mardi 28 juin 2022

Le pourquoi du comment des choses: la dissolution de l'Assemblée Nationale, un peu d'histoire

 Depuis le 13 juin et en l'absence de majorité absolue à l'Assemblée Nationale au lendemain du second tour des élections législatives, nous avons souvent entendu à la radio ou lu dans la presse écrite le mot dissolution. 


C'est-à-dire le fait par le Président de la République, après consultation du Premier Ministre et des Présidents des deux chambres, de renvoyer prématurément les députés nouvellement élus ou pas et d'organiser de nouvelles élections législatives, comme il est prévu par l'article 12 de la Constitution qui stipule: "le Président de la République peut, après consultation du Premier Ministre et des Présidents des assemblées, prononcer la dissolution de l'Assemblée Nationale." (1)

Crévera ! Crévera pas !
Le nuage noir de la dissolution, caricature d'Honoré Daumier, série « Actualités » dans Le Charivari, le .

En effet, faute de cette majorité absolue et devant le refus des oppositions de voter, même au cas par cas, les lois proposées par le gouvernement, il y a blocage institutionnel. Dès lors, que se passe t-il? Pour ma part, je n'en sais rien. Ou plutôt si: puisque personne ne veut bouger, gouvernement comme oppositions, il faut trancher dans le vif et retourner demander au peuple ce qu'il veut. Enfin, à celles et ceux du peuple qui veulent bien se donner la peine de se déplacer pour voter et de choisir entre les différentes options que proposent les partis politiques. À ma connaissance, en Démocratie, c'est la règle.

Que l'on me comprenne bien: il ne s'agit pas ici de prédire l'avenir politique et d'affirmer qu'il y aura ou aura pas de dissolution de l'Assemblée Nationale. 

Je vais me contenter ici de livrer quelques explications sur ce qu'est la dissolution de l'Assemblée Nationale.

Mais, à quand remonte cette procédure et a t-elle été souvent mise en oeuvre?

Elle était inscrite pour la première fois dans la Constitution de l'AN X:

Le Sénat, par des actes intitulés sénatus-consultes, […] dissout le Corps législatif et le Tribunat ; »

— Extrait de l'article 55 du sénatus-consulte organique de la Constitution du 16 thermidor an X (4 août 1802).

Puis ensuite dans la Charte de 1814, lors de la première Restauration:

« Le Roi convoque chaque année les deux Chambres ; il les proroge, et peut dissoudre celle des députés des départements ; mais, dans ce cas, il doit en convoquer une nouvelle dans le délai de trois mois. »

— Article 50 de la charte constitutionnelle du 4 juin 1814.

  

DEUX dissolutions sous le règne de Louis XVIII et QUATRE sous celui de Charles X

 Sous la monarchie de Juillet:

« Le Roi convoque chaque année les deux Chambres : il les proroge et peut dissoudre celle des Députés ; mais, dans ce cas, il doit en convoquer une nouvelle dans le délai de trois mois. »

— Article 42 de la charte constitutionnelle du 14 août 1830.

 

SIX dissolutions sous le règne de Louis Philippe 1er

Sous la II ème République, l'Assemblée Nationale issue de la VII ème législature de la Monarchie de Juillet est dissoute par le Gouvernement provisoire le début de la Révolution de février 1848 et le renversement du "roi bourgeois".

Sous Louis Napoléon Bonaparte, président de la République:

« Le président de la République convoque, ajourne, proroge et dissout le Corps législatif. En cas de dissolution, le président de la République doit en convoquer un nouveau dans le délai de six mois. »

— Article 46 de la constitution du 14 janvier 1852.

 

Sous Napoléon III, empereur des Français:

« L'empereur convoque, ajourne, proroge et dissout le Corps législatif.

En cas de dissolution, l'empereur doit en convoquer un nouveau dans un délai de six mois.

L'empereur prononce la clôture des sessions du Corps législatif »

— Article 35 du sénatus-consulte du 21 mai 1870 fixant la Constitution de l'Empire.

 

UNE dissolution sous le Second Empire

 Sous la III ème République:

« Le Président de la République peut, sur l'avis conforme du Sénat, dissoudre la Chambre des députés avant l'expiration légale de son mandat.

En ce cas, les collèges électoraux sont convoqués pour de nouvelles élections dans le délai de trois mois. »

— Article 5 de la loi constitutionnelle du 25 février 1875 relative à l'organisation des pouvoirs publics.

