"Ce n'est pas parce que l'on a rien dire qu'il faut fermer sa gueule" Michel AUDIARD

jeudi 2 février 2017

le 30 janvier 1917 ou l’espoir d’une paix sans victoire


Charles 1er (1887 - 1922)
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François Joseph (1830 1914)
Alors que la guerre fait rage, que les massacres continuent sur tous les théâtres d'opérations, le 30 janvier 1917, l'empereur d'Autriche Hongrie, Charles 1er, tente de négocier une paix séparée avec les alliés français, britanniques et italiens.




Avant que de poursuivre, revenons quelques années en arrière: en 1915, François-Joseph, alors empereur d'Autriche Hongrie, envoie Charles, son petit neveu et héritier, en éclaireur auprès des alliés. Rappelons que Charles de Habsbourg est, à sa naissance, 5ème dans l'ordre de succession au trône d'Autriche - Hongrie. Guillaume II, averti de la démarche la fait échouer.



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Frédéric Guillaume Victor Albert de Hohenzollern
(1859 - 1941)
La mort de Rodolphe, fils de l'empereur François-Joseph en 1889; puis celle de Charles, frère cadet de l'empereur; puis celle de Otto en 1906, et enfin l'assassinat de de François Ferdinand en 1914, mettent le petit neveu de l'empereur au second rang dans l'ordre de succession, derrière son grand oncle qui règne depuis 1848!
Il n'est pas inutile de rappeler que l'une des causes de ce conflit a été l'assassinat de François Ferdinand à Sarajevo par un nationaliste serbe le 28 juin 1914.

L'Autriche, soutenue fermement par l'empereur d'Allemagne, Guillaume II, adresse un ultimatum humiliant à la Serbie, laquelle le refuse et c'est l'engrenage fatal et meurtrier.













1917 est une année importante
  • Sur le font Est, les troupes russes subissent d'importants revers. En février, le tsar Nicolas II abdique. Le 15 décembre, la Russie signe un armistice avec l'Allemagne, précédée de quelques jours par la Roumanie du roi Ferdinand 1er. Sur le front du Moyen Orient, les alliés de l'Entente remettent de l'ordre dans leur organisation ayant conduit aux désastres des années précédentes et préparent l'offensive victorieuse de 1918.


  • Sur le front de l'ouest, la seconde bataille de Verdun est engagée imprudemment dès le début de l'année par le général Nivelle et aboutira à l'échec, entre autres, du Chemin des Dames: perte de 270 000 hommes en 10 jours!!
  • Devant le peu de cas que l'état-major fait des vies des poilus, plusieurs régiments se mutinent. Pétain remplace Nivelle et interdit toutes les grandes offensives. En août, il lance l'assaut pour reprendre "le Bois des Corbeaux" et le "Mort-Homme", précédé d'une intense préparation d'artillerie. 
Le capitaine de Gaulle, alors prisonnier, dans une conférence donnée dans le camp, fournit ces détails: "en ce qui concerne la préparation d'artillerie, la dépense de munitions fut portée à 3,5 millions d'obus, pour les vingt-cinq kilomètres du front d'attaque, tirés par plus de 3000 canons, ce qui correspond par conséquent à une densité de 140 obus par mètre courant et d'un canon par 8 mètres; la proportion d'artillerie lourde fut très augmentée, tout ce que l'on avait de mieux, 90, 120 et 155 courts et longs, et un grand nombre de canons de marine furent employés et largement pourvus de munitions." (1) 
Cette offensive, coûteuse en hommes et en matériels, ne réussit qu'à reprendre quelques positions perdues en 1916.
  • L'année 1917 est également marquée par l'entrée en guerre des Etats Unis en avril aux côtés des alliés. Il faudra néanmoins attendre novembre 1917 pour que les troupes américaines participent directement aux combats, troupes que la France et le Royaume Uni devront équiper en armements divers.
C'est donc au début de cette année 1917 que l'empereur d'Autriche Hongrie va entreprendre des négociations secrètes de paix avec les alliés. Il écrit à l'empereur allemand: "si les monarques ne font pas la paix, les peuples la feront." (2)

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le Kronprinz Frédéric 

Si le Kaiser et la haute hiérarchie militaire allemande ne sont  pas encore disposés à de telles négociations, il n'en reste pas moins que le doute s'est invité, y compris dans  l'esprit du Kronprinz, qui écrit à son père: "Parlons franchement. Ne songeons plus à la Belgique. Renonçons à toute annexion, même à l'est. Il faut que nous engagions des pourparlers avec nos ennemis." (3)

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les maréchaux Hidenburg et Ludendorff
En avril 1917, la conférence de Kreuznarch* réunit les représentants des monarques allemands et austro-hongrois pour définir les buts de guerre. Encouragés par la perspective quasi certaine du retrait du conflit de la Russie, libérant ainsi toutes les divisons de l'armée allemande sur ce front est, les maréchaux Hidenburg et Ludendorff sont des partisans inconditionnels de la poursuite de la guerre et définissent leurs exigences territoriales, exigences qui ne peuvent être obtenues que par une victoire sur les alliés. Et donc, du côté allemand, pas question de négociations de paix.
A l'inverse, les représentants autrichiens, conscients de l'état de délabrement de leurs armées, veulent une issue au conflit sans pour autant renoncer à leurs prétentions territoriales vis à vis de la Serbie, ce qui est malgré tout quelque peu contradictoire avec la volonté du monarque d'une paix "sans conquêtes".

