dimanche 16 octobre 2011

à vaincre sans gloire...



Et voilà, c'est fait, le XV de France est en finale de la coupe du monde de rugby. Une victoire étriquée, douloureuse, mais une victoire quand même. Et comme dirait l'autre, cela seul compte!
Certes, certes, mais enfin, sans vouloir jouer les pisse vinaigre, je reste sur ma faim. Les deux équipes n'ont pas joué un rugby digne d'une demie finale: 3 pénalités pour les français, un essai non transformé et une pénalité pour les gallois.
Pendant quatre vingt minutes, j'ai eu l'impression que ces deux équipes étaient dépassées par l'évènement. Des français, offensifs et efficaces en mêlée et en touche, mais qui perdaient le ballon aussitôt. Des gallois, courageux et offensifs lors des contre-attaques, mais incapables de percer la défense. Sans compter leurs maladresses lors des tentatives de pénalités. Heureusement d'ailleurs, sinon, nous aurions pris une sacrée pâtée!
Avant le match, A. m'a dit, mi figue, mi raisin: "tu vas te faire souffrir". J'ai écarté d'un revers de main, vous savez, le revers de main de celui qui sait, j'ai écarté disais-je d'un revers de main cette sombre prédiction. Et pourtant, j'ai souffert. Pas tant que lors du match contre le Tonga où j'ai frôlé l'infarctus à plusieurs reprises. Mais, une souffrance silencieuse, insidieuse, du genre de celle qui ne fait pas hurler de douleur, mais qui vous laisse comme un goût de cendres dans la bouche. Et, je ne suis certainement pas le seul. Thierry Lacroix qui commentait semblait exténué, lui qui commente avec brio et intelligence, qui explique avec pertinence les phases de jeu les plus complexes, les fautes des uns ou des autres et cela sans jamais verser dans le sensationnalisme ou le chauvinisme. Pour lui, comme pour beaucoup d'autres dont je suis, la dernière demie heure a été un chemin de croix que même les fauteuils les plus confortables n'ont pu adoucir.
Le parcours des bleus dans cette coupe du monde aura été pour le moins en dents de scie et pas vraiment convaincant. Nos joueurs sont capables du meilleurs comme du pire, on le sait depuis la nuit des temps du rugby. Ils ont cependant une qualité primordiale: ils ne baissent jamais les bras, même si comme le dit un journaliste anglais, "La France possède tout ce qu'il faut pour battre n'importe quelle équipe, y compris elle-même".
Les français n'ont pas joué leur meilleur rugby. Pour autant, ils n'ont pas volé leur victoire. Ils ne sont pour rien dans le fait que les gallois n'avaient pas, ce matin, de buteur efficace. Ils ne sont pour rien dans le fait que le capitaine gallois a été expulsé dès la 17ème minute. A ce sujet, le staff gallois serait bien inspiré de ne pas contester la décision de l'arbitre. D'autant que les français n'ont pas su profiter de leur supériorité numérique. Mais ça, les gallois n'y pouvaient rien.
L'équipe alignée était sans doute la meilleure possible. On peut regretter que Louis Picamole n'ait même pas été sur le banc des remplaçants. Mais bon, je ne vais pas jouer à ce petit jeu idiot qui consiste à critiquer systématiquement les choix des sélectionneurs.
Bref, nous voilà donc en finale. Il est bien évident que face aux blacks ou aux kangourous, il va falloir sortir le grand jeu. L'année dernière, les australiens nous ont collé 60 points à Nantes et les néo-zélandais 40 points il y a moins de trois semaines. Nous ne serons donc pas les favoris et c'est tant mieux.
Comme disait Roger Couderc: "allez les petits"!!!!



photos: site http://ballonsrugby.e-monsite.com/pages/ballons-rugby-insolites.html

vendredi 7 octobre 2011

place Victor Hugo

J'ai participé à un concours de nouvelles, sur le thème "fêtes et défaites" (entre 1500 et 2000 mots, avec une marge de plus ou moins 10%),  organisé par http://calipso.over-blog.net.   Je n'ai pas fait partie du bouquet final, mais j'ai néanmoins été retenu dans ce que les animateurs appellent "les étoilés". Après le texte, je joins le lien vers le site de Calipso. Bonne lecture.

