"Ce n'est pas parce que l'on a rien dire qu'il faut fermer sa gueule" Michel AUDIARD

mardi 23 mai 2017

le duc d'Enghien et la bataille de ROCROI le 19 mai 1643

Il y a quelques jours, j'ai lu par le plus grand des hasards un texte consacrée à cette bataille gagnée grâce à l'audace d'un tout jeune aristocrate de vingt trois ans, le duc d'Enghien, surnommé plus tard "le grand Condé". Et je me suis dit qu'il serait intéressant de consacrer un article à cette bataille, tout en en survolant cette époque riche en évènements qui ont influencé la politique française à court et à moyen terme.
Cette bataille de Rocroi a eu lieu pendant la guerre de" trente ans", guerre qui a opposé, de 1619 à 1648, les principaux états européens sur fond de querelles religieuses entre catholiques et protestants, mais en réalité, sur des motifs bien plus politiques.
la bataille de Rocroi

Pour faire court, l'empire des Habsbourg d'Autriche et  d'Espagne allié à la papauté, donc catholique, combat les Provinces Unies des Pays Bas et certains pays scandinaves, donc protestants. La France de Louis XIII et de son Premier Ministre Richelieu, pourtant très catholique, soutient cette dernière coalition contre les Habsbourg et cela afin de réduire la puissance espagnole.
Cette guerre que certains historiens appelleront "la guerre civile européenne" va littéralement saigner l'Europe en termes économiques, mais aussi, mais surtout en termes démographiques: des millions de morts seront les victimes de batailles, de famines, de massacres et de la peste.
Cette guerre est partie d'un prétexte: "la défenestration de Prague"*. La Bohème se dote alors d'un souverain protestant et se rallie aux Provinces Unies et à l'Angleterre. L'empereur Ferdinand rallie à lui la papauté et la Sainte Ligue.* Je vous accorde que c'est quand même bien plus complexe que cela, mais c'est le point de départ de cette guerre.
Si la France dès le début du conflit soutient les protestants, elle se garde bien de s'impliquer directement dans le conflit. Ce n'est que le 19 mai 1635 que la France déclare la guerre à l'Espagne au prétexte de l'occupation par les troupes espagnoles de plusieurs villes placées sous la protection française.
mariage de Louis XIII et de Anne d'Autriche le 28 novembre 1615
Pour mémoire, Louis XIII* règne depuis 1610 et mourra le 14 mai 1643, quelques mois après la mort du cardinal de Richelieu* décédé le 4 décembre 1642.
Si je donne les dates exactes de ces disparitions, c'est qu'elles ont leur importance. En effet, les troupes françaises avaient gagné beaucoup de batailles, ce qui les plaçait dans une relative position de force vis à vis de l'Espagne. Donc profitant de la mort du souverain français, du fait que le dauphin, futur Louis XIV, n'avait que cinq ans (puisque né en 1638) et que la France était dirigé par une régente, Anne d'Autriche, l'Espagne lance une grande offensive dans le nord de la France depuis les Flandres et met le siège devant la ville fortifiée de Rocroi, espérant ainsi faire sauter le verrou qui lui ouvrirait la route vers Paris..

L'issue de cette bataille est incertaine pendant de longues heures. Les fantassins et l'artillerie espagnols tiennent la dragée haute à la cavalerie française menée par Enghien et ses adjoints. Mais l'audace du commandant français et la mort de son alter égo espagnol, Jean Bernard, comte de Fontaine*,  vont donner la victoire aux français.

La supériorité de la cavalerie sur les fantassins sera un des enseignements de cette bataille, même si le rôle de l'artillerie n'est en aucun cas négligeable.

