dimanche 26 février 2012

les 100 derniers jours (2)

L'aventure des 100 derniers jours continue. En effet, depuis le 29 janvier 2012, soit 100 jours avant le second tour des présidentielles, le site http://calipso.over-blog.net publie chaque jour un texte différent écrit par les internautes qui fréquentent le café littéraire qu'anime Patrick Lécolier. Mon second billet a été publié le 18 février alors que nous étions à Venise. Bonne lecture.

Le pêcheur à la ligne.
« Un pêcheur au bord de l’eau, abrité par son chapeau, est heureux, il trouve la vie belle ».
 Jacques est un pêcheur. Un pêcheur à la ligne. Un vrai. Il fait partie de ces gens qui aiment la solitude sans être pour autant des solitaires. De ces gens que rien ne saurait détourner du calme d’une journée au bord d’une rivière. C’est avec son ex beau père qu’il avait pris le virus, au point de délaisser sa femme, ce qui avait conduit au divorce, chacun repartant de son côté, sans drames et sans histoires.
Donc, Jacques est un pêcheur. Hors de son travail, toute sa vie tourne autour de cette activité. Il possède une multitude de cannes à pêche et les accessoires qui vont avec. Il y consacre une grande partie de son temps libre et une part non négligeable de ses revenus. Mais son salaire confortable d’ingénieur lui permet d’avoir les meilleurs matériels, quelque soit la pêche pratiquée : à la ligne, au lancer, à la mouche et même au gros. Pour autant, il ne pratique pas la « pêche sportive », qu’il assimile à la compétition. Il a horreur de ces grands-messes bruyantes et vulgaires où les pêcheurs sont transformés en compétiteurs gloutons. Selon lui, la pêche est et doit rester un loisir, un moment de détente et de repos.
Que ce soit au bord d’une rivière paisible ou d’un torrent tumultueux, que ce soit en Ecosse pour le saumon ou le brochet, en Irlande ou au Canada, ou encore en Méditerranée ou sur les côtes de Floride pour la pêche au gros, il a toujours ces exigences de plaisirs simples et de communion avec la nature.
Chacun connaît sa passion. Pour autant, il ne fait pas de prosélytisme. Il en parle, certes, mais sans jamais imposer d’explications interminables à ses interlocuteurs.
Jacques ne vote pas. Sa dernière participation remonte à l’année ou il fallut éviter la honte et le discrédit à la France. Il n’a pas de raisons particulières, sinon qu’il préfère aller à la pêche. S’il n’a pas de mépris particulier pour la classe politique, il a en revanche horreur des débats télévisés, des discours des uns ou des autres, des postures, des illusions répandues ou des promesses aléatoires.
Ses collègues de travail, ses fréquentations s’étonnent parfois de son attitude. Certains l’accusent même de manquer de courage, voire d’être lâche en refusant d’assumer un choix. Même s’il n’en laisse rien paraître, ce genre d’insultes le blesse profondément. Mais il est vrai qu’il n’a pas vraiment d’arguments à leur opposer. Il a bien essayé le genre « les politiques sont tous pourris » ou « bonnet blanc et blanc bonnet », mais sans conviction tant ce genre de raisonnements lui paraissent absurdes. Pareil pour le « de toutes façons je n’y comprends rien ».
Pourtant, il fait des efforts et essaie de se convaincre qu’il doit s’intéresser à la vie politique du pays. Alors, il regarde les débats à la télé, lit des journaux d’opinion, surfe sur internet sur les sites des partis, des syndicats et des associations. Mais au bout de dix minutes, quinze au maximum, il lâche prise, saoulé par les mots, les images, par tous ces gens convaincus de vouloir faire le bonheur des citoyens, même contre leur gré !
Ainsi, il retourne se réfugier auprès de ses chers bouquins qui, eux, ne traitent que de la pêche ou étale avec amour ses cannes sur la table de son atelier.

Oui, Jacques est un pêcheur à la ligne. Non, il n’ira pas voter ce dimanche-là. Oui, il est heureux. Non, il n’éprouve aucune gène à taquiner la truite ou le brochet au lieu de glisser un bulletin dans l’urne.