Place Victor Hugo


Je n’ai jamais été un militant. Non pas peur de m’engager, mais plutôt parce que j’ai comme une difficulté à vivre avec les autres, à discuter, à partager. Pour faire court, je suis un solitaire égoïste. Je n’en suis pas spécialement heureux, la solitude est parfois lourde à porter et l’égoïsme apporte un sentiment de culpabilité comme un poids supplémentaire, lui aussi lourd à porter. J’ai toujours été ainsi : tout petit, déjà, je restais dans mon coin, sans me mêler aux autres. Je n’ai jamais eu de copains, hormis ceux qu’à l’école, je ne pouvais éviter de côtoyer. A la vérité, ce n’était pas des copains, mais plutôt des voisins obligés.
Je n’ai jamais été invité à un anniversaire ou à une fête, et pour cause. J’ai traversé l’adolescence tranquillement, à mon rythme, sans heurts majeurs, mais seul. Parce que c’était mon choix. Les filles me regardaient avec un mélange de curiosité et d’envie car, paraît-il, j’étais beau gosse. Mais elles fuyaient dès mon premier regard. Mes parents m’ont emmené voir des psy, des conseillers et même des rebouteux. Le seul résultat tangible a été une saignée sur leur compte en banque.
Je me suis pourtant marié. Avec Claire. Je n’ai jamais compris pourquoi une femme comme elle, gaie, expansive, chaleureuse a bien pu épouser un type comme moi, à bien des égards son parfait contraire. C’est elle qui m’a choisi et je me suis laissé faire. N’ayant jamais été amoureux auparavant, je me suis longtemps demandé si je l’aimais vraiment. Ce n’est qu’après sa mort que je me suis rendu compte qu’effectivement, je l’aimais. Nous étions ensemble depuis à peine deux ans. L’incompréhension de ce qui m’arrivait a généré désespoir et dépression. La fermeture de l’usine, et donc le chômage, pour compléter le tableau du malheur.
Je suis issu d’une famille très conviviale, sympa comme on dit. Mes parents ont toujours participé activement à diverses associations. Mon grand-père maternel a été un très charismatique dirigeant syndical.
Mon frère, de deux ans mon cadet, est mon contraire à tout points de vue : il a toujours été entouré de copains et copines ; il a joué et continue de jouer au rugby. Dans le quartier, il est connu comme le loup blanc et je crois que tout le monde apprécie sa gentillesse et sa disponibilité. Il milite dans un parti politique, plutôt à gauche.
Il travaille comme magasinier dans une très grosse boite, alors que pour ma part, je suis au chômage depuis presque deux ans. Malgré quelques missions d’intérim et le fait que je suis retourné habiter chez mes parents, mes fins de mois sont délicates.
Comme tout un chacun, j’ai entendu parler des révolutions dans certains pays arabes et de certains jeunes européens qui essaient un peu partout de les imiter. Mon frère fait partie de ces derniers. Il est l’un de ceux qui a organisé l’occupation de la place Victor Hugo et qui a tenté de mettre en place des « comités citoyens », chargés de proposer un autre monde.
A chaque fois que je le croisais, il me parlait de cet événement comme celui qui allait être le déclencheur d’un nouveau monde. Il me parlait de justice, de solidarité, de vérités, des notions que ma vie professionnelle m’a conduit à bien relativiser. Depuis le début, il essayait de m’entrainer dans son aventure. J’ai résisté quelques temps, puis je me suis laissé convaincre. Plus pour lui faire plaisir que par  conviction
Je l’ai donc suivi sur cette place, au cinquième jour je crois, de « l’occupation citoyenne ». Il y avait encore beaucoup de monde, des jeunes en majorité. J’ai eu alors l’impression de pénétrer au sein d’une immense fête permanente, avec chansons, danses, éclats de rire. Une ambiance festive qui m’a alors laissé pantois. L’accueil était chaleureux, bon enfant. Même si par la suite, tout ne fut pas aussi idyllique, j’étais sous le charme de cette spontanéité inattendue.
Mon frère n’était plus le même : il avait, sans doute provisoirement, abandonné son langage révolutionnaire que l’on dit d’un autre temps. Il semblait s’être adapté à l’esprit général qui régnait sur la place, esprit qui se voulait hors des idéologies, des partis ou des syndicats. Il fallait organiser un autre avenir en discutant, réfléchissant, en faisant l’amour et la fête et en chantant des chansons.
Nous avons participé à des forums où le mot citoyen servait d’alibi à toutes les fantaisies et le plus souvent à de belles fumisteries. Cela dans un brouhaha insupportable où tout le monde parlait et personne n’écoutait. Cela m’agaçait et me donnait le sentiment de perdre mon temps. Quand j’en parlais à mon frère, il me répondait dans la plus parfaite langue de bois « qu’on ne pouvait pas empêcher le peuple de s’exprimer. » Sauf qu’en la matière, le peuple ne s’exprimait pas, il radotait.
J’avais bien sûr entendu parler du bouquin de Stéphane Hessel, « indignez vous ». Un jour, je l’ai emprunté à mon père qui l’avait acheté un peu par hasard, en tout cas bien avant tout le ramdam médiatique. Sur le moment, je l’avais trouvé un peu passéiste avec ce couplet sur la Résistance et je ne parle pas de celui sur la Palestine. Même confus, même bordéliques, les forums auxquels j’ai participé m’ont permis de faire le lien avec ce qu’écrit Hessel concernant le programme de la Résistance. Je n’avais jamais pensé un instant qu’il pouvait avoir une cohérence entre ce programme, mis au point en 1944 et, à l’inverse,  la situation où on se trouve aujourd’hui. Mais, de toutes façons, cohérence ou pas, ce genre de thème n’est pas à l’ordre du jour. Et il me semble que ce n’est pas prêt de l’être. Sauf ces jours-là, sur la place Victor Hugo.
Le soir, la fête reprenait de plus belle. Après le travail, de nouveaux venus rejoignaient les manifestants. De nouveau, on chantait, on buvait, on dansait, sans oublier, entre deux bières tièdes, de refaire un monde qui, effectivement, était à refaire.
Même si je finissais par avoir des doutes sur l’efficacité et le devenir de toute cette effervescence, je me laissais griser, l’alcool aidant, par cette atmosphère où tout le monde semblait aimer tout le monde. J’ai même fumé un pétard un soir, le premier de ma vie. Mais j’ai tellement été malade que jamais, mais alors jamais, je ne recommencerai. Même dans mes moments de grande dépression après la mort de Claire, je n’ai jamais été tenté de me laisser aller à fumer ces cochonneries. Mais ce soir-là, pris dans l’ambiance, j’ai accepté le joint que me proposait mon frère.
La fête durait une partie de la nuit, sous l’œil attentif et néanmoins goguenard des quelques CRS qui nous surveillaient. Certains d’entre nous ont même essayé de les « débaucher » en leur rappelant que eux aussi, même CRS, ils faisaient partie du peuple. Mais cette partie du peuple là n’était manifestement pas disposée à participer à notre révolte.
Certains habitants des immeubles  autour de la place non plus, d’ailleurs. Régulièrement, certains d’entre eux intervenaient avec véhémence : nous les empêchions de dormir et le lendemain, ils allaient travailler, eux ! En insistant bien sur le « eux ». Il est vrai que pour eux, nous étions tous des fêtards, des fainéants, des profiteurs du système. Pour ma part, j’aurai préféré, et de loin, me lever tôt le matin pour aller bosser plutôt que de faire la java. D’autant que cette fête, je le sentais bien, allait se terminer dans la confusion et l’échec.
Déjà, depuis plusieurs jours, il y avait moins de participants. Les discussions se faisaient plus âpres, plus agressives, mais surtout plus politiques. Petit à petit, les discours s’étaient radicalisés en se politisant. La récupération était en marche : certains élus locaux avaient fait le déplacement et, bien que copieusement sifflés, ils y étaient allés de leurs péroraisons. Il y avait bien sûr une nuée de journalistes qui les accompagnaient, mais une fois la sainte parole délivrée, élus et journalistes disparaissaient.
De fait, l’enthousiasme se faisait plus rare et laissait la place à une sorte de fatalisme qui ne disait pas son nom. Chacun prenait conscience que cette belle fête qui durait depuis une quinzaine de jours s’essoufflait sérieusement et que malgré tous les projets, toutes les résolutions, les promesses, tout cela allait s’arrêter. Il y avait plus de détresse que de révolte, plus de déceptions que de protestations. La fin de « l’occupation » de la place Victor Hugo fut donc décidée lors d’une assemblée générale réduite à une centaine de personnes. Les premiers jours, m’avait affirmé mon frère, il y en avait plusieurs milliers. Ce chiffre était sans doute exagéré, mais j’ai alors mesuré ce soir là la mesure de la désaffection.
Dans les mots, chacun se défendait de déposer les armes et promettait de continuer la lutte contre le système. Mais les mots ne sont que ce qu’ils sont : des mots.
Je suis retourné chez mes parents, plus désabusé que déçu. Sans doute parce que la fête avait été belle et que la défaite, elle, n’avait pas vraiment été laide. Et peut être pas définitive.