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Alexandre Ribot (1842 - 1923)
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Aristide Briand (1862 - 1932)
Donc, l'empereur autrichien, soutenu par le pape Benoit XV, charge ses beaux-frères Sixte et Xavier de Bourbon-parme de prendre contact avec le gouvernement français, alors dirigé par Aristide Briand, mais renversé en mars et remplacé par Alexandre Ribot. Les deux frères rapportent à leur souverain ce qu'ils pensent être les conditions françaises et italiennes à l'ouverture des négociations:
1. retour de l'Alsace Lorraine à la France;
2. retour de la Belgique dans son intégrité politique et territoriale;
3. Retour de la Serbie dans son intégrité politique et territoriale;
4. Constantinople cédée aux Russes.
L'empereur accepte ces conditions, sauf la troisième, ce qui entraine le refus de l'Italie de continuer la négociation. Les pourparlers sont donc interrompus, d'autant  qu'Alexandre Ribot, alors ministre français des affaires étrangères  déclare le  6 juin 1917: "la paix ne passera pas par Stockholm, mais par la victoire." (4)

Il convient de préciser que les membres les plus pacifistes de la SFIO, Marcel Cachin, Marcel Sembat entre autres, étaient partisans avec d'autres socialistes européens, d'une paix sans victoire et prévoyaient d'organiser un congrès de la paix dans la capitale suédoise. Congrès qui ne pourra se tenir puisque les délégués français, n'ayant pu obtenir de visas de sortie délivré par le gouvernement français, ne purent s'y rendre. Pour justifier, son refus, Alexandre Riblot refusait que "la paix soit l'oeuvre d'un parti et non de la nation toute entière." (5)

Parallèlement, à l'été 1917, le gouvernement français est approché, via des intermédiaires belges, par un proche du Kaiser, Oskar von der Lancken. Ce dernier - et c'est quand même un paradoxe - a participé à la conférence de Kreuznarch et en connait les conclusions. Il est recommandé par deux personnalités belges qui assurent que Lancken est porteur d'un message de l'empereur d'Allemagne. Finalement, il n'existe pas de message et A. Briand ne rencontrera pas le chargé d'affaires allemand. 
A la demande du Président du Conseil Ribot, il rédige une note qui aurait pu servir de base aux négociateurs.  Mais Ribot dénature le texte de Briand en le caricaturant. Pris en flagrant délit de tricherie, il est acculé à la démission le 7 septembre, remplacé par Paul Painlevé, lui-même remplacé par Georges Clemenceau le 16 novembre 1917. 
 Le programme de ce dernier est simple et limpide: "politique intérieure, je fais la guerre; politique extérieure, je fais la guerre." (6)
Georges Clemenceau
Georges Clemenceau
Les tentatives de stopper les combats et les massacres qui en résultaient se heurtent donc à l'intransigeance des uns et des autres. Un siècle plus, tard, cette intransigeance peut nous paraitre incompréhensible au vu de cette gigantesque boucherie sur les champs de bataille. Mais en bien des choses, et plus particulièrement en Histoire, il faut se garder de sortir les faits de leur contexte. Pour autant, je me refuse, dans ce billet, à désigner tels ou tels comme étant responsables. Les historiens dans leur ensemble ne l'ont jamais fait. Et je ne suis pas historien.

Je conclus ce billet avec Raymond Aron qui, dans Paix et guerre entre les nations", me semble  poser les bonnes questions: "il se peut que la démission de la politique ait été inévitable en fonction des circonstances. L'Allemagne aurait-elle jamais renoncé à l'Alsace-Lorraine à moins d'y être contrainte par la défaite? Aurait-on pu faire accepter par l'opinion française une paix de compromis après tant de sacrifices imposés aux peuples et tant de promesses prodiguées par les gouvernements? Les traités secrets, conclus entre les alliés, consacraient tant de revendications et consignaient tant de promesses solennelles que toutes velléité de négociations  sans victoire risquait de désagréger la fragile coalition des futurs vainqueurs. (7)


(1) in "Charles de Gaulle, lettres, notes et carnets, 1905 - 1941" éditions Robert Laffont, collections Bouquins, 2010, page 351.
(2) in "14 - 18 la première guerre mondiale volume II" de Pierre Vallaud, éditions Fayard, 2004, page 48.
(3) ibid, page 49.
(4) in "Clemenceau la Père la Victoire" de Pierre Miquel, éditions Tallandier, 1196, page114.
(5) ibid page 113.
(6) in "Je fais la guerre" article de Bertand Renouvin, "Georges Clemenceau", collection Génies et réalités, Librairie Hachette, 1974, page 194.
(7) in "Paix et guerre entre les nations" de Raymond Aron, éditions Calmann-Lévy, 1962 - 1984, page 38.

Angèle-Cartier-couv-6
                                                    aux éditions Zonaires
                                                        zonaires.com

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