"Ce n'est pas parce que l'on a rien dire qu'il faut fermer sa gueule" Michel AUDIARD

vendredi 11 novembre 2016

Réhabiliter "les fusillés pour l'exemple"

Nous commémorons aujourd’hui le 98ème anniversaire de l’armistice qui a mis fin à cette guerre qui fut une gigantesque boucherie, mais aussi à une guerre qui fut considérée à raison comme « le suicide de l’Europe ».

Paul Valéry écrivait en 1919: « Nous autres, civilisations, nous savons que nous sommes mortelles ». Ce qui était vrai à cette époque est tout aussi vrai aujourd’hui, à l’aube de ce XXIème siècle.

Donc, dans chaque village de France, des hommages ont été rendus à ces centaines de milliers de morts, de disparus, de blessés, d’invalides. Mais aussi à ces milliers de veuves et d’orphelins. Hommages mérités. Hommages indispensables pour que ne soit jamais oubliés leurs sacrifices. Pour que ne soit jamais oubliées les horreurs du militarisme outrancier qui ont conduit à ces massacres, à ces tueries. « Plus jamais ça » disait-on après  novembre 1918. Hélas, vingt et un ans plus tard, nouvelle guerre, nouveaux massacres, nouvelles tueries. Mais cela, nous le savons.

Donc, hommages ont été rendus à toutes les victimes. Non, pas à toutes. Tous ceux qui ont été fusillés pour l’exemple pendant cette première guerre mondiale sont toujours les grands absents, les oubliés volontaires de la mémoire collective. Ou plus exactement ceux que les pouvoirs politiques depuis 98 ans ont volontairement occultés, par lâcheté ou par idéologie ou par conformisme ou par bêtise. En réalité, tout cela à la fois.



honneur aux soldats anglais
Il n’y a pas que des militaires français qui ont été fusillés. Il y a aussi des britanniques. Le gouvernement britannique a réhabilité collectivement en 2007 les 306 militaires fusillés. Certes, 89 années après, cela peut paraitre long, mais l’essentiel n’est pas là!

Chez nous, rien. Lionel Jospin, premier ministre a bien demandé une telle réhabilitation. Mais refus du président Chirac qui ne trouvait pas cela « opportun »

Mais personne n’a trouvé inopportun de décorer le général Nivelle des plus hautes décorations civiles et militaires et de l’enterrer aux Invalides!

Personne n’a trouvé inopportun de combler d’honneurs et de médailles tous les officiers généraux qui ont envoyé délibérément à la mort des milliers de soldats pour reprendre à l’ennemi quelques mètres carrés, aussitôt perdus le lendemain!


Personne n’a trouvé inopportun de rétablir dans leurs grades, leurs honneurs et leurs pensions les militaires félons de l’OAS qui, ne l’oublions pas, ont du sang sur les mains, du sang de français et d’algériens. Sans compter les multiples tentatives d’assassinat du chef de l’Etat! Personne!

 Réhabiliter aujourd’hui tous ces malheureux serait, de la part de ceux qui nous gouvernent aujourd’hui comme ceux qui nous gouvernerons demain, serait faire preuve de patriotisme. Oui, de patriotisme. Parce que c’est quoi, le patriotisme? Parce que le patriotisme, c’est d’abord et avant tout aimer son pays. Eventuellement, de mourir pour lui. 

J’ai eu l’occasion de travailler sur des lettres de soldats écrites à leurs familles pendant le conflit. Tous, je dis bien tous, étaient des patriotes. Tous voulaient défendre la patrie. Tous! Mais aucun ne réclamait de mourir pour elle. Ils acceptaient cette possibilité, mais aucun, sciemment, ne voulait mourir.
A cet égard, « les carnets de guerre de Louis Barthas, tonnelier, 1914 – 1918″ sont un témoignage exceptionnel.


La dernière tentative de réhabilitation collective a été tentée par le sénateur Fischer en décembre 2012 a été rejetée par la majorité sénatoriale le 19 juin 2014. Quelle honte!