http://calipso.over-blog.net

mercredi 21 septembre 2011

Vivre au-dessus de ses moyens...

Vivre au-dessus de ses moyens…

Le monde en général et l'Europe en particulier se débattent depuis quelques années dans une crise économique dont la gravité est au moins équivalente à celle de 1929. Les causes en sont multiples, mais on peut d'ores et déjà en pointer deux majeures: la faillite du système financier entrainé dans une spirale infernale due à son arrogance et son avidité scandaleuse et  l'abandon quasi total par les Etats de leurs prérogatives économiques au profit  du secteur privé marchand, dominé par les financiers. On est bien loin de l'époque où de Gaulle affirmait que "la politique de la France ne se faisait pas à la corbeille."  Depuis le milieu des années 70 - 80, sous prétexte de régler la crise de 1974, les Etats ont été priés de se mettre en retrait et de laisser agir les entrepreneurs privés. Margaret Thatcher, puis Ronald Reagan ont été les fidèles courroies de transmission de ces économistes ultra-libéraux issus de "l'Ecole de Chicago." Le président américain n'affirmait-il pas que "l'Etat n'est pas la solution, il est le problème." Quasiment tous les Etats démocratiques ont emboité le pas à ces politiques économiques, légitimés qu'ils étaient par les citoyens qui les portaient au pouvoir.
Mon propos d'aujourd'hui n'est pas revenir sur cette crise, ses origines ou ses conséquences. Non, plus modeste, mon propos d'aujourd'hui est de revenir sur un point de vue paru dans le journal "les Echos" du 19 août 2011 et qui n'a rencontré aucun écho dans nos médias. Et c'est bien dommage. Car cet article écrit par Madame Agnès Verdier-Molinié, dirigeante, je cite "de la Fondation IFRAP, think tank spécialisé dans l'évaluation des politiques publiques"  est un exemple éclairant de cette prétention à réduire le rôle de l'Etat à celui d'acteur de seconde zone. Le titre de cet article est sans ambiguïté: "couper dans les dépenses plutôt que d'augmenter les impôts." 
Et à partir de là, vous faire part de mon sentiment.

Que dit donc cette dame qui déclenche chez moi une sainte colère?
Tout d'abord, elle donne sa recette: "Pour supprimer le déficit structurel de la France (autour de 60 milliards d'euros par an), il conviendrait de couper 30 milliards de dépenses et de trouver 30 milliards de recettes nouvelles."
Comment coupe t-elle 30 milliards de dépenses?
1. l'Etat, les collectivités, les opérateurs publics, les universités sont mis en demeure de  supprimer des postes de fonctionnaires; de supprimer également les mises à disposition de personnels publics aux syndicats ou aux associations; d'aligner les retraites de la fonction publique sur celles du privé (20 milliards d'euros pour ce seul alignement!!!); des délégations de service publics (éducation, transports, logements) permettraient de substantielles économies. D'après une étude, l'enseignement privé sous contrat coûte 30 à 40% de moins par élève que le public. Voilà une affirmation pour le moins gratuite, mais il est vrai que cette étude a été faite par son organisation. Dont acte.

