mercredi 30 juillet 2014

"Un bon fils" de Pascal Bruckner.

Je n'ai pas de dispositions particulières pour la critique littéraire: c'est un exercice complexe, délicat, voire dangereux. Mais, une fois n'est pas coutume et je vais me laisser aller à vous parler, certes brièvement, du dernier ouvrage que je viens de lire: "un bon fils" de Pascal BRUCKNER, (éditions Grasset, 264 pages, 18€)
Pascal Bruckner
Il n'est pas inutile de préciser que ce livre est le premier que je lis de cet auteur. Même s'il n'y a pas de relation de cause à effet, je n'apprécie pas toujours ses positionnements politiques, même si je lui reconnais le courage de souvent "ramer" à contre courant d'une certaine orthodoxie bien-pensante.


Ce livre retrace les rapports de l'auteur avec ses parents, mais surtout ceux vécus tout au long de sa vie avec son père. Pour faire court, ce dernier est une véritable abomination à lui tout seul: un tyran, un persécuteur, un despote qui martyrise ceux qui vivent avec lui. Et en particulier, son fils unique, objet de toute sa hargne et de son mépris. 

Cet homme vivra jusqu'à 92 ans. Antisémite fanatique, il sera proche des nazis, jusqu'à être volontaire pour travailler en Allemagne et en tirera fierté. Raciste assumé, d'une méchanceté perpétuelle, bouffi de certitudes qui lui permettent de faire l'aller retour entre les extrêmes, c'est un homme tout entier dans la démesure, sauf que cette démesure est celle de la haine, de l'intolérance, du cynisme, pas vraiment éloignée de la folie, mais d'une folie quelque peu inconsciente.

Comment un fils peut-il réagir face à un tel père? Là résident l'intérêt, mais aussi l'ambiguïté de ce livre et de son auteur.

Enfant, dans ses prières, Pascal Bruckner souhaite la mort de son père: il implore Dieu, il "l'abjure" même. Il lui laisse même le choix de l'accident qui mettra fin à la vie de son géniteur.

Bien plus tard, quand son père, très malade, ne peut plus marcher, Bruckner le porte dans ses bras. Il est alors tenté de le laisser tomber, d'en finir. Et c'est ce qui se passe: il a lâché son père, involontairement. Aussitôt, il se sent coupable parce qu'il l'avait pensé.

Tout le livre tourne autour de cette relation équivoque, mais, entendons nous bien, équivoque dans un seul sens: celui fils - père.

L'auteur ne rompra jamais le lien. Même s'il restera des mois, voire des années sans contacts. Ses rares tentatives de révolte resteront lettres mortes. De son fait.

En réalité, il acceptera tout, les insultes, les grossièretés,  le mépris, la condescendance. Quand il annonce à son père qu'il a reçu un prix littéraire pour un de ses romans, ce dernier se demande "si le vote n'était pas truqué." Ou quand il lui présente sa compagne, rwandaise, le père lui lance un "si ça t'amuse" méprisant. Les exemples ne manquent pas. Et nous pouvons alors mieux comprendre le titre de l'ouvrage: Pascal Bruckner se considère, sans doute à juste titre, comme un bon fils.

Pourtant, cet homme, ce père ô combien abominable, se retrouve bouleversé quand, suite à un dysfonctionnement technique, il entend son fils au téléphone lui dire "je t'aime".

Et il y a aussi des moments de rémission, des discussions autour d'auteurs, Maupassant ou Zola; des repas de famille qui sont autant de bons moments.

Ceci explique sans aucun doute cela: Pascal Bruckner aime son père tout en le détestant. Ou déteste son père tout en l'aimant. Il y a de la psychanalyse là-dedans. Mais n'est pas Freud qui veut et je me garderai bien de m'engager sur ce chemin miné. 

Dans l'épilogue, Bruckner écrit: "Je n'ai qu'une certitude: mon père m'a permis de penser mieux en pensant contre lui. Je suis sa défaite: c'est le plus beau cadeau qu'il m'ait fait."

