"Ce n'est pas parce que l'on a rien dire qu'il faut fermer sa gueule" Michel AUDIARD

dimanche 7 janvier 2018

l'affaire Dreyfus (1): 5 janvier 1895: la dégradation du capitaine Alfred Dreyfus

la dégradation du capitaine Dreyfus

Le 22 décembre 1894, le capitaine Dreyfus était condamné par le conseil de guerre à « la détention perpétuelle dans une enceinte fortifiée, à la destitution de son grade et à la dégradation militaire. »


C’est cette dégradation elle-même, le 5 janvier 1895 et ce qui l’a amenée, qui fait l’objet de mon billet d’aujourd’hui. Pour cela, je me suis plongé dans plusieurs ouvrages de ma bibliothèque, mais aussi, bien sûr sur internet, sans toutefois abuser de « wiki ».
Mais avant d’arriver à cette journée de décembre, il me faut remonter quelques années en arrière et reprendre la chronologie de cette affaire, ainsi que situer Alfred Dreyfus et dans son contexte et dans son époque.

Alfred Dreyfus




Il est né à Mulhouse le 9 octobre 1859. Mulhouse – donc l’Alsace – était encore française à cette époque. Après l’annexion de la province par l’Allemagne, les parents Dreyfus choisissent la nationalité française et déménagent à Paris. Dreyfus est reçu en 1878 à l’école Polytechnique. En avril 1892, il est diplômé de l’école de guerre et est affecté à l’état-major de l’armée.

L’époque est à l’antisémitisme virulent, d’une violence inouïe. Dans la préface du livre que Dreyfus a consacré aux années 1894 – 1899, Pierre Vidal-Naquet* écrit: « la campagne de la Libre Parole en 1892 contre les officiers juifs de l’armée française et la série de duels, avec mort d’hommes, qu’elle avait provoquée. »(1)

Jean Denis Bredin* dans « l’Affaire » se livre à une analyse très fouillée de la société française de ces années-là: « mais les vraies raisons de la fièvre antisémite sont sans doute à rechercher dans un grand désarroi des esprits. (…) Les nouvelles formes économiques et politiques que revêt la société française suscitent chez tous ceux qui sont attachés à l’ordre ancien, ou qui souffrent des changements, l’anxiété, la peur, et souvent la colère: ce désarroi incite à rechercher des responsables. (…) On se révolte contre les nouveaux modes de vie qu’engendrent le progrès technologique et la société industrielle, contre l’exode rural et l’exploitation ouvrière, mais aussi contre les difficultés que causent aux entreprises et aux commerçants le développement du capitalisme, contre la dure loi des banques, contre la misère des uns, la ruine des des autres, l’écrasement de tous les « petits » par un système économique inhumain et insolent. On se révolte contre la démocratie (…) contre le principe d’égalité, contre le système parlementaire, contre le gouvernement des avocats bavards et impuissants. On se révolte contre le refus de Dieu, le principe de laïcité, la destruction des vertus chrétiennes, l’ébranlement de l’influence catholique. (…) L’intellectuel déraciné, le vagabond sans patrie, le Juif errant, le capitaliste international deviennent également détestables. (…) On en appelle au chef,qui incarne les vertus de la race. (…) On se méfie de l’intelligence critique. On exalte la virilité. (…)
Car seul un vaste complot peut expliquer la décadence moderne. Les Juifs – et à un moindre degré, les Protestants et les francs-maçons – en sont les inspirateurs ou les organisateurs. Errant, le juif est par nature sans patrie. Marchand, il est loin du sol. »
(2)

Tout est dit. La société française actuelle n’est-elle pas traversée des mêmes interrogations, des mêmes peurs, en y ajoutant un bouc émissaire supplémentaire?

Qui sont ces antisémites militants? Je n’en citerai que quelques uns parmi les plus connus:

Arthur de Gobineau


Arthur de Gobineau*, au travers de son oeuvre majeure, « essai sur l’inégalité des races humaines » développe l’argument, à savoir qu’il y a une opposition fondamentale entre sémites et aryens, argument repris par Wagner et plus tard par les nazis.


Edouard Drumont


– Edouard Drumont* fonde le journal « la Libre Parole »* en 1892 avec comme sous titre « la France aux Français », après avoir publié « la France juive » en 1886, livre tiré à plus de 60 000 exemplaires la première année et réédité 150 fois! Dès l’introduction, Drumont écrit: « Le seul auquel la Révolution ait profité est le Juif. Tout vient du Juif ; tout revient au Juif. » (3)


Maurice Barrès
– Si l’antisémitisme de Maurice Barrès* est moins violent que celui de Drumont, il n’en reste pas moins qu’il est un des chefs de file des anti dreyfusards. Ainsi, écrit-il dans « la parade de Judas »: « Qu’ai-je à faire avec le nommé Dreyfus? Il n’est pas de ma race. Il n’est pas né pour vivre socialement. » A ses yeux, Dreyfus n’est pas français: « Dreyfus n’appartient pas à notre nation et dès lors, comment la trahirait-il? Les Juifs sont de la patrie où ils trouvent leur plus grand intérêt. » (4)

Léon Daudet


– Léon Daudet*, anti dreyfusard lui aussi, écrit dans le Figaro, en parlant de Dreyfus: « il n’a plus d’âge. Il n’a plus de nom. Il est couleur traître. Sa face est terreuse, aplatie et basse, sans apparence de remords, étrangère à coup sûr, épave de ghetto » (5)

Sans oublier « La Croix », journal catholique qui tire à 160 000 exemplaires par jour en 1895 et qui sera de tout les combats anti dreyfusards.

A gauche de l’échiquier politique, un certain antisémitisme existe: Charles Fourier*, un des penseurs du socialisme utopique, écrit en 1829: « À ces vices récents, tous vices de circonstance, ajoutons le plus honteux, l’admis­sion des juifs au droit de cité. (…) Tout gouvernement qui tient aux bonnes mœurs devrait y astreindre les juifs, les obliger au travail productif, ne les admettre qu’en proportion d’un centième pour le vice : une famille marchande pour cent familles agricoles et manufacturières; mais notre siècle philosophe admet inconsidérément des légions de Juifs, tous parasites, marchands, usuriers, etc. » (6)
Joseph Proudhon, Auguste Blanqui et quelques autres ont été hostiles aux juifs, plus d’ailleurs en tant que banquiers ou industriels, accusés d’être des exploiteurs, voire des prévaricateurs qu’en tant de déicides.

Revenons maintenant aux origines de l’affaire elle-même.



le général Auguste Mercier


En septembre 1894, le ministre de la guerre, le général Mercier*, reçoit un document appelé tout au long de l’affaire le bordereau*. 
Ce bordereau aurait été trouvé, déchiré en plusieurs morceaux,  dans la corbeille à papier de l’attaché militaire à l’ambassade d’Allemagne à Paris, le colonel von Schwartzkoppen*, par la femme de ménage française, une certaine Madame Bastian. Sur ce sujet, les avis des historiens divergent d’autant que le colonel allemand soutiendra qu’il n’a jamais reçu ce bordereau.

Qu’il y avait-il de si important sur ce bordereau?

