"Ce n'est pas parce que l'on a rien dire qu'il faut fermer sa gueule" Michel AUDIARD

samedi 1 juillet 2017

le 28 juin 1914, ou les prémisses du « suicide européen »

"le Petit Parisien" du 29 juin 1914

Le 28 juin 1914: voilà une date qui ne dit pas grand-chose à tout un chacun. Certes, elle ne donne pas lieu à des commémorations et c’est tant mieux. Pourtant, elle marque le coup d’envoi d’une tragédie mondiale, pour ne pas dire planétaire. En effet, c’est le 28 juin 1914 que l’archiduc François Ferdinand d’Autriche, héritier du trône d’Autriche-Hongrie, et sa femme ont été assassinés par un nationaliste serbe. Ces meurtres ont été l’étincelle qui a allumé la gigantesque déflagration de la première Guerre Mondiale.

l’archi-duc François-Ferdinand et sa femme Sophie

Il est légitime de s’interroger: comment un tel évènement a t-il pu déclencher ce que nombre d’historiens ont appelé « le suicide de l’Europe »? Les réponses sont multiples et il me semble que Raymond Aron les résume parfaitement:  » La guerre de 1914 est sortie des querelles suscitées dans las Balkans par les revendications des nationalités. C’est pour parer à la menace que suspendait  sur la monarchie dualiste la propagande serbe s’adressant aux Salves du Sud que les ministres austro-hongrois ont pris les initiatives (ultimatum à la Serbie, bombardement de Belgrade) qui contenaient en germe la guerre européenne. C’est la solidarité slave qui interdisait au gouvernement de Saint-Pétersbourg d’accepter la destruction de l’indépendance serbe ou une victoire diplomatique de l’Autriche-Hongire. C’est l’orgueil national, la conviction que la patrie était promise à un destin mondial, que la culture allemande devait rayonner à travers l’univers, qui, en 1914, souleva l’enthousiasme des masses dans l’empire wilhelmien et fit oublier aux ouvriers leur socialisme d’hier. C’est la volonté de survivre comme puissance et de récupérer les provinces perdues qui unit soudainement les Français et les soutint à travers les années d’épreuves. » (1)

l’empereur allemand Guillaume II

le tsar de Russie Nicolas II

En 1908, soutenue par l’empire allemand, l’Autriche-Hongrie annexe deux provinces de la Bosnie, au grand  dam de la Russie et de la Serbie. Cette dernière, soutenue par l’empire russe, est devenue la puissance dominante des Balkans, ce qui ne l’empêche nullement d’avoir des relations diplomatiques à peu près normales avec la monarchie autrichienne.


Bien que prévenues de l’imminence d’un attentat, les autorités autrichiennes maintiennent la visite de l’héritier du trône, en négligeant que le 28 juin est la date anniversaire de la défaite par les Ottomans de l’armée serbe en 1389 lors de la bataille de Kosovo.*





langues slaves en Europe
Il existait en Serbie différents groupes nationalistes, adeptes militants du « panslavisme », doctrine ou idéologie qui veut regrouper en une seule entité tous les peuples slaves, dont font partie, entre autres, les divers peuples des Balkans. Un de ces groupes, très certainement soutenu, voire encouragé par les services secrets russe, prévoit d’assassiner l’archiduc François Ferdinand lors de sa visite à Sarajevo, qu’ils ressentent comme une provocation.

Les grandes puissances de ce début du XX ème siècle sont la France, la Grande Bretagne et l’Allemagne. L’Autriche-Hongrie, la Russie, l’Italie ne sont pas à leur niveau et l’empire ottoman – « l’homme malade de l’Europe », selon le tsar Nicolas 1er- est en pleine déliquescence.

Les intérêts stratégiques et économiques des uns s’opposent aux intérêts stratégiques et économiques des autres. Deux machines infernales se mettent alors en place: des alliances croisées et une folle course à l’armement.

Dans son ouvrage,  » 14 – 18, la première guerre mondiale », Pierre Vallaud raconte cet engrenage mortel: « D’un côté, s’est nouée la Triple Entente – France, Russie, Angleterre – en 1907. De l’autre, la Triplice renouvelée en 1912 réunit l’Allemagne, l’Autriche-Hongrie et l’Italie (…) Luttes d’influence en Europe centrale, rivalités aux colonies… Les heurts entre nations se multiplient, incitant chaque puissance à resserrer ses alliances, renforcer ses effectifs militaires et produire des armes. Dans la seule année 1912, Allemands, Autrichiens, Russes et Français augmentent leurs budgets militaires de 15 à 25%. En 1913, les services de renseignements français (…) constatent que les effectifs de l’armée allemande ont été augmentés de 168 000 hommes. La France réagit par la loi de 3 ans (été 1913) qui prolonge d’un an le service militaire et place 750 000 hommes sous les drapeaux. Même la Marine est concernée. Ripostant à l’Allemagne dont la flotte est devenue la deuxième du monde (…) la Grande Bretagne redouble le rythme de ses constructions navales afin de conserver le principe du « Two Powers Standard »: la puissance anglaise doit être égale au moins à celle des deux autres puissances navales mondiales les plus fortes. » (2)