DEUX dissolutions sous la III ème République 

 


Sous la IV ème République (Constitution définitive du 27 octobre 1946:
 Si, au cours d'une même période de dix-huit mois, deux crises ministérielles surviennent dans les conditions prévues aux articles 49 et 50, la dissolution de l'Assemblée nationale pourra être décidée en Conseil des ministres, après avis du président de l'Assemblée. La dissolution sera prononcée, conformément à cette décision, par décret du président de la République.

Les dispositions de l'alinéa précédent ne sont applicables qu'à l'expiration des dix-huit premiers mois de la législature. »

— Article 51 de la constitution de 1946.

 UNE dissolution sous la IV ème République 

 Sous la V ème République:

« Le Président de la République peut, après consultation du Premier ministre et des Présidents des assemblées, prononcer la dissolution de l'Assemblée nationale  

à ce jour CINQ dissolutions sous la V ème République

 Dans ce lien* plus de précisions sur les différentes dissolutions énumérées ci-dessus.

En partant du 17 juin 1789, date de la 1 ère Assemblée Constituante jusqu'aux dernières législatives de juin 2022 et y compris les diverses législatures uniques, nous comptons 64 législatures.
Ce qui me semble assez peu si l'on prend en compte les différents régimes, du Consulat à la République en passant par l'Empire ou la Monarchie Constitutionnelle.

Et sur ces 64 législatures, depuis 1802, VINGT DEUX dissolutions. Avec de grands écarts suivant les régimes: deux sous la III ème République mais six sous la Restauration et six sous la Monarchie de Juillet.

On peut se demander pourquoi les différents rédacteurs des Chartes ou des Constitutions ont toujours inclus une possibilité de dissolution de la Chambre des députés ou de l'Assemblée Nationale.

Sans rentrer dans le détail, les différents gouvernements ont le plus souvent été responsables devant les députés, ce qui signifie que ces derniers pouvaient renverser le gouvernement. Et donc, dans un régime parlementaire, le chef de l'État ou du gouvernement pouvait, en cas de désaccords, dissoudre l'Assemblée et porter le différent devant les électeurs.

Michel Debré*, l'un des rédacteurs de la Constitution de la V ème République ne dit pas autre chose devant le Conseil d'État le 28 août 1958:
« Est-il besoin d'insister sur ce que représente la dissolution ? Elle est l'instrument de la stabilité gouvernementale. Elle peut être la récompense d'un gouvernement qui paraît avoir réussi, la sanction d'un gouvernement qui paraît avoir échoué. Elle permet entre le chef de l'État et la nation un bref dialogue qui peut régler un conflit ou faire entendre la voix du peuple à une heure décisive. "

Dans les prochaines semaines ou les prochains mois, nous allons, collectivement, observer comment nos politiques s'entendent ou ne s'entendent pas pour gouverner, proposer, s'opposer, en un mot comme en cent pour sortir de l'impasse dans laquelle nous semblons être. 

Pour paraphraser qui vous savez: 

"dissolution or not dissolution, that is the question?" 


 

l'Assemblée Nationale


ps: il va sans dire que je me suis beaucoup inspiré d'internet en général et de Wiki en particulier... Mais c'est mieux en le disant...


 

(1) in La Constitution" introduite et commentée par Guy Carcassonne, neuvième édition, 2009, Éditions du Seuil, collection Points, page 101.


mardi 31 mai 2022

New York City, la célèbre banlieue des Panissières.

 Voilà près de trois longues années que je n'étais pas retourné dans notre célèbre banlieue. 

Nous sommes arrivés en fin d'après midi et avons mis une petite heure pour rejoindre notre hôtel situé dans la 24ème rue, entre la 7ème et 8ème avenue. 

Dans le taxi qui nous emmenait, le regard se pose quasi instinctivement vers le sud de Manhattan et, comme à chacun de mes passages, nombreux depuis 2001, il y a en moi ce mélange de chagrin et de colère. Au moins symboliquement, la "Freedom Tower", aussi superbe soit-elle, ne remplacera jamais les "Twins Towers".

The Freedom Tower

Notre chambre, au 23ème étage d'une tour qui en compte 50, nous  permet de voir l'Empire State Building qui fut, en son temps, le "gratte ciel" le plus haut au monde. 

l'Empire State Building, le soir, éclairé aux couleurs de la France


Nous pouvons aussi constater que de nouvelles tours ont été construites et que d'autres sont encore en chantier. Les promoteurs, les architectes et tous les métiers du bâtiment ont de quoi s'occuper...