C'est là que réside, à mon sens, la puissance de ce livre: prendre de la force, de l'énergie, de la volonté dans ce qui aurait dû entrainer vers les gouffres de la médiocrité. C'est sans doute le message qu'a voulu nous faire passer Pascal Bruckner dans cet ouvrage, ouvrage que je vous recommande chaudement.

photo de P. Bruckner: Photo © Irmeli Jung / Grasset


Angèle-Cartier-couv-61-117x170.jpgpour mémoire: "Angèle Cartier", de Claude Bachelier, éditions Zonaires (www.zonaires.com)



dimanche 20 juillet 2014

les Poilus dans la Grande Guerre: de l'obéissance à la révolte







De l’obéissance à la révolte ...

Comme chaque jeudi dans la « salle des décors » du parc thermal d’Allevard, les Amis du Musée ont proposé une conférence dont le sujet cédait à la thématique du moment : la commémoration de la guerre 1914 - 1918.

Au pupitre, Claude Bachelier qui, avec beaucoup d’élégance et d’humanité, a abordé le sujet sous un angle original en donnant la parole aux acteurs de ce « suicide collectif de l’Europe ». Pour support, les carnets de Louis Barthas* (1879-1952) et le courrier des « poilus » (La poste aux Armées ayant été sans doute l’élément le plus performant de cette période)

Témoignages directs, bruts, avec bien sûr, l’auto-censure et la pudeur caractérisant les gens simples, mais aussi une analyse sans concession d’un quotidien Dantesque et inhumain ...

Le 2 Août 1914, un patriotisme sans faille, sans hésitation, anime les 3.800.000 hommes mobilisés. Une ombre à tout cela: le mépris et l’arrogance des autorités, l’insolence des embusqués (civils et militaires).

A la fierté de servir va succéder la rancœur, des mouvements de désobéissance collective et quelque fois la révolte. Des notions nouvelles vont apparaitre: insoumissions et mutinerie, les "fusillés pour l’exemple"; les actes de fraternisation, si souvent évoqués, restent cependant anecdotiques. Dans un climat de peur permanente, c’est l’incertitude du sort des uns et des autres, un traumatisme insurmontable et pour tous une même souffrance !

Dominique VOISENON  (publié ici avec son aimable autorisation)

dimanche 22 juin 2014

bientôt...




François Rettaz, écrivain public, nous raconte Angèle Cartier. Née avec le siècle, elle s’était rêvée institutrice. Mais la Grande Guerre, cette horreur sans nom, a balayé ses espérances. Elle a révélé une femme qui, derrière une fragilité apparente, était en réalité une femme de caractère, à la volonté inébranlable. Il lui fallait bien cela alors que la vie ne lui laissait d’autres choix que de se battre, encore et encore.


Durant des années Claude Bachelier a parcouru le monde sur terre comme en mer et puis voilà qu’après avoir franchi détroits et caps, traversé gorges et défilés, il prend la plume pour raconter la vie, le quotidien de gens qui ne sont pas des héros, qui ont ce petit plus qui les rend si différents et qu’un jour, peut-être, il a croisé sans les voir.

Angèle Cartier un roman de Claude Bachelier, 158 pages, 15 € (frais de port 2€)
Parution le 2 juillet 2014   ISBN 978-2-9543796-6-1
Souscription avant parution : les frais de port sont offerts Bon de commande
www.zonaires.com

mardi 3 juin 2014

travailler plus....

le barman du café littéraire Calipso a proposé d'écrire un court texte à partir d'une brève, parue dans la presse. Je me suis empressé de prendre ma plume.

En 2007, Jackie avait entendu un candidat à la présidentielle affirmer qu’il fallait « travailler plus pour gagner plus ». Même à cette époque, pourtant, Jackie aurait bien voulu travailler tout court pour gagner plus que le RSA. Parce que cela faisait presque deux ans qu’il pointait à l’ANPE, et sans ce RSA et sans ses parents, il se serait retrouvé à la rue puisque ses droits à indemnités étaient épuisés depuis belle lurette. Ce slogan débile, balancé par des gens qui ignoraient tout de ce qu’est la galère le mettait hors de lui.

