"Ce n'est pas parce que l'on a rien dire qu'il faut fermer sa gueule" Michel AUDIARD

samedi 2 janvier 2016

2015, mauvais cru…


2015, mauvais cru…


Je ne pense pas que quiconque puisse regretter l'année 2015. Pour nous, en France, les deux attentats perpétrés par des tueurs sans foi ni loi auront marqué durablement nos mémoires. Mais, hélas, il n'y a pas eu que chez nous que les assassins ont sévi: la Turquie, la Somalie, le Nigéria, le Kenya, etc, etc... Je ne peux citer ici tous les pays qui ont eu à souffrir dans leurs chairs des actes de ces barbares qui tuent au nom d'une religion pour imposer leurs visions criminelles d'une société moyenâgeuse.

Je ne saurai passer sous silence le drame des migrants, de ces milliers de personnes qui fuient la guerre, la misère, dans des conditions épouvantables. Pour tous les Etats de l'UE, la Grèce et l'Italie en particulier, se pose le douloureux et complexe problème de l'accueil de ces miséreux, jetés sur les chemins de l'exil, exploités, dépouillés, assassinés par des mafias, elles aussi, sans foi ni loi. Et ce n'est pas en dressant des murs de barbelés que sera apportée la moindre solution, si ce n'est la marque infamante de l'égoïsme et du repli identitaire mortifère.

Attentats, migration, ce sont bien ces deux évènements qui retiennent l'attention. Par les questions qu'ils posent et par les réponses qu'il faudrait apporter.

Pour les attentats, qu'est-ce qui peut pousser des gens, jeunes pour la plupart, à tuer sans discernement, à tuer par plaisir, à mourir pour une cause criminelle? Pourquoi entrent-ils dans l'obscurantisme le plus total, dans l'intolérance la plus absolue? La religion, cette religion serait-elle à ce point absurde que l'on pourrait assassiner et mourir pour elle?

Beaucoup de gens savants, des philosophes, des sociologues, des chercheurs, des historiens, tentent d'apporter des réponses dont bien peu sont pertinentes. Certains pointent les inégalités sociales, d'autres les conséquences indirectes de la colonisation, d'autres encore la recherche de l'absolu. Bien sûr, ces gens savants n'étant jamais d'accord entre eux, les débats font rage par médias interposés et quand les politiques s'en mêlent - c'est aussi, bien évidemment,  leur rôle - avec leur présupposés partisans, il devient bien difficile d'expliquer, de comprendre.

Mais, entre nous, y a t-il quelque chose à expliquer, à comprendre? Pour ma part, dans mes moments de doute ou de pessimisme, je me dis que l'Homme, avec un grand H, l'Homme donc est mauvais. Et qu'il se plait à détruire, à tuer, à massacrer. Quand je regarde derrière moi, dans le grand rétroviseur de l'Histoire, je ne vois que des guerres, des tueries, des carnages. "L'homme est un loup pour l'Homme" a écrit le philosophe anglais Thomas Hobbes dans son oeuvre majeure, le Léviathan, en 1651.

On aurait pu croire que la connaissance, la conscience humaine ont évolué depuis cette époque. Hélas, il n'en est rien. Oserai-je dire que c'est pire qu'avant? Les différentes technologies permettent d'espionner, de traquer, de massacrer avec plus d'efficacité, même si la machette ou la ceinture d'explosifs ont encore de beaux jours devant elles.

Quant aux migrants, ces gens qui ont tout abandonné pour ne pas mourir sous les bombes de leurs dirigeants ou sous la hache de fanatiques enturbannés. Ces gens que l'on a pu voir, abandonnés en pleine mer sur des barcasses pourries ou marchant sur les routes poussiéreuses ou boueuses de l'exil. En les voyant à la télé, ils me faisaient penser à ces français, fuyant les bombardements allemands, pendant l'exode en 1940. Mêmes causes, mêmes effets. 
Cette guerre civile en Syrie, qui dure depuis trop longtemps, où l'on a vu le président de ce pays relâcher de ses infâmes prisons des milliers d'islamistes, tout en bombardant son propre peuple qui avait eu l'audace - et disons-le, le courage - de s'opposer à sa tyrannie. Ces millions de réfugiés s'entassent dans des camps en Turquie, en Jordanie, au Liban. Et sur les routes européennes, ils marchent encore et encore, contournant ces murs de la honte érigés à la va vite par des Etats qui ont oublié leur propre histoire.

Là-aussi, quelles réponses, quelles solutions? Les "yaka" des uns et les "yzonka" des autres restent dans le domaine où le populisme et la démagogie ne sont pas en reste. Sans pour autant apporter de réponses intelligibles et surtout concrètes. Il faut bien cependant reconnaitre que résoudre un tel problème ne va pas de soi. A une époque où le chômage de masse sévit et où les populismes réapparaissent, les différents gouvernements européens marchent sur des oeufs. Même si certains de ces gouvernements n'hésitent pas à ressortir les vieilles ficelles de la xénophobie bien-pensante.

Tant qu'il y aura la guerre en Syrie, en Irak ou en Afghanistan, il y aura toujours un afflux de réfugiés. Si par bonheur, ces guerres devaient s'arrêter, d'une façon ou d'une autre, alors, la grande majorité de ces réfugiés retourneraient dans leur pays, là où ils sont nés, là où sont leurs attaches et leurs identités. 

Serait-ce alors à dire que leur présence en Europe n'est que provisoire? Je le pense, oui, même si ce n'est pas d'une évidence criante. Il faudra donc que les conflits dans ces pays cessent. Mais bien sûr, c'est plus facile à dire qu'à faire et il me semble qu'ils dureront encore quelques années et nous devrons encore et encore accueillir ces malheureux.

L'année 2015 a aussi été l'année, chez nous, en France, où le chômage et la pauvreté ont augmenté de façon spectaculaire. Sachant que quoi que puissent penser certains beaux esprits, le chômage entraine bien souvent la pauvreté. 


Dans un pays comme le nôtre, où les associations humanitaires distribuent chaque année des millions de repas; ou des milliers de gens ne se soignent plus; où des milliers de gens n'ont pas de logements décents; oui, c'est une honte que notre pays, cinq ou sixième puissance mondiale en soit arrivé à ce stade de misère humaine. Une honte, et je pèse mes mots!

Les dirigeants d'aujourd'hui ne font pas mieux que ceux d'hier; à la limite comme ils font les mêmes politiques, ils font pire. 

Ceux d'hier veulent revenir pour régler les problèmes que pendant dix ans ils n'ont pas su régler. Ceux d'aujourd'hui veulent rester pour régler les problèmes qu'ils n'auront pas su régler pendant cinq ans. 

Et je ne parle pas de ceux qui pratiquent le coup de menton, qui instillent la peur et qui prétendent régler tous les problèmes en fermant nos frontières à coups de barbelés et de blocs de béton.

Oui, 2015 est une année à marquer dune pierre blanche. Ou plutôt noire. Le Président a dit que nous n'en avions pas fini avec le terrorisme. Il a raison. Il aurait pu, il aurait dû ajouter que nous n'en avons pas fini non plus avec le chômage et la misère.

Même si dans tous les cas, chacun a envie de se battre. L'essentiel est là, me semble t-il: ne pas baisser les bras, ne jamais baisser les bras.





de Claude BACHELIER
éditions ZONAIRES
www.zonaires.com