. Le nouveau président de l'UMP serait bien inspiré d'en tenir compte. Mais de cela, je doute et de toutes façons, ce n'est pas le sujet de mon billet.

Dans mon article du 20 janvier 2009, lors de l'intronisation de Barack Obama: j'écrivais: "J'ai confiance en ce peuple américain qui n'a pas hésité à porter à sa tête, je cite "un homme dont le père, il y a moins de soixante ans, risquait de ne pas être servi dans un restaurant, peut maintenant se trouver devant vous pour prêter le serment suprême."  pour reprendre les propres termes de B. Obama.

J'ai toujours confiance en ce peuple, et même un peu plus. Avoir réélu Obama, dans ces périodes de doutes et d'égoïsme,  alors que son bilan est loin d'être parfait, est une preuve de maturité et d'intelligence. Les américains avaient le libre choix entre le passé et l'avenir.
Ils ont choisi l'avenir. Cela seul importe!

Pour conclure, une "histoire" trouvée sur internet:
1. les républicains ont dit que l'ouragan Sandy était du à Dieu;
2. les mêmes ont affirmé que B. Obama avait été réélu grâce à Sandy.
je vous laisse écrire le paragraphe 3.

* clic sur le lien

mardi 30 octobre 2012

les Présidents de la République Française: suite et fin en forme de conclusion.


Dans son "discours à la jeunesse" prononcé à Albi le 30 juillet 1903, Jean Jaurès affirmait: "Dans notre France moderne, qu’est-ce donc que la République ? C’est un grand acte de confiance. Instituer la République, c’est proclamer que des millions d’hommes sauront tracer eux-mêmes la règle commune de leur action ; qu’ils sauront concilier la liberté et la loi, le mouvement et l’ordre ; qu’ils sauront se combattre sans se déchirer ; que leurs divisions n’iront pas jusqu’à une fureur chronique de guerre civile, et qu’ils ne chercheront jamais dans une dictature même passagère une trêve funeste et un lâche repos. Instituer la République, c’est proclamer que les citoyens des grandes nations modernes, obligés de suffire par un travail constant aux nécessités de la vie privée et domestique, auront cependant assez de temps et de liberté d’esprit pour s’occuper de la chose commune. Et si cette République surgit dans un monde monarchique encore, c’est d’assurer qu’elle s’adaptera aux conditions compliquées de la vie internationale sans entreprendre sur l’évolution plus lente des peuples, mais sans rien abandonner de sa fierté juste et sans atténuer l’éclat de son principe. Oui, la République est un grand acte de confiance et un grand acte d’audace. (...) C’était la République d’un grand peuple où il n’y avait que des citoyens et où tous les citoyens étaient égaux. C’était la République de la démocratie et du suffrage universel. C’était une nouveauté magnifique et émouvante."
J'ai mis le lien avec l'intégralité de ce discours en début de texte.

Passons sur l'éloquence du verbe, propre à cette époque, mais malgré tout d'une remarquable modernité.

Nous pouvons affirmer sans risque d'erreur que, exception faite de Louis Napoléon Bonaparte, la quasi totalité de ceux qui se sont succédés à la magistrature suprême ont été des protecteurs, mais aussi des défenseurs de la République telle que Jaurès la magnifiait.

La I ère et la II ème République ont été assassinées; la III ème et la IV ème se sont suicidées; la V ème, en place depuis 1958 permet la continuité et l'action gouvernementales, sans empêcher pour autant l'alternance démocratique.

A de très rares exceptions, toutes ultra minoritaires, plus personne, aucun parti, aucune organisation ne remet en cause la République en tant que telle. Au contraire, tous les partis qui aspirent à gouverner s'en réclament, même si pour certains, aux extrêmes, leur conception autoritaire de la République est bien éloignée de celle de Jaurès.

Il est de bon ton aujourd'hui de dénoncer les Présidents comme des "monarques républicains", tout comme ceux d'hier étaient-ils moqués parce que habitués des "banquets républicains" ou des comices agricoles.

Les Présidents des III ème et IV ème n'avaient que peu de pouvoirs, je l'ai écrit dans mes précédents billets. Mails ils ont tous, sans exception, y compris Adolphe Thiers, orléaniste et Patrice de Mac Mahon, monarchiste, ils ont tous été les gardiens vigilants de la Constitution. Chacun avec des nuances,  tel Alexandre Millerand (1920 - 1924) qui déplore l'instabilité ministérielle; ou Raymond Poincaré (1913 - 1920) qui regrette de ne pouvoir agir plus directement sur les affaires de l'Etat.

Parce qu'il a toujours voué aux gémonies le "régime des partis", partis accusés d'être, par leurs querelles, responsables de l'instabilité ministérielle et, partant, de la fragilité de l'Etat, Charles de Gaulle (1958 -1969), le fondateur de la V ème République, a fait en sorte que le Président de la  République soit le véritable détenteur du pouvoir, même si la Constitution, dans son article 20 stipule: "Le Gouvernement détermine et conduit la politique de la Nation." Si cette Constitution permet aux gouvernements de gouverner dans la durée, il n'en reste pas moins que le Parlement  n'est que trop souvent une simple chambre d'enregistrement et  députés et sénateurs, des "godillots".(1)

Quelle que soit la République, chaque Président a laissé sa propre empreinte. Certes, il est bien évident que la gouvernance a changé: quoi de commun, en effet, entre un Président qui "inaugurait les chrysanthèmes" et "l'hyper président" que nous avons connu entre 2007 et 2012? Cela est dû bien sûr à l'évolution des institutions. Mais aussi d'un phénomène plus global: la mondialisation. Qu'elle soit commerciale, financière ou sociétale. Le Président d'aujourd'hui se doit d'être présent sur tous les fronts, de réagir dans l'instant au moindre évènement, au risque d'en faire trop ou ... pas assez! Mais ce qui est vrai pour le Président l'est tout aussi pour chacun d'entre nous: que ce soit dans la vie professionnelle ou personnelle, l'équation est quasiment la même. Sauf que le Président est le Président de la République. Ce qui n'est pas tout à fait la même chose...