2. les collectivités locales devraient mettre en vigueur le non remplacement d'un fonctionnaire sur deux, "voire de deux sur trois", partant à la retraite; la réduction volontaire des échelons locaux; une réforme de la clause générale de compétence, sans toutefois sur ce sujet qu'elle ne rentre dans les détails.
3. les dépenses sociales: 600 milliards par an, précise t-elle. Ses remèdes: "meilleure gestion de l'hôpital public par non remplacement des départs en retraite; régulation de l'absentéisme; tarification à l'activité. Regrouper les aides sociales  (RSA, prime de Noël, APL...), en attendant sans doute de les réduire, puis de les abandonner; aides plafonnées par foyer fiscal. Et de citer le gouvernement britannique comme exemple. C'est tout dire!
Ensuite, vient sa potion pour les recettes:
1. l'Etat doit se désengager "petit à petit" de ses participations dans les entreprises, soit plus de 90 milliards d'euros: La Poste, EDF, les aéroports. Elle trouve même 20 milliards d'euros dans une vague "liquidation partielle et avisée de ces titres".
On voit par là que la partie recettes est infiniment plus courte que la partie coupe dans les dépenses, pourtant tout aussi expéditive.
Elle conclut son point de vie avec du classique: "baisser les dépenses publiques demande une vision non uniquement focalisée sur les échéances présidentielles et législatives."  et rappelle les exemples allemands, suédois ou canadiens, censés être des références.
Cet article a le mérite de la clarté. Ce point de vue ultra-libéral s'il en est illustre parfaitement ce à quoi veulent arriver tous les penseurs d'une société privatisée, c'est-à-dire où l'Etat serait réduit à la portion congrue, laissant les acteurs économiques (entendez par là les multi-nationales et les banques) organiser la vie de la nation. Ou pour reprendre une image bien connue: "au sein du poulailler, la même liberté pour tous, pour le renard comme pour les poules."

Sauf que ce que nous vivons actuellement est la preuve éclatante de l'échec du retrait des Etats. Comme par hasard, la crise touche en priorité les économies fortement libéralisées, les USA et l'Europe en sont les exemples les plus évidents. On me dira bien sûr que certains s'en sortent mieux que d'autres et on me citera la Suède, l'Allemagne et d'autres. En oubliant qu'en Suède la pression fiscale est énorme et qu'en Allemagne, les pauvres se comptent par millions. Comme chez nous. Alors, si c'est pour avoir des taux de croissance élevés et avoir en même temps des gens qui n'ont pas de quoi se nourrir ou se loger, je ne vois pas vraiment l'intérêt. Et n'oublions pas que ce que nous avons appelé chez nous "les trente glorieuses" a été une période de forte prospérité, même si ce n'était pas le paradis. Mais ce n'était certainement pas l'enfer que nous vivons aujourd'hui.

Sans compter qu'en Grande Bretagne pour ne prendre que cet exemple, l'Etat a du nationaliser certaines banques pour leur éviter la faillite! Dans un pays ultra-libéral, c'est quand même assez cocasse. Mais n'ont-ils pas appliqué l'adage: "privatiser les profits et nationaliser les pertes"?
On m'objectera que la Grèce est un exemple de gabegie à ne pas suivre. Ce qui est tout à fait exact. Ce qui l'est tout autant, exact, c'est que si l'Etat grec avait été plus fort, tant vis à vis du public que du privé, que si l'Etat grec n'avait pas laissé faire, on n'en serait peut-être pas là. Il est tout aussi vrai d'ailleurs que l'Etat grec à triché pour entrer dans la zone euro, aidé en cela par une banque américaine.
Un exemple parmi d'autres: le travail à temps partiel a été mis en oeuvre à la demande des partenaires sociaux. Sauf que ce temps partiel, apprécié des entreprises à cause de réductions de cotisations sociales, génère ce qu'on appelle pudiquement des "travailleurs pauvres", c'est-à-dire des gens qui travaillent plus ou moins 30 heures par semaine, avec des horaires compliqués et dont les salaires ne suffisent pas à assurer une vie correcte. Ce temps partiel devait faire baisser le chômage. Il n'a rien fait baisser du tout, si ce n'est le niveau de vie de salariés devenus précaires.
Alors, bien sûr, on peut supprimer des postes de fonctionnaires par milliers comme le recommande les dogmes ultra-libéraux, privatiser à tour de bras, déréguler pour "améliorer la compétitivité", tous ces remèdes de cheval sans foi ni loi ont non seulement fait la preuve de leur inefficacité, mais aussi, mais surtout de leur nocivité et de leur dangerosité.
Parce que aujourd'hui, qui peut dire que nous avons trop de policiers, de gardiens de prison, d'infirmières, de magistrats, de profs?... J'ai entendu dire que l'on pouvait supprimer des postes de policiers parce l'on allait mettre des  caméras de surveillance un peu partout. Que l'on pouvait supprimer des postes de profs parce qu'il y a moins d'élèves. Et j'en passe et des meilleures. Mais de qui se moque t-on? A qui veut-on faire croire qu'il y a trop d'infirmières dans les hôpitaux? A qui veut-on faire croire qu'il y a trop de juges? J'entends certaines réponses du genre "on peut faire mieux avec moins en s'organisant mieux". Ca me rappelle le fameux "travailler plus pour gagner plus" du Président de la République!!! On a pu voir les résultats!
Vous savez que je ne suis pas, loin s'en faut, adepte de la "théorie du complot". Pour autant, il m'arrive de me demander si certains, vous voyez qui je veux dire, ne mettent pas tout en oeuvre pour mettre en l'air notre système social, pour, en quelque sorte laisser un champ de ruines sur lequel se bâtiraient de nouvelles structures. Un exemple: les moyens de l'hôpital public sont de plus en plus réduits, si bien que nous en arrivons à avoir des médecins et des infirmières travaillant dans des conditions de plus en plus difficiles et cela, nous dit-on, pour faire faire des économies à la Sécu!  Moralité: plus l'hôpital est en difficulté et plus "on" laisse le terrain au privé. C'est valable pour l'hôpital public, mais ça l'est tout autant pour tous les services publics.  Un autre exemple, plus personnel celui-là: dans mon village, à compter du 1er octobre, la poste sera fermée le lundi. Pas assez de personnel m'a t-on dit... Donc, attendons nous, un jour ou l'autre, à voir s'installer dans le village une petite unité privée qui, elle, sera ouverte le lundi, en attendant la suite!
Pour en revenir à cet article, on voit bien où veulent en venir tous ces gens qui prônent l'austérité, les sacrifices pour, disent-ils, notre bonheur. Sauf que l'austérité, la rigueur, les sacrifices, toutes ces potions magiques que veulent nous faire ingurgiter tous ces docteurs Diafoirus, tous ces remèdes ont fait le preuve de leur nuisance. Rien qu'en France, 4ème ou 5ème puissance économique mondiale, nous avons pas moins de HUIT MILLIONS de PAUVRES. Oui, HUIT MILLIONS. Et que nous propose t-on pour éradiquer cette misère? Rien. Rien d'autres que des purges, de l'huile de ricin, comme si nous étions trop bien portants! On nous dit même que nous avons vécu et que nous vivons encore au-dessus de nos moyens! Sans doute pour ces gens-là, vivre avec le SMIC (1300 bruts par mois) c'est d'un luxe!!! Ce matin, à la radio, j'ai entendu Jean Peyrelevade, ancien Président du Crédit Lyonnais (1993 - 2003) affirmer que les français avaient vécu au-dessus de leurs moyens et qu'il convenait de revenir aux réalités. Et les réalités, pour tous ces gens-là, c'est de baisser la dépense publique, d'augmenter la compétitivité des entreprises, afin de réduire notre dette. Donc, moins de prestations sociales, plus de flexibilité et de précarité du travail, moins de régulations, suppression du salaire minimum et baisses des salaires et des retraites. Et je dois en oublier.

Je suis pour ma part partisan de la primauté du politique sur l'économique. Partisan d'un Etat qui impose aux acteurs économiques des lignes de conduite qui permettent aux citoyens de cet Etat de vivre dans la dignité. Cela impose bien sûr d'autres comportements, tant économiques que politiques. Mais dans un monde où l'argent et la puissance qu'il apporte sont devenus "les maitres de l'univers", j'ai bien peur que la folie ne l'emporte sur la Raison. L'Histoire nous enseigne que les injustices, quand elles deviennent insupportables, engendrent ou la guerres ou la révolution. Parfois les deux. Au-delà des grandes théories économiques ou politiques, des grands discours, il serait bien que l'on s'en souvienne.

ps: certains mots dans le texte sont en vert, soulignés et renvoient à une pub. Je ne suis pas à l'origine de cela et jusqu'à maintenant, personne n'a pu me dire comment éviter ce genre de choses désagréables. Si, vous lecteur, avez une solution, je suis preneur. Merci

jeudi 1 septembre 2011

des Panissières à Saint Suliac

Nous avons passé, avec nos deux princesses pélerinnaises,  une petite semaine dans ce village breton, situé dans l'estuaire de la Rance, à quelques kilomètres de l'usine marémotrice. Contrairement aux idées reçues, le soleil était de la partie et la pluie n'a fait son apparition que le dernier jour, comme si le pays marquait sa tristesse de nous voir partir...



Nous étions logés au coeur du village, dans une maison que nous avait prêtée nos cousins Nonésiens. Le granit est la marque de fabrique des maisons de ces contrées, des maisons un peu anciennes, s'entend, les plus récentes étant en moellons recouverts de crépi. Il faut dire qu'en Bretagne, le granit est partout, ou presque et les carrières d'extraction ne manquent pas. Sauf que de nos jours, construire une maison en granit revient autrement plus cher qu'une maison en parpaings.



Donc, la quasi totalité des maisons de Saint Suliac est en granit. Beaucoup d'entre elles ont été restaurées, sans pour autant perdre leur "cachet" d'origine. Chaque maison est différente, dans sa forme, sa couleur, son esprit. A quelques exceptions près, ce sont des petites maisons, avec un seul étage, un toit à deux pentes, recouvert d'ardoises. Donc, des maisons modestes, mais élégantes, coquettes, souvent très fleuries. Le diaporama vous en donnera une idée un peu plus précise. Le 15 août, c'est le Pardon et à l'occasion, des filets de pêcheurs ornaient bien des façades. Façon de rappeler  que Saint Suliac  a été un village de pêcheurs. A bord de chippes, un esquif typiquement suliaçais, les marins pêchaient le lançon, appelé là-bas une équille, ou la margate, une petite seiche dont je peux témoigner ici que, cuisinée par la cousine nonésienne, c'est ex-ce-llent!!!


Pour différentes raisons, dont la fin de la marine à voile, Saint Suliac n'est plus un port de pêche. L'agriculture, puis le tourisme ont petit à petit remplacé cette activité traditionnelle. Pour autant, ce village de 950 habitants cultive sa mémoire collective en organisant chaque année, en plus du Pardon du 15 août, une fête dédiée à "Saint Suliac, il y a cent ans."


Saint Malo, la célèbre cité des corsaires, n'est pas très loin. Nous avons visité "l'Etoile du Roy", un voilier, réplique d'une frégate construite à Saint Malo en 1795, qui a navigué sous pavillon français pendant UN mois, avant que d'être capturée par la marine Britannique. En déambulant dans le poste d'équipage, et pour avoir vécu et navigué sur sur des bâtiments au confort spartiate, j'ai pu mesurer que la vie à bord dans ces époques là ne devait pas être une sinécure pour l'équipage, mis à part la cabine du commandant, située à l'arrière, grande et relativement confortable.


