"ce n'est pas parce que on a rien à dire qu'il faut fermer sa gueule" Michel Audiard
dimanche 25 décembre 2016
vendredi 11 novembre 2016
Réhabiliter "les fusillés pour l'exemple"
Nous commémorons aujourd’hui le
98ème anniversaire de l’armistice qui a mis fin à cette guerre qui fut
une gigantesque boucherie, mais aussi à une guerre qui fut considérée à
raison comme « le suicide de l’Europe ».
Paul Valéry écrivait en 1919: « Nous autres, civilisations, nous savons que nous sommes mortelles ». Ce qui était vrai à cette époque est tout aussi vrai aujourd’hui, à l’aube de ce XXIème siècle.
Paul Valéry écrivait en 1919: « Nous autres, civilisations, nous savons que nous sommes mortelles ». Ce qui était vrai à cette époque est tout aussi vrai aujourd’hui, à l’aube de ce XXIème siècle.
Donc, dans chaque village de
France, des hommages ont été rendus à ces centaines de milliers de
morts, de disparus, de blessés, d’invalides. Mais aussi à ces milliers
de veuves et d’orphelins. Hommages mérités. Hommages indispensables pour
que ne soit jamais oubliés leurs sacrifices. Pour que ne soit jamais
oubliées les horreurs du militarisme outrancier qui ont conduit à ces
massacres, à ces tueries. « Plus jamais ça » disait-on après novembre
1918. Hélas, vingt et un ans plus tard, nouvelle guerre, nouveaux
massacres, nouvelles tueries. Mais cela, nous le savons.
Donc, hommages ont été rendus à
toutes les victimes. Non, pas à toutes. Tous ceux qui ont été fusillés
pour l’exemple pendant cette première guerre mondiale sont toujours les
grands absents, les oubliés volontaires de la mémoire collective. Ou
plus exactement ceux que les pouvoirs politiques depuis 98 ans ont
volontairement occultés, par lâcheté ou par idéologie ou par conformisme
ou par bêtise. En réalité, tout cela à la fois.
![]() |
| honneur aux soldats anglais |
Chez nous, rien. Lionel Jospin,
premier ministre a bien demandé une telle réhabilitation. Mais refus du
président Chirac qui ne trouvait pas cela « opportun »
Mais personne n’a trouvé
inopportun de décorer le général Nivelle des plus hautes décorations
civiles et militaires et de l’enterrer aux Invalides!
Personne n’a trouvé inopportun de combler d’honneurs et de médailles tous les officiers généraux qui ont envoyé délibérément à la mort des milliers de soldats pour reprendre à l’ennemi quelques mètres carrés, aussitôt perdus le lendemain!
Personne n’a trouvé inopportun de rétablir dans leurs grades, leurs honneurs et leurs pensions les militaires félons de l’OAS qui, ne l’oublions pas, ont du sang sur les mains, du sang de français et d’algériens. Sans compter les multiples tentatives d’assassinat du chef de l’Etat! Personne!
Personne n’a trouvé inopportun de combler d’honneurs et de médailles tous les officiers généraux qui ont envoyé délibérément à la mort des milliers de soldats pour reprendre à l’ennemi quelques mètres carrés, aussitôt perdus le lendemain!
Personne n’a trouvé inopportun de rétablir dans leurs grades, leurs honneurs et leurs pensions les militaires félons de l’OAS qui, ne l’oublions pas, ont du sang sur les mains, du sang de français et d’algériens. Sans compter les multiples tentatives d’assassinat du chef de l’Etat! Personne!
Réhabiliter aujourd’hui tous ces
malheureux serait, de la part de ceux qui nous gouvernent aujourd’hui
comme ceux qui nous gouvernerons demain, serait faire preuve de
patriotisme. Oui, de patriotisme. Parce que c’est quoi, le patriotisme?
Parce que le patriotisme, c’est d’abord et avant tout aimer son pays.
Eventuellement, de mourir pour lui.
J’ai eu l’occasion de travailler sur des lettres de soldats écrites à leurs familles pendant le conflit. Tous, je dis bien tous, étaient des patriotes. Tous voulaient défendre la patrie. Tous! Mais aucun ne réclamait de mourir pour elle. Ils acceptaient cette possibilité, mais aucun, sciemment, ne voulait mourir.
A cet égard, « les carnets de guerre de Louis Barthas, tonnelier, 1914 – 1918″ sont un témoignage exceptionnel.
La dernière tentative de réhabilitation collective a été tentée par le sénateur Fischer en décembre 2012 a été rejetée par la majorité sénatoriale le 19 juin 2014. Quelle honte!
J’ai eu l’occasion de travailler sur des lettres de soldats écrites à leurs familles pendant le conflit. Tous, je dis bien tous, étaient des patriotes. Tous voulaient défendre la patrie. Tous! Mais aucun ne réclamait de mourir pour elle. Ils acceptaient cette possibilité, mais aucun, sciemment, ne voulait mourir.
A cet égard, « les carnets de guerre de Louis Barthas, tonnelier, 1914 – 1918″ sont un témoignage exceptionnel.
La dernière tentative de réhabilitation collective a été tentée par le sénateur Fischer en décembre 2012 a été rejetée par la majorité sénatoriale le 19 juin 2014. Quelle honte!