Pour conclure ce billet, je voudrais évoquer ceux qui auraient pu occuper cette haute fonction. Tous n'ont pas été candidat, mais, à des titres divers, ils font partie de mon "Panthéon personnel."

JULES FERRY (1832 - 1893): il est le véritable architecte de l'école publique, à savoir obligatoire, laïque et gratuite. Cela ne s'est pas fait sans peine et sans oppositions: pour les bien pensants de l'époque, apprendre à lire, à écrire et à compter à des enfants d'ouvriers et de paysans n'avait aucun sens, et dans une école sans Dieu, payée par les contribuables!!! Certains lui reprochent sa politique coloniale et sa conception du "devoir" des colonisateurs au regard des populations indigènes.

Léon Gambetta
LEON GAMBETTA (1838 - 1882): il est l'un de ceux qui a proclamé la République après la chute du second empire; il tente, sans succès d'organiser la résistance à l'armée prussienne.  Il est Président du Conseil pendant un peu plus de deux mois et demi. On retiendra de lui son engagement sans faille en faveur de la République.

Goerges Clemenceau
GEORGES CLEMENCEAU (1841 - 1929): c'est sans doute l'homme politique le plus complexe et le plus actif de la III ème République. Journaliste, avocat, député, ministre, il a de multiples casquettes. Anti clérical, opposé à la colonisation, défenseur farouche de Alfred Dreyfus, il est sur tous les fronts. Président du Conseil à deux reprises, de 1906 à 1909 et de 1917 à 1920. C'est surtout ce second ministère qui restera dans l'Histoire: en effet Clemenceau n'a qu'un mot d'ordre: "Politique intérieure ? Je fais la guerre. Politique étrangère ? Je fais la guerre. Je fais toujours la guerre" (2) Sa politique intransigeante mènera les alliés à la victoire contre l'Allemagne et lui vaudra l'appellation méritée de "Père la Victoire." Il est candidat à la succession de Raymond Poincaré en 1920, mais est battu à la "primaire" de son parti par Paul Deschanel. Au regard de la classe politique de son époque, Clemenceau était  une personnalité trop forte, sans compter que tout au long de sa carrière, il s'était fait de nombreux ennemis.
Jean Jaurès

JEAN JAURES (1859 - 1914): toutes les villes de France ou presque ont une rue ou une avenue Jean Jaurès. C'est dire l'empreinte que cet homme a laissé dans notre Histoire. C'est d'abord un brillant intellectuel qui rentre en politique à 25 ans. Républicain indiscutable, il se fait connaitre en soutenant la grève des mineurs de Carmaux en 1892. Il est élu député de la ville l'année suivante en battant le député sortant, Jérôme Solage, un industriel pourtant très bien implanté. Dans un premier temps, il il refuse de prendre partie  dans l'affaire Dreyfus, estimant que "c'est une affaire de la bourgeoisie." Mais devant l'injustice criante faite au capitaine, il prend parti pour lui et devient un de ses plus ardents défenseurs. En 1904, il fonde le journal l'Humanité. Alors que les tensions montent entre la France, l'Angleterre et l'Allemagne, il a une position en retrait par rapport au militarisme ambiant et au parfum de revanche qui flotte particulièrement à l'extrême droite. Son pacifisme lui vaut la haine et de multiples appels au meurtre. Pour autant ce pacifisme n'est pas la capitulation devant l'empire allemand. Jaurès est assassiné le 31 juillet 1914, soit 4 jours avant la déclaration de guerre. On peut s'interroger, en vain cependant, pour savoir si Jaurès aurait rejoint "l'union sacrée". En tout état de cause, on ne peut que regretter que son pacifisme n'ait pas été suivi, tant en France qu'en Allemagne: cela aurait évité des millions de victimes et la ruine de l'Europe.
Pierre Mendès france

PIERRE MENDES FRANCE (1907 - 1982): il n'aura été Président du Conseil que neuf mois, de juin 1954 à février 1955. Elu pour régler le conflit en Indochine et amener la Tunisie à l'indépendance, il a rapidement mené à bien les missions qui lui ont été confiées. La guerre d'Algérie, appelée alors pudiquement "évènements d'Algérie", commence le 1er novembre 1954, donc sous sa présidence. Il engage alors une politique de fermeté tout en préparant les réformes indispensables en Algérie. Il sera chassé du pouvoir par une coalition hétéroclite et contre nature de députés de droite le soupçonnant de sympathies indépendantistes, de  communistes et  de radicaux. Son extrême rigueur et son intransigeance sont souvent une référence dans la vie politique d'aujourd'hui. Mais à pousser trop loin cette intransigeance, il a pu devenir procédurier. Ainsi, partisan à l'excès du parlementarisme, il n'a pas su - ou pas voulu - voir que les excès de ce système paralysait la vie démocratique, jusqu'à lui faire courir les plus grands dangers.