Des détails techniques sur le canon de 120 et la promesse de fournir le projet de manuel de tir de ce canon. Ces détails n’ont pu être fournis que par un officier de l’état-major, d’où l’ordre de trouver le traitre. N’oublions pas que cela se passe vingt quatre ans après la défaite de 1870 et que l’humiliation de cette défaite est particulièrement vive au sein de l’armée française.

Très vite les soupçons se portent sur Dreyfus. Pourquoi? Il était stagiaire au sein de l’EM et avait pu avoir connaissance des projets secrets de ce canon. 
Ensuite, une analyse graphologique effectuée par le commandant du Paty de Clam*, graphologue amateur, affirme que l’écriture du bordereau et celle de Dreyfus sont identiques, « malgré certaines dissemblances ».
Il y aura d’autres expertises, dont celle d’Alphonse Bertillon* qui conclut très vite que Dreyfus est celui qui a écrit le bordereau, mais avec tant d’imprécisions et de légèreté que Jean-Denis Bredin consacre à cet homme un chapitre qu’il nommera « les Bertillonnades ».
Un autre expert, de la Banque de France, Gobert rendait des conclusions opposées à celles de Bertillon.


colonel du Paty de Clam


Le 13 octobre, Dreyfus est convoqué, « en tenue bourgeoise », à l’EM de l’armée. va lui dicter une lettre qui reprend les termes du bordereau. Il aurait tremblé affirme du Paty qui procède aussitôt à son arrestation: « Aussitôt la dictée terminée, le commandant du Paty se leva et, posant la main sur moi, s’écria d’une voix tonnante: « au nom de la loi, je vous arrête; vous êtes accusés de haute trahison. » La foudre tombant à mes pieds n’eût pas produit en moi une commotion plus violente; je prononçais des paroles sans suite, protestant contre une accusation aussi infâme que rien dans ma vie ne permettait de justifier. » (7)

Le 29 octobre, l’affaire est révélée par la Libre Parole, le journal de Drumont, et elle va faire l’objet d’une campagne de presse d’une rare violence contre Dreyfus.
Une instruction à charge est menée par l’EM qui craint un acquittement devant la fragilité du dossier.

Le procès de Dreyfus devant le Conseil de guerre s’ouvre le 19 décembre 1894 sous la présidence du colonel Maurel. Le commissaire du gouvernement réclame le huis clos qui est accordé aussitôt. La presse antisémite le réclamait à cors et à cris: « le huis clos est notre refuge inexpugnable contre l’Allemagne » titrait le Petit Journal, alors que Le Figaro, lui, titrait: « le huis clos ne servirait qu’à prolonger le scandale. »

Les experts témoignent: Bertillon parle déjà de coupable en désignant Dreyfus. Gobert expose ses conclusions. Les témoins à charge défilent et accablent l’accusé.
lieutenant colonel Henry
Parmi ceux-ci le commandant Henry*:
il révèle que l’un de ses informateurs lui a confirmé que le traitre appartenait au 2ème bureau et affirme en désignant Dreyfus: « le traitre, le voici.« 

Après le réquisitoire et la plaidoirie, les juges se retirent pour délibérer. C’est alors que le ministre la guerre fait porter au président du tribunal une enveloppe contenant des document fabriqués de toutes pièces contre Dreyfus. Cela suffit à convaincre les juges  pour condamner Alfred Dreyfus.

Toute la presse se réjouit. Georges Clemenceau qui sera par la suite un des plus ardents défenseurs de Dreyfus écrit le 25 décembre dans La Justice: « Il n’a donc pas de parent, pas de femme, pas d’enfants, pas d’amour de quelque chose, pas de lien d’humanité, ou d’animalité même, rien qu’une âme immonde, un coeur abject. » (8) Même Jean Jaurès, le grand Jean Jaurès s’interroge s’il ne fallait pas rétablir la peine de mort pour le crime de haute trahison comme le proposait le ministre de la guerre à la Chambre dès le 25 décembre!

Alfred Dreyfus sera dégradé le 5 janvier dans la cour de l’École militaire devant des détachements de la garnison de Paris, des diplomates et des journalistes. Plusieurs milliers de personnes, à l’extérieur de l’École, assistent au supplice.

Le général Darras, à cheval, prononce les « mots sacramentels:  » Alfred Dreyfus, vous n’êtes plus digne de porter les armes. Au nom du peuple français, nous vous dégradons. » Dreyfus crie son innocence: « Soldats! On dégrade un innocent! Soldats, on déshonore un innocent! Vive la France! Vive l’Armée! » (9)

Dans son livre, il racontera la dégradation elle-même: « un adjudant de la garde républicaine s’approcha de moi. Rapidement, il arracha boutons, bandes de pantalon, insignes de grade du képi et des manches, puis il brisa mon sabre. Je vis tomber à mes pieds tous ces lambeaux d’honneur. Alors, dans cette secousse effroyable de tout mon être, mais le corps droit, la tête haute, je clamais toujours et encore mon cri à ces soldats, à ce peuple assemblé: je suis innocent! » (10)

La foule crie à mort le traitre! Lâche! Judas! Sale juif! La presse antisémite exulte!

Dreyfus dans sa cellule
Le 14 avril Dreyfus arrivera à l’ile du diable, en Guyane où il restera enfermé dans des conditions lamentables jusqu’au 9 juin 1899 après que la Cour de Cassation ait cassé et annulé le jugement du conseil de guerre du 22 décembre 1894.




L’honneur de l’armée est sauf, affirment les antidreyfusards. Sauf que cet honneur, il a été sali par les mensonges de ceux-là même qui avaient pour tâche de le faire vivre!

Ainsi se termine la première partie d’une affaire qui a marqué notre histoire. Heureusement, des hommes d’honneur se sont levés pour mettre en cause ce procès inique: Zola, Clemenceau, Jaurès, Picquart, Scheurer-Kestner, Mathieu Dreyfus, Lazare, Blum et tant d’autres.



Sources:

(1) « cinq années de ma vie 1894-1899 » d’Alfred Dreyfus, préface de Pierre Vidal-Naquet, éditions  La Découverte/Poche, 2006, page 9;
(2) « l’affaire » de jean Denis Bredin, éditions Fayard/Julliard pour GLM, 1993, pages 43 – 44 – 45;
(3) Wikisource, « l’encyclopédie libre*« , Drumont Edouard;
(4) « l’affaire », pages 17 – 19
(5) »l’affaire Dreyfus; la République en péril » de Jean Birnbaum, éditions Découvertes Gallimard, 2004, page49;
(6) « Le nouveau monde industriel et sociétaire (1829), Section VI, Chapitre XLVIII, «Caractères de dégénération de la 3ème phase» de Charles Fourrier;
(7) « cinq années de ma vie », page 57;
(8)  « l’affaire », ibid page 140;
(9)  « l’affaire » page 13
(10) « cinq années de ma vie » page 78;

dimanche 3 décembre 2017

les 2 décembre et les Bonaparte




2 décembre 1804: couronnement de Napoléon Bonaparte, alors Premier Consul, sous le nom de Napoléon 1er;

2 décembre 1805: victoire de Napoléon 1er à Austerlitz;

2 décembre 1851: coup d’état de Louis Napoléon Bonaparte, alors Président de la Seconde République;

2 décembre 1852: Louis Napoléon Bonaparte devient empereur sous le nom de Napoléon III.