Avant que de se retrouver au chômage, il était magasinier dans une petite entreprise. Sauf que son patron ne payait ni ses fournisseurs ni l’URSSAF et que l’entreprise a donc fait faillite. Cela juste au moment où tout s’est déréglé dans le monde parce que des gens sans scrupules avaient joué avec l’argent des autres et qu’ils avaient perdu. Enfin, perdu, c’est beaucoup dire, car ces gens-là savent toujours se sortir des situations les plus périlleuses, même et surtout s’ils en sont à l’origine.

Toujours est-il que Jackie a pris le chemin de l’ANPE, comme des milliers d’autres, victimes eux aussi des prédateurs de la finance.

Et quand il y a un poste libre pour cent types qui cherchent un boulot, il y en a forcément quatre-vingt-dix-neuf qui restent sur le carreau. Et il a souvent fait partie de ces quatre-vingt-dix-neuf là. Alors, travailler plus pour gagner plus, faut-il encore avoir un boulot !

Dans le même temps, il s’est fâché avec sa copine et, faute de logement, il est retourné vivre chez ses parents. Parce que non seulement, le moindre appartement était hors de prix, mais aussi parce que les propriétaires exigeaient des garanties impossibles à fournir.

Il allait au moins une fois par semaine à l’ANPE, puis à Pôle Emploi. En effet, des gens savants avaient décidé que changer de nom et de structures serait plus efficace et moins cher. Pour ce qui est de l’efficacité, c’était plutôt raté : de moins en moins de boulots proposés et peu de budgets pour les formations. Quant au « moins cher », là aussi, c’était raté, car les économies attendues n’ont pas été au rendez-vous, même si plusieurs centaines de postes ont été supprimés.

Il a bien eu quelques boulots par les boites d’intérim, mais pas de quoi faire bouillir correctement la marmite.

Chez ses parents, Jackie se faisait discret et aidait sa mère pour les tâches ménagères et les courses dans les magasins. Il passait beaucoup de temps devant la télé ou l’ordinateur de son père.

Il a ainsi pu voir et entendre tous ces messieurs dames du « travailler plus pour gagner plus » dénoncer, la main sur le cœur, ceux qu’ils appelaient des profiteurs et des tricheurs, à savoir les chômeurs, lesquels chômeurs selon eux, mettaient en péril le système social français, dont ils étaient, évidemment, les plus ardents, les plus sincères et les plus efficaces défenseurs !!! Quand il entendait ces gens déclamer leurs discours hypocrites, il lui arrivait d’avoir des envies de tout casser, de foutre en l’air cette société faux-cul.

Jackie n’avait pas fait d’études et ne comprenait pas grand-chose à l’économie. Les débats qu’il avait suivis à la télé ou les articles qu’il avait lus sur internet l’avaient découragé de la chose économique. Personne ne prenait la peine d’expliquer simplement ce qui, sans doute, était compliqué. Comme s’il fallait rester entre gens qui savent.

Pourtant, il se disait qu’il y avait peut-être une solution à ce chômage : au lieu de faire travailler plus ceux qui avaient déjà un job, il serait peut-être bien de les faire travailler un peu moins, tout en les payant autant. Les boulots ainsi libérés pourraient être donnés à ceux qui, comme lui, pointaient à Pôle Emploi. Mais des tas de gens savants, d’économistes distingués, de politiques aussi honnêtes que chevronnés, avaient décrété que « l’économie, ça ne marche pas comme ça », et que de toute façon, il n’y avait qu’une chose à faire, et une seule : « se réformer », donc se serrer la ceinture ! La France vivait au-dessus de ses moyens, affirmaient-ils. Et les Français aussi.



Brève, mai 2014

La Suède expérimente de travailler moins pour gagner autant. Rappel : en Suède : chômage : 8,1% ; croissance : 3%

dimanche 27 avril 2014

Manuel Valls à la messe


Manuel Valls, Premier Ministre de la République Française, "indivisible, laïque, démocratique et sociale" (article  premier de la Constitution) (1) s'est rendu le dimanche 27 avril 2014, au Vatican pour assister à la canonisation de deux anciens papes. Si une cérémonie est bien marquée du sceau de la religion, c'est bien celle-là. Ne serait-ce que par la présence de milliers - de millions?- de catholiques venus de tous les continents pour y assister.