Pour conclure cette longue série consacrée aux vingt trois Présidents de la République Française, de Louis Napoléon Bonaparte à Nicolas Sarkozy, je laisserai le dernier mot à René Rémond, historien éminent s'il en est:
"Le ralliement, presque général, aux institutions qui nous régissent, l'acceptation de la Démocratie, la conviction qu'il ne peut plus y avoir de pouvoir légitime que procédant du suffrage de la nation, ne sont-ils pas, à leur manière, des indices du progrès de l'unité? Comme l'est aussi le rejet en politique de la violence qui a retenu la France de basculer dans la guerre civile en des situations qui, un siècle plus tôt, auraient vraisemblablement dégénéré en affrontements armés et qui nous a épargné l'épreuve du terrorisme intérieur."(3)

(1) expression due à André Valabrègue, député gaulliste de l'UNR de Béziers, qui l'utilisa pour la première fois en 1958: "nous sommes les godillots du général."
(2) déclaration à la Chambre des Députés le 8 mars 1918.
(3) in "le siècle dernier", de René Rémond, Librairie Arthème Fayard, édition 2003, page 1130.

dimanche 14 octobre 2012

les Présidents de la République Française: 11 ème partie: 2007 - 2012


Nicolas Sarkozy est donc le vingt-troisième Président de la République. Il annonce sa candidature à la présidence de la République en novembre 2006. "Travailler plus pour gagner plus" ( un slogan que l'on dit emprunté au MEDEF!), "la rupture tranquille" ou "l'ordre en mouvement" sont les principaux slogans de sa campagne électorale. Il est élu au second tour par 53,06% des suffrages exprimés face à Ségolène Royal*, la candidate socialiste, au terme d'une campagne assez rude. La participation électorale a été forte puisque plus de 82% des électeurs ont voté pour le premier tour et 84% au second. Jean Marie Le Pen*, avec 10,44% des exprimés,  est bien loin de son score de 2002. Marie-Georges Buffet*, la candidate du PCF n'atteint pas les 2%, de même que Dominique Voynet*, candidate écologique avec 1,57%.

Nicolas Sarkozy: né le 28 janvier 1955. Président de la République du 16 mai 2007 au 15 mai 2012.

Il est d'origine hongroise par son père. Titulaire d'un DEA de sciences politiques, en 1980, il obtient un certificat d'aptitude à la profession d'avocat.
Membre de l'UDR, puis du RPR, il devient maire de Neuilly sur Seine en 1983, au nez et à la barbe de Charles Pasqua*. Elu député en 1986, il est Ministre du budget dans le gouvernement de cohabitation de Edouard Balladur. Il soutient ce dernier à la présidentielle de 1995, ce qui lui vaudra une courte  période de disgrâce. 
En mai 2002, il est nommé Ministre de l'intérieur par Jacques Chirac. Il est à l'origine de la mise en place des radars sur les voies de circulation. Il encourage la création du Conseil Français du Culte Musulman (CFCM)*. Il mène une politique plutôt énergique et répressive. Sans pour autant obtenir des résultats probants. En mars 2004, il est nommé Ministre d'Etat, Ministre des Finances dans le troisième gouvernement de Jean Pierre Raffarin*.
Il affirme très tôt sa singularité et ses ambitions. Ainsi, au cours d'un interview sur France 2, en novembre 2003, alors que le journaliste lui demande s'il pense à la présidentielle, il a cette réponse: "j'y pense et pas seulement en me rasant." 
Un an plus tard, il est élu à la présidence de l'UMP. Il est nommé ministre d'Etat, ministre de l'intérieur et de l'aménagement du territoire dans le gouvernement de Dominique de Villepin* en mai 2005. Il conserve la présidence du Conseil Général des Hauts de Seine, mais aussi la présidence de l'UMP, malgré l'hostilité de Jacques Chirac.
Sa politique du tout sécuritaire, à base de déclarations volontaristes et souvent immédiatement consécutives à certains évènements, se montre d'une efficacité toute relative: les chiffres de la délinquance ne baissent pas et le sentiment d'insécurité perdure. Suite à la mort de deux adolescents, des émeutes se déclenchent dans la banlieue parisienne. Il annonce alors "la tolérance zéro" vis à vis des émeutiers, ce qui n'empêche pas ces émeutes de durer plus d'une vingtaine de jours. Le Premier Ministre décrète alors l'état d'urgence, appliqué pour la première fois depuis 1961 sur le territoire métropolitain.

Le soir même de son élection, Nicolas Sarkozy réunit ses amis*, en majorité des dirigeants d'entreprises du CAC 40, des sportifs et des comédiens, au Fouquet's. Le lendemain, alors qu'il avait annoncé qu'avant de prendre ses fonctions, il s'isolerait pour réfléchir, il part pour une croisière de trois jours sur le yacht de son ami Vincent Bolloré*. 
Cela sera reproché au nouveau Président tout au long de son mandat. Plus pour le symbole que pour les actes en eux-mêmes: passer une partie de la soirée de la victoire électorale en compagnie de gens fortunés n'est pas forcément le bon signal envoyé aux citoyens... Arnaud Teyssier ne manque pas de le souligner: "Nous ne nous attarderons guère en ces lignes sur le syndrome de la montre Rolex. Il reste que dans un système où l'élection présidentielle est tout, comme la symbolique qui s'y rattache, les institutions pâtissent immédiatement et de manière irrémédiable de cette atteinte portée à une sobriété au moins apparente qu'avaient respectée, peu ou prou, tous les prédécesseurs de Nicolas Sarkozy." (1)

Il nomme François Fillon Premier Ministre et fait appel à des ministres "d'ouverture": Bernard Kouchner*, Eric Besson*, Martin Hirsh*, Jean Pierre Jouyet*. Ce qui trouble quelque peu son électorat: les législatives ne sont pas à la hauteur des résultats de la présidentielle: il s'est dit dans les rangs de l'UMP que la faute en reviendrait à Jean Louis Borloo* , coupable de s'être fait piéger par Laurent Fabius au sujet de la "TVA sociale"
Après avoir laissé la présidence de la commission des fiances de l'Assemblée Nationale à Didier Migaud*, député socialiste, il le nomme en février 2010 président de la Cour des Comptes. Dans le même temps, il nomme Michel Charasse*, mitterrandien historique, au Conseil Constitutionnel. Ce qui n'est pas forcément apprécié dans la majorité et son électorat.