On ne saurait dire si ces dates sont le fait du hasard. Mais, sans aucun doute, peut-on trouver chez Louis Napoléon la volonté toute symbolique d’une référence directe à son oncle. Ce dernier bénéficie alors en France d’une popularité surprenante: Louis Philippe 1er, roi des français, n’a t-il pas fait, en 1840, revenir en grandes pompes les cendres à Paris de l’empereur déchu*?

Napoléon III





















Mis à part le lien de parenté, – Louis Napoléon est le fils de Joseph, frère de Napoléon – ils ont en commun le fait d’avoir organisé et réussi un coup d’état chacun, mettant ainsi fin au régime républicain qu’ils étaient censés protéger, et d’avoir subi deux défaites militaires entrainant leur abdication, l’oncle permettant le retour des Bourbons sur le trône et le neveu l’avènement de la République, même si formellement, il fallut attendre 1875.

Ils ont également en commun le fait d’avoir organisé un plébiscite pour proclamer l’empire. Auparavant, un sénatus-consulte rétablit la dignité impériale, le 4 mai 1804 pour l’oncle et le 7 novembre 1852 pour le neveu. Le plébiscite est remporté  par le premier avec 99,9% des votants; celui remporté par le second, le 21 novembre 1852, avec 98,7% des votants.
Dans les deux cas,le régime de l’hérédité impériale est confirmée.


Napoléon 1er empereur

Le sacre de Napoléon 1er * est grandiose: le pape Pie VII, quelque peu contraint et forcé, a fait le déplacement de Rome à Paris. Malgré le froid intense, la cérémonie dure près de cinq heures et contrairement à ce qui était initialement prévu, Napoléon se place lui-même la couronne impériale sur la tête, puis couronne Joséphine, devenue, par ce geste, impératrice. Puis, la main sur les Evangiles, il prête le serment suivant:
« Je jure de maintenir l’intégrité du territoire de la République, de respecter les lois du Concordat et de la liberté des cultes ; de respecter et de faire respecter l’égalité des droits, la liberté politique et civile, l’irrévocabilité des ventes des biens nationaux ; de ne lever aucun impôt, de n’établir aucune taxe qu’en vertu de la loi ; de maintenir l’institution de la Légion d’honneur ; de gouverner dans la seule vue de l’intérêt, du bonheur et de la gloire du peuple français. »


Napoléon III empereur


Pour Napoléon III, il n’y aura pas de sacre: le pape Pie IX ayant posé des conditions – sacre à Rome et non à Paris, mariage catholique obligatoire pour tout mariage civil, annulation des articles organiques de Napoléon 1er, ou autrement dit, l’annulation du Concordat signé en 1801 par le Premier Consul et Pie VII* – conditions inacceptables à raison pour Louis Napoléon Bonaparte. Pour autant, il y aura des festivités un peu partout en France et à Paris, au palais des Tuileries, à l’hôtel de ville et à la cathédrale où un Té Déum sera chanté. Désormais, l’empereur Napoléon III signera de cette façon: « Napoléon, par la grâce de Dieu et la volonté nationale, empereur des Français »


Le déroulement des règnes des deux Bonaparte seront fondamentalement différents:
  • Napoléon 1er sera constamment en guerre contre l’Angleterre en particulier, mais aussi contre le reste de l’Europe, au gré des alliances, souvent éphémères, toujours fragiles. Le blocus continental décidé en 1806 pour étouffer l’ennemi britannique unit petit à petit les souverains russes et autrichiens contre les français. L’aventure espagnole ajoutera à la confusion. Certes, il y aura encore des victoires importantes, mais  la guerre contre la Russie signera le début de la fin, ainsi que le souligne Jean Tulard, un des meilleurs historiens de cette époque, fin connaisseur de l’épopée napoléonienne: « La catastrophe survint en 1812, gigantesque, à la mesure des évènements qui avaient précédé; elle favorisait la formation de la plus grande coalition européenne que la France ait jamais eu à affronter. » (1)
  • Napoléon III n’a pas eu les ambitions territoriales de son oncle. Il a réussi à rompre l’entente diplomatique de la Sainte Alliance * issue du Congrès de Vienne de 1815 visant à isoler la France, en s’alliant avec l’Angleterre contre la Russie lors de la guerre de Crimée* en 1853. Il soutiendra avec succès les indépendantistes italiens contre l’Autriche, mais subira un échec humiliant lorsqu’il dépêcha un corps expéditionnaire au Mexique* en 1861, dont on se demande encore aujourd’hui ce qu’il « allait faire dans cette galère ». Tombé dans le piège diplomatique que la Prusse lui avait tendu en 1870, il entreprit une guerre qu’il perdit en quelques semaines. Pourtant, dès le début, il avait déclaré: « Rien n’est prêt (…) Je nous considère d’avance comme perdu » (2)

l'entrée des troupes russes à Paris

L’oncle et le neveu ont eu un autre point commun: leur défaite ont amené les troupes étrangères en France: en 1814 et 1815, puis en 1870.



Dans les deux cas, un affaiblissement politique, économique et moral de la France. Et pour 1870, la perte humiliante d’une partie du territoire.


Ce qui reste malgré tout, sinon une énigme, du moins une certaine incompréhension: pourquoi ces deux empereurs n’ont-ils pas, face à l’Histoire, la même mémoire, la même postérité?
Napoléon 1er est, depuis 1815, l’objet d’un véritable culte alors que son neveu, lui, n’est l’objet que de détestations.
Victor Hugo

Sans nul doute, Victor Hugo y est-il pour quelque chose: ses textes où il encense l’oncle pour mieux démolir le neveu ont eu une influence considérable. Le poète n’a jamais pardonné le coup d’état du 2 décembre 1851, alors qu’il n’a jamais évoqué celui du 18 Brumaire.
Les républicains victimes de la répression impériale, ceux qui ont donné naissance à la Troisième République, ne pouvaient, eux non plus, pardonner la mise à mort de la Seconde République.

Napoléon 1er, en plus d’avoir mis fin à la Première République, a mis l’Europe à feu et à sang. Il a rétabli une noblesse d’empire, ce que Jean Tulard considère comme une « faute »: « avant même la guerre d’Espagne, il commet sa première faute: la création d’une noblesse. » (3) Il a instauré un régime autoritaire, ruiné la France, la mettant au ban des nations. Sans oublier le retour des Bourbons dans les malles des armées coalisées.


2 décembre 1804, 1805, 1851, 1852: quatre dates qui ont marqué, chacune à leur manière, l’Histoire de France. Quatre dates qui ont révélé ce que des hommes, de simples mortels, ont pu agir sur le destin d’une nation, sur sa grandeur ou son déclin. Mais aussi sur le destin de millions d’hommes et de femmes, pris au piège d’idéaux dévoyés et d’une mégalomanie destructrice.


(1) in  « Napoléon », de Jean Tulard, éditions Fayard, 1987, page  387;
(2) in « Histoire de France », de Marc Ferro, éditions Odile Jacob pour GLM, 2001, page 295
(3) ibid page 325

mercredi 29 novembre 2017

le 27 novembre 1942: sabordage de la flotte française à Toulon.

Il y a soixante quinze ans, le 27 novembre 1942, une partie de la flotte française se sabordait à Toulon alors que les troupes allemandes se préparaient à entrer dans la ville après avoir commencé à bombarder l'arsenal.







