"Ce n'est pas parce que l'on a rien dire qu'il faut fermer sa gueule" Michel AUDIARD

vendredi 29 août 2014

Trois jours sur la frégate Forbin

Jean François Demassey et moi

Anciens de l'escorteur, Jean François Demassey et moi, par l'entremise de Jacques Marquet*, avons été invités par le commandant de la frégate Forbin* à participer à la revue navale qui s'est déroulée le 15 août le long des côtes varoises. Deux autres invités: Guillaume, professeur d'histoire et animateur d'une classe défense, et Pierre, haut fonctionnaire à la préfecture d'Annecy. Pour mémoire, Annecy est jumelée à la frégate.


Nous avons donc embarqué le 13 au matin et quitté la frégate le 16, aux aurores.

Il y a bien longtemps que je rêvais d'une telle sortie en mer, sans vraiment y croire. Rêve, rêve, me disais-je, il en restera toujours quelque chose.

Et puis, cette invitation m'a fait passer du rêve à la réalité. Comme quoi, il ne faut jamais laisser tomber ses rêves.

Nous avons été bien reçus, et même très bien reçus. Chacun, du moussaillon au commandant, nous a consacré un peu de son temps. Quoique, à bord,  des moussaillons, il n'y en a plus tellement.

C'est la commissaire du bord, A. Pleiber, qui s'est occupée de nous, malgré sa forte charge de travail. Et toujours avec le sourire. Ce qui ne gâte rien.

Mis à part le nom, l'escorteur Forbin, conçu en 1953, n'a pas grand chose de commun avec la frégate*, conçue, elle dans les années 1990 - 2000. Ne serait-ce que par la taille comme le montre ce dessin réalisé par Jacques Marquet:


l'escorteur devant la frégate

Vivre à bord de la frégate n'a plus rien à voir avec la vie à bord de l'escorteur. Ni de près ni de loin: moins de monde et plus d'espace, moins de bruits, plus de confort, mais aussi plus de sécurité dans le travail: comme dans les entreprises privées, il y a un CHS-CT qui veille sur l'application rigoureuse des consignes de sécurité.




Il y a plus d'espace dans les machines, ce qui a pour conséquence, mais ce n'est sans doute pas la seule, une propreté quelque peu surprenante dans des endroits où l'huile et la graisse ont eu leurs heures de gloire. Certes, le bruit assourdissant nous oblige à parler haut et fort; la chaleur est supportable, mais sous les tropiques, la température doit atteindre des sommets. 

Il y a quelque chose d'impressionnant à imaginer toute cette mécanique en mouvement qui obéit à la moindre commande de l'officier de quart  sur la passerelle - "les deux machines en avant 100" -puis tapée sur un clavier d'ordinateur par un opérateur assis devant sa console.

La passerelle de la frégate fait toute la largeur du bâtiment, à savoir 20 mètres. C'est dire qu'il ne manque pas d'espace.





l'Amiral et le Commandant

Il y a toujours, tradition oblige, le siège du Pacha, endroit sacré s'il en est, où nul n'oserait prendre place, pas même l'amiral 4 étoiles, arrivé le 15 au matin par hélicoptère, lequel amiral 4 étoiles est resté bien sagement à côté du commandant.

Malgré de nombreux écrans radar présents sur la passerelle, il y a toujours une veille optique, c'est-à-dire qu'à babord comme à tribord, des veilleurs scrutent l'horizon avec des jumelles. En mer, il y a toujours de petites embarcations ou parfois des objets flottants, invisibles sur les écrans radar.














J'ai compté 3 compas magnétiques sur la passerelle. Comme quoi, l'informatique n'a pas tout remplacé.

De même pour les cartes marine.

Allez savoir pourquoi, j'avais cru comprendre lors de mon premier séjour sur la frégate que ces cartes n'étaient plus utilisées. De même pour les sextants. Ces derniers sont toujours utilisés m'a affirmé un officier du bord, ajoutant que la Marine Nationale française était, avec la Marine russe, la seule encore capable de savoir s'en servir. Quant aux cartes marine, j'ai pu voir les personnels de quart y avoir
recours en permanence, avec bien évidemment la règle Cras*.

Nous avons été l'un et l'autre, chacun de notre côté, les "colocs" de deux OMS. (Officiers Mariniers Supérieurs) Une "carré" de cinq mètres sur trois, douche et toilettes inclues, une table de travail chacun, des bannettes correctes; à deux, c'est plus que confortable.  Même s'il est vrai que je ne suis resté que trois jours à bord...

Côté nourriture, cela aurait pu être pire. Cela aurait pu être meilleur aussi. Je n'avais jamais goûté à "Captain Igloo", et bien maintenant, c'est fait. Je peux mourir tranquille.


Le mercredi après midi, répétition générale de la revue navale. Donc, tous les bâtiments, derrière le Forbin, chef de file qui, le 15 août, portera la marque du Vice Amiral d'Escadre Coindreau, commandant de la Force d'Action Navale*. Le moins que l'on puisse dire, c'est que ce n'était pas une répétition pour rire.