Dès son entrée en fonction, le nouveau président met en oeuvre plusieurs promesses de sa campagne électorale:

- la loi "TEPA": défiscalisation des heures supplémentaires, déduction des intérêts d'emprunts immobiliers, allègement des droits de succession, augmentation du taux du "bouclier fiscal"*, dont on peut rappeler au passage que ce "bouclier" fut mis en oeuvre par le gouvernement de Villepin. L'ensemble de ces mesures ont pesé lourdement sur le budget de l'Etat, en particulier dès le début de la crise où elles sont apparues comme étant des mesures favorisant les "riches".
-
la loi LRU:  Liberté et Responsabilité des Universités;

- service minimum dans les transports publics et les écoles;
- mise en place du plan Alzheimer;
- création du statut d'auto entrepreneur;
-
réforme des régimes spéciaux de retraite pour les aligner sur le régime général;
-
passage à 5,5% de la TVA dans la restauration: cette mesure fut très critiquée: en effet, en plus de son coût faramineux pour les finances de l'Etat, son efficacité n'a jamais été démontrée.

Le 21 juillet, la Constitution est modifiée par le Congrès réuni à Versailles par deux voix de majorité, dont celle de Jack Lang, député PS. Cette modification limite à deux le nombre de mandats consécutifs que peu effectuer une même personne; elle autorise le Président à s'exprimer devant le Congrès, ce qu'une loi, votée en 1873 sous la présidence d'Adolphe Thiers, avait interdit.(voir mon billet: http://panissieres.blog.lemonde.fr/2012/05/12/les-presidents-de-la-republique-francaise-1ere-partie-1848-1887/). 
Guy Carcassonne, s'il n'est pas hostile à cette modification, doute toutefois de son utilité: "Sauf à présumer magique le verbe présidentiel, les parlementaires n'avaient pas à craindre d'en être subjugués. Ils furent pourtant réticents à franchement hostiles. (...) Mais il ajoute: "Plus prosaïquement, qu'une fois l'an il puisse exposer le bilan des mois écoulés et les perspectives de ceux à venir, à la tribune plutôt que lors des voeux indigents qu'il présente le 31 décembre puis dans les premiers jours de janvier, n'aurait pas nui à l'autorité du chef du Gouvernement et aurait obligé le chef de l'Etat à se montrer clair et dense, devant l'auditoire le plus difficile qui soit." (2)
Une autre modification importante de la Constitution concerne le fameux article 49-3 qui permettait aux gouvernements de faire passer en force n'importe quel article de loi. Désormais, le gouvernement ne pourra plus engager sa responsabilité que sur un seul projet de loi par session, hormis la loi de finance et la loi de financement de la Sécurité Sociale. C'est une modification capitale dans l'établissement des lois et des relations entre le gouvernement et le Parlement.

La crise économique, partie des USA, arrive en France au début de l'année 2008 et surprend tout le monde, y compris au sommet de l'Etat. Un plan de sauvetage des banques françaises, particulièrement touchée par la débâcle américaine, est mis en place avec une efficacité certaine sous forme de prêts avec intérêts. Certains économistes ont regretté que l'Etat n'ait pas profité de la situation pour rentrer au capital des banques en question. 
Cette crise entraine un fort recul de l'activité des pays industrialisés, mais aussi une hausse très importante des dettes d'Etat de ces pays. La France n'y échappe pas. 
Il fait voter la loi "Grenelle 1" en juillet 2009 pour lutter contre le réchauffement climatique. Ce qui ne l'empêche pas d'affirmer en mars 2010, au salon de l'agriculture: "l'environnement, ça commence à bien faire."
Un "grand emprunt" de 35 milliards d'euros est lancé en juillet 2010 pour financer la recherche et l'université.
En 2010, la réforme concernant l'âge de départ à la retraite est lancée, malgré une très forte opposition des syndicats et de l'opinion publique. Après quelques aménagements mineurs, la réforme est adoptée fin 2010.

En matière de politique extérieure, il est très présent. Son style quelque peu familier ne laisse pas de surprendre, particulièrement la chancelière allemande Angéla Merkel, peu habituée à ce que les chefs d'Etat lui fasse la bise.

Il intervient tout azimuts:
- il réussit à faire libérer les infirmières bulgares des griffes du colonel Kadhafi, qu'il invitera en voyage officiel en France fin 2007. Les exigences du dictateur libyen comme ses attitudes scandalisent bon nombre de français, y compris dans l'entourage présidentiel. D'ailleurs plusieurs photos montrent le Président Sarkozy passablement gêné aux côtés de Kadhafi*.
-
A Dakar, il prononce un discours ambigu* où, s'il reconnait que la colonisation fut une erreur, il affirme que le sous développement en Afrique est le fait des africains eux-mêmes. Ce qui ne manquera pas de déclencher des polémiques sans fin.
-
lors du conflit* entre la Géorgie et la Russie, en août 2008, il se fait le médiateur entre les deux belligérants et réussit à stopper les hostilités. Ses interventions directes et rapides  auprès des présidents russes et géorgiens ont été plutôt efficaces.