Alors, quand des tribunaux militaires jugeaient des soldats soi disant coupables de trahison, des soldats qui se seraient volontairement blessés, ils les condamnaient à mort. Sans appel. Après des procès où la sentence étaient décidées à l’avance puisqu' »Il s’agit moins de punir un coupable que d’empêcher par la sévérité de la répression la contagion du mal. »

98 ans après cette abomination que fut cette guerre, il serait temps de tourner la page. De réintégrer dans la communauté des morts pour la France tous ces soldats qui n’ont sans doute pas été des héros, mais qui étaient des victimes, tout comme l’étaient les 1 400 000 morts, les 4 266 000 blessés de France. Comme les 9 720 000 morts, les 21 228 000 blessés du monde entier.

Quelques communes ont eu ce courage d’inscrire sur le monuments aux morts les noms de ceux qui ont été « fusillés pour l’exemple. » C’est formidable, mais cela ne suffit pas pour les réintégrer dans la communauté nationale. C’est aux plus hautes autorités de l’Etat de la faire.

Ce sera l’honneur du prochain président de le faire vraiment! Et son déshonneur s’il se dérobait!

de Claude Bachelier
Angèle Cartier
www.zonaires.com


mercredi 9 novembre 2016

les américains avaient à choisir entre...

les américains avaient à choisir entre Clinton et Trump. Ils ont choisi Trump. Les français auront Le Pen..

Vous voudrez bien excuser cette paraphrase de ce qu'avait déclaré W. Churchill en septembre 1938. Mais c'est ce qui m'est venu à l'esprit dès ce matin, quand à la radio, aux infos de 07h00, me sont parvenus les premiers résultats qui plaçaient D. Trump en "position de ballotage très favorable". (G. Erner)

Pourquoi, me direz-vous, un tel lien? Parce que la réalité du programme de D. Trump est un programme de société, les programmes politiques ou économiques viennent loin derrière. Tout comme celui de Mme Le Pen. Et pour appuyer ce projet, ils développent un populisme de combat, où l'outrance, la démagogie, le mensonge, l'insulte sont les arguments majeurs. 

Peu importe qu'il sera impossible de financer tel ou tel projet; peu importe qu'il sera impossible de revenir sur tel ou tel engagement international; peu importe qu'il sera impossible d'ériger des murs tout autour du territoire. Non, ce qui importe, c'est de dire que leurs adversaires sont tous et toutes issus de "l'établishment", des élites, que ce sont tous des pourris. Que eux seuls savent parler au peuple dans un langage que lui seul peut comprendre. Ah, peuples, que de mensonges, que d'âneries on peut dire en votre nom!!!

Pour revenir au lien que je fais entre ces deux populistes, D. Trump et M. Le Pen, il n'est que de revenir sur les félicitations que la présidente du FN a envoyé à Mr Trump avant même l'annonce de sa victoire. Mais aussi celles de Mme Maréchal Le Pen et de Mr JM Le Pen. Leur satisfaction, leur bonheur avaient quelque chose de pathétique, une sorte d'orgasme politique en quelque sorte.

Un autre prétendant, chez nous, à la magistrature suprême, a même déclaré que le peuple américain avait rejeté "la pensée unique"...

Et donc, je me dis que si le populisme a triomphé aux USA, et de quelle manière, il peut aussi triompher chez nous, en mai prochain.
Parce que le populisme, ne l'oublions pas, c'est un discours tenus par ceux qui affirment défendre les intérêts du peuple contre les élites. Même et surtout s'ils en sont les purs produits. Mr Trump et Mme Le Pen ne viennent ni du prolétariat ni de la classe moyenne. Tout comme d'ailleurs l'ancien maire de Neuilly.

Beaucoup des discours qui nous sont servis en vue de l'élection présidentielle en 2017 sont directement issus du populisme. Ils viennent de certains à gauche, mais surtout de beaucoup à droite. Les uns et les autres veulent faire notre bonheur, même contre nous.

Quoi que l'on puisse en penser, l'élection de Mr Trump, et avec lui, celle d'une majorité républicaine dans les deux chambres, cette élection donc va faire rentrer le monde dans une grande période d'incertitudes et de dangers. A cela, il faut ajouter les populismes à l'oeuvre dans certains pays européens, populismes partisans de pouvoirs autoritaires et rétrogrades, qui font de l'étranger - européen ou pas - le bouc émissaire et qui rêvent d'un retour à l'ordre moral.

Et bien sûr, chez nous, tous ces gens que l'élection de D. Trump galvanise. Nous ne sommes nullement à l'abri de leur soif de pouvoir autoritaire, nullement à l'abri d'une contagion qui nous viendrait d'outre Atlantique.