 




Comme dans toutes les grandes villes du monde, la circulation new-yorkaise  se fait au ralenti, que du très classique en somme.
Bien des conducteurs sont des "accrocs" au klacson: le moindre retard au démarrage quand le feu passe au vert déclenche un concert aussi rageur qu'inutile. 
 



J'ai remarqué - tout bêtement parce que on ne les entend pas - un grand nombre de voitures électriques, de gros SUV, mais aussi des modèles de moyennes gammes: beaucoup de japonaises, Honda, Toyota, Mitsubishi ou Lexus. Mais aussi Ford, Lincoln ou General Motors et bien sûr Tesla. 


Certes, NYC n'est pas les États Unis, mais il me semble malgré tout que, là-bas, le virage de la propulsion électrique est amorcé, bien plus tôt et plus rapidement que chez nous.

Le bruit est une constante de la ville: ne dit-on pas que "New York ne dort jamais" ?
Et dans ces bruits, il y a les sirènes des pompiers, des policiers ou des ambulances. Une sirène perçante, qui vrille les tympans.
Même si c'était le cas auparavant, les pompiers new-yorkais sont, depuis le 11 septembre 2001, considérés comme des héros: ils sont regardés avec respect, admiration et une grande envie, surtout chez les plus jeunes.
Quand ils interviennent quelque part, tout est réglé, minuté et chacun a son rôle bien précis. Il est vrai que pour n'importe quelle intervention, l'amateurisme n'a pas sa place.




Un autre phénomène m'a beaucoup impressionné: l'obésité. Dans les rues, dans les magasins, j'ai croisé un nombre impressionnant de personnes en surpoids, certaines énormes, hommes et femmes confondus. Il n'est pas difficile d'imaginer que le quotidien de ces personnes ne doit pas être bien facile.


Depuis que je vais aux USA, pas loin de 30 ans, j'ai souvent remarqué que les Américains sont de grands consommateurs de café qu'ils boivent brulant ou tiède ou glacé. Dans la rue, on pouvait les voir déambuler avec un mug, en carton.


Et puis, il y a eu une évolution: si le café était toujours présent, dans l'autre main, est apparu le téléphone portable et souvent, la laisse du chien sur laquelle il y a le petit paquet de sachet dans le cas où: il faut dire qu'une amende de 300 dollars si le canidé s'oublie sur le trottoir et que le maitre ou la maitresse n'a pas le petit sac adéquate, une telle amende est dissuasive. Et donc, on peut marcher sur les trottoirs de NYC sans crainte que nos pieds y fassent de mauvaises rencontres. 


L'évolution suivante a vu, dans une main, le café ou surtout le soda et dans l'autre, encore et toujours le téléphone.
Comme si les sodas leur étaient devenus indispensables. Sodas sucrés, bien sûr. Si on ajoute à cela, une nourriture riche en graisse et en sauces où le sucre n'est jamais totalement absent, on peut comprendre l'obésité croissante d'une certaine population américaine.
Bien évidemment, c'est un peu réducteur comme explication et elle n'est certainement pas la seule. Mais, cependant, on ne peut l'exclure totalement. 

Les quatorze avenues qui traversent Manhattan sont appelées "canyon": en effet, elles traversent la presqu'ile du nord au sud en ligne droite sur près de onze kilomètres pour la plus célèbre d'entre elles: la 5ème avenue ou "Fifth avenue".
Les photos ci-dessous démontrent plus qu'un long discours ce qu'est un "canyon" new-yorkais.






 
Times Square le soir

Nous avons passé la fin de la semaine dans la maison de campagne d'amis, à un peu plus d'une heure du centre de NYC, dans le New Jersey.
Nous avons loué une Honda, pas électrique, et avons roulé une soixantaine de kilomètres sur une autoroute à quatre puis à trois voies. La vitesse était limitée à 50 ou 60 miles et il faut bien reconnaitre qu'à part moi, et encore pas toujours, pas grand monde la respectait.
Une de ces caractéristiques de ces autoroutes, c'est que chacun roule dans la file qui lui plait, poids lourds compris. On peut ainsi rouler sans problèmes sur la file de gauche, au milieu ou à droite. Au choix, sachant que la vitesse n'a rien à y voir. On peut donc être doublé ou doubler sans que personne n'y trouve à redire. Enfin, presque personne...