- il sera l'un -sinon le seul- des initiateurs de traité de Lisbonne, signé en juin 2007. Ce traité reprend dans se grandes lignes la partie institutionnelle de projet de Constitution européenne.
- la France préside l'UE au deuxième semestre de 2008. Pour le président français, c'est l'occasion d'affirmer son volontarisme face à la crise.
- en avril 2009, la France réintègre le commandement intégré de l'OTAN. Ce qui lui sera reproché au nom de "l'héritage du général de Gaulle"! En réalité, cette décision met fin à une hypocrisie qui faisait que la France faisait partie de l'OTAN, sans en en faire partie tout en faisant partie! Et cela depuis le début des années 70.
-
il encourage et soutient la candidature de Dominique Strauss-Kahn* au poste de directeur général du FMI, puis, après les déboires judiciaires de ce dernier, soutient la candidature de Chirstine Lagarde*.

- après avoir soutenu politiquement et militairement le président élu de la Côte d'Ivoire, Alassane Ouatarra*, il prend l'initiative, en mars 2011, avec le Premier Ministre britannique, David Cameron, de soutenir militairement la rébellion libyenne* contre le colonel Kadhafi, avec la bénédiction du Conseil de Sécurité de l'ONU. Le dictateur libyen sera renversé en septembre 2011.

La côte de popularité du Président Sarkozy n'a quasiment jamais cesser de baisser dans les différents sondages. Certes, ce ne sont que des sondages et n'ont qu'une valeur très relative. Pour autant, ils révèlent une sorte d'ambiguïté: il est reproché au Président à la fois son côté "bling bling", son interventionnisme permanent, son mépris affiché des corps intermédiaires, ses coups de menton lors de ses discours, son impuissance face à l'envolée du chômage, sa façon d'opposer les français entre eux, "ceux qui se lèvent tôt" (mars 2005) en opposition aux "assistés", en particulier les chômeurs (15 février 2012 sur TF1), tout en lui reconnaissant un certain courage politique, un volontarisme permanent , voire une personnalité attachante.

Mails il y a des ombres: les affaires. Les fameuses affaires qui auront empoisonné son quinquennat: l'affaire dite de Karachi* alors qu'il était directeur de la campagne de Edouard Balladur en 1995; l'affaire "Clearstream"*, une affaire de manipulation où il semble s'acharner contre Dominique de Villepin; mais surtout l'affaire Bettencourt*, une affaire de famille qui déborde le strict périmètre familial pour en arriver à des soupçons de financement illégal de la campagne électorale de 2007 de Nicolas Sarkozy.

Nicolas Sarkozy annonce sa candidature pour un second mandat le 15 février 2012. Au vu des sondages effectués en 2011 - encore eux!!! - et qui lui sont largement défavorables, certains commentateurs se demandent s'il sera présent au second tour!
Au fur et à mesure que se rapproche le 1er tour, le candidat Sarkozy "droitise" sa campagne, sous l'influence de certains de ses conseillers, en particulier de Patrick Buisson.*

Le 22 avril 2012, il obtient 27,18% des exprimés, devancé par François Hollande qui lui, obtient 28,63%. Il devance Marine Le Pen, (17,90%), Jean Luc Mélanchon (11,10%), François Bayrou (9,13%), Eva Joly (2,32%).
Au cours du débat qui l'oppose à François Hollande trois jours avant le second tour, il parait hésitant, sur la défensive et donne le sentiment qu'il n'y croit plus.

Le 6 mai 2012, il est battu par le candidat socialiste: 48,36% contre 51,64%.

A l'occasion de la commémoration du 8 mai 1945, Nicolas Sarkozy invite François Hollande à le célébrer avec lui. L'image de l'ancien et du nouveau Président de la République restera une image forte de la transition politique.
Le 15 mai suivant, Nicolas Sarkozy quitte ses fonctions.

Il est sans doute trop tôt pour tirer un bilan de ce quinquennat. Toutefois,il est certain que la crise économique venue des USA a bouleversé la vie politique et sociale. Nicolas Sarkozy, rendons lui cette justice, n'a pas été inerte, loin s'en faut. 
Il a compris que cette crise pouvait tout emporter sur son passage. Il a essayé, tant au niveau du G8 ou du G20 que de l'Union Européenne de mener des politiques volontaristes. Mais, l'ultra libéralisme dont il a été au début de son mandat un défenseur et un promoteur - ne voulait-il pas introduire en France en 2004 puis en 2007 le "crédit hypothécaire, un système très proche de celui des "subprimes" américains? - cet ultra libéralisme donc l'a piégé, lui et la majeure partie des dirigeants européens. Piégé dans un système où le Politique, qui a pour lui la légitimité du suffrage universel, se retrouve à la botte d'un système financier qui n'a que faire et de cette légitimité et de la crise politique et sociale qu'il a déclenchée.

Il convient également de souligner sa volonté d'être partout, de décider de tout, au point ramener le Premier Ministre au rang, selon ses dires, de "collaborateur"! 
Cette "hyper présidence", selon le titre du Figaro du 21 juin 2007, a fini par se retourner contre lui: la moindre faillite, le moindre faux pas, la moindre erreur, "c'était de la faute à Sarko". Sans oublier cette manie, sinon cette volonté, d'opposer les français les uns contre les autres: ceux qui ont du travail contre ceux qui n'en on pas; la fonction publique contre le privé; les immigrés contre les "natifs"; les "assistés" contre les entrepreneurs... Et la liste est longue.

A l'heure où ces lignes sont écrites, Nicolas Sarkozy n'est plus "que" membre de droit du Conseil Constitutionnel. Certaines affaires judiciaires pourraient bien obscurcir son avenir. Politique ou pas.