Gavrilo Princip
C’est donc dans ces moments de tension que survient l’attentat de Sarajevo. Gavilo Princip, l’assassin du couple impérial, étant serbe, bien que né en Bosnie, le gouvernement autrichien accuse le gouvernement serbe et lui adresse dès le 7 juillet, un ultimatum. Si ce dernier accepte les termes de cet ultimatum, il en rejette cependant un, totalement inacceptable pour un état souverain, à savoir la direction de l’enquête par la police autrichienne au lieu et place de la police serbe.


l'empereur d'Autriche-Hongrie François-Joseph
Le premier ministre hongrois, le comte Tisza, proche de l’empereur François-Joseph recommande une grande prudence. Dès le 8 juillet, il lui adresse une lettre où il craint: « l’épouvantable calamité d’une guerre européenne. »(3) Malgré cette mise en garde prémonitoire, l’ultimatum est maintenu, ultimatum rejeté par la Serbie le 25 juillet. Trois jours plus tard, le 28, l’Autriche-Hongrie, qui se sait soutenue, voire encouragée par l’Allemagne, déclare la guerre à la Serbie, elle-même soutenue et encouragée par la Russie.
Quelques semaines plus tard, par le jeu pervers des alliances, l’Europe va s’embraser. Chacun connait la suite de cette tragédie.

Quatre années et quelques mois plus tard, alors que les canons se sont tus, les européens font leurs comptes: neuf millions de tués, des millions d’invalides et de blessés, des millions de veuves et d’orphelins. Voilà pour l’abominable constat humain. Le paysage politique est bouleversé: quatre empires ont disparu: l’empire allemand, l’empire austro-hongrois, l’empire russe et l’empire ottoman. Les nouveaux états européens, nés des différents traités signés après la guerre, sont porteurs d’instabilité et de conflits.
Les vainqueurs, la France, la Grande Bretagne et l’Italie, sortent exsangues et ruinés. Les Etats Unis d’Amérique deviennent alors la puissance dominante.
Partout, s’élevait ce cri: « plus jamais ça! » Le refus de la guerre était dans tous les esprits. Et pourtant…
« Le carnage avait été colossal, les destructions considérables. Dans une Europe bouleversée, l’héritage serait lourd. Le long règlement de comptes était sur le point de commencer. » (4)
le cimetière de Verdun


(1) in « une histoire du XXème siècle »  de Raymond Aron, anthologie éditée et annotée par Christian Bachelier, éditions Plon, 1996, page 20.
(2) in « 14 – 18 la première guerre mondiale » de Pierre Vallaud, éditions Fayard, 2004, page 25.
(3) in « l’Europe en enfer », de Ian Kershaw, éditions éditions du Seuil, 2017, page 54.
(4) ibid page 120.
de Claude BACHELIER
aux éditions Zonaires: www.zonaires.com
de Claude Bachelier aux éditions Zonaires
www.zonaires.com

mardi 23 mai 2017

le duc d'Enghien et la bataille de ROCROI le 19 mai 1643

Il y a quelques jours, j'ai lu par le plus grand des hasards un texte consacrée à cette bataille gagnée grâce à l'audace d'un tout jeune aristocrate de vingt trois ans, le duc d'Enghien, surnommé plus tard "le grand Condé". Et je me suis dit qu'il serait intéressant de consacrer un article à cette bataille, tout en en survolant cette époque riche en évènements qui ont influencé la politique française à court et à moyen terme.
Cette bataille de Rocroi a eu lieu pendant la guerre de" trente ans", guerre qui a opposé, de 1619 à 1648, les principaux états européens sur fond de querelles religieuses entre catholiques et protestants, mais en réalité, sur des motifs bien plus politiques.
la bataille de Rocroi

Pour faire court, l'empire des Habsbourg d'Autriche et  d'Espagne allié à la papauté, donc catholique, combat les Provinces Unies des Pays Bas et certains pays scandinaves, donc protestants. La France de Louis XIII et de son Premier Ministre Richelieu, pourtant très catholique, soutient cette dernière coalition contre les Habsbourg et cela afin de réduire la puissance espagnole.
Cette guerre que certains historiens appelleront "la guerre civile européenne" va littéralement saigner l'Europe en termes économiques, mais aussi, mais surtout en termes démographiques: des millions de morts seront les victimes de batailles, de famines, de massacres et de la peste.
Cette guerre est partie d'un prétexte: "la défenestration de Prague"*. La Bohème se dote alors d'un souverain protestant et se rallie aux Provinces Unies et à l'Angleterre. L'empereur Ferdinand rallie à lui la papauté et la Sainte Ligue.* Je vous accorde que c'est quand même bien plus complexe que cela, mais c'est le point de départ de cette guerre.
Si la France dès le début du conflit soutient les protestants, elle se garde bien de s'impliquer directement dans le conflit. Ce n'est que le 19 mai 1635 que la France déclare la guerre à l'Espagne au prétexte de l'occupation par les troupes espagnoles de plusieurs villes placées sous la protection française.
mariage de Louis XIII et de Anne d'Autriche le 28 novembre 1615
Pour mémoire, Louis XIII* règne depuis 1610 et mourra le 14 mai 1643, quelques mois après la mort du cardinal de Richelieu* décédé le 4 décembre 1642.
Si je donne les dates exactes de ces disparitions, c'est qu'elles ont leur importance. En effet, les troupes françaises avaient gagné beaucoup de batailles, ce qui les plaçait dans une relative position de force vis à vis de l'Espagne. Donc profitant de la mort du souverain français, du fait que le dauphin, futur Louis XIV, n'avait que cinq ans (puisque né en 1638) et que la France était dirigé par une régente, Anne d'Autriche, l'Espagne lance une grande offensive dans le nord de la France depuis les Flandres et met le siège devant la ville fortifiée de Rocroi, espérant ainsi faire sauter le verrou qui lui ouvrirait la route vers Paris..