Oui, Jacques est heureux et trouve la vie belle.

vendredi 10 février 2012

le petit exercice littéraire du vendredi (6)

Cette semaine j'ai encore l'âme poète. Aussi, je vous en ai trouvé un de "derrière les fagots" comme on dit un peu familièrement. Là aussi, comme pour le grand Brassens, nul besoin d'internet. Le style est à nul autre pareil. Une petite précision: Geoges Brassens aimait beaucoup ce poète et s'y référait volontiers... Dimanche soir, rubrique commentaires, pour les réponses...

Un rien me fait chanter
Un rien me fait danser
Un rien me fait trouver belle la vie
Un rien me fait plaisir
Un rêve un désir
Un rien me fait sourire l'âme ravie
Quand le ciel est joyeux, je me sens le cœur heureux
Et quand, hélas, il pleut j'aime la pluie
J'aime la terre les fleurs la vie le ciel bleu
Et puis les femmes les femmes les femmes qui ont les yeux bleus

Venez avec moi
Je cours dans les bois
Je brûle des branches pourries
Au cœur de l'hiver
Il y a du bois vert
Au printemps la neige est fleurie
Et la marmotte dit à l'écureuil :
"Depuis trois mois je n'ai pas fermé l'œil"
Marmotte vous mentez voici venir l'été
Les oiseaux vont chanter dans la nature
Aimons nos pères nos mères la vie le Bon Dieu
Et puis les femmes les femmes les femmes qui ont les yeux bleus

Bonjour mes amis
Le ciel a permis
Que je chante encore par le monde
La joie et l'amour
Reviendront un jour
Chantons tous en chœur à la ronde
Ho là ! garçons et vous fillettes jolies
Dites-vous bien chaque jour chaque nuit
Un rien me fait chanter
Un rien me fait danser
Un rien me fait trouver belle la vie
Un rien me fait plaisir
Un rêve un désir
Un rien me fait sourire l'âme ravie
Quand le ciel est joyeux, je me sens le cœur heureux
Et quand, hélas, il pleut j'aime la pluie
J'aime la terre les fleurs la vie le ciel bleu
Et puis les femmes les femmes les femmes qui ont les yeux bleus
Oui ! Bleus !

vendredi 3 février 2012

le petit exercice littéraire du vendredi (5)

L'auteur que je vous propose aujourd'hui est relativement peu connu. C'est pourtant un historien qui a amené une nouvelle approche de la "chose" historique en France, mais aussi dans le monde entier. Sans pour autant avoir révolutionné la matière. Internet devrait pouvoir vous aider. Le nom de cet auteur et de son ouvrage: réponses dimanche dans la soirée, rubrique commentaires.

Lucien Febvre
Août 1914! Je me vois encore, debout dans le couloir du wagon qui nous ramenait, mon frère et moi de Vevey où nous avions appris dans la journée du 31 juillet la déclaration par l'Allemagne de l'état de guerre. Je regardais le soleil se lever, dans un beau ciel nuageux, et je me répétais à mi-voix ces mots, en eux-mêmes parfaitement insignifiants et qui me paraissaient pourtant lourds d'un sens redoutable et caché: "Voici l'aube du mois d'Août 1914." En arrivant à Paris, gare de Lyon, nous connûmes par les journaux l'assassinat de Jaurès. A notre deuil, une poignante inquiétude se mêla. La guerre semblait inévitable. L'émeute en souillerait-elle les prémices? Tout le monde sait aujourd'hui combien ces angoisses étaient injustes. Jaurès n'était plus. Mais l'influence de son noble esprit lui survivrait: l'attitude du parti socialiste le prouva aux nations.


.../...