Au total, ce seront plus de 120 bâtiments qui seront sabordés, dont 2 croiseurs de bataille, un cuirassé, 28 torpilleurs et contre torpilleurs, 12 sous marins. Soit plus de 230 000 tonnes.





Le chef de la France Libre, le général de Gaulle écrit dans ses "Mémoires de guerre": "Quant à moi, submergé de colère et de chagrin, j'en suis réduit à voir sombrer au loin ce qui avait été une des chances majeures de la France, à saluer par les ondes les quelques épisodes courageux qui ont accompagné le désastre et recevoir au téléphone les condoléances, noblement exprimées mais sourdement satisfaites du Premier Ministre anglais." (1)
Comment en est-on arrivé là? Sans doute faut-il quelque peu remonter dans le temps pour y trouver, sinon les justifications, du moins les explications.
1942 a été une année charnière où toutes les cartes ont été redistribuées:
  • en décembre 1941, les Etats-Unis sont entrés dans le conflit aux côtés des britanniques, des soviétiques et de la France Libre;
  • en juillet 1942, commence la bataille de Stalingrad* qui verra six mois plus tard la première défaite d'importance des troupes allemandes;
  • le même mois, puis en octobre, l'Afrika Corps* du maréchal Rommel* et les troupes italiennes sont défaits à El Alamein* par les britanniques et leurs alliés;
  • dans le Pacifique, l'attaque japonaise contre l'ile de Midway* avec des moyens considérables échoue à détruire la flotte américaine et son aéronavale;
  • le 8 novembre 1942*, les troupes américaines et anglaises débarquent en Afrique du Nord, Casablanca, Oran et Alger, alors colonies françaises.
Tous ces évènements placent l'Allemagne hitlérienne dans la défensive, alors que jusque là, c'est elle qui avait l'initiative sur tous les théâtres d'opération. Et bien sûr, cela change tout.

le maréchal Pétain et le chancelier Hitler à Montoire le 24 octobre 1940



les trois évlutions de la ligne de démarcation
L'armistice signé en juin 1940 par le gouvernement français de Philippe Pétain et les autorités allemandes, puis italiennes, coupait la France en deux zones par une ligne de démarcation, une zone dite occupée et une zone dite libre, zone que pour ma part j'appellerai zone non occupée, l'Etat Français qui la gouverne étant étroitement lié et dépendant du Troisième Reich.
L'article 8 de cette convention d'armistice* certifie que "Il (le gouvernement allemand) déclare, en outre, solennellement et formellement, qu'il n'a pas l'intention de formuler de revendications à l'égard de la flotte de guerre française lors de la conclusion de la paix."









Dès lors, pourquoi les allemands, dans la nuit du 10 au 11 novembre, ont-ils franchi la ligne de démarcation?
La raison invoquée est le débarquement des allés en Afrique du Nord.

Dans une lettre de cinq pages que l'ambassadeur d'Allemagne auprès du gouvernement de Vichy remet à Charles Rochat, secrétaire général du ministère français des Affaires Etrangères, Hitler écrit: "Dans l'espoir de pouvoir encore porter la guerre en Europe, l'Angleterre et l'Amérique ont, dès lors, commencé à attaquer et à occuper les territoires français de l'Afrique Occidentale et du Nord. (...) Mais l'Allemagne et l'Italie ne sauraient en aucun cas voir avec indifférence la convention d'armistice entrainer des conséquences qui ne pourraient à la longue tourner au détriment de ces deux Etats."(2)

Pierre Laval proteste mollement. Le maréchal Pétain lit une déclaration à la radio qu'il termine en disant ceci: "Français de la Métropole et de l'Empire, faites confiance à votre Maréchal qui ne pense qu'à la France."
La preuve était donnée  que le gouvernement de Vichy n'était qu'une marionnette aux mains des nazis. Mais, même à cette époque, avait-on vraiment besoin de preuves?

Un plan signé le 19 octobre 1940 par le général Huntziger* prévoyait qu'en cas d'invasion de la zone non occupée "une attitude (de la troupe) de résistance morale empreinte d'ordre, de discipline et de dignité, évitant à tout prix  ce qui ressemble fort à une fuite, attendrait dans le plus grand ordre, dans les casernes où elle demeurait rassemblée, l'envahisseur allemand."
Et Henri Amouroux* de préciser: "L'attitude prescrite ressemblait fort à celle qui avait été imposée, à partir du 17 et du 18 juin 1940, à certaines unités de l'armée française ainsi regroupées, comme pour être mieux prise au nid bien que la bataille ne soit pas achevée. (3)

Les armées allemandes progressent vers la Méditerranée par les vallées de la Garonne et du Rhône. La résistance, surprise, ne réagit pas.
Dans un premier temps, l'armée française organise une ligne de défense autour de Toulon. Mais abandonnera très vite ses velléités de résistance.
Pourquoi ce sabordage?

l'amiral de la flotte françois Darlan



Dans une note de juin 1940, écrite après la signature de l'armistice, l'amiral Darlan* ordonnait dans ses articles 2 et 3 de de "prendre des précautions secrètes d’autodestruction en cas d’agression de la part de l’Axe ou des forces Alliées. (...) en aucun cas, ils ne doivent rester intacts à l’ennemi." On ne saurait être plus clair.
Mais, après le débarquement allié du 7 novembre, Darlan s'est plus ou moins éloigné du gouvernement de Vichy.
Dans son ouvrage "de Gaulle, le rebelle" (4), Jean Lacouture écrit: "C'est sans le moindre doute d'être obéi que l'amiral Darlan a donné l'ordre, le 13 novembre, au responsable de cette flotte, l'amiral Jean de Laborde, de rallier Alger. Il n'en reçoit qu'un refus insultant, ponctué, dit-on, du mot de Cambronne. La haine personnelle de Laborde à l'encontre de Darlan (...) se doublait d'une anglophobie frénétique. Quelques jours avant Darlan (le 12 novembre) Auboyneau qui avait succédé à Muselier à la tête des forces navales gaullistes avait déjà appelé la flotte de Toulon à se joindre aux "armées de la délivrance". Si Darlan s'était attiré une réponse méprisante, Auboyneau, lui, ne reçut pas même de réplique."

l'amiral jean de Laborde
Dans la nuit du 26 au 27 novembre, une unité SS investit le port de Toulon. Aussitôt, l'amiral de Laborde* ordonne le sabordage de la  flotte. 


Et Jean Lacouture de poursuivre: "Ainsi,pris au piège qu'il a obstinément voulu refermer sur lui, l'amiral de Laborde donna l'ordre - prêt depuis juin 1940 - d'envoyer par le fond la flotte dont il s'était refusé à faire une arme de combat. Tout plutôt que de se battre aux côtés des alliés." (5)

On ne peut bien sûr réduire le sabordage de la flotte au seul antagonismes de deux amiraux. Mais ils étaient nombreux au sein de l'armée et de la Marine à refuser  de se battre aux côtés des alliés, quitte à ne pas combattre les allemands.

L'ordre du jour du 12 novembre 1942 signé par de Laborde est explicite: ".. que les forces placées sous nos ordres n'entreprendront aucune action dirigée contre les puissances de l'Axe et défendront Toulon contre les Anglo-Saxons et les Français ennemis du gouvernement du Maréchal." (6)

La passivité des troupes le 11 novembre en est la triste illustration et le sabordage de la flotte la triste et lamentable démonstration.