Nous n'étions pas très loin de Cancale où A. est alléE chez Olivier Roellinger voir comment on pouvait améliorer notre "ordinaire". Entre nous, un "bouillon mystère de Tonkin pour petites huitres plates" ou une "soupe d'étrilles et poudre du voyage", ça se laisse déguster!Ce qui se laisse aussi déguster, ce sont les huitres, ces fameuses huitres cancalaises, fermes et croquantes, avec un goût d'iode très prononcé, bref un pur délice!


Il y a un "petit" musée à Cancale, pas très connu, hélas: "le musée ATP", pour "Art et Traditions Populaires". Comme beaucoup de ces musées modestes, modestes par leur taille et leurs moyens, ce musée est exceptionnel. Pour faire bref, il se compose de trois partie principales: une partie consacrée aux sculptures de l'abbé Quémenais; une autre aux modes de vie du pays cancalais; et une troisième, de loin la plus intéressante, en tout cas pour ce qui me concerne: la pêche à la morue pratiquée pour une partie au large de l'Irlande et pour une autre partie à Terre Neuve. Dans ce dernier cas, les voiliers partaient pour huit à neuf mois. A bord de chaque voilier, dix à quinze doris: ces petites embarcations à fond plat de cinq à sept mètres avec deux matelots à bord étaient chargées de la pêche proprement dite. Elles partaient un peu à l'aventure, avec un compas, quelques nourriture et des lignes de trois mille mètres sur lesquelles ils accrochaient des bulots sur les hameçons pour ramener un maximum de morues (parfois entre 700 et 800). Sachant que la paie était proportionnelle à la quantité de morues ramenée au voilier, on peut imaginer que le retour à bord ne se faisait qu'une fois la doris remplie à ras bord. Mais la brume, la grosse mer, parfois des baleines faisaient que bien des doris ne retrouvaient jamais le bord. Mon Ami suliaçais Yves B. -dont le père a été mousse sur un de ces voiliers; un jour, il faudra qu'il m'en parle un plus longuement- m'a dit que quelques doris étaient cependant arrivées à retourner à terre, et même une serait revenue à Cancale. Je me dis que ces gens-là étaient des sacrés navigateurs!


Les voiliers ont été remplacés par des chalutiers, équipés de chalut et de radars pour détecter les bancs de morue. D'où une pêche intensive entrainant la raréfaction de ces poissons. Anita Conti, océanographe et photographe, dans les années 52-53, a embarqué sur un des ces chalutiers et partagé la rude vie des marins. Elle en a tiré un livre, "racleurs d'océans" (éditions Payot et Rivages) avec des photos exceptionnelles. Déjà, dans cet ouvrage, elle s'inquiète de cette pêche intensive.


Nous sommes déjà allés au Mont Saint Michel à plusieurs reprises. Mais, à chaque visite, c'est toujours le même émerveillement, le même étonnement devant une telle bâtisse. Malgré une foule impressionnante, nous sommes montés, avec les princesses, jusqu'à l'abbaye, tout en haut. Il y a tellement à écrire que je préfère vous laisser le découvrir -ou redécouvrir-  par vous même avec ces deux liens. Mais, du haut de l'abbaye, voir la mer à perte de vue est un spectacle sans pareil...
Et puis, retour dans nos montagnes. Nous avons retrouvé Pollen, notre compagne fidèle depuis treize ans, mais bien fatiguée, très fatiguée. Sans doute nous a t'elle attendue pour tirer sa révérence. Quand je l'ai regardée une dernière fois, j'ai alors pensé à la très belle chanson de Renaud dont le refrain dit:


" un jour pourtant, je le sais bien,Dieu reconnaîtra les chiens."




Zoé et Pollen en 1999
Zoé et Pollen en 1999


jeudi 28 juillet 2011

le petit exercice littéraire du vendredi (24)

Même lorsque l'on a pas lu cet auteur, on le connait à travers ses pièces de théâtre, ses films, mais aussi ses bons mots, ses formules à l'emporte-pièce, son humour, sans oublier, bien sûr, sa voix. Inoubliable. Et quasiment inimitable, bien des imitateurs vous le diront. L'auteur et le titre de son ouvrage. Réponses dimanche dans la soirée, rubriques commentaires.

Il faut absolument que celui qui me lit se fasse à cette idée qu'il a pu se commettre à mon intention la plus inconcevable injustice qui soit.
Il ne doit pas avoir d'autre idée préconçue.
Qu'il ne franchisse pas le seuil de cet ouvrage s'il est d'avance convaincu que... cependant... mon Dieu... n'est-ce-pas, malgré tout... j'aurais pu... J'aurais dû - non, non, je ne veux pas d'un lecteur "prévenu".
Qu'il mette de côté tout ce qu'il "croit savoir" - il pourra le reprendre à la sortie du livre - mais, pendant sa lecture, qu'il soit en un état de réceptivité propre à m'en faire un défenseur et, s'il le veut, un ami.
Car je l'estime un honnête homme, intelligent.
Et de la sorte nous n'aurons qu'une idée préconçue - l'un et l'autre.
Peut-être, observera-t-il, au cours de sa lecture, maintes répétitions et quelques négligences aussi, parfois, de style.
Qu'elles soient considérées par lui comme autant de témoignages du mécontentement que j'éprouve à relater des faits qui souvent me répugnent.
Je désirais ne prendre aucun plaisir à ce travail.
Il fallait à ma vie qui fut exceptionnelle, un parachèvement qui fût à sa mesure.
Pour être à sa mesure et rester dans les règles, il fallait que ce fût un rebondissement.
Ce rebondissement se devait à sont tour d'être spectaculaire.
Et, de ce côté)là, je n'ai pas à me plaindre.
Mais voilà qu'aujourd'hui j'ai la prétention - on sait bien que je les ai toutes - hormis celle d'être modeste - oui, voilà qu'aujourd'hui j'ai la prétention de conclure moi-même, en apportant des faits nouveaux, qui sont, à mon sens, de nature à retourner la situation.
Tant et si bien d'ailleurs que cette comédie, qui tient depuis trois ans l'affiche, et dont le premier acte se passait en prison, doit logiquement se terminer, à la façon des pantomimes d'autrefois, par des danses rythmées, quelques feux de Bengale et des tableaux vivants - le tout considéré comme une apothéose.

lundi 25 juillet 2011

le tour de France et le dopage: ou en est la présomption d’innocence?