Enghien bat les espagnols à Lens le 19 août 1648, précipitant la défaite des Hasbourg et de la Sainte Ligue. Les traité de Westphalie* signés le 24 octobre 1648 mettent fin à la guerre de trente ans, sans pour autant que ni la France, ni l'Espagne ne soient parties prenantes puisque le conflit entre ces deux royaumes perdurera jusqu'en 1659 et la signature du traité des Pyrénées.*

Qui est donc le duc d'Enghien, futur Louis II de Bourbon-Condé?
Il est né en 1621 et décédé en 1686. Il ne sera  prince de Condé qu'à partir de 1646, à la mort de son père. Je n'évoquerai pas ici ses huit titres de duc, tout en précisant qu'il sera également "premier prince du sang"*. Avec Turenne*, il gagnera d'autres batailles qui ne feront qu'ajouter à sa gloire.

Mais si Condé est connu pour la victoire de Rocroi, il l'est moins que pour le rôle qu'il a joué dans le déroulement de la fronde des princes, ce mouvement de révolte des grands aristocrates contre la monarchie.

Richelieu, puis Mazarin ont imposé, parfois de façon brutale, l'autorité royale aux grands de l'aristocratie, mais aussi aux parlements de province et de Paris. Ayant toujours plus besoin d'argent pour financer la guerre, Louis XIII a ponctionné les uns et les autres. Le regain d'autorité de l'Etat ajouté à la pression fiscale a conduit à deux rébellions majeures: la fronde parlementaire (1648 - 1649) et la fronde des princes (1650 - 1653).

Dans son ouvrage "Histoire de France" (1), Marc Ferro écrit: "Omer Talon, avocat général, prononce alors une très violente harangue sur ces abus du pouvoir royal, principalement depuis vingt-cinq ans et sur la misère du peuple. Le 13 mai 1648, par un arrêt d'union, le parlement de Paris invitait la Chambre des Comptes,la Cour des aides et le Grand Conseil à s'unir à lui dans la Chambre Saint Louis afin de délibérer pour la "réformation de l'Etat." Marc Ferro ajoute: "En quelque sorte, il s'agissait de démanteler l'Etat-Richelieu. (1)
le cardinal de Mazarin

Après quelques manoeuvres de la régente et de Mazarin, cette fronde parlementaire est vite vaincue et tout rentre dans l'ordre, d'autant que Condé a mis la main à l'épée et que les parlementaires eux-mêmes décident d'arrêter leur mouvement, "pour ne pas se laisser emporter par les agitations du peuple inconstant."(2)

Louis II de Condé avait espéré pour lui le titre de Connétable de France et pour ses amis quelques titres et privilèges supplémentaires. Devant le refus d'Anne d'Autrice, la régente qui voulait réfréner ses ambitions, et bien sûr de Mazarin, il complote plus ou moins ouvertement. Ce qui conduit la régente à l'emprisonner avec ses partisans.

Cette incarcération provoque la révolte de la noblesse un peu partout en France et le réveil des parlementaires. Gaston d'Orléans, oncle de Louis XIV, rompt avec Mazarin et prend ouvertement le pari des frondeurs.



Anne d'Autriche, régente et Louis - Dieudonné, le dauphin
L'insécurité qui règne dans la capitale est telle que la Régente emmène son fils, toujours mineur, à Saint Germain en Laye. Fuite que le futur Louis XIV ressentira comme une humiliation et qu'il n'oubliera jamais. La construction du château de Versailles serait une des conséquences des deux frondes.

Les princes frondeurs ne cessent de se quereller entre eux et les parlementaires parisiens se hâtent de rentrer dans le rang. Le dauphin, devenu Louis XIV à sa majorité, rentre triomphalement à Paris le 21 octobre 1652 et s'installe au Louvre. Il déchoit Condé de ses titres et privilèges. Ce dernier est même condamné à mort par le Parlement en mars 1654. Mais Louis XIV, six ans plus tard, lui pardonne et le gracie.
Il finira sa vie dans son château de Chantilly et lors de sa mort, le 11 septembre 1686, Bossuet prononcera un éloge* resté célèbre: "Oraison funèbre du très haut et très puissant prince Louis de Bourbon, prince de Condé, premier prince du sang."