Tout cela n'incite guère à l'optimisme et il m'arrive de céder au découragement.

Alors, pour conclure, permettez-moi de citer Alexis de Tocqueville, qui a, il y a plus d’un siècle et demi, si bien compris ce qu’étaient les Etats Unis:

"pendant longtemps, ils empêcheront qu'aucun despotisme ne puisse s'asseoir, et ils fourniront de nouvelles armes à chaque génération nouvelle qui voudra lutter en faveur de la liberté des hommes.
Ayons donc de l'avenir cette crainte salutaire qui fait veiller et combattre, et non cette sorte de terreur molle et oisive qui abat les coeurs et les énerve."(1)

(1) "de la Démocratie en Amérique", de Alexis de Tocqueville, 1840, livre II, chapitre VII, éditions Gallimard, collection de la Pléiade.


"Angèle Cartier"
de Claude Bachelier
éditions Zonaires
www.zonaires.com


lundi 12 septembre 2016

un "tipi" aux Panissières

en juillet dernier, j'ai visité, avec trois de mes princesses, le marais de Sailles, près de Crêt en Belledonne, sous la houlette de Annayk T. responsable de l'écologie locale. J'ai ainsi découvert l'existence de "tipi", refuge provisoire d'insectes en tout genres, de petits rongeurs, de petits et moyens carnassiers, les uns dégustant les autres, histoire de faire vivre la chaine alimentaire.
Dans un prochain billet, avec l'aide d'Annayk, je vous en dirai plus sur ces "tipi"...
En attendant quelques photos de celui réalisé par mes soins la semaine dernière.







lundi 11 juillet 2016

bravo mes Princesses



une belle réussite en 1ère année de droit et donc un brillant passage en seconde année;


deux brillants succès (avec mentions à la clé) au brevet des collèges et donc un tout aussi brillant passage au lycée;


une très belle année de CM2 et donc un brillant passage en 6ème.


bravo mes Princesses: nous sommes fiers de vous!

dimanche 29 mai 2016

Les 55 oubliés de la bataille de Verdun.

Tout a été dit sur cette gigantesque boucherie qu'a été la bataille de Verdun. 


Tout ou presque. Tout, c'est-à-dire les combats meurtriers, l'héroïsme des combattants, leurs peurs, leurs sacrifices, l'inhumanité de leurs conditions de vie et de mort. Tout, c'est-à-dire les ordres et les contre ordres qui envoyaient à la tuerie des dizaines de milliers de soldats pour quelques mètres, gagnés le lundi et perdus le mardi. Tout, c'est-à-dire la folie meurtrière de la guerre, cette abomination qui habite l'homme au plus profond de lui.

Presque, c'est-à-dire que personne n'évoque, ne parle des 55 pauvres bougres, "fusillés pour l'exemple" et qui n'ont toujours pas été réhabilités. Presque, c'est-à-dire que l'on se gave de mots et de belles formules pour célébrer le courage des combattants, français et allemands, mais que, volontairement, ces mêmes beaux-parleurs passent à la trappe la mémoire de 55 soldats que la justice militaire de l'époque a condamné au terme de procès iniques.201408160889-full

Mon propos, dans ce billet, n'est pas de rentrer dans les détails de ces condamnations. Pour autant, il faut garder à l'esprit que faire passer en conseil de guerre un soldat était d'abord et surtout comme l'affirme un rapporteur devant un conseil de guerre: "Il s'agit moins de punir un coupable que d'empêcher par la sévérité de la répression la contagion du mal." (1) A partir de là, tout est dit.


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l'exécution d'un condamné devant tout le régiment
La faute, ou supposée telle, doit être punie et donc faire peur. Le condamné sera fusillé devant le régiment selon un rite quasiment religieux: "Réelle, la violence de l'exécution était aussi symbolique par le cérémonial imposé aux soldats. Son déroulement était réglé par les autorités militaires avec une précision comparable aux grands rituels du pouvoir et de l'Eglise. La participation de toute la société militaire (officiers, soldats, médecins militaires, aumôniers...) procédait de la pédagogie de l'exemple. Chacun jouait son rôle, écrit et limité à l'avance." (2)
 
 
Après la guerre, de nombreuses voix d'anciens combattants se sont élevées pour demander que tous soldats condamnés par des conseils de guerre soient réhabilités. Sans succès. Sans doute, les politiques de l'époque jugeaient-ils qu'il était difficile de contrarier la haute hiérarchie de l'armée, laquelle était farouchement opposée à la moindre réhabilitation. Mais bien entendu, il n'était pas question de remettre en cause les méthodes de commandement, les offensives aussi inutiles que meurtrières, les erreurs grossières de stratégie, bref toutes les fautes du haut commandement. 