L'issue de cette bataille est incertaine pendant de longues heures. Les fantassins et l'artillerie espagnols tiennent la dragée haute à la cavalerie française menée par Enghien et ses adjoints. Mais l'audace du commandant français et la mort de son alter égo espagnol, Jean Bernard, comte de Fontaine*,  vont donner la victoire aux français.

La supériorité de la cavalerie sur les fantassins sera un des enseignements de cette bataille, même si le rôle de l'artillerie n'est en aucun cas négligeable.

Enghien bat les espagnols à Lens le 19 août 1648, précipitant la défaite des Hasbourg et de la Sainte Ligue. Les traité de Westphalie* signés le 24 octobre 1648 mettent fin à la guerre de trente ans, sans pour autant que ni la France, ni l'Espagne ne soient parties prenantes puisque le conflit entre ces deux royaumes perdurera jusqu'en 1659 et la signature du traité des Pyrénées.*

Qui est donc le duc d'Enghien, futur Louis II de Bourbon-Condé?
Il est né en 1621 et décédé en 1686. Il ne sera  prince de Condé qu'à partir de 1646, à la mort de son père. Je n'évoquerai pas ici ses huit titres de duc, tout en précisant qu'il sera également "premier prince du sang"*. Avec Turenne*, il gagnera d'autres batailles qui ne feront qu'ajouter à sa gloire.

Mais si Condé est connu pour la victoire de Rocroi, il l'est moins que pour le rôle qu'il a joué dans le déroulement de la fronde des princes, ce mouvement de révolte des grands aristocrates contre la monarchie.

Richelieu, puis Mazarin ont imposé, parfois de façon brutale, l'autorité royale aux grands de l'aristocratie, mais aussi aux parlements de province et de Paris. Ayant toujours plus besoin d'argent pour financer la guerre, Louis XIII a ponctionné les uns et les autres. Le regain d'autorité de l'Etat ajouté à la pression fiscale a conduit à deux rébellions majeures: la fronde parlementaire (1648 - 1649) et la fronde des princes (1650 - 1653).

Dans son ouvrage "Histoire de France" (1), Marc Ferro écrit: "Omer Talon, avocat général, prononce alors une très violente harangue sur ces abus du pouvoir royal, principalement depuis vingt-cinq ans et sur la misère du peuple. Le 13 mai 1648, par un arrêt d'union, le parlement de Paris invitait la Chambre des Comptes,la Cour des aides et le Grand Conseil à s'unir à lui dans la Chambre Saint Louis afin de délibérer pour la "réformation de l'Etat." Marc Ferro ajoute: "En quelque sorte, il s'agissait de démanteler l'Etat-Richelieu. (1)
le cardinal de Mazarin

Après quelques manoeuvres de la régente et de Mazarin, cette fronde parlementaire est vite vaincue et tout rentre dans l'ordre, d'autant que Condé a mis la main à l'épée et que les parlementaires eux-mêmes décident d'arrêter leur mouvement, "pour ne pas se laisser emporter par les agitations du peuple inconstant."(2)

Louis II de Condé avait espéré pour lui le titre de Connétable de France et pour ses amis quelques titres et privilèges supplémentaires. Devant le refus d'Anne d'Autrice, la régente qui voulait réfréner ses ambitions, et bien sûr de Mazarin, il complote plus ou moins ouvertement. Ce qui conduit la régente à l'emprisonner avec ses partisans.

Cette incarcération provoque la révolte de la noblesse un peu partout en France et le réveil des parlementaires. Gaston d'Orléans, oncle de Louis XIV, rompt avec Mazarin et prend ouvertement le pari des frondeurs.



Anne d'Autriche, régente et Louis - Dieudonné, le dauphin
L'insécurité qui règne dans la capitale est telle que la Régente emmène son fils, toujours mineur, à Saint Germain en Laye. Fuite que le futur Louis XIV ressentira comme une humiliation et qu'il n'oubliera jamais. La construction du château de Versailles serait une des conséquences des deux frondes.

Les princes frondeurs ne cessent de se quereller entre eux et les parlementaires parisiens se hâtent de rentrer dans le rang. Le dauphin, devenu Louis XIV à sa majorité, rentre triomphalement à Paris le 21 octobre 1652 et s'installe au Louvre. Il déchoit Condé de ses titres et privilèges. Ce dernier est même condamné à mort par le Parlement en mars 1654. Mais Louis XIV, six ans plus tard, lui pardonne et le gracie.
Il finira sa vie dans son château de Chantilly et lors de sa mort, le 11 septembre 1686, Bossuet prononcera un éloge* resté célèbre: "Oraison funèbre du très haut et très puissant prince Louis de Bourbon, prince de Condé, premier prince du sang."

le duc d'Enghien fusillé sur ordre de Bonaparte le 21 mars 1804
Le duc d'Enghien fusillé dans les fossés du château de Vincennes était un descendant direct du Grand Condé, puisque né Louis-Antoine de Bourbon-Condé et fils de Louis VI de Bourbon-Condé.
Louis-Antoine, né le 2 août 1772, fuit la France dès le début de la Révolution et rejoint  l'armée des émigrés. En 1792, il prend le commandement de "l'armée royale française."
Bonaparte, alors Premier Consul, le soupçonne d'un complot contre lui et le fait enlever. Jugé plus que rapidement par un tribunal militaire, il est fusillé le 21 mars 1804.
Il a été le dernier descendant de la branche Bourbon-Condé.