* clic sur le lien

(1) in "Histoire politique de la Vème République (1958 -2011) de Arnaud Teyssier, 2011, éditions Perrin, collection "tempus", page 794.
(2) in "la Constitution" de Guy Carcassonne, éditions du Seuil, collection Essais, neuvième édition 2009, page 120.

lundi 24 septembre 2012

Les Présidents de la République: 10ème partie: 1995 - 2007.


Les deux septennats de François Mitterrand ont fini dans une certaine confusion: la maladie du Président, les "affaires", la lourde défaite du PS en 1993, sans oublier la cohabitation. La campagne électorale pour les présidentielles de 1995 a vu le RPR se déchirer entre ses deux candidats; à gauche, Jacques Delors* refuse de se présenter, laissant ainsi la voie libre à Lionel Jospin, victorieux de la primaire au sein du PS qui l'a  opposé à Henri Emmanuelli.* Le candidat du FN avec 15,10% des suffrages exprimés s'installe définitivement dans le paysage politique. Le candidat du PCF, avec 8,64% des exprimés confirme sa lente désagrégation. Au second tour, Jacques Chirac est élu avec 52,64% des exprimés.

JACQUES CHIRAC: né en 1932. Président du 17 mai 1995 au 16 mai 2007.

Jacques Chirac
D'origine relativement modeste, Jacques Chirac est diplômé de Sciences Po Paris et de l'ENA. Après une brève période d'engagement dans la gauche communiste, il est pendant trois mois matelot sur un navire charbonnier, puis effectue un voyage d'une année aux USA. En 1960, il intègre la Cour des Comptes, puis peu après le cabinet du Premier Ministre, Georges Pompidou. Il est élu député de Corrèze en 1967 en battant le candidat communiste sortant, implanté depuis de longues années. Plusieurs fois ministre, il soutient V. Giscard d'Estaing aux élections présidentielles de 1974 contre Jacques Chaban-Delmas. 
Nommé Premier Ministre en mai 1974, il démissionne de son poste avec fracas en août 1976. Il est élu maire de Paris en mars 1977. Son opposition agressive au gouvernement de VGE le conduit à se présenter contre lui aux présidentielles de 1981. Arrivé seulement en 3ème position, il ne donne pas de consignes de vote pour le second tour. F. Mitterrand est élu. 
J. Chirac est le Premier Ministre de la première cohabitation en 1986, mais est battu par le président sortant en 1988. Absent du gouvernement de Edouard Balladur lors de la seconde cohabitation en 1993, il se présente à la présidentielle de 1995. Donné battu dans les sondages par le Premier Ministre jusqu'à un mois avant le premier tour, il est finalement élu Président de la République le 7 mai 1995 en battant assez facilement le candidat du PS, Lionel Jospin.
"L'entrée de Jacques Chirac à l'Elysée, le 17 mai 1995, inaugure une nouvelle présidence, la cinquième de la Vème République, dont tout donne à penser qu'elle sera fort différente des deux septennats précédents. Après quatorze ans d'éloignement, la droite recouvre la fonction suprême dans le régime tel que l'a voulu son fondateur. C'est aussi le retour au pouvoir, après vingt et un ans, d'un représentant de la formation politique qui se réclame de la tradition personnifiée par le général de Gaulle." (1)

Jacques Chirac nomme Alain Juppé au poste de Premier Ministre. "Le meilleur d'entre nous", dit-il. Avec le recul, certains observateurs de la vie politique française affirmeront que, dès l'instant où le Président avait axé sa campagne électorale sur le thème de la "fracture sociale", c'est plus Philippe Séguin que Alain Juppé qui aurait du accéder à ce poste. Ainsi Arnaud Teyssier: " A peine élu, Jacques Chirac prend deux décisions qui vont grever lourdement l'avenir de son septennat. (...) La seconde décision, précisément, est le choix du Premier Ministre - non en raison de ce qu'il est, mais en raison de ce qu'il n'est pas. (...) Dans son discours, il a rendu tacitement hommage à Philippe Séguin en invoquant le thème, très séguiniste, du "pacte républicain", de la priorité donnée à l'emploi, de l'Etat "impartial, assumant pleinement ses missions de souveraineté et de solidarité." (2)

Dans les deux première années du septennat, plusieurs décisions importantes, tant au niveau national qu'international, seront prises:

1. Il lance une ultime campagne d'essais nucléaires en Polynésie Française. Ce qui a pour effet d'isoler la France au sein de la communauté internationale, au point de déclencher une procédure auprès de la Cour Internationale de Justice. Procédure non suivie d'effets. 
2. Le 16 juillet 1995, le Président Chirac déclare lors de la commémoration de la rafle du vel d'hiv: "« ces heures noires souillent à jamais notre histoire et sont une injure à notre passé et à nos traditions. Oui, la folie criminelle de l'occupant a été secondée par des Français, par l'État français." Cette reconnaissance, que tous les présidents de la République depuis 1947 avaient refusé d'entériner, lui vaudra autant d'éloges que de critiques.
3. En Bosnie, le Président, lassé que les troupes françaises engagées dans la cadre onusien soient humiliées par les troupes serbes (pas loin de 120 militaires français seront tués), ordonne des représailles, coordonnées avec l'OTAN. Cette réaction énergique et salutaire mettra fin au conflit par la signature à Paris des accords négociés entre les belligérants à Dayton*.
4. Lors de l'intervention américaine en Irak en mars 2003, il refusera d'associer la France à cette intervention à qui il dénie toute légitimité.
5. Le 22 février 1996, il suspend le service national et professionnalise les armées. La France sera donc dotée, à partir de cette date, d'une armée de professionnels. Cette décision, pour pragmatique qu'elle soit, isole un peu plus les armées au sein de la nation.