La maison de nos amis est en pleine forêt, au calme. Nous y avons été accueilli par un ours, nullement agressif, plutôt peureux. Un habitué qui ne manque jamais de venir "saluer" nos amis lorsqu'ils arrivent. Il faut quand même préciser qu'il est quelque peu intéressé car ils lui laissent un peu de nourriture...



C'est une maison typiquement américaine: ossature bois, bardeaux canadiens, conduits de cheminée extérieurs en pierre, terrasse en bois. Il ne manque que la balancelle.


Il y a également un bassin où notre amie vient méditer tout en nourrissant ses carpes koï, de belles bêtes mises à l'abri du héron affamé par un filet.

Et puis, de tout petits écureuils appelés là-bas chipmunk*, familiers, agiles, rapides, toujours en mouvement et grands amateurs de cacahouètes que notre hôtesse leur distribue sans compter. N'ayant à priori pas de prédateurs, ils  sont de plus en plus nombreux.
Il accumule ses provisions pour l'hiver, quand il s'enfermera dans son terrier, de novembre à février.



Une semaine à NYC, c'est court, comme si le temps y passait plus vite qu'ailleurs. Peut-être parce que tout nous y parait plus rapide, que les gens dans les rues, dans le métro nous semblent toujours plus pressés.

Sans doute aussi que notre banlieue, certes célèbre, n'a pas la beauté grandiose de nos montagnes et la sérénité discrète de notre village.

 

 


vendredi 25 mars 2022

La tête de Léon Gambetta ou le pourquoi du comment des choses.

 

Léon Gambetta: 1838 - 1882

Le 2 septembre 1870, Napoléon III est fait prisonnier à Sedan par les troupes prussiennes, commandées par le roi Guillaume de Prusse. 

Le 4 septembre 1870, Léon Gambetta annonce la déchéance de l'empereur et proclame la République au balcon de l'Hôtel de Ville de Paris. 

Le gouvernement provisoire:








Alors que les troupes prussiennes marchent vers la capitale, Gambetta, Ferry, Favre et neuf députés parisiens refusent la défaite, constituent le gouvernement de la Défense Nationale et organisent la résistance à l'occupation prussienne.
Avant que Paris ne soit totalement encerclé, Gambetta quitte la capitale en ballon pour organiser la résistance à partir de Tours.
Victor Hugo, alors âgé de 68 ans, qui a assisté à ce départ, a ainsi décrit la scène:

"On chuchotait dans la foule : Gambetta va partir. J’ai aperçu, en effet, dans un gros paletot, sous une casquette de loutre, près du ballon jaune, dans un groupe, Gambetta. Il s’est assis sur un pavé et a mis des bottes fourrées. Il avait un sac de cuir en bandoulière. Il l’a ôté, est entré dans le ballon, et un jeune homme, l’aéronaute, a attaché le sac aux cordages, au-dessus de la tête de Gambetta.

Il était dix heures et demie. Il faisait beau. Un vent du sud faible. Un doux soleil d’automne. Tout à coup le ballon jaune s’est enlevé avec trois hommes dont Gambetta. Puis le ballon blanc, avec trois hommes aussi, dont un agitait un drapeau tricolore. Au-dessous du ballon de Gambetta pendait une flamme tricolore. On a crié : Vive la République !"


 Gambetta ne put empêcher ni la défaite française, ni l'élection à Bordeaux d'une assemblée en majorité monarchiste. 
 
Voyageant à travers la France pour propager les idées républicaines, il fut alors surnommé "le commis voyageur de la République."

Élu député de la Seine en juillet 1871, il est réélu à Paris aux législatives de février 1876.
Si les républicains remportent très largement les élections législatives de mars et février 1876 (393 députés sur 533), il n'en demeure pas moins que le maréchal de Mac Mahon, monarchiste, est toujours président de la République. Entretemps, Gambetta convainc les députés de gauche de voter les Lois Constitutionnelles de février et mars 1875.*

Gambetta devient le principal opposant au président Mac Mahon. En mai 1877, il s'oppose aux demandes de la hiérarchie catholique demandant au gouvernement de soutenir le pape, mais aussi aux doctrines ultramontaines* qui revendiquent la subordination de l'autorité civile aux autorités ecclésiastiques. Son discours, resté célèbre, se termine sur: "le cléricalisme? Voilà l'ennemi!"