En faisant des recherches sur cette bataille de Rocroi (merci internet), j'ai été amené à rentrer dans le détail de cette période. S'il est vrai que chaque période de l'histoire a son importance, celle-ci a ceci de particulier qu'elle marque l'émergence du pouvoir absolu et de l'arrivée de la plus grande partie de la noblesse française à Versailles, loin de ses terres et près du Soleil où, petit à petit, elle va se consumer. Et, ce faisant, pénétrée de son importance, elle s'éloigne et de ses lieux de pouvoir et de la masse de ses paysans.


Louis XIV à Versaille

Louis XIV, humilié d'avoir dû quitter Paris lors de la fronde, déplace la cour à Versailles, centralise son pouvoir et oblige tous les grands du royaume à le rejoindre dans ce palais fastueux, en en faisant ses obligés et les privant de toute envie de révolte.


Alexis de Tocqueville
Dans son "voyage en Angleterre" en 1833 (3), Alexis de Tocqueville, sans le dire explicitement, affirme que s'il n'y a pas eu de révolution en Angleterre, c'est en partie à cause de la différence fondamentale entre les deux aristocraties: "En Angleterre, un nom illustre est un grand avantage qui donne un grand orgueil à celui qui le porte, mais en général on peut dire que l'aristocratie est fondée sur la richesse, chose acquérable, et non sur la naissance qui ne l'est pas."

Quelques lignes après, "La différence entre la France et l'Angleterre sur ce point ressort de l'examen d'un seul mot de leurs langues. Gentleman et gentilhomme ont évidemment la même origine. Mais gentleman s'applique en Angleterre à tout homme bien élevé quelque soit sa naissance, tandis qu'en France gentilhomme ne se dit que d'un noble de naissance."

Et de continuer: "l'aristocratie anglaise ne peut donc jamais soulever ces violentes  haines qui animaient en France les classes moyennes et le peuple contre la noblesse, caste exclusive qui, en même temps qu'elle accaparait tous les privilèges et blessait toutes les susceptibilités, ne laissait aucun espoir d'entrer jamais dans ses rangs. L'aristocratie anglaise se mêle à tout, elle est accessible à tous et celui qui voudrait la proscrire ou l'attaquer comme corps aurait beaucoup de peine à la définir."


L'analyse de Tocqueville est pertinente, cela va sans dire. Et je la relie indirectement à Louis II de Bourbon-Condé et aux aristocrates, bouffis d'orgueil et de suffisance, mais qui se sont pliés devant un roi qui a semé, sans même l'imaginer, les graines de la révolte et de la Révolution.
  • clic sur le lien
(1) "Histoire de France", de Marc Ferro, éditions Odile Jacob; 2001, page 163
(2) ibid, page 164
(3) "Voyage en Angleterre" d'Alexis de Tocqueville, bibliothèque de la Pléïade, 1991, pages 450
de Claude Bachelier aux éditions Zonaires
www.zonaires.com

de Claude Bachelier aux éditions Zonaires
www.zonaires.com

lundi 8 mai 2017

Emmanuel Macron, Président de la République.

crédit photo: REUTERS


Emmanuel Macron sera donc le 8ème président de la V ème République. C’est une banalité que de le rappeler, mais qui aurait parié un kopeck sur lui il y a un an? Personne ou presque.

A 39 ans, il casse les codes anciens qui voulaient qu’un candidat à la présidence de la République ait un parti à sa disposition, une expérience de parlementaire et/ou un mandat local, une expérience de ministre et bien entendu un âge « respectable », c’est-à-dire au moins la cinquantaine, cet âge étant sensé lui conférer sagesse et expérience de la vie.
Tous ses prédécesseurs avaient peu ou prou ces critères sans pour autant avoir mené des politiques particulièrement brillantes, à défaut d’avoir été efficaces.

Comme beaucoup, j’ai regardé les débats à la télé, passant de TF1 à France 2, puis à France 3, puis à BFM TV, puis à CNews, puis à FranceinfoTV, et cela de façon aléatoire.

Cette manie d’interviewer des gens qui n’ont souvent pas grand chose à dire, sinon des banalités partisanes, finit par être grandement insupportable. Mais bon, passons, il parait que c’est incontournable.

Tous les « ténors » politiques alternaient sur les différentes chaines, débitant leurs discours et leurs catéchismes. Rien de bien nouveau sous le soleil, sinon des discours prévisibles, prenant date pour l’avenir, à savoir les prochaines législatives.

Mais parmi tous ces politiques qui s’exprimaient, deux ont particulièrement retenu mon attention: Jean Luc Mélanchon et Alexis Corbière, tous deux représentant le parti « la France insoumise ». Pour mémoire, le candidat de ce parti, JLM, est arrivé en 4ème position du 1er tour avec 7 059 951 voix ( 19,58%) contre 8 656 346 voix (24,01%) à  E. Macron et 7 7678 491 voix (21.30%) à M. Le Pen, sans oublier bien sûr F. Fillon et ses 7 212 995 vois (20,01%).