Certains historiens se sont interrogés: et si la flotte, au moment du débarquement anglo américain avait pris la mer et rejoint Alger pour défendre Alger et Oran assiégées comme l'amiral de Laborde l'avait un moment envisagé, qu'aurait-il pu se passer?
A ce questionnement, toutes les réponses sont possibles. Mais il ne faut pas oublier deux éléments essentiels, à savoir que, 1, les équipages des bâtiments de la flotte de Haute Mer n'avaient quasiment plus pris la mer et par conséquent n'avaient plus été entrainés à la navigation et à l'utilisation des armements et chacun sait que faute d'entrainements, les réflexes se perdent très vite; 2, que l'autonomie en carburant était limitée à deux jours, trois grand maximum du fait des restrictions allemandes. Dans ces conditions, il est quand même difficile d'imaginer une sortie de l'escadre.

le sous-marin Casabianca
[
Seuls, trois sous marins le Casabianca, le Marsouin et un petit bâtiment atteindront l'Algérie. D'autres, de petites unités, seront récupérées par les italiens, mais pas ou peu utilisés.
Après ce sabordage, la Marine Française aura perdu plus de la moitié de ses unités. Un beau gâchis!

Marc Bloch en uniforme

Pour conclure, il m'est revenu à la mémoire un texte de Marc Bloch* que j'avais lu il y a fort  longtemps: "l'étrange défaite", un texte écrit entre juillet et septembre 1940. Officier de liaison pendant "la drôle de guerre", il essaie d'expliquer la défaite française.
Il cite un jeune officier: "Cette guerre m'a appris beaucoup de choses. Celle-ci entre autres: qu'il y a des militaires de profession qui ne seront jamais des guerriers." (7)
et plus loin, il écrit: " A vrai dire, un très récent général de brigade fut bien appelé au conseil du gouvernement. Qu'y fit-il? Je ne sais. Je crains fort, cependant, que devant tant de constellations, ses deux pauvres petites étoiles n'aient pas pesé bien lourd. Le Comité de Salut Public eût fait de lui un général en chef. Jusqu'au bout, notre guerre aura été une guerre de vieilles gens ou de forts en thème, engoncés dans les erreurs d'une histoire comprises à rebours (...) Le monde appartient à ceux qui aiment le neuf. C'est pourquoi, l'ayant rencontré devant lui, ce neuf, et incapable d'y parer, notre commandement n'a pas seulement subi la défaite; pareils à ces boxeurs, alourdis par la graisse, que déconcerte le premier coup imprévu, il l'a acceptée."(8)




(1) in "Mémoires de guerre, l'unité, 1942 - 1944", éditions Rencontre, librairie Plon,1971, page 58;
(2) in "la grande histoire des Français sous l'occupation: les passions et les haines, avril - décembre 1972", de Henri Amouroux, éditions Robert Laffont, 1981, page 413;
(3) ibid, page 414
(4) in "de Gaulle, le rebelle", de Jean Lacouture aux éditions du Seuil, 1984, page 618;
(5) ibid, page 619;
(6) ibid Henri Amouroux, page 479;

(7) in "l'histoire, la guerre, la résistance" de marc Bloch, aux éditions Gallimard pour GLM, 2006, page 526
(!) ibid, page 616.

jeudi 19 octobre 2017

Georges CLEMENCEAU, l'inflexible


Le 16 novembre 1917, le président de la République, Raymond Poincaré*, nomme Georges Clemenceau, soixante-seize ans, Président du Conseil, en remplacement de Paul Painlevé*, renversé après seulement deux mois à Matignon.

Je n’évoquerai dans ce billet uniquement le Clemenceau au faîte du pouvoir républicain.

Quelques temps auparavant, il déclarait à son secrétaire: « je ne le ferai pas pour cette raison que loin de rechercher le pouvoir, j’en ai peur. J’en ai une peur atroce. Je donnerai tout pour y échapper! D’ailleurs, regardez-moi et constatez que je suis foutu, pourri de diabète… Poincaré m’offrira le pouvoir. J’accepterai. On ne peut pas refuser le pouvoir. » (1)

Voilà quarante mois que dure la guerre. Quarante mois interminables où des millions d’hommes venant du monde entier sont engagés et au cours desquels des millions d’entre eux ont perdu ou perdront la vie ou seront marqués à jamais dans leur corps et dans leur esprit.


Avant d’être nommé chef du gouvernement, il était président de la commission de l’armée du Sénat. Il reproche alors aux différents gouvernements qui se succèdent leur « mollesse » contre ce qu’il appelle « les menées anti-patriotiques et le défaitisme » et accuse Louis Malvy*, alors ministre de l’intérieur: « d’avoir trahi l’intérêt de la France.«  (2)

Président du Conseil et ministre de la guerre (il cumule ces deux postes), il sera donc tout sauf « mou ».

C’est ce qu’il déclare dans son discours d’investiture: « Nous nous présentons à vous dans la seule pensée d’une guerre intégrale… Nous serons sans faiblesse comme sans violence. Tous les inculpés en conseil de guerre… Plus de campagnes pacifistes, plus de menées allemandes. Ni trahison, ni demi-trahison. La guerre. Rien que la guerre. Nos armées ne seront pas prises entre deux feux. La justice passe. Le pays connaitra qu’il est défendu. »(3)
Il ajoutera: « Nous sommes sous votre contrôle. La question de confiance sera toujours posée. »

Alors que Clemenceau arrive au pouvoir, il est nécessaire de revenir quelques mois en arrière et plus précisément au 2 mars 1917: le tsar de Russie, Nicolas II* abdique et laisse la place à un gouvernement provisoire présidé par Alexandre Kérinski*. Lénine écrit le 3 mars: « Bien sûr, nous continuerons de combattre le « défensisme ». Nous condamnons la guerre impérialiste » (4)

Les bolchéviks, emmenés par Lénine*, prennent le pouvoir par le coup d’état du 25 octobre 1917 (7 novembre dans le calendrier grégorien). Il est désormais certain que la Russie, dirigée par Lénine, va entreprendre des négociations avec l’empire allemand. Effectivement, le 3 mars 1918, le traité de paix de Brest-Litovsk* est signé avec les empires centraux, permettant à ces derniers de transférer leurs armées du front est vers le front ouest.

Donc en arrivant à Matignon, Clemenceau sait que les alliés ne pourront plus compter sur la Russie pour tenir l’armée allemande à l’est. D’où son intransigeance.

Clemenceau a toujours été populaire auprès des soldats. Bien avant qu’il ne soit président du Conseil, il parcourait souvent les tranchées, coiffé de son légendaire chapeau sans forme, appuyé sur sa canne. Il n’hésitait pas à marcher dans la boue, à discuter avec les 2èmes classe ou partager un morceau de saucisson ou un verre de rouge avec eux, ce cambusard, âcre et alcoolisé. Les poilus l’appelaient affectueusement « le vieux ».