Sur le plan intérieur, le gouvernement lance un vaste plan de réformes: alignement des durée de cotisations du public sur le privé; nouveau calcul des allocations familiales, réforme drastique de la Sécurité Sociale. Dès octobre 1995, une série de grèves commence: SNCF, RATP, services publics, universités. Le gouvernement recule sur les retraites, mais maintient la réforme sur la Sécurité Sociale. Ces grèves, très suivies, affaiblissent le gouvernement d'Alain Juppé.

Pour des raisons pas encore vraiment expliquées, le Président Chirac dissout l'Assemblée Nationale le 21 avril 1997. La majorité présidentielle perd ces élections et la gauche est largement majoritaire: 320 sièges contre 256. "La gauche l'emportait avec 320 sièges,mais le PS n'avait pas emporté la majorité absolue (289 sièges). Quant à la droite, elle était battue, en définitive, d'assez peu - un déplacement de voix d'environ 1% des voix lui aurait permis de conserver le pouvoir - mais, au niveau psychologique, sa défaite donna l'impression d'une déroute. Sa déconfiture - quatre après la débâcle socialiste de 1993 - montrait certainement une grande versatilité d'une partie de l'électorat - depuis 1978, aucune majorité législative n'avait gagné les élections suivantes - et la déception qu'engendraient les majorités successives. (...) La surprise, voire un peu de ridicule, s'ajoutaient à la défaite. La droite donnait l'impression d'un "champ de ruines." (3)

Le Président se voit donc, le 2 juin 1997, contraint de faire appel à Lionel Jospin, celui-là même qu'il avait battu deux ans plus tôt. Ce dernier compose un gouvernement dit  de la  "gauche plurielle". 
Dès septembre 1997, la situation économique se redresse, sans qu'il pour soit possible pour autant d'en attribuer la paternité au nouveau gouvernement: le chômage diminue de près de 4%, le PIB passe de 2,2% en 1997 à 3,7% en 2001. Une querelle, initiée par la droite, se dessine alors sur la destination de la "cagnotte fiscale".
Martine Aubry* fait voter la loi dite des "35 heures". Une loi qui sera constamment remise en cause par le patronat et la droite sans que pour autant, on le verra par la suite, elle soit annulée.
Plusieurs lois sociales importantes sont adoptées: la CMU (Couverture Maladie Universelle), l'APA (Allocation Personnalisée d'Autonomie), le PACS* (Pacte Civil de Solidarité), ainsi que la création d'une police de proximité.
Le gouvernement décide la privatisation de plusieurs entreprises publiques, entres autres France Télécom, Air France, le Crédit Lyonnais, etc... Ce sera l'une des plus fortes séries de privatisations jamais entreprises depuis 1986.

Un référendum portant sur la réduction du mandat présidentiel à cinq ans est organisé le 24 septembre 2000. Il recueille 73% de oui, mais avec une abstention de près de 70% des inscrits.

Les deux principaux personnages de l'exécutif sont candidat à l'élection présidentielle. Le président sortant profite des maladresses du Premier Ministre et de la multiplication des candidats à gauche. Ainsi, entre autres, Christiane Taubira se présente t-elle, alors que son programme ne diffère quasiment en rien de celui de Lionel Jospin. Seize candidats sont en lice.

A l'issue du 1er tour, c'est le choc absolu: si Jacques Chirac est en tête avec 19,71% des exprimés, Lionel Jospin arrive en 3ème position derrière Jean Marie Le Pen: 16,12% contre 16,95%. Le candidat socialiste affiche un retard de 233 000 voix par rapport au candidat de l'extrême droite. Christiane Taubira, candidate du Parti Radical de Gauche recueille 656 048 voix. Difficile de s'empêcher de penser que ces voix ont manqué à Lionel Jospin. Même si René Rémond avance une autre explication: "Mais la cause principale de l'échec n'est-elle pas plutôt la quasi-certitude partagée par presque tous les politiques, confirmée par les sondages, entretenue et propagée par les médias, que Lionel Jospin serait présent de toutes façons au second tour? Cette confiance a donné bonne conscience aux abstentionnistes." (4) 
De manière générale, les sondages n'avaient pas prévu le président du FN en seconde position. Preuve si besoin était que les sondages ne sont en rien des prévisions fiables et qu'il convient d'être prudent sur l'utilisation qui en est faite. Mais chacun peut constater que les médias et les analystes politiques continuent d'y adosser leurs analyses.
Au second tour, Jacques Chirac est largement vainqueur, avec plus de 80% des exprimés. Il avait refusé de débattre avec Jean Marie Le Pen entre les deux tours, déclarant "face à l'intolérance et à la haine, il n'y a pas de transaction possible, pas de compromission possible, pas de débat possible."

Il nomme Jean Pierre Raffarin* Premier Ministre. Les élections législatives de juin donnent à l'UMP une majorité absolue de 365 sièges sur 577. L'UMP étant le nouveau parti de la droite républicaine qui regroupe le RPR, l'UDF, Démocratie Libérale et une partie des radicaux. Le FN, avec 11% des exprimés est loin de retrouver le score de son président au premier tour de la présidentielle. Quant au PC, avec 4,70%, il améliore de 1,30% le score de Robert Hue.

Le 14 juillet 2002, un militant d'extrême droite tente d'assassiner le Président qui, heureusement, s'en sort indemne.