Donc, hier soir, ces deux dirigeants ont tenu des discours d’une violence inouïe, violence qui n’avait rien à envier à celle du Front National. On avait l’impression d’être revenu dans les années 50 – 80, quand le PCF était au faîte de son influence et que Georges Marchais et ses amis invectivaient leurs contradicteurs sur les plateaux de télévision. En écoutant les leaders de FI, j’ai souvent eu, hier soir, cette impression que pour eux, le nouveau président n’avait aucune légitimité et s’il ne se soumettait pas à la politique de FI, « cela allait mal finir », pour reprendre l’expression d’Alexis Corbière. Voir ci-après son blog: http://www.alexis-corbiere.com/ et celui de JLM: http://melenchon.fr/2017/05/07/une-autre-majorite-est-possible/

Beaucoup de commentateurs, d’observateurs de la vie politique pointent l’amorce d’une nouvelle ère politique à partir d’une recomposition elle même politique. La loi sur l’interdiction du cumul des mandats fait que nombre de députés ne se représenteront pas, préférant leur mandat local. Ajoutez à cela une nouvelle dynamique impulsée par l’élection de E. Macron et nous pouvons espérer le renouvellement du personnel parlementaire en attendant celui du personnel politique local. Ce ne sera pas chose facile, tant la volonté affichée de certains leaders de ne surtout pas faire bouger les lignes est forte. Nous avons pu le vérifier hier soir en écoutant MM. Baroin ou Cambadélis.

Pour n’avoir pas été un macroniste de la première heure et ne m’être « rallié » à sa candidature que sur le tard, j’espère, je souhaite que les législatives de juin puissent lui donner une majorité suffisamment forte et unie pour qu’il puisse gouverner. Le président élu hier soir a dit et redit que « la tâche était immense ». Et c’est vrai.

Une des tâches à laquelle il devra très vite et puissamment s’atteler, c’est celle de redonner à la fonction présidentielle de la hauteur et du sens. De la hauteur en n’intervenant pas à tout bout de champ pour un oui ou pour un non: il y a un gouvernement et des ministres pour cela. Du sens en redonnant aux français le sentiment et la certitude que la République est juste, impartiale et forte.

J’ai souvent le sentiment à écouter les uns ou les autres que la politique est devenue un gros mot. Combien de fois ai-je entendu « ils sont tous pourris, tous les mêmes, tous complices »? Certes, le personnel politique n’est pas exempt de critiques justifiées. Combien – et pas des moindres – n’ont pas l’honnêteté sinon la vertu que nous sommes en droit d’attendre d’eux? L’abstention, la montée des partis extrémistes et/ou populistes à chaque scrutin toujours plus fortes sont la preuve de ce désamour.

Ce sera donc aussi une des tâches prioritaires du président Macron: redonner confiance en la politique. Faire en sorte que nul parmi le personnel politique ne soit au-dessus des lois; que certains élus ne bénéficient plus de privilèges exorbitants; que la transparence sans excès soit la règle;  que la politique, si elle est un métier, ne devienne pas affaire de rentier. Tout cela afin que la politique redevienne ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être: une mission noble et grande au service de la France et des français. S’il y parvient – et je ne doute pas de sa volonté à cet égard – alors, il aura réussi une grande partie du mandat que nous lui avons confié.

Nous vivons une époque extraordinairement troublée. Ce qui se passe dans certaines régions du monde, les conflits ethnico-religieux, les migrations de milliers de victimes des guerres et des famines, les bouleversements climatiques et environnementaux chaque jour plus intenses, tout cela et bien d’autres choses encore, doit être pris en compte sans pour autant nous laisser aller au repli sur soi et à dresser des barrières aussi illusoires qu’inutiles.


Oui, président Macron, la tâche est immense.



de Claude BACHELIER
www.zonaires.com



samedi 22 avril 2017

« les secrets de l’isoloir » de Alain GARRIGOU

Je ne vous apprendrai rien en écrivant que nous sommes en période électorale et que d’ici la mi-juin, il nous faudra aller voter trois fois, une pour élire le Président de la République et deux autres pour élire les députés. Après avoir voté le 22 avril pour le premier tour.

Nous avons donc pris tous les bulletins de vote, une enveloppe, puis nous sommes passés par l’isoloir, glissé le bulletin de notre choix dans cette enveloppe avant que d’aller la déposer  dans l’urne. 



Cette procédure, ces gestes pour remplir notre devoir électoral nous paraissent banals, anodins, tant ils nous sont familiers. Pourtant, pour en arriver à cette banalité, à ces habitudes, il a fallu de longues années et de rudes combats pour passer d’un vote contrôlé à un vote libre. Un des éléments, et pas des moindres, de ce vote libre était le passage par l’isoloir. Il a fallu attendre le 24 juillet 1913 pour qu’une loi, votée à l’unanimité des députés et sénateurs, impose l’usage de cet « objet innommé », ainsi que le raillait ses détracteurs.

Je me propose dans ce billet de vous raconter ces longues années et ces rudes combats. Pour cela, je me suis référé à un « petit » livre passionnant, « les secrets de l’isoloir », écrit par Alain Garrigou, professeur de sciences politiques à Paris Ouest Nanterre. ( « les secrets de l’isoloir, Alain Garrigou, éditions « LE BORD DE L’EAU », 74 pages, 8€)

Du vote contrôlé au vote libre.
Remontons quelque peu dans le temps. Jusqu’en 1848, le vote était censitaire, c’est-à-dire que ne pouvaient voter que les hommes qui payaient le « cens », l’impôt sur la propriété. Donc uniquement des gens riches et sachant lire et écrire.

Inscrit dans la Constitution de 1793, mais jamais appliqué, le suffrage universel libre et secret a fait l’objet d’un décret le 5 mars 1848, juste après le renversement du « roi bourgeois » Louis Philippe et mis en oeuvre lors des premières élections législatives de la II ème République en Avril 1848. Tous les hommes majeurs pouvaient donc voter! Ce qui ne s’est pas fait sans opposition: ainsi, dans « la République souveraine » René Rémond écrit: Les adversaires dénonceront l’absurdité d’un système qui fait dépendre les décisions les plus importantes pour l’avenir de la patrie du nombre et qui, en vertu de la maxime « un homme, une voix », accorde le même pouvoir à l’illettré et au professeur au Collège de France. »(1) 

Pourtant, évênement considérable, autant par sa portée politique que par la composition du corps électoral qui passait  de 246 000  à plus de… 8 millions d’électeurs!!







L’élection de l’ Assemblée Constituante en avril 1848 fut assurée par près de 80% du nouveau corps électoral, même si les trois quarts des élus à cette assemblée appartenaient à l’ancienne chambre, élue au suffrage censitaire.

Il s’est alors dégagé, en quelque sorte, un nouveau scénario, plus particulièrement pour les nouveaux candidats, celui de « faire campagne ». Il s’agissait de se faire connaitre et de faire connaitre son programme. Toutefois, les notables installés jugeaient indigne cette façon de faire qu’ils assimilaient peu ou prou à de la corruption. D’autant que la pratique des « agents électoraux » s’est développée fortement. Ces agents, payés par les candidats, distribuaient les bulletins, vantaient les mérites de leurs « clients », mais aussi, n’hésitaient pas à emmener les futurs électeurs au bistrot du village. 
Offrir à boire devenait petit à petit une obligation, avec toutes les conséquences que l’on peut imaginer. Mais, heureusement, au fur et à mesure que se développait l’usage de la campagne électorale, le recours à ces « cabaleurs » diminuait pour complètement disparaitre à la fin du XIX ème siècle.

Mais dans une France encore très rurale, l’émancipation des électeurs n’allait pas vraiment de soi puisque soumis à de fortes pressions extérieures. 
Alain Garrigou en répertorie trois: la pression patronale; la pression cléricale; la pression gouvernementale. On comprend facilement que pour la première, c’est le chantage à l’emploi, chantage d’autant plus efficace qu’il n’y avait quasiment pas de lois de protection des travailleurs; dans la seconde, les curés n’hésitaient pas à refuser les sacrements ou à promettre l’enfer à ceux qui oseraient voter républicain ou contre le notable local. Et même bien souvent à intervenir auprès des épouses, lesquelles épouses refusaient le devoir conjugal. Ce qui, d’après l’auteur, contribua longtemps à entretenir l’hostilité des élus républicains au vote des femmes, trop soumises selon eux aux influences cléricales. Quant à la pression gouvernementale, elle se manifestait pas le soutien des préfets aux candidats proches du pouvoir, y compris républicain.

Mais, me direz-vous, comment ces pressions pouvaient-elles s’exercer, dès lors que le vote était libre et secret? De différentes façons, une des plus efficaces et pratiquées étant les pouvoirs du président du bureau de vote.

La procédure en vigueur à cette époque obligeait l’électeur à donner son bulletin de vote au président, lequel président introduisait le bulletin dans l’urne électorale. Mais les bulletins, tous différents puisque payés par les seuls candidats, étaient facilement reconnaissables et permettait au président de savoir pour qui l’électeur avait voté. 
On voit par là que le secret du vote n’était donc que théorique, d’autant que le président du bureau de vote et ses assesseurs n’étaient jamais choisis au hasard, mais en fonction des influences des notables locaux.
Le vote n’était donc plus vraiment contrôlé, mais il n’était pas encore secret. D’où la nécessité de réformer la procédure.

La bataille de l’isoloir.
Les fraudes étaient alors sinon massives du moins très importantes: bourrage des urnes, achat de votes, bulletins annulés par le président du bureau. Certes, en début de chaque législature, une commission parlementaire examinait les résultats et parfois annulait certaines élections.
Dès les années 1860, des élus républicains décidèrent qu’il fallait assurer une réelle liberté du vote, en renforçant le secret de ce vote et qu’il fallait donc modifier en profondeur la procédure. Donc, en premier lieu, non seulement imposer le vote sous enveloppe, mais aussi mettre en place un isoloir où l’électeur pourrait en toute tranquillité mettre son bulletin (tous désormais identiques) dans l’enveloppe et glisser lui-même cette enveloppe dans l’urne électorale.