Henri IV, roi thaumaturge, touche les éscrouelles
Il est probable que tant que je vivrai, à moins que je ne finisse mes jours dans l'imbécillité, je n'oublierai jamais le 10 septembre 1914. Mes souvenirs de cette journée ne sont pourtant pas extrêmement précis. Surtout ils s'enchainent assez mal. ils forment une série discontinue d'images, à la vérité très vives, mais médiocrement coordonnées, comme un rouleau cinématographique qui présenterait par place de grandes déchirures et dont on pourrait, sans que l'on s'en aperçût, intervenir certains tableaux. Nous avions ce jour-là, sous un feu extrêmement violent de grosses artillerie et de mitrailleuses, progressé de quelques kilomètres, trois ou quatre sans doute, depuis dix heures du matin, jusqu'à six heures du soir. 
l'église du Bourg d'Helm
Nos pertes furent très fortes; elles montèrent pour ma compagnie, qui ne fut pas la plus éprouvée, à plus du tiers de l'effectif. Je ne sais si ma mémoire me trompe, mais il ne me semble pas que le temps m'ait paru très long. Ces effroyables heures ont passé assez vite. Nous nous avancions sur un terrain vallonné, d'abord semé de petits bois, puis tout à fait découvert. Je me souviens qu'au passage d'une haie j'interpellai assez rudement un homme qui s'était arrêté; il me répondit: "Je suis blessé"; il venait en effet d'être, sinon précisément blessé, au moins contusionné par un éclat. Ce fut le premier atteint. Plus loin, j'aperçus le premier cadavre. C'était un caporal qui n'appartenait pas à notre régiment. Il gisait sur une pente, tout crispé, la tête en contre-bas; et de sa marmite de campement, qui s'était ouverte dans la chute, des pommes de terre s'étaient échappées, s'égrenant sur le sol au-dessous de lui.

.../...

Combien de temps sommes-nous restés dans ce repli de terrain? Combien de minutes ou combien d'heures? Je n'en sais rien. Nous étions serrés les uns contre les autres, entassés les uns sur les autres. Comme l'artillerie ennemie nous prenait de flanc, par la droite, le talus qui s'élevait devant nous ne nous offrait qu'un abri illusoire. Beaucoup d'hommes furent tués ou blessés. J'eus quelques temps à ma droite notre sergent-major, un gros garçon blond, de manières cordiales, rustique en son langage. Il avait été touché à la main; un linge ensanglanté emmaillotait ses doigts. La blessure était légère. Le pauvre homme fut tué vers la fin de la journée; mais je l'avais alors perdu de vue. 

Bronislaw Gérémek

L'esprit de curiosité, qui m'abandonne rarement, ne m'avait pas quitté. Je me souviens avoir remarqué pour la première fois que les fumées d'obus fusants ont une couleur ocre, à la différence de celles des percutants, qui sont très noires. Mais je trouvais que la guerre est une chose assez vilaine. Je jugeai que les visages d'hommes qui attendent la mort et la redoutent ne sont pas beaux à voir, et je me remémorai vaguement quelques pages de Tolstoï.

mardi 31 janvier 2012

neige aux Panissières

Et oui, c'est l'hiver. Et l'hiver, à la montagne, en principe, il neige... Depuis ce matin nous sommes servis. Il nous a fallu descendre dans la vallée: une heure pour faire à peine 20 kms. Les chasse neige étaient à l'oeuvre, mais quand une neige abondante tombe sur un sol gelé, il faut mieux être équipé. 


Mais, même équipés comme nous le sommes, remonter les 500 mètres n'a pas été une mince affaire. Heureusement Henri Pinpin sait manier la pelle à neige mieux que personne et une fois de plus, il est venu à notre secours. Il est vrai que nous vivons dans un monde un peu trop individualiste, mais il y a des exceptions, il y a des gens qui savent ce qu'est la solidarité et qui là pratiquent: Henri est de ceux-là.



Nos mésanges, moineaux, merles sont à la peine. Il y la queue et quelques frottements de plumes pour venir au ravitaillement sur la terrasse. Et les plus petits ne sont pas toujours les moins forts.




la ruche
J'imagine que mes abeilles sont bien au chaud. Je les ai visitées discrètement la semaine dernière: il leur restait du sucre, signe qu'elles se nourrissent.




A l'heure où j'écris ce billet, la neige tombe encore un peu, et si j'en crois la météo, un froid sec devrait s'installer. Mais la météo n'est pas une science exacte, nous le savons tous, même si nous la consultons régulièrement...


Gamine
la petite maison de Claudine
Sans lire dans le marc de café, je peux annoncer que la neige fera les gros titres des JT de 20 heures. Et on verra, comme tous les ans, des piétons, des automobilistes interviewés, dire les mêmes banalités; d'autres pester parce que les routes ne sont pas assez dégagées; d'autres interpeller les pouvoirs publics... etc, etc. Bref le florilège habituel des râleurs...






