mardi 2 mai 2023

l'OUZBÈKISTAN

"Des trois villes «touristiques» de l'actuel Ouzbékistan, Boukhara est la plus secrète, Khiva la plus nickel, mais ces noms un rien barbare ne pèsent pas grand-chose devant la magie du vocable Samarcande, quels que soient les ravages effectués par le passé soviétique dans la ville chère aux princes timourides."(1)

Nous avons passé deux semaines dans ce pays  quelque peu mystérieux qu'est l'Ouzbékistan et après la capitale, Tachkent, nous avons été à la rencontre de Khiva, Boukhara et Samarcande par le train, à travers la steppe, au milieu et avec ces Ouzbeks, si aimables, si accueillants, si gais.



 




 

 Dans de prochains billets, je rentrerai plus en détail sur les étapes de ce voyage. 

Aujourd'hui, je veux apporter quelques précisions historiques, géographiques, économiques et politiques de cet État qui a acquis son indépendance et sa pleine souveraineté le 31 août 1991.

L'histoire de ce pays est complexe, pour ne pas dire compliquée. 

En effet, son territoire a toujours été dominé par des envahisseurs, qu'ils soient Turcs, Perses, Mongols ou même Grecs puisque Alexandre le Grand* se rend maitre du pays en 327 avant JC en battant le roi Perse Darius III*, mettant ainsi fin à la dynastie des Achéménides.*

Les Arabes s'imposent au tout début du VIII ème siècle et, peu après,  imposent l'Islam, éliminant la religion précédente, le Zoroastrime*.

Ayaz Kala, refuge fortifié des Zoroastriens, IVème siècle avant JC


Les Perses sont ensuite arrivés, puis chassés par les Mongols de Gengis Khan* en 1220. 

Amir TIMOUR (1336 - 1405)
 

Lié par son mariage au chef mongol, Amir Timour, dit Tamerlan, va bâtir un vaste empire au sein de l'Asie centrale. Sans doute parce que Timour devait boiter, a t-il été surnommé Tamerlan, que l'on peut traduire "Timour le boiteux." Ce que les Ouzbeks en général et notre guide en particulier apprécient fort peu. 


 

 

les territoires conquis par Timour        
 

En plus d'être un chef militaire, audacieux et conquérant, Timour a été le promoteur de grandes réalisation architecturales et le protecteur des poètes et des savants, particulièrement à Samarcande.
J'aurai l'occasion dans un prochain billet de revenir sur ce personnage essentiel dans l'histoire et la mémoire Ouzbek.

En concurrence avec les Britanniques qui tentaient d'agrandir leurs colonies vers l'ouest à partir du sous-continent indien, les Russes se sont très vite imposés sur toute l'Asie centrale. 

Eugène-Melchior de Vogüe
En 1888, un diplomate Français, Eugène-Melchior de Vogüe*, est invité par le général Anenkov*  à l'inauguration de la ligne de chemin de fer qui relie la Russie à Samarcande.
Dans la série d'articles écrits à la suite de ce voyage, de Vogüe note:
"Ceux-là cultivent un peu de blé et de maïs depuis qu'ils ne peuvent plus se livrer à l'industrie héréditaire, la razzia annuelle des voisins persans qu'on ramenait en longues files pour les vendre  sur les marchés de Boukhara ou de Khiva. (2) (...) La claustration des femmes est rigoureuse; elles ne sortent qu'enveloppées des pieds à la tête dans un sac d'étoffe noire. C'est à peine si nous avons rencontré trois ou quatre de ces fantômes dans nos promenades." (3)

Sans toutefois trop brusquer les habitudes de vie des habitants, les Russes amènent une certaine modernité, tout en laissant une certaine autonomie politique et religieuse.

Pour résumer, ils se contentent de collecter les impôts et de rapatrier vers Saint-Pétersbourg quelques trésors ouzbeks.


drapeau de la République Socialiste Soviétique d'Ouzbékistan jusqu'en 1991

Suite à la révolution d'octobre 1917 et la prise de pouvoir des bolchéviks, l'Ouzbékistan devient une "République Socialiste Soviétique" en 1924, en réunissant les territoires de l'ancienne RSSA du Tukerstan et les khanats* de Khiva et de Boukara et c'est à ce moment-là que le terme Ouzbékistan fut utilisé pour désigner une entité politique aux frontières bien définies.

La révolte des basmatchis Ouzbeks*, un peuple musulman, commencée sous l'empire continuera contre le régime communiste avec comme objectif la création d'un état turc et musulman.
Malgré une guerre faite d'embuscades,  cette révolte se termina en 1934 par la victoire de l'Armée Rouge et la reddition des  basmatchis.

Négociations entre basmatchis et bolchéviques en 1921 à Ferghana


Les religions, y compris musulmane, sont combattues et interdites, en particulier dés 1921, pendant les purges staliniennes des années 1936 - 1938.
Pendant la seconde guerre mondiale, le pays accueillera plusieurs centaines de familles soviétiques, particulièrement à Tachkent.
Mais aussi une partie des industries lourdes, industries qui resteront sur place après la guerre, ce qui contribua fortement à l'industrialisation  du pays. 

L'Ouzbékistan a payé un lourd tribu lors de cette guerre 330 000 militaires et 220 000 civils ont été tués.

 



Dès le début de l'invasion russe en 1860, la culture du coton a été privilégiée.
Mais, c'est surtout à partir des années 1960 que, sous la direction de l'URSS, l'Ouzbékistan a développé une intense monoculture du coton, une céréale dont la culture demande énormément d'eau.
Donc, une intense irrigation qui a eu pour résultat d'assécher la mer d'Aral*, alimentée par les deux fleuves, Amou-Daria et Syr-Daria qui ont été utilisés pour l'irrigation des champs de coton.





Le 31 août 1991, l'Ouzbékistan devient une République indépendante et souveraine. 

drapeau de l'Ouzbékistan depuis l'indépendance

Dès lors, elle est dirigée par Islam Karimov*, ancien secrétaire général du parti communiste ouzbek. Il dirigera le pays d'une main de fer jusqu'en 2016, date de son décès. 
 
Il n'est pas inutile de préciser que l'Ouzbékistan est un État laïque, c'est à dire que l'État reconnait toutes les religions, tous les cultes, l'Islam étant bien sûr la religion dominante.
C'est lui qui contrôle la formation et la nomination des religieux, un peu comme le faisait, chez nous, le Concordat.
Il n'y a ni obligations ni interdictions quant au port des vêtements, particulièrementpour les femmes.
 
À l'ONU, lors du vote de la résolution visant à condamner l'agression russe contre l'Ukraine, l'Ouzbékistan était absent le 2 mars 2022 et s'est abstenu lors du second vote le 23 février 2023.

Au niveau économique, le pays a bien surmonté la crise COVID et l'un des rares pays d'Asie Centrale à éviter la récession avec une croissance du PIB de 1,6 en 2020.
En 2021, la croissance atteignait plus de 7% et 5,3 en 2022.
La production agricole est importante: le pays est quasiment en autonomie alimentaire: fruits, céréales, agrumes, légumes sont produits en abondance grâce à des réserves d'eau importantes et à des circuits d'irrigation efficaces.


En 2020, plus de trois millions de tonnes de coton ont été produits, une partie, il est vrai, au détriment de la mer d'Aral.
Le président élu en septembre 2016 a pris des dispositions pour stopper le travail forcé dans la récolte du coton: en effet, chaque année, des centaines de milliers d'étudiants, de fonctionnaires et de jeunes élèves étaient contraints de participer chaque année à la récolte du coton. Une campagne internationale de boycott avait puissamment aidé le président Mirziyoyev dans sa décision.

 

récolte du coton ( © Peretz Partensky)

  

La route de la soie est apparue aux environs du 2ème siècle après JC et reliait la Chine à l'Europe en passant par l'Asie centrale et donc traversait l'Ouzbékistan, Samarkand et Ferghana.

 


Et tout naturellement, les Ouzbeks ont très vite assimilé la fabrication des fils de soie et de tout ce qui en découle.
La sériculture, ou élevage des vers à soie et récolte des cocons, est très importante. Le pays est le troisième producteur de soie au monde, après la Chine et l'Inde.


Le processus de fabrication des fils de soie est extrêmement complexe et exigeant. Nous avons visité la fabrique de soierie Yodgorlik* à Margilan* où nous avons pu découvrir les différentes phases de la confection des tapis et des vêtements.
Du cocon au fil de soie jusqu'à  la confection de tapis en passant par la mise en oeuvre des couleurs de ces fils, il faut du temps, de la patience et un vrai savoir faire d'artiste  pour arriver au terme d'un travail minutieux et consciencieux.

           




 
 
 
 
Je ne peux terminer ce billet sans évoquer les marchés ouzbeks.

Que ce soit dans les villes ou dans les campagnes, ils ont la même bonne humeur, les mêmes couleurs, les mêmes odeurs.

Pommes, poires, citrons, choux, pommes de terre, salades, carottes, j'en oublie, tous objets de discussions aussi rapides que discrètes entre celui ou celle qui vend et celui ou celle qui achète.






 

Ah, les pains ouzbeks, de véritables objets d'art que nous pourrions hésiter à les goûter. 
 

 




Dans mes prochains billets, je reviendrai un peu plus en détail sur  Samarkand, Boukhara, la vallée de Ferghana, Tachkent. 
 
Dans ces billets, je n'oublierai pas la steppe, Amir Timour, le fabricant de marionnettes, les ateliers de céramique et de papier de soie.
 
Je n'oublierai pas non  plus l'accueil chaleureux de ces familles, sous la yourte ou au sein de la maison des parents de celui qui nous a guidé tout au long de ce périple. 
 
Et je n'oublierai jamais cette petite fille, cette petite Ouzbek qui ne voulait plus me lâcher...
 

 

(1) in "Lettres de Samarcandes" de de Jean-Pierre THIBAUDAT, publié dans Libération le 4 août 2004.
(2) in "à toute vapeur vers Samarcande" de Eugène-Melchior de Vogüe, éditions originale Garnier frères 1888, et éditions Transboréal, 2015, page 38.
(3) ibid page 93.
 

 
le recueil sur: https://www.youtube.com/watch?v=Tq7eFXwQAR0

disponible à


https://www.lysbleueditions.com/produit/trois-cents-dollars/  
 
ou

claudebachelier@wanadoo.fr

 







 


samedi 4 mars 2023

Et la pauvreté dans tout ça?

Cette fin de semaine a lieu la grande collecte nationale organisée par les Restos du Coeur*

Il s'agit de récolter 9000 tonnes de denrées alimentaires et de produits d'hygiène. 

Pour mémoire, les Restos ont distribué pendant la saison 2021 - 2022, 142 millions de repas à 1,1 million de personnes. 


 

D'autres associations comme le Secours Catholique*, la Banque Alimentaire*  et bien d'autres viennent, elles aussi,  en aide à des millions de personnes qui se trouvent, pour diverses raisons, "en précarité alimentaire."

Cette précarité est, dans la grande majorité des cas, une des nombreuses conséquences de la pauvreté. 

Selon l'INSEE*, en 2019, le taux de pauvreté en 2019 était de 14,2%, soit 10 millions de personnes vivant avec un maximum de 1102€ par mois pour une personne seule et 2314€ pour un couple avec deux enfants de moins de 14 ans.

source: Challenges

 La montée brutale de l'inflation - pas loin de 14% sur un an des denrées alimentaires, sans compter la hausse des loyers - enfonce encore un peu plus des millions de personnes dans la pauvreté et donc les difficultés à s'alimenter, à se loger décemment.

Parmi ces populations considérées comme pauvres, il y a aussi des salariés précaires en CDD, voire sans contrat du tout, percevant des salaires scandaleusement bas ne leur permettant pas de vivre dignement. 

Notre pays doit se situer à la 5 ou 6ème place dans l'ordre économique mondial et malgré cela, nous avons au moins 10 millions de personnes qui n'arrivent pas à "joindre les deux bouts". 

10 millions de pauvres en France en 2019! 

Et cela n'a pas l'air de troubler plus que cela le Président qui, dans ses engagements de campagne de 2017 promettait "nous réduirons la pauvreté des personnes âgées".
Mais il serait vain de chercher le seul mot de pauvreté dans ses engagements de 2022.

Il est vrai qu'il croit dur comme fer à la fumeuse "théorie du ruissellement", mais dans la réalité du quotidien, c'est surtout la pauvreté pour ne pas dire la misère qui a ruisselé et qui ruisselle un peu plus chaque jour! 

@vincentdidier

Il est vrai qu'actuellement, il a "d'autres chats à fouetter": faire voter coûte que coûte le recul de l'âge de départ à la retraite à 64 ans, quitte pour cela à s'allier avec la frange la plus conservatrice de ce qui reste de la droite dite républicaine.
Il est tout aussi vrai, qu'à l'Assemblée Nationale, même cette droite se faisait prier tandis que les Insoumis et leurs "amis" se conduisaient comme des bonimenteurs de champ de foire!

La réputation de la classe politique ne sort pas grandie de ces débats malsains.

dessin de Chapatte (Le Temps)
 

Pas facile d'être président quand on s'accroche à des vieilles lunes, à des dogmes rétrogrades. Mais il est vrai également que c'était une de ses promesses de campagne qu'il tient à mettre en oeuvre.
Entre nous, s'il avait mis l'éradication de la pauvreté dans ses promesses de campagne et qu'il aurait eu la même  détermination, le même entêtement pour la faire voter, voilà qui aurait eu une autre "gueule", mais aussi une autre utilité, une autre efficacité. 

Il aurait été pour l'Histoire celui qui a supprimé la pauvreté en France alors qu'il ne sera que celui qui aura fait reculer le progrès social. Pour de vraies raisons dogmatiques et de fausses raisons économiques.

En attendant, les Restos du Coeur et les autres associations caritatives ont encore "du pain sur la planche."

Et la France, le pays des Droits de l'Homme et du Citoyen,  aura fait un pas de plus dans la régression sociale.



mardi 17 janvier 2023

le pourquoi du comment des gens: Narcisse Pelletier, "le sauvage blanc"

 

Narcisse PELLETIER

Il est des destins qu'ils ont ceci de particulier, c'est qu'ils sont complètement inattendus.

Celui de cet homme, Narcisse Pelletier, surnommé "le sauvage blanc", est de ceux-là.

 Il est né le 1er janvier 1844 à Saint-Gilles sur-Vie devenu depuis Saint-Gilles-Croix-De-Vie. 

C'est en lisant le très beau livre de Thomas Duranteau et de Xavier* Porteau que m'est venue l'idée de vous en dire un peu plus sur le parcours atypique de Narcisse Pelletier. 


 

Dans ce livre, l'histoire proprement dite est écrite par Constant Merlan qui a recueilli les confidences de Narcisse, une fois ce dernier revenu en France, quelque peu contre son gré.

 

 

À huit ans, ans il embarque comme mousse sur le sardinier de son grand-père, Pierre-Étienne Babin. 

Toujours comme mousse, il embarque ensuite sur plusieurs navires pour arriver à bord du Saint-Paul, à Bordeaux, qui doit livrer une cargaison de vin à destination de Bombay. De là, le navire rallie Hong-Kong où il récupère trois cents ouvriers chinois pour les conduire en Australie. 

Trajet de Narcisse jusqu'au naufrage (carte tirée du livre de Duranteau et Porteau)

Le voilier Saint-Paul est un solide trois mats, de 620 tonneaux, commandé par le capitaine Pinard*.
Ayant embarqué insuffisamment de vivres pour nourrir l'équipage et les "coolies" chinois, le capitaine va tenter de ravitailler dans des iles de la mer de Corail. Mais ce sont des contrées peu connues, donc mal cartographiées et le Saint-Paul va s'échouer sur un banc de corail le 11 septembre 1858.


Pinard va laisser les ouvriers chinois sur une ile et s'installe avec le reste de l'équipage sur l'ile Rossel où ils seront attaqués par des autochtones. Huit marins sont tués et le capitaine décide de quitter l'ile pour se diriger vers l'Australie dans une chaloupe. 

Les marins du Saint-Paul attaqués par les indigènes de l'ile Rossel (dessin tiré du livre)

 

En oubliant Narcisse Pelletier, parti à l'intérieur des terres chercher de l'eau douce.
Dans la lettre qu'il écrit à l'armateur propriétaire du Saint-Paul, le capitaine Pinard écrit: "Ce jour-là, ayant aperçu une goélette anglaise de 60 tonneaux, je parvins à la joindre avec huit de mes hommes, trois ayant succombé, le mousse ayant disparu. " (1)

 Isolé, seul dans la brousse, mourant de faim et de soif, Narcisse est recueilli par deux indigènes, assez âgés qui, le voyant si affaibli, lui donnèrent des fruits et de l'eau.

Loin d'être hostiles, ils le nourrirent et, en quelque sorte, très vite l'adoptèrent. 

La tribu dans laquelle Narcisse fut accueilli s'appelait "Ohantaala" et ne comptait qu'une trentaine d'hommes et à partir d'appellations complexes, la tribu faisait partie des "Cayen". Son père adoptif s'appelait Maademan qui rebaptisa Narcisse Amglo.

Il va vivre comme les Arborigènes pendant dix sept ans. Il apprendra et parlera leur langue, oubliant le français, sa langue maternelle. Son corps comportera de nombreuses traces de scarification et il aura même des percings au nez et aux oreilles.

Narcisse affirme qu'il a été fiancé avec une fille bien plus jeune que lui et n'avoir jamais été marié avec elle et donc ne pas avoir eu d'enfants. Ce que contredira une chercheuse australienne qui affirme qu'il a eu deux voire trois enfants. 

Donc, il s'est non seulement adapté à sa nouvelle identité, mais surtout il est devenu parfaitement arborigène, suivant les codes de la tribu, ses règles et ses traditions.

Le 11 avril 1875, Narcisse est découvert, par hasard, par des marins britanniques qui l'emmènent - ou plus exactement qui le kidnappent - à bord de leur bâtiment contre son gré.

Capture de Narcisse Pelletier (le journal illustré du 8 aout 1875)

 Le 30 mai 1923, J. Ottley qui l'a aidé et protégé, écrit "Il est également vrai que Narcisse lui-même n'avait aucun désir de quitter la tribu.(...) Bref son sentiment était évidemment que plutôt d'avoir été sauvé, il avait été kidnappé le 11 avril 1875."(2)

À Sommerset, en Australie où il avait été emmené de force, il tente à plusieurs reprises de s'évader, ne comprenant visiblement pas  la nouvelle vie qu'on lui imposait.

Dans cette même correspondance, J. Ottley écrit: "ce serait un jour diabolique pour son vieux capitaine, s'il avait le malheur de rencontrer le mousse qu'il avait abandonné des années auparavant. Pelletier ne cacha jamais son intention de le tuer s'il en avait eu l'opportunité." (3)

 

La première lettre de Narcisse à ses parents 

Au mois de mai 1875, il écrit une lettre à ses parents où il leur affirme qu'il est toujours vivant. Il est évident qu'il avait perdu quelque peu l'usage du français. Mais au contact des nombreux français qui résidaient à Brisbane, C. Merland affirme qu'il retrouve "entièrement la mémoire de sa langue". 

Ce qui est surprenant, même si les fautes d'orthographe étaient nombreuses, c'est que Narcisse savait toujours lire, écrire et même compter. 

À Nouméa, il prend place à bord d'un navire français qui le ramène à Toulon. À Paris, il sera hospitalisé à l'hôpital Beaujon pour des examens complémentaires: Narcisse Pelletier est en parfait santé!!!

Le 2 janvier 1876, il est de retour à Saint Gilles-sur-Vie où il est accueilli triomphalement.

Il obtient un poste de gardien de phare à St Nazaire, sur la côte nord de l'estuaire de la Loire et se marie en 1880 avec une jeune couturière de 22 ans, Louise Mabileau. (1857 - 1930)

Il meurt en septembre 1894, sans postérité.


 

Ce que le récit de  Constant Merlan nous apprend sur la vie de Narcisse Pelletier parmi les Arborigènes a ceci d'essentiel qu'il a retranscrit ce qu'a vécu le naufragé et au de-là de lui, le quotidien d'une tribu, sur ses traditions, ses rapports entre les individus, ses luttes quotidiennes pour se nourrir.
Narcisse est devenu un membre de cette tribu: il en a adopté le langage, les chants, les danses. Sans aucun doute, au milieu de ces arborigènes dont il était devenu l'un des leurs, sans aucun doute n'a t-il jamais eu l'envie de retourner d'où il venait.
Ses violentes protestations lorsque les marins britanniques l'ont enlevé sont là pour le prouver.

Des films, des livres, des manifestations festives, des conférences nous rappellent la mémoire de cet homme modeste et intelligent:

Narcisse PELLETIER, le sauvage blanc.

 

Loup Odoevsky-Maslov est l’initiateur du projet de restauration de la tombe de Narcise Pelletier (©L’Echo de la Presqu’île)




 


 







le podcast de France Culture, très bien documenté: https://podcloud.fr/podcast/une-histoire-particuliere-un-recit-documentaire/episode/narcisse-pelletier-laborigene-vendeen

http://www.vlipp.fr/articles/narcisse-pelletier-ou-comment-representer-l-histoire

 

 (1) in "la vraie histoire du sauvage blanc" de Thomas Duranteau et Xavier Porteau, édition Elytis, 2016, page 25.
(2) ibid page 142
(3) ibid page 147


 

 

15 jours en Chine ou le monumental en bandouilère (Suite 4)

  Le jardin d'été, à Pékin, relève, lui aussi, du monumental, même si ce monumental là se situe plutôt dans une certaine forme d'int...