Il sera ensuite président de l'Assemblée Nationale, puis président du Conseil en novembre 1881. Pour "la petite histoire", un ministère de l'art est créé, ce qui représente, pour cette époque, une nouveauté importante. 
Son gouvernement est renversé le 30 janvier 1882.

Rongé par l'asthme et le diabète, il meurt le 31 décembre 1882.

 Officiellement, son décès est dû à un cancer de l'intestin. Mais pour des raisons de basses politiques dont ils ont toujours été coutumiers, des partis d'extrême droite, emmenés par Léon Daudet*, laissent entendre que Gambetta aurait été blessé par sa maitresse ou mal soigné par une blessure qu'il se serait faite avec un pistolet.
Il faut se souvenir que Gambetta avait été provoqué en duel* en novembre 1878 par Oscar de Fourtou, député monarchiste, avec qui il avait échangé des propos vigoureux.

Aucun des deux duelliste n'avait été blessé. Et Gambetta, quelque peu humilié par ce duel, s'entrainait au tir, d'où une maladresse ayant entrainé cette blessure au bras. Et cela avait été l'occasion de répandre les rumeurs que je mentionne plus haut.

Alors, pour couper court à ces polémiques, une autopsie a donc été décidée, autopsie qui a confirmé les causes réelles du décès.

P.B. Gheusi*, cousin éloigné de Gambetta, publiera en 1909 une correspondance de son illustre cousin, afin de défendre sa mémoire et surtout celle de sa maitresse, Léonie Léon.*  

Dans "l'extravagante autopsie de Gambetta, Gheusi écrit ceci:

Là, on transporte le corps sur la table de la salle à manger et chacun s’affaire à sa macabre besogne. On scie le crâne pour en extraire le cerveau. D’autres ouvrent la poitrine pour sortir le cœur et on envoie l’embaumeur, qui attend son tour pour opérer, peser ces deux organes chez le pharmacien de la ville. Il revient en annonçant 1 160 grammes pour le cerveau (on attendait mieux !) et 400 grammes pour le cœur. Il déclara plus tard : « Quand je revins, Gambetta était en lambeaux. Quelle boucherie ! Entre-temps on avait éviscéré le corps pour en couper le fragment d’intestin d’où pendait l’appendice et coupé le bras portant la main percée par une balle. Je rajustai vaille que vaille les débris, et mon aide et moi nous plaçâmes le corps, sans la tête et le bras droit, dans la bière ».

 

Si nous savons que le masque mortuaire de Gambetta a été réalisé par Alexandre Falguière; que son coeur a été placé au Panthéon le 11 novembre 1920; que son bras aurait été confié au musée de son village natal, mais que le musée n'existe plus et que ses collections ont disparu, 

par contre, personne ne sait rien de l'endroit où aurait pû être entreposée la tête de ce grand et illustre républicain, "le commis voyageur de la République." 



« Ici repose le cœur de Léon Gambetta solennellement transféré au Panthéon
le 11 novembre 1920 suivant la volonté nationale (loi du 1er septembre 1920)
»
(Photo galerie.roi-president.com).



 

le recueil sur: https://www.youtube.com/watch?v=Tq7eFXwQAR0

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ou

claudebachelier@wanadoo.fr

 


mardi 1 mars 2022

Des Sudètes de 1939 à l'Ukraine de 2022, les mêmes mensonges au service de l'annexion


 

"Pour Hannah Arendt, la "bêtise" désigne un certain rapport à soi, une manière de coller à ses propres préjugés, jusqu'à devenir sourd aux vues d'autrui. Vous vous adressez à quelqu'un et vous avez l'impression de vous adresser à un mur? À coup sûr, vous touchez du doigt la bêtise. Celle qui permet à un homme de faire fonctionner une immense machine de mort sans éprouver le moindre scrupule, parce que son entendement tourne à vide, et que ce pur fonctionnement le fait jouir."(1)

Dans "le courage de la nuance", texte magnifique de Jean Birnbaum,  inspiré de la grande Hannah Arendt, texte qui correspond parfaitement à Vladimir Poutine.


En effet, le président Russe nous apparait comme un animal à sang froid: visage éternellement fermé, inexpressif, même quand il roule des mécaniques, torse nu sur un cheval. 