Avez vous remarqué que les journalistes qui interviennent en direct se mettent en "situation", c'est-à-dire que, pour que nous puissions nous rendre compte vraiment du mauvais temps, ils sont dehors, sous la neige. Ou la pluie, ou le vent, c'est selon. Et les pauvres de débiter stoïquement leur reportage sous les éléments "déchaînés". Mais bon , ils font leur boulot et c'est peut-être un peu facile quand on est  installés, bien au chaud dans son fauteuil. Aussi, j'arrête mon persiflage...







Quelques photos des Panissières sous la neige...

dimanche 29 janvier 2012

les 100 derniers jours



Patrick L'ECOLIER, le patron du café café littéraire, philosophique et sociologique que je fréquente régulièrement, a eu la bonne idée d'organiser un "petit exercice" original: sur le site qu'il anime, publier un texte chaque jour qui nous sépare du second tour de l'élection présidentielle: "les 100 derniers jours".  
Il n'y a pas de règles particulières, sinon celles de l'intelligence et du respect. Mais il n'est pas interdit non plus d'être iconoclaste, railleur, impertinent, drôle, espiègle, farceur, pince-sans-rire, taquin, narquois, facétieux. Tout en étant sérieux sans se prendre au sérieux. Et tout ça dans la joie et la bonne humeur!
Je me suis donc porté volontaire pour écrire quelques textes et le patron du lieu me fait l'honneur et l'amitié de publier mon premier billet: http://calipso.over-blog.net/article-les-100-derniers-jours-j-100-97733985.html. Je le publie à la fin de cet article.
Tous les jours, ily aura un texte publié sur le site: www.calipso.over-blog.net. Aussi, je vous invite à y faire un tour quand vous aurez deux minutes. Il me semble que vous ne serez pas déçu...
Bonne lecture.


Le Père Cent 
par Claude Bachelier
Ce jour-là, Raymond avait acheté une bouteille de champagne et il avait invité quelques copains dans sa chambre, laquelle chambre lui piquait la moitié de sa paie d’ouvrier à temps partiel et à contrat précaire.
Le champagne, c’était un peu plus cher que le mousseux, mais bon, ce n’était pas tous les jours que l’on fêtait le « Père Cent », c’est-à-dire les cent jours qui restaient avant le changement de boss. Ils avaient trinqué dans des gobelets en plastique et chanté un vieil air qu’ils avaient appris à l’armée : « la quille viendra, les bleus rest’ront pour laver les gamelles …


Ils y croyaient tous au départ du boss, mais ne se faisaient pas trop d’illusions. Comme disait la grand-mère de Raymond : « il ne faut jamais compter les œufs dans le cul de la poule ! ». Parce que les votants – et ils en faisaient partie – râlaient, allaient même jusqu’à protester, mais il leur arrivait trop souvent d’avoir peur de l’avenir.


Raymond, lui, n’avait pas eu peur de l’avenir quand, il y a quelques années, il avait décidé de choisir ce type. Il lui paraissait jeune, dynamique, ambitieux, généreux, des qualités essentielles aux yeux de Raymond pour occuper ce poste. Mais cette jeunesse ne s’est révélée que conservatrice ; le dynamisme, un autoritarisme sournois ; l’ambition, une soumission aux financiers. Quant à la générosité, elle ne s’est révélée qu’égoïsme.


C’est vrai qu’il y avait cru à ce type. Pourtant, la déception est venue aussitôt : le soir où il est devenu le boss, plutôt que de venir vider un canon à la cantine de l’usine, il est allé faire un gueuleton avec ses potes, boss comme lui. Il avait promis qu’avant d’occuper son bureau, il allait réfléchir à de nouvelles stratégies pour que la boite tourne mieux. Drôle façon de réfléchir: faire la nouba sur un yacht avec sa bourgeoise et des copains !


Ça, c’était le début. Et ce qui aurait pu passer pour des erreurs de jeunesse se révéla un hors d’œuvre à côté des plats de résistance qui ont suivi : il a commencé à couper dans le budget de la formation continue et viré la moitié des formateurs au prétexte qu’il ne servait à rien de savoir lire autre chose que les notes de service et les notices d’utilisation des machines. A l’infirmerie, là aussi, il a viré la moitié des soignants au prétexte que les conditions de travail étaient idéales et que personne ne pouvait être malade. Sans compter qu’il a vendu la moitié de l’infirmerie à des margoulins qui vendaient très chers des médicaments bidons à l’infirmerie.


Il a décidé qu’il fallait bosser plus pour avoir une meilleure paie. Sauf que les quelques sous gagnés en plus ont servi à payer les augmentations des loyers, du pain ou du gaz, et même celles des médicaments, bien qu’il y avait une assurance pour ça. Assurance qui augmentait elle aussi.


Ses sbires, eux, traitaient les malades de fainéants qui ruinaient le système. Parce que tout ce beau monde n’avait qu’une formule à la bouche : « ça coûte trop cher ». La formation, ça coûte trop cher ; les soins, ça coûte trop cher ; les congés, ça coûte trop cher. Même les paies, ça coûte trop cher. Il n’y a qu’un truc qui n’est pas trop cher, c’est la façon dont ils vivent. Là, rien n’est trop cher.


Et puis, il y a aussi les financiers. Le boss, il dit qu’il ne les aime pas et qu’il s’en méfie. Mais, il suffit qu’ils fassent les gros yeux et hop, il se met au garde à vous. A croire qu’il en a peur. Alors, conséquences immédiates : moins de paie, moins de formation, moins de soins et le pain est plus cher, les loyers et le gaz aussi.


«La quille viendra, les bleus rest’ront pour laver les gamelles… » Ce jour-là, Raymond et ses copains avaient levé le coude en l’honneur du « Père Cent ». Cent jours, c’est long et c’est court à la fois. Napoléon en savait quelque chose.





vendredi 27 janvier 2012

le petit exercice littéraire (4)

C'est un poète que je vous propose cette semaine, un poète un peu particulier dans le sens où son côté libertaire affirmé n'a jamais empêché qu'il soit encore aujourd'hui un des  poètes les plus connus et les plus familiers. 
Il me semble que c'est plutôt facile et nul besoin d'images. Non plus que d'internet d'ailleurs. Cherchez, cherchez bien, il n'y en a qu'un qui pouvait écrire un tel texte. Donc l'auteur et le titre de ce poème: réponses dimanche dans la soirée, rubriques commentaires.

Anticlérical fanatique
Gros mangeur d'écclésiastiques,
Cet aveu me coûte beaucoup,
Mais ces hommes d'Eglise, hélas !
Ne sont pas tous des dégueulasses,
Témoin le curé de chez nous.
Quand la foule qui se déchaîne
Pendit un homme au bout d'un chêne
Sans forme aucune de remords,
Ce ratichon fit scandale
Et rugit à travers les stalles,
"Mort à toute peine de mort!"
Puis, on le vit, étrange rite,
Qui baptisait les marguerites
Avec l'eau de son bénitier
Et qui prodiguait les hosties,
Le pain bénit, l'Eucharistie,
Aux petits oiseaux du moutier.
Ensuite, il retroussa ses manches,
Prit son goupillon des dimanches
Et, plein d'une sainte colère,
Il partit comme à l'offensive
Dire une grand' messe exclusive
A celui qui dansait en l'air.
C'est à du gibier de potence
Qu'en cette triste circonstance
L'Hommage sacré fut rendu.
Ce jour là, le rôle du Christ(e),
Bonne aubaine pour le touriste,
Etait joué par un pendu.
Et maintenant quand on croasse,
Nous, les païens de sa paroisse,
C'est pas lui qu'on veut dépriser.
Quand on crie "A bas la calotte"
A s'en faire péter la glotte,
La sienne n'est jamais visée.
Anticléricaux fanatiques
Gros mangeur d'écclésiastiques,
Quand vous vous goinfrerez un plat
De cureton, je vous exhorte,
Camarades, à faire en sorte
Que ce ne soit pas celui-là.

15 jours en Chine ou le monumental en bandouilère (Suite 4)

  Le jardin d'été, à Pékin, relève, lui aussi, du monumental, même si ce monumental là se situe plutôt dans une certaine forme d'int...