Les mutineries qui ont éclaté au printemps 1917 sont concomitantes avec le début de la révolution russe, début juin. Plusieurs compagnies de la 41ème division malmènent un général, lui arrachent ses étoiles aux cris de  » à bas la guerre » ou de « vive la révolution » et en chantant l’Internationale. Ces mutineries ne sont pas le fait du hasard, même si l’on sait aujourd’hui que les effets de la révolution russe n’y ont que très peu contribué. Mais les offensives Nivelle, les suppressions des permissions, la censure pointilleuse du courrier, la nourriture détestable sont les vraies raisons des quelques révoltes. Pour l’état-major général, ce sont les pacifistes et syndicalistes au sein des unités qui sont les seules et uniques causes des mutineries.

Pourtant, le commandant en chef, le général Pétain, reçoit en novembre 1917 un rapport du lieutenant colonel Zopf* sur le moral de l’armée. Il ressort de ce rapport que les premières mesure prises par le général Pétain en faveur du bien-être des troupes sont bien accueillies par ces dernières. Ce rapport note également que seuls 11% des bataillons sont sensibles au sirènes du pacifisme. Inversement, Pierre Miquel (5) note que « les poilus jugent inadmissible que l’arrière admette la trahison ».

Justement, cette trahison se présente en la personne de Joseph Caillaux*.
Joseph Caillaux

Député, plusieurs fois ministre, il avait pensé être nommé Président du Conseil après les législatives de mai 1914 et nommer Jean Jaurès dans son ministère. Mais le procès de son épouse, accusée d’avoir assassiné Gaston Calmette, directeur du Figaro, ne permit pas cette nomination. Par parenthèse, nous pouvons nous interroger: si Caillaux et Jaurès, tous deux ardents partisans de la paix, avaient exercé le pouvoir, auraient-ils pu empêcher la guerre? Il me semble que nous pouvons raisonnablement en douter.

Joseph Caillaux était de gauche et l’un des instigateurs de la loi de juillet 1914 établissant l’impôt sur le revenu.  Partisan d’une paix séparée avec l’Autriche-Hongrie, il fût d’une légèreté et d’une imprudence surprenantes au cours d’un voyage en Italie où il rencontra des pacifistes italiens.

Pour Clemenceau, Poincaré et les ministres, il y a trahison. Sauf que le dossier est bien mince et que devant un conseil de guerre, l’accusation ne tiendrait pas. Donc, le président du Conseil opte pour la Haute Cour, composée de magistrats et de parlementaires. Pierre Miquel écrit: « Clemenceau veut frapper à la tête, annoncer à l’opinion publique que le gouvernement entend défendre le pays contre l’ennemi de l’intérieur. Il veut une lessive générale, avec Malvy, Caillaux et Humbert. « Il faut laver tout à la fois, dit Clemenceau à Poincaré le 1er décembre. Il faut tonifier le pays. Tout le monde connait la besogne de Caillaux, tout le monde demande que nous agissions. » (6)

Joseph Caillaux était clairement accusé d’avoir cherché, dans le dos du gouvernement, à établir des contacts avec les autrichiens dans le but d’établir une paix séparée.
Effectivement, le gouvernement autrichien avait posé la question d’une telle paix avec les gouvernements alliés. C’était d’ailleurs l’objet de mon billet de janvier 2017.*

Mais en novembre 2017, il n’est plus question de paix, mais de guerre, de guerre « intégrale » pour reprendre l’expression du chef du gouvernement.
Caillaux  est arrêté et conduit à la prison de la Santé le 14 janvier 1918. Clemenceau aura cette phrase ironique dont il est coutumier: « Caillaux est à la Santé, en pleine santé* »...(7)

Au-delà de cette affaire Caillaux qui, pour être importante, n’en est pas moins secondaire au regard de cette année 1918 où les armées allemandes tentent de grandes offensives pour arracher une victoire définitive à laquelle l’état-major impérial se raccroche désespérément.

Au regard donc de cette affaire apparait le caractère de Clemenceau: volontiers cassant, voire méprisant, autoritaire, pénétré de ses certitudes, mais néanmoins respectueux, presque à l’extrême, des institutions de la République.

W. Churchill disait de lui: « ce terrible petit vieillard. » (8)

Jacques Chastenet écrit dans un article pourtant flatteur: « En attendant, le Tigre va donner libre cours à ses instincts profonds: combativité, autoritarisme, goût pour la gouaille, mépris des hommes, individualisme effréné. » et plus loin: « Son affection pour le petit peuple est intacte, à condition que ce petit peuple marche droit. » (9)

Vis à vis de ses ministres, il est d’un mépris sans limite: parlant de son chien, il affirme sans sourire: « il est comme mes ministres: il aboie en reculant. » (10)



Mary Plummer, épouse Clemenceau
Il se marie en 1869 avec une jeune américaine de dix huit ans, Mary Plummer, avec qui il aura trois enfants. Mari volage, il l’a trompée à de nombreuses reprises. Elle lui rendit la pareil, ce qu’il ne supporta point. Aussi, la renvoya t-il aux Etats-Unis dans de bien mesquines conditions. « Et l’on entendit dans les salons Clemenceau se réjouir d’avoir « emballé son Américaine ». Ce fuit diversement apprécié. » (11)

Mais ce caractère entier, intransigeant, voire rigide, n’était-il pas ce qui lui a permis d’imposer à tous, c’est-à-dire politiques et militaires, la volonté farouche et inébranlable de terminer la guerre en la gagnant?

Dans « The Great Contemporaries, Clemenceau », Winston Churchill ne dit pas autre chose: « Clemenceau est une incarnation de la Révolution Française. à son moment sublime, avant qu’elle ne fut ternie par les boucheries abjectes des terroristes. Il représentait le peuple français dressé contre les envahisseurs, défaitistes, tous exposés au bond du Tigre. Et contre tous, le Tigre menait une guerre sans merci . Anticlérical, antimonarchiste, anticommuniste, anti-allemand: en tout cela il représentait  l’esprit dominant de la France. »(12)

L’épuisement et le découragement des troupes, les milliers de tués et de blessés, la lassitude de l’arrière, les destructions massives dans l’est et le nord de la France et bien d’autres motifs auraient pu mener au mieux à une paix séparée, au pire à la défaite.


Clemenceau savait tout cela, mais il n’a pas cédé. Et c’est en cela qu’il est grand. 


(1) in « Clemenceau, portrait d’un homme libre », de Jean Noël Jeanneney, éditions Mengès, 2005, page 68
(2) in Clemenceau, « je fais la guerre », par Pierre Renouvin, éditions Hachette réalités, 1974, page 191.
(3) in « Clemenceau, portrait d’un homme libre », de Jean Noël Jeanneney, page 59.
(4) in « 1917, l’année qui ébranla le monde », par Marc Ferro, Le Monde hors série octobre 2017, page 17.
(5) in « Clemenceau, le Père la Victoire », par Pierre Miquel, GLM, éditions Taillandier, 1996, pages 55 et suivantes.
(6) ibid, page 132.
(7) ibid, page 136
(8) in « Coeur de tigre » de Françoise Giroud, éditions Plon/Fayard, 1995, page 15.
(9) in « une vie ardente et orgeuilleuse » de Jacques Chastenet, éditions Hachette réalités, 1974, page 18
(10) cité par André Larané, fondateur du site hérodote.net, dans le quotidien « La Croix » du 10 avril 2014.
(11) in « coeur de tigre », de Françoise Giroud, page 66.
(12) in « Histoire de France » de Marc Ferro, éditions GLM/Odile Jacob, 2001, page 644.


de Claude Bachelier
www.zonaires.com





samedi 12 août 2017

"Bérézina", de Sylvain TESSON.