Nous pouvons donc légitimement nous interroger sur la présence à cette cérémonie du deuxième personnage de l'Etat. D'autant que nous avons un ambassadeur au Vatican et que sa seule présence était largement suffisante.

Pour ma part, je suis scandalisé par ce déplacement de Manuel Valls à un évènement strictement religieux et destiné uniquement aux croyants.

Depuis belle lurette, la France n'est plus "la fille ainée de l'église". Et on ne peut que s'en féliciter. La loi de 1905, dite "loi de séparation des églises et de l'Etat" a fixé les limites du spirituel et du temporel, de sorte que l'un n'empiète pas sur l'autre, et réciproquement. Aujourd'hui, alors que certains communautarismes religieux reprennent de la vigueur, cette loi nous protège des intégrismes et donc de l'obscurantisme.

La présence du Premier Ministre à Rome laisse entendre que la France reste associée aux affaires de l'église. Non seulement associée, mais partie prenante. Un peu comme si la canonisation de ces deux papes avait quelque chose à voir avec notre pays. Ce qui n'est bien sûr pas le cas, ce bâton de maréchal accordé à ces religieux étant une affaire strictement et uniquement catholique. Imagine t-on un instant le pape assister à Paris à une cérémonie d'accueil de l'un de nos grands hommes au Panthéon? Bien sûr que non, l'ambassadeur du Vatican (le nonce apostolique) étant sur place pour le représenter.

Et puis, comme beaucoup, je n'ai pas la mémoire courte: en 2011, lorsque François Fillon alors Premier Ministre, s'étant rendu à la cérémonie de béatification de Jean Paul II, le Parti Socialiste avait trouvé "cette présence choquante" et n'avait pas eu de mots assez durs pour la dénoncer. Aujourd'hui, silence radio! Je suis allé sur le site du PS: pas un mot, pas une ligne! Comme si Manuel Valls avait passé cette journée de dimanche en famille ou travaillé à son bureau. Ce que, de toute évidence, il aurait dû faire.

Oui, la présence de Manuel Valls à Rome est choquante. Tout comme l'était celle de François Fillon. Tout comme l'est la présence des plus hauts représentants de l'Etat aux réunions du Conseil Représentatif des Institutions Juives (CRIF) ou de l'Union des Organisations Islamiques de France (UOIF) ou du Conseil Français du Culte Musulman (CFCM).

Il est vrai, hélas, que mises à part quelques décisions sociétales, certes d'importance, la politique menée aujourd'hui peut se calquer aisément sur celle du précédent quinquennat. Nous avons changé de président, mais pas de politiques. Manuel Valls à Rome pour la canonisation de Jean XXIII et de Jean Paul II en est la détestable illustration.

Je ne le répèterai jamais assez: la France ne renie rien de son passé, fût-il religieux. Pour autant, la France est un pays laïque et, comme tel, doit se tenir à distance des religions. De toutes les religions. Parce que comme l'affirme l'article 1er du la loi de séparation des églises et de l'Etat; "La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l'intérêt de l'ordre public."

Comme le dit l'adage populaire: "chacun chez soi et les vaches seront bien gardées"

(1) in "la Constitution", introduite et commentée par Guy Carcassonne, page 41, éditions du Seuil, collection "Points Essais", 9ème édition 2009.

samedi 29 mars 2014

le LIVRE INTER 1994.

les jurès 1994 et l'équipe de France Inter
les jurés et l'équipe de France Inter (suis en haut, 4ème à partir de la gauche

le 24 mars 1994, je recevais un courrier de Jean Marc STRICKER, de France Inter, m'annonçant que j'étais sélectionné pour être juré pour la vingtième édition du Livre Inter.


BOBER Robert @John Foley
Robert Bobert @John Foley
Pour mémoire, ce jury est composé de 24 auditeurs, 12 hommes, 12 femmes. 

Son originalité, son particularisme résident dans le fait qu'aucun des jurés ne fait partie du monde littéraire ou éditorial et que de ce fait, le roman primé ne subit aucune influence extérieure et qu'il l'est uniquement par le choix de lecteurs anonymes et désintéressés.

Après trois tours de scrutin, ce fut l'ouvrage de Robert BOBER*, "quoi de neuf sur la guerre?" qui fut couronné. Un personnage tout en discrétion, humble et sympathique. Avec ne belle écriture, simple mais exigeante.


Ce fut pour moi une superbe expérience. 

Tout d'abord, il m'a fallu écrire une lettre de "motivation" où il s'agissait de parler de soi, sans tomber dans le "moi-je". Où il fallait parler des livres, de la littérature, de ce qui me les faisait aimer, ou détester. 
Puis de lire avec une attention soutenue dix romans aux styles, aux écritures différents, parfois antagonistes. A cette époque, je n'étais pas vraiment un lecteur de romans et cela m'a obligé à être plus attentif, voire plus exigeant sur mon propre regard sur cette forme littéraire. 
Choisir ensuite le roman, celui que j'allais devoir défendre à Paris, face à vingt trois autres jurés. Et enfin, les débats parfois vifs, souvent passionnés pour faire triompher l'auteur et son oeuvre que chacun d'entre nous avions choisi.

Oui, vraiment ce fut une belle expérience, un moment qui rend la vie plus belle, plus enrichissante.

Quitte à me répéter encore et encore, j'aimerais que quelqu'un(e) de mon entourage ose tenter cette aventure. Mais aucun(e) ne franchit le Rubicon. Leurs raisons sont multiples et toutes respectables. Sans doute, parfois, j'ai l'air d'insister, un peu lourdement.

 Mais bon, vous savez toutes et tous que je suis un adepte de ce que disait Danton: "de l'audace. Encore de l'audace. Toujours de l'audace"


voir mon blog de avril 2009: www.panissieres.blog.lemonde.fr/2014/03/28/le-livre-inter-1994/

mardi 4 février 2014

la République en danger!!!


Non, ce n'est pas un titre provocateur. Parce que j'ai vraiment le sentiment que La République, NOTRE République, laïque et démocratique, est gravement remise en cause par des groupes factieux, les mêmes qui, dans les années 30, rêvaient de la tuer, avant que de collaborer, pour la majorité d'entre elles,  avec l'occupant nazi. C'étaient le Parti Social français,* les Jeunesses patriotes,* le Parti franciste,* Action française,* Solidarité française.* Il y en a bien d'autres, hélas, qui avaient les mêmes socles idéologiques et qui ont suivi les mêmes chemins collaborationnistes.

Quels étaient les socles idéologiques de ces ligues ou des ces partis? Tout d'abord, une même haine, un même rejet de la République, de la Démocratie, mais aussi de la gauche. Ajoutons à cela les juifs, les francs maçons, les syndicats, la presse et les étrangers.

Leurs moyens d'action? Les manifestations violentes, les campagnes de presse d'une brutalité inouïe, les mensonges, les calomnies, les insultes anti sémites et racistes dont sont victimes les leaders de la gauche. A commencer par Léon Blum, Président du Conseil après la victoire du Front Populaire en mai 1936.

Ainsi, Xavier Vallat,* futur commissaire aux questions juives du gouvernement Pétain, n'hésite pas à déclarer le 6 juin 1936 à la tribune de l'Assemblée Nationale: "Votre arrivée au pouvoir, Monsieur le Président du Conseil, marque incontestablement une date historique. Pour la première fois, ce vieux pays gallo-romain va être gouverné par...
Il est alors interrompu par Edouard Herriot,* président de l''Assemblée: "prenez garde, Monsieur Vallat"
Et Vallat de poursuivre: "... par un juif. J'ose dire à haute voix ce que le pays pense en son for intérieur. il est préférable de mettre à la tête de ce pays un homme ... dont les origines appartiennent à son sol plutôt qu'à un subtil talmudiste." (1)