Les raisons qu'il donne pour justifier l'agression contre l'Ukraine, nation démocratique et pluraliste, faut-il le rappeler, les raisons donc font penser à celles que donnaient Hitler pour annexer l'Autriche d'abord - l'Anschluss le 14 mars 1938 - puis, à la suite des accords de Munich en septembre 1938, l'occupation des Sudètes dans un premier temps et l'annexion pure et simple de la Tchécoslovaquie dans un second temps en mars 1939, aidé il est vrai par la Pologne et la Hongrie qui s'accaparent la région de Zaolzie pour la première et la Ruthénie pour la seconde. Voir la carte jointe.

Le prétexte d'Hitler était la protection des Allemands et des populations germanophones et en invoquant "le droit des peuples à disposer d'eux mêmes." Se mêle à cela la référence au "pangermanisme*" laquelle justifiera l'annexion.
 
Dans le cas de l'Autriche, une partie de la population est acquise aux idées et aux méthodes nazies et Hitler va exiger la démission du gouvernement autrichien, remplacé par Seyss-Inquart*, le chef des nazis autrichiens. Suite à une consultation fort peu démocratique parce que organisée par les seuls nazis locaux, l'Anschluss est majoritairement approuvé par la population et l'Autriche fait alors partie de "l'Empire allemand" comme l'a affirmé Hitler.  

Dans le cas des Sudètes, Hitler affirme vouloir "libérer les allemands de l'oppression tchécoslovaque". Pour mémoire, la Tchécoslovaquie a été créée par le traité de Saint Germain en Laye en 1919 qui démantèle l'empire des Habsbourg. Elle réunit Tchèques et Slovaques; les Allemands des Sudètes deviennent une minorité au sein du nouvel état.
Se référant une fois de plus au pangermanisme, Hitler déclare vouloir "libérer les Allemands des Sudètes".
Sur l'initiative de Mussolini, Hitler accepte de rencontrer les dirigeants français et britanniques, alliés et protecteurs de la Tchécoslovaquie. Rencontre qui aboutira aux fameux "accords de Munich*".
Dès le 21 octobre 1938, les Sudètes sont rattachées au Reich allemand.

Dans les deux cas, il s'agissait pour les nazis de rassembler toutes les populations germanophones en un seul état dans le but d'oeuvrer pour le "grand Reich." 

Dans le cas ukrainien, nous retrouvons chez le dirigeant russe la volonté de réunir les populations russophones en affirmant que l'Ukraine a toujours été une terre russe, sauf pendant la période communiste. Et motif supplémentaire, les agressions dont seraient victimes ces populations de la part des nationalistes ukrainiens.
 

V. Poutine le dit dans son discours le 21 février 2022:

"
Je tiens à souligner à nouveau que l'Ukraine n'est pas seulement un pays voisin pour nous. C'est une partie inaliénable de notre propre histoire, de notre culture et de notre espace spirituel.(...)
Je commencerai donc par le fait que l'Ukraine moderne a été entièrement créée par la Russie ou, pour être plus précis, par la Russie bolchevique et communiste. (...)
Pendant ce temps, le monde dit civilisé, dont nos collègues occidentaux se sont proclamés les seuls représentants, préfère ne pas voir cela, comme si cette horreur et ce génocide, auxquels près de 4 millions de personnes sont confrontées, n'existaient pas. Mais ils existent et cela, uniquement parce que ces personnes n'ont pas approuvé le coup d'État soutenu par l'Occident en Ukraine en 2014 et se sont opposées à la transition vers le nationalisme néandertalien et agressif et le néonazisme qui ont été élevés en Ukraine au rang de politique nationale. Ils se battent pour leur droit élémentaire à vivre sur leur propre terre, à parler leur propre langue et à préserver leur culture et leurs traditions."

Tout est dit dans ces extrais d'un discours de plus d'une heure. 

Il se dit que l'histoire ne se répète pas. Ce n'est pas tout à fait vrai, mais ce n'est pas tout à fait faux non plus.

Si les buts d'Hitler en 1938 -1939 étaient clairement la guerre, il est permis de s'interroger: le président russe est-il dans la même démarche? Bien malin qui pourrait l'affirmer. 

En France, l'ensemble de la classe politique condamne cette agression russe contre l'Ukraine. Même si pour cela, certains candidats à la présidentielle ont dû rétropédaler en urgence ou, pour employer une expression familière, manger leur chapeau. Du moins, en apparence.