Un auteur pas tout à fait "napoléonphile": Sylvain Tesson.
Un lecteur pas tout à fait "napoléonphobe": moi.
Et le livre, objet de ce billet: Bérézina.

Il est vrai que la vie et l'oeuvre de Napoléon Bonaparte m'intéressent pour ce qu'elles ont eu  d'importances et de conséquences sur notre Histoire. Donc,  ma détestation de Napoléon ne va pas jusqu'à considérer comme sans intérêt aucun cette période troublée. Ce qui explique ma curiosité critique à toute - ou presque - la littérature relative au "petit caporal" comme le surnommaient affectueusement les "Grognards".

Sylvain Tesson est avant tout un voyageur, même si, bien au contraire, cela ne l'empêche pas d'écrire. Et lorsqu'il voyage, c'est à pied quand il traverse l'Himalaya du Bouthan au Tadjikistan; à cheval à travers les steppes d'Asie orientale ou à vélo en parcourant le désert central d'Islande.

Sylvain Tesson sur l'Oural[

Et, objet de son dernier ouvrage, en side-car pour relier Moscou à Paris en prenant le chemin des soldats de la Grande Armée lors de la retraite de Russie, et cela en décembre, époque où il ne fait pas particulièrement chaud dans ces contrées.

Il n'est pas inutile de préciser que je n'avais jamais lu d'ouvrages de S. Tesson et que j'ignorais même qu'il existait. "La honte soit sur toi" m'a dit dans un grand éclat de rire une de mes collègues bénévoles de la bibliothèque.


Plantons le "décor": la Grande Armée qui part vers Moscou en juin 1812 compte entre 650 000 et 750 000 hommes, dont plus de 400 000 français, le reste se composant des différentes armées de l'empire napoléonien. "Seuls", 500 000 hommes - et plus de 1000 canons - franchiront le fleuve Niemen, ce qui est considérable. Les historiens ne sont pas forcément  d'accord sur les chiffres.

le feld-marechal Mikhaïl Koutouzov



Elle arrive à Moscou le 14 septembre après avoir livré bataille contre les forces russes du général Koutouzov* à Borodino* le 7 septembre. Victoire des troupes françaises dans la mesure où elles font reculer les russes et où la la voie est libre vers Moscou.
Mais Koutouzov et Rostoptchine* font mettre le feu à la ville, réduite aux deux tiers à un tas de cendres Les troupes napoléoniennes qui pensaient trouver le gite et le couvert se retrouvent donc "gros jean comme devant", tout comme  Napoléon qui pensait capturer le tsar reparti depuis belle lurette vers Saint Pétersbourg.

la campagne de Russie
Le 19 octobre, Napoléon ordonne le départ de Moscou et le retour vers la France. La retraite de Russie, ce long calvaire de la Grande Armée va commencer alors que "le général hiver" arrive. Les 100 000 survivants ne savent pas encore le long calvaire qu'ils vont endurer.

L'auteur écrit: " Napoléon n'aurait jamais dû s'approcher de la splendeur de Moscou. Il s'y brula les yeux. Il y a comme cela des beautés interdites. En stratégie comme en amour, se précautionner de ce qui brille."

C'est donc cette retraite que Sylvain Tesson et ses amis Goisque et Gras vont suivre à partir du 3 décembre, sur un side-car, une OURAL, une machine tout droit sortie de l'usine du même nom. Tesson en parle avec une certaine tendresse non dénuée d'ironie:
"ces machines sont des fleurons de l'industrie soviétique. Elles promettent l'aventure. On ne sait jamais si elles démarreront et, une fois lancées, personne ne sait si elles s'arrêteront. (...) L'usine Oural continue à vomir ces machines à l'identique. Elles seules résistent à la modernité. Elles plafonnent à 80 km/heure. (...) N'importe qui peut les réparer avec une pince en métal. (...) Pour la conduire, il faut de l'habitude. (...) Il faut aussi être doué d'une vie intérieure car l'Oural est lente et la Russie sans fin."

Napoléon près de Borodino, peinture de Vassili Verechtchaguine, 1897

Tesson et ses amis arrivent à Borodino au soir du premier jour. A côte de la statue de Koutouzov, il écrit: "de là-haut, le regard embrasait la plaine où la furie française enfonça le courage russe. Là s'effondrèrent les corps des soixante-dix mille suppliciés de "la bataille des géants". (...) La guerre tue les hommes, martyrise les bêtes, éloigne les dieux, laboure la terre et engraisse le sol.

Il analyse les tenants et les aboutissants de cette bataille, avec lucidité, sans se voiler la face. De la volonté de Napoléon de prendre Moscou afin d'obliger Alexandre à se rendre:  "Le tsar, impressionné par le déploiement sur les bords du Niémen, terrifié par la perspective des charges de cavalerie, capitulerait au premier cliquetis, reviendrait à des dispositions favorables, restaurerait l'alliance. Etrange guerre consistant à enfoncer un adversaire pour le faire redevenir son ami!" jusqu'à relever la "timidité" de l'empereur: "Or, à Borodino, il fut timide. La bataille ne fut pas Austerlitz. (...) Je ne reconnais plus le génie de l'empereur" osa même Murat." Et plus loin: "Une conquête, l'été 1812? Non, une chute dans le vide."
.

Le froid, mais aussi les cosaques. "Tout valait mieux que de tomber aux mains des cosaques de Platov qui harcelaient la colonne", écrit Jean Tulard, dans son "Napoléon". (1)

Le froid va très vite arriver, ce froid qui "glace les cerveaux", selon le sergent Bourgogne* Les soldats qui, à Moscou, avaient joyeusement pillé en emportant, comme le fit Bourgogne, un sac alourdi "d'un costume de femme chinoise en étoffe de soie, tissu d'or et d'argent, d'une capote de femme couleur noisette,doublée en velours vert." n'ont rien prévu pour le retour en France, rien prévu pour se garder du froid qui arrivait. La fable de la cigale et la fourmi en quelque sorte, les français dans le rôle de la fourmi.

A l'étonnement de Napoléon - et à l'agacement du tsar - Koutouzov n'attaque pas frontalement les français, pourtant affaiblis; au contraire il fuit devant. L'auteur écrit: "L'histoire donna raison à Koutouzov" et cite Tolstoï, dans "la Guerre et la Paix: "l'armée en déroute de Napoléon s'enfuyait de Russie avec toute la rapidité possible, c'est-à-dire qu'elle faisait cela même que pouvait souhaiter tout russe. (...) A quoi bon tout cela quand, de Moscou à Wiazma, sans combats, un tiers de cette armée a fondu?"

Le voyage de Tesson et ses amis n'est pas non plus de tout repos. Le side-car peine sur les routes enneigées et en mauvais état, dans une circulation infernale, où les centaines de camions rendent la circulation incertaine sinon périlleuse. Le froid est le compagnon permanent: "le froid ouvrait ses brèches. Parfois, il mordait un pouce, s'emparait d'un pied, le lâchait, attaquait un genou, le cou, la joue. Il avait une vie autonome et ses propres plans."

Il profite de ces difficultés pour revenir aux miséreux de 1812 qui tentent désespérément d'échapper à la mort. Ces miséreux, toujours en quasi extase, presque amoureux de "leur" empereur et Tesson de s'interroger: "Fallait-il que Napoléon irradiât d'une force galvanique pour que ses hommes ne lui tiennent pas rancune de leur infortune et, mieux, perdent toute amertume à son apparition."

Il cite Bourgogne qui selon lui, délivre d'autres clés: "Il nous restait encore quelque chose qui nous soutenait: l'honneur et le courage." Et de s'interroger: "comme ils résonnaient étrangement, ces mots, deux cents années plus tard. (..) Dieux, me disais-je en pissant dans le noir, ne sommes nous pas des nains? Alanguis dans la mangrove du confort, pouvions-nous comprendre ces spectres de 1812? (...) Aurions-nous été prêts à abandonner nos Capoue pour forcer le Moujik sous les bulbes ou conquérir les pyramides?"

Et plus loin d'ajoutersous forme d'un constat aussi lucide qu'amer: "Il faut dire que le XX° siècle était passé et sa hideur nous tenant en effroi. C'était cela qui nous séparait des Grognards. Nous savions que Verdun et Stalingrad, Buchenwald et Hiroshima avaient déchu l'Homme et nous étions harassés. Désormais, l'évocation de la conquête sonnait comme une absurdité."


Le passage de la Bérézina ajoute à l'horreur de cette retraite. Les pontonniers du général d'Elbé se sacrifièrent pour construire dans l'urgence et dans l'eau glacée un pont où s'engouffrèrent quelques milliers de fuyards. Le 29 novembre au matin, Napoléon ordonne la destruction du pont pour couper la route aux poursuivants russes. "Quand les flammes s'élevèrent, ce fut une ultime ruée. Les hurlements recouvrirent la canonnade. Ceux qui étaient encore sur l'autre rive se jetèrent dans le brasier ou dans l'eau. Ils avaient, pour périr, le choix entre deux éléments contraires."


Quand Tesson et ses compagnons s'arrêtent à l'endroit de cette tragédie, "le spectacle de cette tragédie nous aimantait." Gras, compagnon de route de l'auteur affirme que cet endroit est un "haut lieu: "un haut lieu est un arpent de géographie, fécondé par les larmes de l'Histoire, un morceau de territoire sacralisé par une geste, maudit par une tragédie, un terrain qui, par-delà les siècles, continue d'irradier l'écho des souffrances tues ou des gloires passées. (...) Les arbres ont repoussé, mais la terre, elle, continue à souffrir. Quand elle boit trop de sang, elle devient un haut lieu. Alors, il faut la regarder en silence car les fantômes la hantent."

 Armand Augustin Louis de Caulaincourt


Le 5 décembre, Napoléon décide de rentrer à Paris. Le prétexte, sinon la raison: le putsch raté d'un général fou. A Caulincourt* qui l'accompagna dans ce voyage, ou plutôt cette fuite, Napoléon lança: "Avec les français, il faut, comme avec les femmes, ne pas faire de trop longues absences."
Sylvain Tesson explique à son ami russe, qui ne comprend pas l'attitude de l'empereur, que ce dernier se devait de maintenir l'Etat, un peu comme un amiral qui sauve sa flotte plutôt que de périr avec elle. Pour autant, sans son chef, ce qui reste de la Grande Armée partit en quenouille: "une fois le souverain partit, tout pouvait se débander. Et tout se débanda."
]
Tout en roulant vers Varsovie, l'auteur se laisse aller à quelques réflexions en forme de plaidoyer napoléonien. En s'attaquant, sans le nommer, au livre de Lionel Jospin, "le Mal napoléonien"(2). Entre autres critiques, Jospin reprochait à Napoléon d'avoir rétabli "une noblesse d'empire.

Pour Tesson, au contraire, c'est le grand mérite de l'empereur d'avoir permis " à un garçon boucher de devenir général par la grâce de ses talents." Et de citer Caulaincourt: "l'Empereur désirait des routes ouvertes au mérite, le moyen de parvenir sans distinction de caste, sans être parent ou ami d'un homme en place ou d'une favorite. (...) Tout soldat pouvant devenir général, baron, duc, maréchal; le fils du paysan, du maitre d'école de l'avoué, du maire, conseiller d'Etat, ministre, duc, cette noblesse ne choquerait plus personne avec le temps parce qu'elle récompenserait indistinctement tout le monde."

Mais, et l'auteur semble l'oublier, si ces promotions ont été réelles pendant la révolution, le Directoire, quand Bonaparte n'était pas encore Napoléon, dès que ce dernier a transformé la République en empire, les portes se sont fermées au garçon boucher comme au fils de paysan ou à l'avoué. La noblesse d'empire a remplacé la noblesse royale avec les mêmes privilégiés, les mêmes protocoles, les mêmes étiquettes de cour. Et comment passer sous silence les "promotions" des frères et soeurs Bonaparte?



Dans les dernières pages de son livre, Sylvain Tesson, en quelque sorte, revient sur terre. Il reprend les confidences que Napoléon a faites à Caulaincourt lors de son retour en France. "Caulaincourt se taisait, notait et n'en pensait pas moins" écrit-il.

Et pour illustrer les propos de l'empereur, en le faisant parler, Tesson utilise le conditionnel mélangé au futur: " il rallumerait son étoile; il repartirait au combat; que je formerai dans peu d'années; vous serez étonné; l'Europe me bénira" etc, etc. Un peu comme s'il fantasmait, loin de l'image que chacun avait de lui: un visionnaire hors du commun. Et de poursuivre: " C'était les plans d'un homme qui ne savait pas qu'il était déjà mort. La confession d'un fou, en train de tomber de l'immeuble, et qui fait sa liste de résolutions pour l'avenir, entre le troisième et le deuxième étage."

La conclusion de ce livre emprunte d'une certaine mélancolie, voire d'une certaine tristesse. Comme si Sylvain Tesson revenait d'un mauvais rêve: "les souffrances endurées en 1812 par près d'un million d'hommes de toutes les nationalités m'avaient obsédé. J'avais clapoté dans le souvenir napoléonien pendant des semaines. La nuit, je les voyais, ces civils éperdus et ces soldats blessés, ces bêtes suppliciées, danser le sabbat devant mes yeux. J'offrais mes insomnies à leur souvenir. Le jour, mon imagination à leur sacrifice. (...) J'avais l'impression de me réveiller d'un long songe de quatre mille kilomètres. 

Qui était Napoléon? Un rêveur éveillé qui avait cru que la vie ne suffisait pas. Qu'était l'Histoire? Un rêve effacé, d'aucune utilité pour notre présent trop petit. Le ciel se voile, quelques gouttes tombèrent.

J'eus soudain envie de rentrer chez moi et de prendre une douche pour me laver de toutes ces  
horreurs.


Quelle belle plume que ce Tesson! Et quelle façon de raconter un tel voyage, presque une épopée, de nous faire revivre un tel drame sans jamais tomber dans le misérabilisme, tout en se parant modestement du bel habit d'historien.

merci, Monsieur Sylvain Tesson!!!



(1) "Napoléon" de jean Tulard, éditions Fayard, 1987, page 393.
(2) "le mal napoléonien" de Lionel Jospin, éditions du Seuil, collection Points, 2014.

de Claude Bachelier
aux éditions ZONAIRES: www.zonaires.com