Le tour 2011 s'est achevé dimanche dernier avec la victoire de Cadel Evens, le premier australien à remporter le grande boucle.
Sans être ce qu'il est convenu d'appeler un "aficionado" de la "petite reine", je m'intéresse néanmoins aux grandes compétitions, donc le tour, les championnats du monde et les JO. Concernant le tour de cette année, je n'ai véritablement suivi que les étapes de montagne et plus particulièrement celles des Alpes. Et la course contre la montre à Grenoble. Sans qu'il y ait pour autant la moindre trace de chauvinisme!
Tout a été dit sur les 10 jours en jaune de Thomas Voeckler, sur les défaillances de Alberto Contador, sur les timidités stratégiques des frères Schleck, la belle victoire de Pierre Rolland à l'Alpe d'Huez, aussi je ne m'y attarderai pas. Encore que ce jeune coureur sera peut-être le signe avant coureur du renouveau du cyclisme sur route français. On ne peut que le souhaiter. N'oublions pas que le dernier vainqueur français du tour a été Bernard Hinault en 1985!...
C'est au dopage que je voudrais consacrer l'essentiel de mon billet aujourd'hui. Parce que lorsque l'on parle du cyclisme, on pense automatiquement et systématiquement au dopage. Comme si le couple cyclisme - dopage était indissociable. Mais, n'est ce pas un peu plus compliqué que cela?
Certes, nul ne peut nier que pas mal de champions, et non des moindres, se sont fait prendre la main dans la confiture d'EPO. Nul ne peut nier non plus que nombre d'entraineurs et de kinés avaient plus dans leur cantine de seringues qu'il n'était nécessaire. Nul non plus ne peut nier que les marques qui sponsorisent les équipes ont besoin de résultats concrets pour rentabiliser leurs investissements, d'où une pression très forte exercée sur le peloton.
Pour autant, il y a quand même quelque chose de surprenant et, disons le, de choquant sur le soupçon permanent à l'égard du monde cycliste. Dans le cas d'espèce, la présomption d'innocence n'existe tout simplement pas: c'est un coureur professionnel, il gagne quelques courses, donc il est coupable. Forcément coupable, comme disait Marguerite Duras. Et il n'y a pas que la "vox populi" pour l'affirmer: les médias ne sont pas à la traine et ils sont même plutôt en pointe: on remarquera d'ailleurs qu'ils brûlent très facilement le lundi ce qu'ils ont adoré le dimanche.
Etant abonné, je lis chaque jour le Monde, journal qui n'est pas précisément un journal sportif. Mais il consacre une page, voire deux aux grands évènements sportifs, dont le tour. Les années précédentes, en plus d'articles strictement sportifs, il a fait appel à Greg Lemon pour commenter les étapes et ses commentaires étaient pour le moins chargés de fiel et de suspicion gratuite parce que jamais étayée de la moindre preuve tangible.
Cette année, toujours des articles consacrées aux différentes étapes, mais aussi quelques analyses  de  Antoine Vayer, professeur d'EPS, ancien entraineur de l'équipe Festina et expert de l'étude de la performance. C'est très certainement à ce titre qu'il développe une théorie où l'effort des coureurs cyclistes est transformée en watts. Je suis bien incapable de vous en dire plus sur cette théorie, sans doute très technique, mais qui permet à notre expert d'avoir un regard très critique, sinon accusatoire au regard des performances des coureurs.
Un exemple parmi d'autres: dans le journal daté du 24 juillet, il écrit, page 19: "Dans le Télégraphe, les muscles froids d'Alberto Contador - genou réparé en une nuit et déjà flashé à 460 watts pendant 20 minutes sur le col de Manse avant l'arrivée à Gap - ont pédalé 47 secondes plus vite que les recordmen de 2007: 30'26s à 23 km/h de moyenne pour gravir 12 kms à 7,09% de dénivelé." Et il conclut son article: "La dernière fois qu'aucun coureur n'avait été flashé au-dessus de 410 watts sur les cols de fin d'étapes du tour, c'était en 1999. C'est cette année-là qu'on a annoncé le premier "tour du renouveau". On connait la suite. Des traces d'EPO ont été retrouvées des années plus tard dans les urines de son septuple vainqueur, Lance Armstrong." On voit par là que le monsieur ne fait pas dans la dentelle: quand on utilise le terme "flashé", dont on sait qu'il est connoté avec excès de vitesse, on devine que ce n'est pas par hasard. Certes, mr Vayer se présente comme expert, mais on sait aussi que les experts, parfois, souvent même, sont tellement certains de leurs savoirs qu'ils finissent par se considérer comme la référence et comme telle, infaillible.
Que l'on se comprenne bien, lecteur attentif: je ne suis pas en train d'écrire que le dopage dans le cyclisme n'existe pas et que tous ceux qui affirment le contraire sont des médisants. Non, pas du tout. Mais il me semble que  les condamnations sans appel à l'encontre des coureurs ont quelque chose de commun avec le lynchage qu'il est convenu d'appeler médiatique. Ainsi, dans son édition datée du 3 juillet, le Monde, en première page, affiche une photo où l'on voit une nuée de photographes "mitrailler" à tout va le car d'une équipe que les gendarmes viennent fouiller. Ce genre d'info entretient, qu'on le veuille ou non, le soupçon et la défiance.
On peut aussi s'interroger sur le fait qu'il n'y a guère que le cyclisme pour être ainsi soupçonné. Il arrive que dans d'autres sports, certains contrôles se révèlent positifs et le ou les coupables sanctionnés, mais jamais d'aprioris aussi systématiques que dans le vélo. Et quels autres sports obligent ses champions à être disponibles à tout moment et en tout lieux pour subir tels ou tels contrôles anti dopage?
Quand je vois la ferveur dite populaire, les millions de gens tassés le long du parcours des étapes, des gens qui crient, qui encouragent et pour certains qui font prendre des risques insensés aux coureurs, quand je vois tout cela, que j'entends ce que j'entends et que je lis ce que je lis un peu partout au sujet du dopage de ces mêmes coureurs, je me dis qu'il y a là quelque chose qui cloche dans notre rapport à ce sport: on ne peut à la fois rendre hommage aux champions (et aux anonymes du peloton) et les accuser de tous les maux.
Ne pas jouer les vertueux que l'on soit spectateurs, commentateurs ou citoyen lambda, voilà qui serait une bonne idée. Et comme disait qui vous savez: "on voit toujours la paille dans l'oeil du voisin et jamais..."
photo Cadel Evans: AFP/ Lionel BONNAVENTURE
photos du peloton: AFP/ le Quotidien et Citizen Side