Louis Barthas
Quand on pense que le général Nivelle* a été fait Grand Croix de la Légion d'Honneur en 1920, qu'il a reçu la Médaille Militaire en 1921 et qu'en 1931, son corps fut transféré aux Invalides, je ne peux m'empêcher de citer Louis Barthas*: "Quels châtiments auraient donc mérité ces généraux inhumains, artisans de la défaite puisqu'ils gâchaient, gaspillaient, exposaient à la souffrance et à la mort tant d'existences précieuses?"(3)

Aujourd'hui, hélas, ces réhabilitations ne sont pas toujours à l'ordre du jour. Même s'il est exact que quelques cas, bien trop rares, ont été réglés.

A Craonne*, le 5 novembre 1998, Lionel Jospin, Premier Ministre de Jacques Chirac, avait prononcé un long discours où il exaltait le courage des combattants, mais aussi où il souhaitait que cet hommage concerne aussi tous les soldats fusillés: "Que ces soldats, " fusillés pour l'exemple ", au nom d'une discipline dont la rigueur n'avait d'égale que la dureté des combats, réintègrent aujourd'hui, pleinement, notre mémoire collective nationale. " Aussitôt, tout ce que la droite et l'extrême droite comptent de donneurs de leçons de patriotisme à la petite semaine s'élevèrent contre ce discours jugé "déshonorant" et "insultant" pour la mémoire. Les mêmes n'ont pas jugé utile de demander à ce que les médailles du "boucher du chemin des Dames" lui soient retirées.

Au-delà des mots des uns ou des autres, les actes ne suivent pas. Les 639 "fusillés pour l'exemple", dont les 55 de Verdun, pendant le première guerre mondiale, n'ont toujours pas été réintroduits dans la communauté des victimes de cette abominable tuerie. Il serait grand temps que nos parlementaires, surmontant leur différences politiques, aient le courage et l'audace de rétablir l'honneur de ces "fusillés pour l'exemple."

Pour conclure, je cite ici un passage de l'article de la Libre Pensée publié dans Médiapart le 24 février 2016: "Parce que le peuple souverain, c’est la République en marche, parce que nous sommes aussi la République, au nom de l’Humanité nous proclamerons que les 639 Fusillés pour l’exemple (dont les 55 de Verdun) sont réhabilités collectivement, qu’ils n’ont ni fauté ni trahi. Ils étaient des hommes au Front sous les bombes, les obus et la mitraille. Ils étaient dans la boue, le sang et l’horreur des tranchées. Ils ont dit NON à la mort inutile. Ils ont dit NON à des ordres imbéciles aboyés par une hiérarchie militaire qui se  souciait comme d’une guigne de la vie humaine."epalivetwo032325 

* clic sur le lien

(1) in "Fusillés" de Jean-Yves Le Naour, éditions Larousse, 2010, page 19, note 30.
(2) in "les fusillés de la Grande Guerre" de Nicolas Offenstadt, éditions Odile Jacob, 1999, 201.
(3) in "les carnets de guerre de Louis Barthas, tonnelier, 1914 - 1918, éditions du centenaire, 2013, page 244. (première édition par la Librairie François Maspéro, 1978)


Angèle-Cartier-couv-6

de Claude Bachelier
aux éditions Zonaires: www.zonaires.com

samedi 30 avril 2016

"Salauds de pauvres" (3)

Les deux premiers articles que j'avais écrit sur ce thème étaient consacrés à Mr Laurent Wauquiez, à cette époque ministre des affaires européennes*, puis ministre de l'enseignement supérieur* dans le gouvernement de Mr Fillon. Lequel Wauquiez est aujourd'hui président de la région Rhône Alpes Auvergne, député de la Haute Loire et secrétaire général délégué du parti LR de Mr Sarkozy. Il se faisait et se fait toujours le pourfendeur de ce que lui et ses amis appellent l'assistanat.