Il y a, à cette époque, une ultra droite, proche des gouvernements fascistes, telles l'Italie de Mussolini ou l'Allemagne d'Hitler. Elle est particulièrement active et occupe le champ politique bien au-delà de la droite classique ou de l'extrême droite. Pour Pierre Milza,  "la radicalisation qui s'opère à la faveur de la crise n'a pas seulement pour effet de gonfler les effectifs des mouvements d'extrême droite. Elle tend à gommer les différences et à favoriser le rapprochement entre ces organisations activistes et toute une fraction de la clientèle et des cadres de la droite "classique" ... la radicalisation et la pénétration des formations les moins politisées par des éléments reliés aux courants activistes s'effectuant à la faveur d'une situation de crise." (2)

A cette époque donc, crise politique majeure. La classe politique elle même était fragilisée par une succession de scandales financiers dans lesquelles bien des élus étaient impliqués. Ajoutons à cela une gouvernance délicate soumise aux caprices des partis politiques: est-il besoin de rappeler qu'entre 1930 et 1940, VINGT DEUX gouvernements, oui, VINGT DEUX, se sont succédés. Difficile de faire mieux en termes d'instabilité ministérielle, synonyme d'impuissance politique.

Est-ce à dire que la situation politique que nous vivons aujourd'hui a quelque chose à voir avec cette époque troublée? Mis à part l'instabilité ministérielle, je réponds oui sans hésiter. Une crise économique mondiale, conséquence de la cupidité et de l'incompétence du monde financier; des hommes politiques, et pas des moindres, accusés de fraudes, de corruption, de prévarication, ayant pour conséquences le rejet de la classe politique en général et des différents gouvernements en particulier ; la montée de partis extrémistes et nationalistes, partout en Europe; la mise en cause de la légitimité du pouvoir politique pourtant élus démocratiquement en 2012 et, partant, de certaines lois votées par le Parlement, telle celle du mariage pour tous.

La remise en cause de cette loi a ouvert la porte à toute une série de revendications portant à la fois sur des choix de société et sur des choix individuels. S'agrègent autour de ces remises en cause une myriade de revendications portées par des groupes vite noyautés, submergés par des organisations dont l'idée démocratique est le cadet de leur souci. Et parmi celles-là, les plus connues: Action française, Civitas, Egalité et Réconciliation. Pour la première, la République est une "gueuse". Pour la seconde, retour à la primauté du religieux dans la vie de tout un chacun. Pour la troisième enfin, un pouvoir fort débarrassé des idéaux démocratiques. Le tout emballé dans du papier cadeau respectable et bien élevé. 

Mais ne nous y trompons pas: une fois le papier cadeau écarté apparaitra alors le vrai visage de ces gens-là, celui de la haine, de l'intolérance et de la folie meurtrière. Le même que ceux de leurs inspirateurs et références historiques. La manifestation du 26 janvier 2014 n'est pas si loin: chacun a pu voir et entendre ces hordes haineuses reprendre les mêmes slogans, répéter les mêmes violences que leurs mentors politiques des années 30. Il ne leur manquait que les chemises brunes ou noires.

Oui, si nous n'y prenons garde, la République est en danger. A cause de ces mouvements à vocation factieuse qui profitent, non seulement des faiblesses d'un gouvernement trop souvent incohérent et qui donne l'impression de ne pas savoir où il va, mais aussi, mais surtout de notre apathie, de notre indifférence, voire de notre lâcheté.

Pour conclure, qu'on me permette une anecdote. En 1979, lors des premières élections européennes au suffrage universel, j'ai entendu l'interview du Président allemand du parlement européen de l'époque qui disait à peu près ceci: " dans les années 30, nous étions jeunes et insouciants et n'avions pour la classe politique que dédain et mépris. Nous préférions alors regarder ailleurs, refusant ainsi de voir les nazis qui s'imposaient dans la vie politique faute de réels opposants. Notre indifférence, notre cynisme et finalement notre lâcheté les ont amené au pouvoir." A quelques mots près, c'est ce qu'il a dit. Et je me fais la réflexion que c'est peut-être ce que nous sommes en train de vivre.

Alors, oui, la République est en danger!!


* clic sur le lien

(1). in "Léon Blum" de Jean Lacouture, éditions du Seuil, collection Histoire, 1977, page 298.

(2). in "Histoire de l'extrême droite en france", sous la direction de Michel Winock, éditions du Seuil, collection Histoire, 1993, pages 157 et 159.

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