le duc d'Enghien fusillé sur ordre de Bonaparte le 21 mars 1804
Le duc d'Enghien fusillé dans les fossés du château de Vincennes était un descendant direct du Grand Condé, puisque né Louis-Antoine de Bourbon-Condé et fils de Louis VI de Bourbon-Condé.
Louis-Antoine, né le 2 août 1772, fuit la France dès le début de la Révolution et rejoint  l'armée des émigrés. En 1792, il prend le commandement de "l'armée royale française."
Bonaparte, alors Premier Consul, le soupçonne d'un complot contre lui et le fait enlever. Jugé plus que rapidement par un tribunal militaire, il est fusillé le 21 mars 1804.
Il a été le dernier descendant de la branche Bourbon-Condé.


En faisant des recherches sur cette bataille de Rocroi (merci internet), j'ai été amené à rentrer dans le détail de cette période. S'il est vrai que chaque période de l'histoire a son importance, celle-ci a ceci de particulier qu'elle marque l'émergence du pouvoir absolu et de l'arrivée de la plus grande partie de la noblesse française à Versailles, loin de ses terres et près du Soleil où, petit à petit, elle va se consumer. Et, ce faisant, pénétrée de son importance, elle s'éloigne et de ses lieux de pouvoir et de la masse de ses paysans.


Louis XIV à Versaille

Louis XIV, humilié d'avoir dû quitter Paris lors de la fronde, déplace la cour à Versailles, centralise son pouvoir et oblige tous les grands du royaume à le rejoindre dans ce palais fastueux, en en faisant ses obligés et les privant de toute envie de révolte.


Alexis de Tocqueville
Dans son "voyage en Angleterre" en 1833 (3), Alexis de Tocqueville, sans le dire explicitement, affirme que s'il n'y a pas eu de révolution en Angleterre, c'est en partie à cause de la différence fondamentale entre les deux aristocraties: "En Angleterre, un nom illustre est un grand avantage qui donne un grand orgueil à celui qui le porte, mais en général on peut dire que l'aristocratie est fondée sur la richesse, chose acquérable, et non sur la naissance qui ne l'est pas."

Quelques lignes après, "La différence entre la France et l'Angleterre sur ce point ressort de l'examen d'un seul mot de leurs langues. Gentleman et gentilhomme ont évidemment la même origine. Mais gentleman s'applique en Angleterre à tout homme bien élevé quelque soit sa naissance, tandis qu'en France gentilhomme ne se dit que d'un noble de naissance."

Et de continuer: "l'aristocratie anglaise ne peut donc jamais soulever ces violentes  haines qui animaient en France les classes moyennes et le peuple contre la noblesse, caste exclusive qui, en même temps qu'elle accaparait tous les privilèges et blessait toutes les susceptibilités, ne laissait aucun espoir d'entrer jamais dans ses rangs. L'aristocratie anglaise se mêle à tout, elle est accessible à tous et celui qui voudrait la proscrire ou l'attaquer comme corps aurait beaucoup de peine à la définir."


L'analyse de Tocqueville est pertinente, cela va sans dire. Et je la relie indirectement à Louis II de Bourbon-Condé et aux aristocrates, bouffis d'orgueil et de suffisance, mais qui se sont pliés devant un roi qui a semé, sans même l'imaginer, les graines de la révolte et de la Révolution.
  • clic sur le lien
(1) "Histoire de France", de Marc Ferro, éditions Odile Jacob; 2001, page 163
(2) ibid, page 164
(3) "Voyage en Angleterre" d'Alexis de Tocqueville, bibliothèque de la Pléïade, 1991, pages 450
de Claude Bachelier aux éditions Zonaires
www.zonaires.com

de Claude Bachelier aux éditions Zonaires
www.zonaires.com

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire