"Ce n'est pas parce que l'on a rien dire qu'il faut fermer sa gueule" Michel AUDIARD

samedi 1 juillet 2017

le 28 juin 1914, ou les prémisses du « suicide européen »

"le Petit Parisien" du 29 juin 1914

Le 28 juin 1914: voilà une date qui ne dit pas grand-chose à tout un chacun. Certes, elle ne donne pas lieu à des commémorations et c’est tant mieux. Pourtant, elle marque le coup d’envoi d’une tragédie mondiale, pour ne pas dire planétaire. En effet, c’est le 28 juin 1914 que l’archiduc François Ferdinand d’Autriche, héritier du trône d’Autriche-Hongrie, et sa femme ont été assassinés par un nationaliste serbe. Ces meurtres ont été l’étincelle qui a allumé la gigantesque déflagration de la première Guerre Mondiale.

l’archi-duc François-Ferdinand et sa femme Sophie

Il est légitime de s’interroger: comment un tel évènement a t-il pu déclencher ce que nombre d’historiens ont appelé « le suicide de l’Europe »? Les réponses sont multiples et il me semble que Raymond Aron les résume parfaitement:  » La guerre de 1914 est sortie des querelles suscitées dans las Balkans par les revendications des nationalités. C’est pour parer à la menace que suspendait  sur la monarchie dualiste la propagande serbe s’adressant aux Salves du Sud que les ministres austro-hongrois ont pris les initiatives (ultimatum à la Serbie, bombardement de Belgrade) qui contenaient en germe la guerre européenne. C’est la solidarité slave qui interdisait au gouvernement de Saint-Pétersbourg d’accepter la destruction de l’indépendance serbe ou une victoire diplomatique de l’Autriche-Hongire. C’est l’orgueil national, la conviction que la patrie était promise à un destin mondial, que la culture allemande devait rayonner à travers l’univers, qui, en 1914, souleva l’enthousiasme des masses dans l’empire wilhelmien et fit oublier aux ouvriers leur socialisme d’hier. C’est la volonté de survivre comme puissance et de récupérer les provinces perdues qui unit soudainement les Français et les soutint à travers les années d’épreuves. » (1)

l’empereur allemand Guillaume II

le tsar de Russie Nicolas II

En 1908, soutenue par l’empire allemand, l’Autriche-Hongrie annexe deux provinces de la Bosnie, au grand  dam de la Russie et de la Serbie. Cette dernière, soutenue par l’empire russe, est devenue la puissance dominante des Balkans, ce qui ne l’empêche nullement d’avoir des relations diplomatiques à peu près normales avec la monarchie autrichienne.


Bien que prévenues de l’imminence d’un attentat, les autorités autrichiennes maintiennent la visite de l’héritier du trône, en négligeant que le 28 juin est la date anniversaire de la défaite par les Ottomans de l’armée serbe en 1389 lors de la bataille de Kosovo.*





langues slaves en Europe
Il existait en Serbie différents groupes nationalistes, adeptes militants du « panslavisme », doctrine ou idéologie qui veut regrouper en une seule entité tous les peuples slaves, dont font partie, entre autres, les divers peuples des Balkans. Un de ces groupes, très certainement soutenu, voire encouragé par les services secrets russe, prévoit d’assassiner l’archiduc François Ferdinand lors de sa visite à Sarajevo, qu’ils ressentent comme une provocation.

Les grandes puissances de ce début du XX ème siècle sont la France, la Grande Bretagne et l’Allemagne. L’Autriche-Hongrie, la Russie, l’Italie ne sont pas à leur niveau et l’empire ottoman – « l’homme malade de l’Europe », selon le tsar Nicolas 1er- est en pleine déliquescence.

Les intérêts stratégiques et économiques des uns s’opposent aux intérêts stratégiques et économiques des autres. Deux machines infernales se mettent alors en place: des alliances croisées et une folle course à l’armement.

Dans son ouvrage,  » 14 – 18, la première guerre mondiale », Pierre Vallaud raconte cet engrenage mortel: « D’un côté, s’est nouée la Triple Entente – France, Russie, Angleterre – en 1907. De l’autre, la Triplice renouvelée en 1912 réunit l’Allemagne, l’Autriche-Hongrie et l’Italie (…) Luttes d’influence en Europe centrale, rivalités aux colonies… Les heurts entre nations se multiplient, incitant chaque puissance à resserrer ses alliances, renforcer ses effectifs militaires et produire des armes. Dans la seule année 1912, Allemands, Autrichiens, Russes et Français augmentent leurs budgets militaires de 15 à 25%. En 1913, les services de renseignements français (…) constatent que les effectifs de l’armée allemande ont été augmentés de 168 000 hommes. La France réagit par la loi de 3 ans (été 1913) qui prolonge d’un an le service militaire et place 750 000 hommes sous les drapeaux. Même la Marine est concernée. Ripostant à l’Allemagne dont la flotte est devenue la deuxième du monde (…) la Grande Bretagne redouble le rythme de ses constructions navales afin de conserver le principe du « Two Powers Standard »: la puissance anglaise doit être égale au moins à celle des deux autres puissances navales mondiales les plus fortes. » (2)



Gavrilo Princip
C’est donc dans ces moments de tension que survient l’attentat de Sarajevo. Gavilo Princip, l’assassin du couple impérial, étant serbe, bien que né en Bosnie, le gouvernement autrichien accuse le gouvernement serbe et lui adresse dès le 7 juillet, un ultimatum. Si ce dernier accepte les termes de cet ultimatum, il en rejette cependant un, totalement inacceptable pour un état souverain, à savoir la direction de l’enquête par la police autrichienne au lieu et place de la police serbe.


l'empereur d'Autriche-Hongrie François-Joseph
Le premier ministre hongrois, le comte Tisza, proche de l’empereur François-Joseph recommande une grande prudence. Dès le 8 juillet, il lui adresse une lettre où il craint: « l’épouvantable calamité d’une guerre européenne. »(3) Malgré cette mise en garde prémonitoire, l’ultimatum est maintenu, ultimatum rejeté par la Serbie le 25 juillet. Trois jours plus tard, le 28, l’Autriche-Hongrie, qui se sait soutenue, voire encouragée par l’Allemagne, déclare la guerre à la Serbie, elle-même soutenue et encouragée par la Russie.
Quelques semaines plus tard, par le jeu pervers des alliances, l’Europe va s’embraser. Chacun connait la suite de cette tragédie.

Quatre années et quelques mois plus tard, alors que les canons se sont tus, les européens font leurs comptes: neuf millions de tués, des millions d’invalides et de blessés, des millions de veuves et d’orphelins. Voilà pour l’abominable constat humain. Le paysage politique est bouleversé: quatre empires ont disparu: l’empire allemand, l’empire austro-hongrois, l’empire russe et l’empire ottoman. Les nouveaux états européens, nés des différents traités signés après la guerre, sont porteurs d’instabilité et de conflits.
Les vainqueurs, la France, la Grande Bretagne et l’Italie, sortent exsangues et ruinés. Les Etats Unis d’Amérique deviennent alors la puissance dominante.
Partout, s’élevait ce cri: « plus jamais ça! » Le refus de la guerre était dans tous les esprits. Et pourtant…
« Le carnage avait été colossal, les destructions considérables. Dans une Europe bouleversée, l’héritage serait lourd. Le long règlement de comptes était sur le point de commencer. » (4)
le cimetière de Verdun


(1) in « une histoire du XXème siècle »  de Raymond Aron, anthologie éditée et annotée par Christian Bachelier, éditions Plon, 1996, page 20.
(2) in « 14 – 18 la première guerre mondiale » de Pierre Vallaud, éditions Fayard, 2004, page 25.
(3) in « l’Europe en enfer », de Ian Kershaw, éditions éditions du Seuil, 2017, page 54.
(4) ibid page 120.
de Claude BACHELIER
aux éditions Zonaires: www.zonaires.com
de Claude Bachelier aux éditions Zonaires
www.zonaires.com

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