 

Il est notable de remarquer que chez nous, certains politiques ont un tropisme certain pour les régimes autoritaires: Poutine, XI Jinping, Erdogan, Chavez, Castro et bien d'autres. L'un d'entre eux, candidat à la présidentielle, a même affirmé dans un quotidien en 2018 "qu'il rêvait d'un Poutine français*".

Souvent les mêmes demandent que l'Ukraine soit déclaré pays neutre; ou que ni l'Union Européenne ni  l'OTAN ne l'accepteront jamais en leur sein, cela pour que la Russie ne sente plus agressée ou que sa sécurité soit menacée.
Mais, franchement, qui veut agresser la Russie? Qui menace la Russie? Personne! Aucun pays de l'UE, pas même les USA, pas même l'OTAN! Quels intérêts auraient-ils à chercher le conflit avec la Russie?
On retrouve chez le dirigeant russe la même paranoïa que chez ses prédécesseurs soviétiques ou chez les dictateurs en place sur notre planète: la peur de l'autre, la peur de l'étranger qui permettent la mise en place de régimes de terreurs dont leurs populations sont les premières victimes. 

Cette fascination pour ces régimes autoritaires ne date pas d'aujourd'hui: certains politiques, mais aussi certains intellectuels, avaient les yeux de Chimène pour les régimes nazis et fascistes avant la seconde guerre mondiale et d'autres pour les régimes communistes avant et après la guerre.  

À l'heure où j'écris ce blog, le 27 février 2022, l'agression russe contre l'Ukraine n'a que quatre jours. Les combats font rage, des civils, des militaires sont tués, des milliers d'Ukrainiens fuient leur pays.
Des pourparlers seraient prévus, mais pour décider quoi? L'arrêt des combats? Certes, ce serait très bien, mais voit-on Poutine donner l'ordre à ses troupes de faire demi tour alors qu'il n' a rien obtenu et surtout pas le changement de gouvernement?

Les gouvernements européens font preuve de fermeté. Les diverses sanctions, économiques, sportives, financières visent à affaiblir le régime poutinien. Leur efficacité se fera sans doute sentir sur le long terme. 

En attendant, quid de l'Ukraine en tant qu'état indépendant, démocratique?

Espérons et souhaitons que les mobilisations un peu partout dans le monde démocratique, ainsi que les différentes mesures coercitives prises à l'encontre du pouvoir russe par les États véritablement démocratiques, espérons que tout cela fasse fléchir Mr Poutine. Il est bien évident que ce n'est pas encore d'actualité.


(1) in "le courage de la nuance" de Jean Birnbaum, éditions du Seuil, 2021, 138 pages, page 58. 


 

le recueil sur: https://www.youtube.com/watch?v=Tq7eFXwQAR0

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dimanche 13 février 2022

Le pourquoi du comment des choses: Félix KIR

 

 

Félix KIR
 

Nous avons tous, plus ou moins, entendu parler un jour du "chanoine Kir". Nous connaissons tous, plus que moins, le "kir", simple, c'est à dire un savant mélange de vin blanc et de sirop de cassis. Pour le royal, au lieu du vin blanc, un champagne brut.


Pour ce qui est du chanoine, y a t-il une relation de cause à effet entre la boisson et ce religieux?
À priori, oui: maire de Dijon en 1945, il organisait parfois des réceptions où était servi ce cocktail.

Mais qui était ce curé, cette figure quasi légendaire, resté dans une certaine mémoire collective? Et pourquoi une telle place dans cette mémoire?

 

 

D'origine alsacienne, il est né en 1876 à Alise-Sainte-Reine, un village de la Côte d'Or. Il rentre au séminaire en 1891 et est ordonné prêtre en 1901.
Jusqu'en 1924, il va officier dans quelques paroisses du pays bourguignon. Pendant la guerre, il est affecté dans les services médicaux. En 1931, il est nommé chanoine à Dijon. Pour mémoire, un chanoine est un prêtre chargé de certaines missions spécifiques au sein d'une cathédrale.

Quand l'armée allemande arrive à Dijon en 1940, Kir, bien que faisant partie de la délégation municipale suite au départ du maire, se montre hostile à l'armée d'occupation.
Il profite de cette fonction pour faire évader plus de 5000 soldats de l'armée française retenus prisonniers. Il sera brièvement emprisonné, mais n'exercera plus de fonctions au sein du conseil municipal.

Il est ouvertement hostile au régime de Vichy, ce qui lui vaudra d'être blessé par balles par des membres d'une organisation collaborationniste. Alors qu'il est recherché par la Gestapo, il s'évade pour,  le 11 septembre 1944, revenir à Dijon lors de la libération de la ville.