Le passage de chaque bâtiment devant le "Charles" était chronométré, synchronisé.
Pas question de s'écarter du cap fixé, même si avec le Mistral qui ne faisait pas la sieste, certains avaient tendance à se laisser aller aux zig zag. Je suppose que le lendemain matin, au briéfing des pachas, les fondamentaux de la navigation en file indienne ont du être rappelés...


Le jeudi, barbecue sur la plage arrière. Je vous vois froncer les sourcils, les Anciens: quoi? Un barbecue sur un bâtiment de la Royale et qui plus est, pendant les heures de travail? 
Et oui, les Anciens, nous ne sommes plus au temps de la Marine en bois et les matafs, tout grades confondus, peuvent déguster une merguez, arrosée de ketchup...


Le vendredi est donc le grand jour, non seulement celui de la revue navale devant les plus hautes autorités de l'Etat et de leurs invités, mais aussi celui de l'arrivée à bord de "ALFAN", l'amiral dont je vous parlais plus haut. Et il convient que le bâtiment brille de tous ses feux, du dehors comme du dedans. Je peux témoigner que nos matelots, quartiers maitre et seconds maitres savent manier l'huile de coude. 


Une partie de l'équipage, en tenue blanche, se tient au poste de bande.


3 missiliers à babord
A l'avant, six missiliers, trois à bâbord, trois à tribord, sont prêts à tirer  21 coups de canon, sous les ordres de leur officier. Ce dernier, quand nous serons à hauteur de l'arrière du "Charles" donnera l'ordre de tir en abaissant son sabre à chaque fois. Tradition oblige. 


Puis viendront les "vive la République" criés à sept reprises par l'équipage qui rend les honneurs. J'aurais préféré un "vive la République" plus dynamique, plus intrépide. 

Mais bon, si j'étais le seul maitre à bord, c'était après Dieu, le commandant et quelques autres. Mais trève de plaisanterie, avoir entendu ces "vive la République" m'a fait chaud au coeur. Tant il est vrai que notre chère et bien aimée République est bien malmenée en ce moment et qu'il convient plus que jamais de la célébrer.


Toute la flotte est passée devant le Président de la République et ses invités. A l'intérieur de la passerelle, nous pouvions suivre en direct à la télé le passage des bâtiments, en ordre impeccable et suivant le timing prévu.

Un officier m'a dit, presque sous le sceau du secret et quelque peu déçu, que nous avions quatre secondes de retard. Quatre secondes de trop, certes, et qui honorent son souci de rigueur, mais qui ne sauraient  diminuer en rien la qualité de cette revue navale.




le "Charles" et derrière, le BPC Tonnerre





Je dois à l'honnêteté de dire que j'ai été impressionné. Au risque de passer pour une midinette qui s'esbaudit devant un bellâtre, voir tout ces navires m'a procuré je ne sais quel sentiment de sécurité, de confiance aussi. Sans doute quelques beaux esprits, maniant une ironie et un cynisme aussi faciles que dérisoires, se gausseront-ils en lisant cela. Mais comme dirait une de mes Princesses: "je m'en tape!" J'assume!

Nous sommes rentrés à Toulon un peu après minuit. Et vers 07H30, je quittais le bord. 

Il y a dans la vie de chacun d'entre nous des moments que l'on n'oublie pas. Ces trois jours passés à bord de la frégate seront de ces moments-là. 

J'ai passé de longs moments à regarder la mer, dans la journée ou le soir. Je ne sais trop comment expliquer cette émotion qui m'envahissait, la même que je ressentais, il y a fort longtemps quand, sur l'escorteur, je parcourais mers et océans. Sans doute, le ciel de la Méditerranée n'est-il pas le même que celui du Pacifique ou de l'Indien, mais il y a les mêmes étoiles, les mêmes ambiances, les mêmes magies. Et, l'espace de ces quelques jours, j'ai retrouvé tout cela, les mêmes émotions, les mêmes serrements de coeur devant tant de beauté.

Et me revenait, lancinant, ce ver de Beaudelaire: 


"Homme libre, toujours tu chériras la mer."



le Commandant Tourneux


la Commissaire Pleiber
Je ne saurais conclure sans remercier le 
Commandant Tourneux et la Commissaire Pleiber de leur sympathique et chaleureux accueil. Et à travers eux, tout l'équipage de la frégate Forbin.

Mais aussi Jacques Marquet, initiateur et animateur désintéressé du site dédié à l'escorteur. Sans lui, ni Jean François ni moi n'aurions pu faire un tel voyage.

Et je salue Jean François, "compagnon de route", discret et sensible, amoureux lui aussi de la mer et des océans.



Voyez ce superbe diaporam que Jacques a confectionné à partir de nos photos: https://picasaweb.google.com/108573126066230783751/RevueNavale2014?noredirect=1#slideshow/6052518328908341330


pour mémoire: "Angèle Cartier" de Claude Bachelier



www.zonaires.com