"Ce n'est pas parce que l'on a rien dire qu'il faut fermer sa gueule" Michel AUDIARD

mercredi 30 juillet 2014

"Un bon fils" de Pascal Bruckner.

Je n'ai pas de dispositions particulières pour la critique littéraire: c'est un exercice complexe, délicat, voire dangereux. Mais, une fois n'est pas coutume et je vais me laisser aller à vous parler, certes brièvement, du dernier ouvrage que je viens de lire: "un bon fils" de Pascal BRUCKNER, (éditions Grasset, 264 pages, 18€)
Pascal Bruckner
Il n'est pas inutile de préciser que ce livre est le premier que je lis de cet auteur. Même s'il n'y a pas de relation de cause à effet, je n'apprécie pas toujours ses positionnements politiques, même si je lui reconnais le courage de souvent "ramer" à contre courant d'une certaine orthodoxie bien-pensante.


Ce livre retrace les rapports de l'auteur avec ses parents, mais surtout ceux vécus tout au long de sa vie avec son père. Pour faire court, ce dernier est une véritable abomination à lui tout seul: un tyran, un persécuteur, un despote qui martyrise ceux qui vivent avec lui. Et en particulier, son fils unique, objet de toute sa hargne et de son mépris. 

Cet homme vivra jusqu'à 92 ans. Antisémite fanatique, il sera proche des nazis, jusqu'à être volontaire pour travailler en Allemagne et en tirera fierté. Raciste assumé, d'une méchanceté perpétuelle, bouffi de certitudes qui lui permettent de faire l'aller retour entre les extrêmes, c'est un homme tout entier dans la démesure, sauf que cette démesure est celle de la haine, de l'intolérance, du cynisme, pas vraiment éloignée de la folie, mais d'une folie quelque peu inconsciente.

Comment un fils peut-il réagir face à un tel père? Là résident l'intérêt, mais aussi l'ambiguïté de ce livre et de son auteur.

Enfant, dans ses prières, Pascal Bruckner souhaite la mort de son père: il implore Dieu, il "l'abjure" même. Il lui laisse même le choix de l'accident qui mettra fin à la vie de son géniteur.

Bien plus tard, quand son père, très malade, ne peut plus marcher, Bruckner le porte dans ses bras. Il est alors tenté de le laisser tomber, d'en finir. Et c'est ce qui se passe: il a lâché son père, involontairement. Aussitôt, il se sent coupable parce qu'il l'avait pensé.

Tout le livre tourne autour de cette relation équivoque, mais, entendons nous bien, équivoque dans un seul sens: celui fils - père.

L'auteur ne rompra jamais le lien. Même s'il restera des mois, voire des années sans contacts. Ses rares tentatives de révolte resteront lettres mortes. De son fait.

En réalité, il acceptera tout, les insultes, les grossièretés,  le mépris, la condescendance. Quand il annonce à son père qu'il a reçu un prix littéraire pour un de ses romans, ce dernier se demande "si le vote n'était pas truqué." Ou quand il lui présente sa compagne, rwandaise, le père lui lance un "si ça t'amuse" méprisant. Les exemples ne manquent pas. Et nous pouvons alors mieux comprendre le titre de l'ouvrage: Pascal Bruckner se considère, sans doute à juste titre, comme un bon fils.

Pourtant, cet homme, ce père ô combien abominable, se retrouve bouleversé quand, suite à un dysfonctionnement technique, il entend son fils au téléphone lui dire "je t'aime".

Et il y a aussi des moments de rémission, des discussions autour d'auteurs, Maupassant ou Zola; des repas de famille qui sont autant de bons moments.

Ceci explique sans aucun doute cela: Pascal Bruckner aime son père tout en le détestant. Ou déteste son père tout en l'aimant. Il y a de la psychanalyse là-dedans. Mais n'est pas Freud qui veut et je me garderai bien de m'engager sur ce chemin miné. 

Dans l'épilogue, Bruckner écrit: "Je n'ai qu'une certitude: mon père m'a permis de penser mieux en pensant contre lui. Je suis sa défaite: c'est le plus beau cadeau qu'il m'ait fait."

C'est là que réside, à mon sens, la puissance de ce livre: prendre de la force, de l'énergie, de la volonté dans ce qui aurait dû entrainer vers les gouffres de la médiocrité. C'est sans doute le message qu'a voulu nous faire passer Pascal Bruckner dans cet ouvrage, ouvrage que je vous recommande chaudement.

photo de P. Bruckner: Photo © Irmeli Jung / Grasset


Angèle-Cartier-couv-61-117x170.jpgpour mémoire: "Angèle Cartier", de Claude Bachelier, éditions Zonaires (www.zonaires.com)



dimanche 20 juillet 2014

les Poilus dans la Grande Guerre: de l'obéissance à la révolte







De l’obéissance à la révolte ...

Comme chaque jeudi dans la « salle des décors » du parc thermal d’Allevard, les Amis du Musée ont proposé une conférence dont le sujet cédait à la thématique du moment : la commémoration de la guerre 1914 - 1918.

Au pupitre, Claude Bachelier qui, avec beaucoup d’élégance et d’humanité, a abordé le sujet sous un angle original en donnant la parole aux acteurs de ce « suicide collectif de l’Europe ». Pour support, les carnets de Louis Barthas* (1879-1952) et le courrier des « poilus » (La poste aux Armées ayant été sans doute l’élément le plus performant de cette période)

Témoignages directs, bruts, avec bien sûr, l’auto-censure et la pudeur caractérisant les gens simples, mais aussi une analyse sans concession d’un quotidien Dantesque et inhumain ...

Le 2 Août 1914, un patriotisme sans faille, sans hésitation, anime les 3.800.000 hommes mobilisés. Une ombre à tout cela: le mépris et l’arrogance des autorités, l’insolence des embusqués (civils et militaires).

A la fierté de servir va succéder la rancœur, des mouvements de désobéissance collective et quelque fois la révolte. Des notions nouvelles vont apparaitre: insoumissions et mutinerie, les "fusillés pour l’exemple"; les actes de fraternisation, si souvent évoqués, restent cependant anecdotiques. Dans un climat de peur permanente, c’est l’incertitude du sort des uns et des autres, un traumatisme insurmontable et pour tous une même souffrance !

Dominique VOISENON  (publié ici avec son aimable autorisation)