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crédit photo: AFP

Mais ce n'est pas à lui que je vais consacrer mon billet de ce jour mais à Bruno Le Maire,* député de l'Eure et candidat à la primaire de "la droite et du centre".

Il est né en 1969,  a fait de brillantes études: Ecole Normale Supérieure (reçu premier à l'agrégation de lettres modernes) Sciences Po et l'ENA. Il a commencé sa carrière au sein du ministère des Affaires Etrangères. Il a été un très proche collaborateur de Mr de Villepin, de 1998 à 2007. Il a ensuite été ministre de 2008 à 2012 dans le gouvernement de Mr Fillon. Donc une longue carrière politique classique commencée à 29 ans.

Candidat déclaré à la primaire de "la droite et du centre", il se veut le candidat du renouveau et du renouvellement: "le renouveau, c'est Bruno" peut-on lire sur le tee-shirt de ses soutiens.
Alors, pour étayer cette prétention, il lui arrive de tomber la cravate, mais surtout de prononcer tous ses discours en relevant ses bras de chemise. A tel point que lors du congrès de son parti en 2015, alors qu'il montait à la tribune pour lire son discours, son "ami" Brice Hortefeux lui a demandé: "tu viens de faire la vaisselle?*" Ambiance...

Mais ce qui m'amène aujourd'hui à poser ma plume sur lui n'est pas son parcours, somme toute aussi classique que banal dans notre classe politique, ni pour ses tenues vestimentaires, elles aussi classiques et banales.

Non, ce sont ses déclarations et intentions concernant les titulaires du RSA: il propose que les départements puissent*, je cite: « avoir la possibilité d’avoir accès aux comptes bancaires des bénéficiaires du RSA pour s’assurer que chaque bénéficiaire touche bien le montant dont il a besoin et qu’il n’y a ni gabegie, ni fraude ». Et il ajoute: "Je veux que chaque euro d’aide sociale aille à ceux qui en ont besoin."

Dans la même déclaration, il n'hésite pas à affirmer sur le ton martial qui convient: "le RSA est un minima social qui s’applique à une situation d’urgence. Or, quand on a 12 000 euros sur son compte en banque, on n’est pas dans l’urgence. » Sans invoquer les entreprises bénéficiaires, entre autres du CICE, qui perçoivent des millions d'euros d'argent public alors qu'elles dégagent des résultats faramineux, qu'elles font des ponts d'or à leurs dirigeants, même quand ils échouent, et distribuent des montagnes de dividendes à leurs actionnaires. Mais pour Mr Le Maire, un pauvre doit être pauvre!

on ne peut que souscrire à une telle ambition: aider ceux qui en ont besoin tout en contrôlant le bon usage des deniers publics.

Mais ce qui pose question, c'est que les soucis de bonne gestion de Mr Le Maire s'adressent une fois de plus aux démunis, aux pauvres: pour mémoire, le montant du RSA* est de 549 € pour une personne seule, 1121 € pour une personne seule avec deux enfants.
Ajoutons que près d'une personne sur deux qui pourrait prétendre au RSA n'en fait pas la demande...

Le montant des fraudes aux diverses prestations sociales est de 143 millions d'euros, incluant celles du RSA qui se situent à peu près à 40 millions. Rapportée aux 9,3 milliards versés aux 2 500 000 allocataires fin 2015, cela reste limité. Et rapportée aux 40 milliards de la fraude fiscale estimée en France, c'est une goutte d'eau dans l'océan! 
Cela posé, que l'on se comprenne bien: je suis convaincu autant que quiconque qu'il convient de traquer les fraudes, toutes les fraudes, mais cependant que l'on ne mette pas plus d'énergie à traquer les voleurs de pommes que les costumes cravates!

J'ai cherché sur le blog de Mr Le Maire et un peu partout sur les différents médias ses positions, ses propositions suite aux révélations des "panama papers". Rien, pas une ligne, pas un mot.
Pourtant, dans le souci qui est le sien et que l'on peut supposer sincère, qui est de pourchasser "les fraudes et la gabegie", rien qui puisse, dans ses déclarations, faire apparaitre une colère ou une condamnation de pratiques iniques qui permettent à une minorité de s'enrichir sans limites! "Qui ne dit mot consent" dit le dicton. J'ai quand même du mal à imaginer que Mr Le Maire puisse être d'accord avec ces fraudes. Mais alors pourquoi ne dit-il rien? Et inversement, pourquoi cet acharnement sur les allocataires du RSA?