jeudi 21 juillet 2011

musiques d’ici et d’ailleurs

Avec deux couples d'Amis, nous avons assisté, dans l'église de la Rochette (73) à un concert donné par le groupe "Mathias Duplessy et les 3 violons du monde". Groupe peu connu, voire inconnu de ce qu'il est convenu d'appeler le "grand public". Et c'est bien dommage. Parce que ce que nous avons entendu et vu, hier soir, était, à bien des égards, exceptionnel: la musique, les chants, les instruments, l'ambiance et les musiciens. Quatre vingt dix minutes de bonheur à l'écoute de musiques de chez nous et d'ailleurs, voilà qui apporte un peu de soleil dans ces journées où nous sommes plus proches de la Toussaint que du 14 juillet.

Mathias DUPLESSY est ce que l'on peut appeler un musicien "touche à tout". Guitariste classique de formation, il étudie et joue le flamenco, les musique ottomanes et indiennes, mais aussi la musique mongole, musique et chants  dont nous avons pu avoir une belle démonstration hier soir. Il est le créateur de ce groupe, "Mathias Duplessy et les 3 violons du monde". Il compose mais aussi n'hésite pas à adapter des musiques que l'on pourrait croire hermétiques ou inadaptées à des instruments chinois ou mongols. Ainsi, "Marco Polo", composée par Ennio Morricone ou "la Gnossienne" n° 1 de Erik Satie. La preuve, si besoin en était, que, dans ce domaine comme bien d'autres,  l'on peut, et même l'on doit, ne jamais hésiter à aller plus loin que la stricte tradition, fut-elle au nom de l'harmonie.
Sur la scène, hier soir, il y avait, en plus de M. Duplessy, trois musiciens, un Chinois et deux Mongols, l'un de l'est et l'autre de l'ouest.
Guo Gan, diplômé de musique traditionnelle du conservatoire de la province du Liaoning, il réside en France depuis une dizaine d'années. Il joue principalement d'une  vièle à deux cordes, appelée "er hu". C'est un bel instrument, simple en apparence, dit à cordes frottées. Elève de l'école nationale de musique de Paris, il s'initie aux percussions et au jazz. participant à divers concerts, notamment avec Didier Lockwood et l'orchestre de l'opéra de Paris.
Enkh Jargal est un musicien Mongol, de l'est, né en 1968. Il vit principalement en Allemagne. Il joue d'une vièle à deux cordes, lui aussi, appelée "morin khuur".
Il pratique le chant "diphonique", un chant traditionnel où la voix va du plus grave au plus aigu. Sans rentrer dans trop de détails, le chanteur émet en même temps deux sons: l'un, dit son fondamental ou "bourdon" et l'autre, plus aigu, dit "son harmonique". Bien évidemment, l'apprentissage commence dès le plus jeune âge. Je peux vous dire que c'est très impressionnant; à la limite, et pour être un peu familier, "ça prend aux tripes".
Le troisième musicien chanteur, Nara Kargyraa, - un Mongol de l'ouest- a remplacé au "pied levé"le musicien "titulaire", Sabir Khan, obligé de rentrer précipitamment  au Rajasthan, son pays natal. Je ne connais  rien de son parcours. Mais je peux témoigner que c'est un musicien et un chanteur au niveau des ses collèges, avec une voix très impressionnante et parfaitement maitrisée.
J'ai mis plusieurs liens qui envoient vers plus de détails sur les instruments ou les artistes qui devraient vous permettre de rentrer plus dans les détails. Je vous invite à les consulter, tout comme je vous invite, si par bonheur, ce groupe passait par chez vous, à aller les voir, les écouter. En  espérant que vous aurez le même plaisir que nous avons eu hier soir comme tous les spectateurs présents dans l'église de La Rochette.

15 jours en Chine ou le monumental en bandouilère (Suite 4)

  Le jardin d'été, à Pékin, relève, lui aussi, du monumental, même si ce monumental là se situe plutôt dans une certaine forme d'int...