Les premiers isoloirs furent installés en Australie dès 1857, aux USA en 1891, en Allemagne en 1903, en Belgique en 1877, au Royaume Uni en 1872, même si pour ces deux derniers Etats, le vote était encore censitaire.

En France, la première proposition date de 1863. Les oppositions se déclarèrent très vite, aussi diverses que nombreuses. Certaines d’entre elles venant de députés élus dans des circonstances douteuses. L’humour, l’ironie furent des armes aux mains des opposants en affublant l’isoloir de divers sobriquets: « cabanon, cellule, roulotte, objet innommé, couloir d’écoulement… » Toute une panoplie donc, destinée à ridiculiser et l’objet  lui-même et son utilisation.

Les partisans de la réforme ne baissaient pas pour autant les bras. En 1882, le sénateur Léonard CORENTIN-GUYHO, dans un rapport, proposa une nouvelle ébauche de réforme où bulletin de vote sous enveloppe et isoloir seraient liés: « l’Electeur prend lui-même une enveloppe dans une corbeille sous les yeux du bureau et le bureau veille à ce qu’il n’en prenne qu’une seule (non gommée). Dans les angles de la salle, il sera disposé un ou plusieurs isoloirs au moyen de rideaux, paravents ou cloisons en planches dérobant entièrement l’Electeur au regard, dans lequel les Electeurs ne seront admis que l’un après l’autre et où l’Electeur devra introduire le bulletin apporté par lui dans l’enveloppe uniforme.  Après quoi, il devra sans désemparer venir lui-même déposer directement son enveloppe dans l’urne. »(2) On ne saurait être plus précis. Pas plus que les autres, cette proposition ne fut retenue. Il y eut d’autres débats, tout aussi infructueux.

Finalement, le 24 juillet 1913, la loi instituant les éléments phares de la réforme du code électoral fut promulguée, après avoir été votée à l’unanimité à la Chambre des députés et sans décompte au Sénat!

Il avait donc fallu plus de cinquante ans, des centaines  d’heures et des dizaines de débats pour en arriver là, qui plus est à l’unanimité. On peut, légitimement, se poser la question de savoir pourquoi cela avait prit tant de temps.

Alain Garrigou nous propose plusieurs pistes:
– une réaction de castes de la part de parlementaires pour qui « l’honneur exige la visibilité ». (page 43) C’était, pour certains d’entre eux, une procédure humiliante. Ainsi, Théodore Girard en 1905 affirmait: « je me demande quelle idée vous vous faites de la dignité et de l’indépendance de l’électeur. »(3) D’autres, tel Charles Ferry, frère de Jules, s’interrogeait-il sur « la possibilité de voter dans l’obscurité la plus complète. »

– un sentiment de supériorité sociale: certains élus considéraient que l’électeur ne pouvait raisonnablement choisir sans être « conseillés » ou « guidés. » Auquel s’ajoutait un espèce de paternalisme: ainsi Charles Ferry n’affirmait-il pas en 1898 en parlant des paysans: « ils pénètrent dans le local, ils cherchent à introduire dans l’enveloppe le bulletin. Combien, de leurs doigts durcis par le travail, déchireront l’enveloppe pour faire cette opération délicate qui aura lieu souvent dans l’obscurité la plus complète. »(4)

– la corrélation entre le refus de l’isoloir et l’ancienneté: plus un parlementaire était ancien dans son mandat et plus il était hostile. Sans oublier bien sûr l’appartenance à tel ou tel parti: les élus les plus anciens étaient le plus souvent issus des partis conservateurs. Mais pas uniquement eux, affirme Alain Garrigou: les élus modérés, après avoir conquis la majorité en 1876, se sont coulés dans le moule électoral qu’ils n’avaient pourtant pas été les derniers à dénoncer.

– la corrélation entre le refus de la réforme et la propriété foncière: là où étaient les élus propriétaires fonciers (Bretagne) ou industriels (Nord), le refus de la réforme était très marqué.
Au-delà de l’aspect technique de cette réforme avec la mise en place physique d’un isoloir, « l’électeur affirme sa pleine souveraineté » ainsi que l’affirme A. Garrigou (page 59). A mon sens, là est l’essentiel: le citoyen est devenu pleinement électeur et ne saurait déléguer à qui que ce soit le geste fondamental de choisir ses représentants.

Ces longues années, ces rudes combats furent donc nécessaires pour affirmer le secret du vote, essentiel dans une démocratie, et ont installé la République dans la conscience des citoyens. A. Garrigou écrit que « le secret donne de l’importance au statut d’électeur. » (page 55)

Aujourd’hui, en principe, plus personne ne remet en cause l’existence du suffrage universel, libre et secret. Notre rapport à ce suffrage a certes changé au cours des années. Oserais-je écrire qu’il est devenu banal et qu’il a perdu de sa sacralisation, à tel point que certains beaux esprits ne le considèrent pas comme étant l’élément central de la Démocratie et parfois,  vont même jusqu’à affirmer que la Démocratie n’est pas soluble dans tous les peuples! Ainsi va l’existence fragile et tourmentée de la Démocratie!

La prochaine fois que vous irez voter, attardez vous quelques instants sur cet objet banal et moche: l’isoloir. Et quand vous serez à l’intérieur et que vous glisserez votre bulletin dans l’enveloppe, rappelez vous que ce geste et cet endroit ne sont pas innocents, mais fondateurs et continuateurs de notre vie démocratique.