F. Kir lors de la libération de Dijon

Devenu dès lors une personnalité importante de par ses prises de positions politiques, il est élu maire de Dijon en mai 1945 et dans la foulée, élu conseiller départemental et député. Trois mandats pour un seul homme, c'était la belle époque de ces élus "cumulards"!

 

Maire de Dijon, député, conseiller général

En tant que maire de la ville pendant une si longue période, Kir a entrepris plusieurs travaux d'urbanisation dont  la construction d'un lac artificiel qui permit de réguler les crues de l'Ouche, une rivière dont les crues régulières posaient de nombreux problèmes aux riverains et aux agriculteurs.


À Dijon, le 23 décembre 1951, le Père Noël est brulé en effigie sur le parvis de la cathédrale devant 250 enfants par des membres du clergé. Pour se justifier, ces intégristes affirment que "pour nous chrétiens, la fête de Noël doit rester la fête anniversaire de la naissance du sauveur." 

Bien que cette initiative imbécile prise par certains membres du clergé local, soutenue par la hiérarchie catholique, le chanoine Kir, partisan selon lui d'un "catholicisme social", l'a condamnée fermement et, symboliquement, a ressuscité le Père Noël en organisant une contre manifestation.  

Député inscrit au parti Centre National des Indépendants et Paysans (CNIP) dont fit partie le président Giscard d'Estaing, il siégeait à l'Assemblée Nationale en soutane. Comme d'ailleurs l'abbé Pierre.


Il était connu également pour ses bons mots, pas toujours d'une grande délicatesse: à un député communiste qui lui affirmait ne pouvant pas croire en Dieu parce qu'il ne l'avait jamais vu, il répondit: "et mon cul, tu l'as pas vu, et pourtant, il existe".

 

avec N. Khrouchtchev, président di Conseil des Ministres de l'URSS

En 1960, il rencontre Nikita Khrouchtchev à l'ambassade d'URSS à Paris contre l'avis de son parti. Rencontre qui officialise le jumelage en 1959 de Dijon avec Volgograd, anciennement Stalingrad.
Cette "proximité" avec l'URSS lui vaudra d'être réélu en 1962 contre un candidat gaulliste grâce au désistement au 2ème tour du candidat communiste.

 

Président de l'Assemblée Nationale lors de la première séance parlementaire de la Vème République

Doyen de l'Assemblée Nationale, c'est lui qui présida la première séance parlementaire de la Vème République.

Félix Kir n'a jamais été gaulliste. Claude Patriat, professeur émérite à l'université de Bourgogne écrit même que Kir était "violemment anti gaulliste."


 

Pourtant, lors de sa viste à Dijon, le président Français déclare: "En octobre 1944, dans les grandes joies et les grandes espérances de la Libération, j’avais à ce moment-là, à côté de moi, le maire que vous avez aujourd’hui."(1)
Le voyage présidentiel se termine à Beaune où ne doutons pas que le Chef de l'État a dû goûter au fameux kir... Mais l'histoire ne le dit pas.

 


Félix Kir est décédé le 25 avril 1968, à 92 ans. Jusqu'à cette date, il était encore député, maire de Dijon et sans doute toujours conseiller général.

La postérité tient à son parcours politique, d'une longévité  particulière. Car, à la différence d'un Chaban-Delmas (maire de Bordeaux de 1947 à 1995), d'un Guy Mollet (maire d'Arras de 1945 à 1975) ou d'un Defferre (maire de Marseille de 1944 à 1946 et 1953 à 1986), il n'a pas eu de rôles marquants pendant la guerre et pas de responsabilités politiques nationales importantes. Il est vrai que sa gouaille et son apparente proximité avec les gens ont joué en faveur du personnage.


Mais le cocktail attaché à son nom, lui aussi, a contribué à son ancrage dans la mémoire collective, en particulier, bien sûr, en Bourgogne. 

Mais, les jeunes générations, les enfants des "baby-boomers", leurs petits enfants, savent-ils, quand ils demandent un kir, que cette boisson tire son nom d'un chanoine?


 

 

(1) in https://france3-regions.francetvinfo.fr/bourgogne-franche-comte/archives-gaulle-bourgogne-histoire-complexe-1891250.html


 

le recueil sur: https://www.youtube.com/watch?v=Tq7eFXwQAR0

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