Même chose pour les millions d'euros donnés aux entreprises, y compris et surtout celles qui font des bénéfices, dans le cadre du CICE*: Crédit d'Impôt pour la Compétitivité et l'Emploi, institué en 2013. Pour l'année 2014, 24 grandes entreprises ont perçu 1,6 milliard d'euros, et cela sans le moindre justificatif et encore moins d'obligation de résultats. Rappelons que ce CICE a pour but, entre autres de favoriser "la recherche et l'innovation". On peut quand même se demander si certaines entreprises font vraiment, "de la recherche et de l'innovation". La liste des entreprises bénéficiaires* répond à la question posée.

A ce sujet, B. Le Maire n'a aucune interrogation: lui si prompt à dégainer sur la "gabegie" reste muet sur le sujet.
Plus généralement, il s'exprime peu sur les allègements divers et variés consentis aux entreprises en terme de réduction d'impôts ou de cotisations sociales; et pourtant, là encore, il n'y a ni obligations de résultats, ni d'ailleurs de résultats. Là-aussi, il reste muet... Sauf à dire que, lui président, il ne négociera pas avec les syndicats*: Monsieur Trump, aux USA, ne dit pas autre chose!

Il ajoute, dans cet interview: "je veux donner la garantie absolue aux contribuables que les aides sociales sont justifiées" et "que l’argent va où on en a besoin".
Là encore, noble souci de l'argent  public. Mais cela m'a amené à m'interroger sur l'argent public que lui, Bruno Le Maire, perçoit en tant qu'élu du peuple, en tant que député. Des sommes conséquentes mais, me semble t-il, justifiées eu égard à l'importance du mandat et aux responsabilités propres à chaque élu.

Je suis donc allé jeter un oeil sur l'activité parlementaire du pourfendeur de la gabegie. Et pour cela, je suis allé sur les sites: https://www.nosdeputes.fr/bruno-le-maire/graphes/lastyear et http://www2.assemblee-nationale.fr/deputes/fiche/OMC_PA331481.

Je vous laisse examiner en détail sa présence au cours des différentes sessions, sa participation à la commission des finances et ses prises de paroles. Lui l'opposant farouche au cumul des mandats (c'est sans doute le seul point d'accord que j'ai avec lui), devrait être, me semble t-il, plus présent dans l'hémicycle puisqu'il est seulement député. Or, ce n'est quand même pas tout à fait le cas: d'après le site https://www.nosdeputes.fr/synthese, il se situe souvent dans les 150 derniers pour les différentes activités: 3 présences à la commission des finances et pas d'interventions et 11 semaines d'activités quand les meilleurs en sont à 38 ou 39...

Je ne veux pas me livrer à des calculs de boutiquier, mais je m'interroge quand même sur la pertinence de sa rémunération au regard de son activité parlementaire. Lui qui veut donner aux contribuables la certitude que leur argent est bien employé ne donne pas vraiment l'exemple. Serait-il un adepte du "faites ce que je dis, pas ce que je fais", très en vogue chez les puissants?

Le populisme et la démagogie sont les défauts les mieux partagés par les différentes classes politiques partout dans le monde. La France en la matière ne fait pas exception, loin s'en faut. Ces populistes et ces démagogues se veulent à l'écoute des peuples, mais ne les entendent pas. 
Aux prétextes fallacieux d'aller vers davantage de progrès ou de croissance, ils mettent en place, quand ils arrivent au pouvoir, des politiques d'austérité dont chacun peut mesurer qu'elles ne font qu'accentuer misères et précarités. C'est vrai chez nous, mais pas que.

Bruno Le Maire, hélas, fait partie de ces gens. Certes, il n'est d'aucun extrêmes, ni de gauche ni de droite. Pour autant, son approche populiste du débat politique, ses discours démagogiques, les méthodes autoritaires qu'il prétend mettre en application s'il devait arriver au pouvoir, son mépris affiché de ses adversaires, y compris au sein de son propre camp, sans parler de son programme politique ultra réactionnaire et de son programme économique ultra libéral.

Tout cela m'amène à penser que cet homme est dangereux!

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Angèle-Cartier-couv-6de Claude Bachelier

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