(1). in la République Souveraine. La vie politique en France. page 26. René Rémond. Editions Fayard. 431 pages.
(2). archives nationales (C320)
(3). JO, Sénat, 20 juin (1905)
(4). JO, Ass. Nat. 1er avril 1898

crédits photos:
isoloir: inconnu
isoloir à NYC: E. Benjamin Andrews 1912
gravure Bosrédon: BNF








de Claude Bachelier, aux éditions Zonaires
www.zonaires.com
Librairie TULIQUOI Allevard
Librairie du Square Grenoble

mardi 18 avril 2017

Voter ou s'abstenir

photo Joël SAGET/AFP


Onze candidats – deux femmes, neuf hommes – se présentent dimanche pour le 1er tour de l’élection présidentielle. Onze candidats qui remplissent complètement le champ politique, de l’extrême droite à l’extrême gauche avec des programmes divers et variés.

Pour reprendre une expression journalistique, quatre d’entre eux seraient « dans un mouchoir », s’il faut croire les instituts de sondages qui publient quasiment tous les jours les résultats de leurs études. Mais les sondages étant ce qu’ils sont et leurs marges d’erreur étant ce qu’elles sont,  il convient d’être prudent quant à leur interprétation.

L’abstention et le vote blanc semblent s’être invités pour cette élection présidentielle. Il n’est pas inutile de rappeler que traditionnellement, la participation est assez forte: aux environ de 80% des inscrits depuis 1965. Voir le lien de France.politique: http://www.france-politique.fr/elections-presidentielles.htm
Cette année, cette abstention tournerait autour de 30% selon les estimations sondagières. C’est énorme. Alors quelles sont, ou plus exactement, quelles seraient les raisons de ce refus de vote?

Pas facile de se faire une idée exacte, les raisons étant aussi différentes que multiples. Prenons ce qui semble être les principales. Entendons nous bien: il ne s’agit pas dans ce billet de faire une analyse sociologique de cette tendance. D’autres s’en chargeront.

Ce qui ressort des différentes interviews dans les médias ou des réactions dans les réseaux sociaux, c’est que le citoyen électeur ne trouve pas de candidats en accord avec ses préoccupations.
En écoutant, en lisant les motivations de ces futurs éventuel(le)s abstentionnistes, il se dégage qu’aucun des candidats ne leur apporte de réponses ou de solutions.  Cela donne l’impression assez curieuse que l’électeur ne trouve pas chez un candidat ce que lui, électeur, attend d’abord pour lui-même. Un peu comme s’il voulait que le futur président soit en quelque sorte son propre clone, son double et que ce président n’ait comme seule préoccupation que la satisfaction immédiate de ses revendications, à lui, électeur.

S’agit-il d’une manifestation excessive d’un individualisme citoyen? Ou d’un rejet d’une classe politique pas toujours exemplaire?

Toujours est-il que si un tel taux d’abstention se révélait exact dimanche soir, il faudra sérieusement s’interroger. Car, enfin, avec onze candidats, le choix politique est vaste et personne ne peut dire ou affirmer que tous les candidats se ressemblent ou sont tous « pourris ».
D’autres considèrent l’abstention comme un geste politique. J’admets que j’ai un peu de mal à saisir la valeur de ce geste: un geste politique, c’est être pleinement citoyen, et donc choisir et prendre ses responsabilités.
Il y a aussi ceux qui affirment que « la parole du peuple est confisquée par les politiques » et donc qui refusent de se livrer à cette « mascarade ».  Pauvre « peuple » à qui l’on fait dire pas mal d’âneries sans compter celles et ceux qui qui s’y réfèrent hypocritement à tout bout de champ.

Il y a bien sûr les éternels contempteurs du suffrage universel. J’ai lu un article du philosophe communiste Alain Badiou qui affirme tranquillement dans Le Monde daté du 19 avril, je cite: « voter, ce n’est jamais que renforcer une des orientations conservatrices du système existant. » (ci-après le lien de cet article édifiant: http://abonnes.lemonde.fr/idees/article/2017/04/18/alain-badiou-voter-ou-reinventer-la-politique_5112737_3232.html)




Dans une démocratie pluraliste comme la nôtre où la liberté d’expression est la règle -mais jusqu’à quand?- ne pas choisir, ne pas voter, c’est aller tout droit dans un mur que les égoïsmes construisent et sur lesquels les démagogues et les populistes s’appuieront pour nous faire marcher au pas.

vendredi 7 avril 2017

"Mémoires d'un tueur ordinaire", le nouveau roman de Claude Bachelier


Parce qu’il s’ennuie dans sa maison de retraite et que sa conscience le titille un peu trop, il entreprend de partager avec d’anonymes lecteurs quelques scabreuses affaires qui ont émaillé son existence.
Vous qui allez lire ce livre, ne vous méprenez pas, il n’y a dans cette narration aucune ambiguïté. Seuls les faits et les circonstances qui les ont amenés à se produire sont rapportés.
Le narrateur n’entend point se confesser ni entrer en pénitence, tout au plus cherche-t-il à atténuer sa responsabilité en invoquant ces grains de sable qui enrayent de temps à autre la raison comme le cours banal de la vie.
Mémoires d'un tueur ordinaire, roman de Claude BACHELIER, 118 pages, 13€ +fdp chez www.zonaires.com