Le 29 mai 2005, un référendum est organisé pour ou contre la ratification du projet de Constitution Européenne. Ce traité est rejeté par près de 55% des exprimés avec une participation de 70% des inscrits.. C'est un échec cuisant pour le Président. Mais aussi pour la classe politique et la quasi totalité des médias qui s'étaient prononcés massivement en faveur du traité. "Les grandes villes avaient voté majoritairement oui, les petites villes majoritairement non. (...) C'était bien deux France qui s'étaient opposées, une France qui estimait que l'avenir passait par l'Europe et une France, soit qui contestait l'Europe "libérale" qui se constituait, soit était fondamentalement hostile à l'Europe." (5)

Dominique de Villepin remplace Jean Pierre Raffarin, démissionnaire. Nicolas Sarkozy est alors nommé Ministre d'Etat, Ministre de l'Intérieur. Ces deux nominations révèlent les lutte d'influence au sein de l'exécutif. Et plus particulièrement l'attitude provocatrice de Nicolas Sarkozy par rapport au Président. Mais celui-ci avait rappelé que lui décidait et que son ministre obéissait...

En octobre 2005, des émeutes éclatent dans les banlieues parisiennes. Elles marqueront une violence certaine à tel point que le Premier Ministre décrète l'état d'urgence le 8 novembre 2005. Parti d'un fait divers, certes tragique, il sera difficile, voire impossible, de faire le tri entre la colère populaire et la manipulation de cette colère par des délinquants, jaloux de protéger leurs territoires.

Le 28 février 2005, la Charte de l'Environnement*, voulue par le Président, est adoptée par le Parlement réuni en Congrès à Versailles. Cette Charte est introduite dans le préambule de la Constitution et énonce trois principes: principes de précaution, de prévention et de pollueur-payeur. Guy Carcassone, constitutionnaliste éminent, juge cet apport dans la Constitution pour le moins incongru: "Outrecuidance, d'abord, que celle qui place au même rang que des textes éminents un ajout filandreux, mal pensé, mal écrit. Tromperie ensuite que celle qui prétend que "le peuple français proclame solennellement" quelque chose sur quoi il n'a pas été consulté. (...) Voilà donc qu'a été inventée la prosopopée constitutionnelle. Elle n'est un progrès ni pour la Démocratie ni pour le respect élémentaire du sens des mots." (6)

Le 9 février 2007, le Congrès adopte l'article 66-1 qui sera ajouté à la Constitution et qui stipule: "Nul ne peut-être condamné à la peine de mort."

Par un arrêté de octobre 2001, la Cour de Cassation avait jugé que le Chef de l'Etat, pendant la durée de son mandat, n'était pas un citoyen comme les autres et ne pouvait donc être mis en examen ou cité à comparaitre, même en tant que témoin. C'est le "statut pénal du Chef de l'Etat". 
Durant ses deux mandats, Jacques Chirac a été cité dans au moins neuf "affaires" par  la presse.
Citons pèle mêle quelques unes de ces affaires: les emplois fictifs et les chargés de mission à la mairie de Paris; les HLM de Paris; l'affaire des billets d'avion... Plusieurs de ces affaires ont abouti à des non lieux. D'autres, en revanche, ont été jugées après 2007.
Concernant l'affaire des emplois fictifs, atteint de troubles neurologiques "sévères", il ne participe pas à son procès. Pour autant, il est condamné le 15 décembre 2011 à deux ans de prison avec sursis pour "détournement de fonds publics", "abus de confiance", "prise illégale d'intérêts" et "délit d'ingérence". Il décide de ne pas faire appel.

En tant que président, il n'aura pas eu la même "activité culturelle" que son prédécesseur. Il n'aura "que" mis en place le musée des Arts Premiers*, quai Branly*.

Pour conclure ce long billet consacré à Jacques Chirac, Président de la République, reportons nous à ce qu'écrit Raphaël Piastra: "Il convient de remarquer qu'à rebours de ses prédécesseurs, Jacques Chirac n'a pas fait de commentaires majeurs sur la fonction présidentielle. Par exemple, dans ses deux messages au Parlement des 10 mai 1995 et 2 juillet 2002, il se réfère simplement aux textes constitutionnels réglementant celle-ci. Il est un des seuls à ne pas s'être référé au présidentialisme. (...) A l'actif de J. Chirac, on doit retenir aussi qu'il n'a jamais cédé, avant ou pendant l'Elysée, à un quelconque rapprochement avec l'extrême droite. (...) Il existe, on peut le dire, un paradoxe Chirac qui est, selon nous, parfaitement décrit et résumé par François Hollande, autre corrézien célèbre (d'ailleurs adoubé par l'ancien président): Le paradoxe est que cet homme qui a donné sa vie, oui, toute sa vie, à la politique pour parvenir au sommet de l'Etat, a pu donner l'impression, malgré le travail qu'il consacra à cette tâche, de ne pas avoir la même appétence pour la conduite du pouvoir, de ne pas donner le même goût à surprendre, à innover, à réformer." (7) 


(1) in "le siècle dernier" de René Rémond, éditions Arthème Fayard, 2003, page 1035.
(2) in "Histoire politique de la Vème République", de Arnaud Teyssier, éditions Perrin, 2011, page 638.
(3) in "Histoire politique de la France depuis 1945" de jean-Jacques Becker, éditions Armand Colin, 2011, page 239.
(4) in "le siècle dernier" de René Rémond, page 1106.
(5) in "Histoire politique de la France", page 256.
(6) in "la Constitution, introduite et commentée par Guy Carcassonne. Editions du Seuil, collection Essais, 9ème édition 2009, page 40.
(7) in "les Présidents de 1870 à nos jours", de Raphaël Piastra, éditions Eyrolles, 2012, pages 165 et 166.