"Ce n'est pas parce que l'on a rien dire qu'il faut fermer sa gueule" Michel AUDIARD

lundi 7 octobre 2013

Rendez-vous après la fin du monde

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Vingt ans après l'IEP de Grenoble.


Avant que de vous relater notre voyage à New York et à la Nouvelle Orléans qui fera l'objet d'un prochain billet, il me faut faire un retour vingt années en arrière, ce jour d'octobre 1993 qui sonnait la fin des mes trois années d'études à l'Institut d'Etudes Politiques de Grenoble.

Trois années intenses, fortes en émotions de toutes sortes. Trois années où il m'a fallut concilier en même temps la vie étudiante, la vie salariée, mais aussi celle d'époux et de père avec ce que cela a comporté pour les miens d'absences, d'éloignements, voire de distances. Mais en dépit de tout cela, ils m'ont aidé, soutenu et je reste persuadé que sans leurs soutiens, je n'aurai pas pu mener à bien cette belle aventure.

Parce que ce fut une aventure que celle d'entamer à quarante trois ans une vie étudiante, sans être pour autant un aventurier.

Une aventure parce que je pénétrais un univers pour moi totalement inconnu et même mystérieux. 

Une aventure parce que j'allais devoir aller à la rencontre d'auteurs, d'institutions et de concepts tout aussi mystérieux. 

Une aventure enfin parce que je savais que je ne verrai plus le monde et sa complexité dans lequel je vivais avec les mêmes yeux. 

Et tout cela m'allait bien parce que, en fin de compte, c'est que je voulais.

Pendant ces trois années, j'ai été un étudiant parmi les étudiants, certes plus âgé, mais avec les mêmes droits et les mêmes devoirs. Jamais un professeur ne m'a favorisé - ou défavorisé - du fait de mon statut. Les étudiants m'ont toujours considéré comme l'un des leurs, ni plus ni moins.

Je ne peux citer ici tous les auteurs que j'ai découverts ou redécouverts. 
Mais de Hannah Arendt à Alexis de Tocqueville, de René Rémond à Montesquieu, de Raymond Aron à François Furet, chacun d'entre eux m'ouvrait des portes, m'indiquait des pistes, éclairait des zones d'ombre. Sans pour autant qu'aucun d'entre eux ne devienne un maître à penser. 
Pour ma part, j'ai toujours préféré les maîtres à réfléchir aux maîtres à penser.

Qu'ils soient professeurs des universités, maîtres de conférence ou doctorants, la quasi totalité des enseignants que j'ai eus ont toujours été disponibles, ouverts, attentifs. Certes avec leur personnalité propre et leurs opinions parfois bien arrêtées, mais il n'empêche que leurs enseignements ont toujours favorisé la connaissance, l'intelligence et l'esprit critique. 
Ce dernier étant, en tout cas à mes yeux, indispensable pour ne pas tomber dans le conformisme d'une pensée, aussi séduisante soit-elle.

Certains, à la lecture de ce billet, pourraient penser qu'à l'IEP de Grenoble, "tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil". Là n'est pas la question. 
Je ne veux garder de ces trois années d'études que ce qu'elles m'ont apporté: les outils pour tenter de comprendre autant que faire se peut le monde complexe où nous vivons; exigence et rigueur dans l'utilisation de ces outils; l'humilité indispensable face aux débats, intellectuels ou pas, sans pour autant renoncer à mes propres convictions.

Le jour de la remise du diplôme, j'avais pensé - sans doute naïvement - que tous les professeurs seraient présents, revêtus de la toge universitaire. Las, ils n'étaient que trois, y compris le directeur de l'IEP. Et qui plus est, en civil!

Ce jour-là, j'ai vraiment pris conscience que cette belle aventure se terminait. Il me fallait replonger dans le quotidien.

A travers l'annuaire des anciens élèves de Sciences Po - "sciences pipeau" affirment en riant certains de mes amis - je suis le parcours de certains de mes condisciples. Certains se sont lancés dans la politique, d'autres dans les affaires, d'autres encore dans des carrières administratives. Au moment où j'écris ces lignes, je n'ai pratiquement plus de contacts avec aucun d'entre eux. Ainsi va la vie...

Un jour quelqu'un m'a posé cette question: "referais-tu cette expérience?" J'ai répondu oui, sans hésitation, même si le mot expérience ne me convenait pas.

Mais je suis quelqu'un qui ne vit pas dans les regrets, non plus que dans la nostalgie. Je vis le moment présent, sans jamais pour autant faire table rase de mon passé. Ce que j'ai vécu à l'IEP fait partie de ce passé, au même titre que les années vécues dans la "Royale".

Il me plait d'affirmer que je suis diplômé de deux écoles prestigieuses: l'Ecole des Mousses de Brest et l'Institut d'Etudes Politiques de Grenoble.