Alors, quand des tribunaux
militaires jugeaient des soldats soi disant coupables de trahison, des
soldats qui se seraient volontairement blessés, ils les condamnaient à
mort. Sans appel. Après des procès où la sentence étaient décidées à
l’avance puisqu' »Il s’agit moins de punir un coupable que d’empêcher par la sévérité de la répression la contagion du mal. »
98 ans après cette abomination
que fut cette guerre, il serait temps de tourner la page. De réintégrer
dans la communauté des morts pour la France tous ces soldats qui n’ont
sans doute pas été des héros, mais qui étaient des victimes, tout comme
l’étaient les 1 400 000 morts, les 4 266 000 blessés de France. Comme
les 9 720 000 morts, les 21 228 000 blessés du monde entier.
Quelques communes ont eu ce
courage d’inscrire sur le monuments aux morts les noms de ceux qui ont
été « fusillés pour l’exemple. » C’est formidable, mais cela ne suffit
pas pour les réintégrer dans la communauté nationale. C’est aux plus
hautes autorités de l’Etat de la faire.
mercredi 9 novembre 2016
les américains avaient à choisir entre...
les américains avaient à choisir entre Clinton et Trump. Ils ont choisi Trump. Les français auront Le Pen..
Vous voudrez bien excuser cette paraphrase de ce qu'avait déclaré W. Churchill
en septembre 1938. Mais c'est ce qui m'est venu à l'esprit dès ce
matin, quand à la radio, aux infos de 07h00, me sont parvenus les
premiers résultats qui plaçaient D. Trump en "position de ballotage très
favorable". (G. Erner)
Pourquoi,
me direz-vous, un tel lien? Parce que la réalité du programme de D.
Trump est un programme de société, les programmes politiques ou
économiques viennent loin derrière. Tout comme celui de Mme Le Pen. Et
pour appuyer ce projet, ils développent un populisme de combat, où
l'outrance, la démagogie, le mensonge, l'insulte sont les arguments
majeurs.
Peu importe qu'il sera impossible de financer tel ou tel
projet; peu importe qu'il sera impossible de revenir sur tel ou tel
engagement international; peu importe qu'il sera impossible d'ériger des
murs tout autour du territoire. Non, ce qui importe, c'est de dire que
leurs adversaires sont tous et toutes issus de "l'établishment", des
élites, que ce sont tous des pourris. Que eux seuls savent parler au
peuple dans un langage que lui seul peut comprendre. Ah, peuples, que de
mensonges, que d'âneries on peut dire en votre nom!!!
Pour
revenir au lien que je fais entre ces deux populistes, D. Trump et M.
Le Pen, il n'est que de revenir sur les félicitations que la présidente
du FN a envoyé à Mr Trump avant même l'annonce de sa victoire. Mais
aussi celles de Mme Maréchal Le Pen et de Mr JM Le Pen. Leur
satisfaction, leur bonheur avaient quelque chose de pathétique, une
sorte d'orgasme politique en quelque sorte.
Un autre prétendant, chez nous, à la magistrature suprême, a même déclaré que le peuple américain avait rejeté "la pensée unique"...
Et donc, je me dis que si le populisme a triomphé aux USA, et de quelle manière, il peut aussi triompher chez nous, en mai prochain.
Parce que le populisme, ne l'oublions pas, c'est un discours tenus par ceux qui affirment défendre les intérêts du peuple contre les élites. Même et surtout s'ils en sont les purs produits. Mr Trump et Mme Le Pen ne viennent ni du prolétariat ni de la classe moyenne. Tout comme d'ailleurs l'ancien maire de Neuilly.
Beaucoup
des discours qui nous sont servis en vue de l'élection présidentielle
en 2017 sont directement issus du populisme. Ils viennent de certains à
gauche, mais surtout de beaucoup à droite. Les uns et les autres veulent
faire notre bonheur, même contre nous.
Quoi que
l'on puisse en penser, l'élection de Mr Trump, et avec lui, celle d'une
majorité républicaine dans les deux chambres, cette élection donc va
faire rentrer le monde dans une grande période d'incertitudes et de
dangers. A cela, il faut ajouter les populismes à l'oeuvre dans certains
pays européens, populismes partisans de pouvoirs autoritaires et
rétrogrades, qui font de l'étranger - européen ou pas - le bouc
émissaire et qui rêvent d'un retour à l'ordre moral.
Et bien sûr, chez nous, tous ces gens que l'élection de D. Trump galvanise. Nous ne sommes nullement à l'abri de leur soif de pouvoir autoritaire, nullement à l'abri d'une contagion qui nous viendrait d'outre Atlantique.
Tout cela n'incite guère à l'optimisme et il m'arrive de céder au découragement.
Alors, pour conclure, permettez-moi de citer Alexis de Tocqueville, qui a, il y a plus d’un siècle et demi, si bien compris ce qu’étaient les Etats Unis:
"pendant longtemps, ils empêcheront qu'aucun despotisme ne puisse s'asseoir, et ils fourniront de nouvelles armes à chaque génération nouvelle qui voudra lutter en faveur de la liberté des hommes.
Ayons donc de l'avenir cette crainte salutaire qui fait veiller et combattre, et non cette sorte de terreur molle et oisive qui abat les coeurs et les énerve."(1)
"pendant longtemps, ils empêcheront qu'aucun despotisme ne puisse s'asseoir, et ils fourniront de nouvelles armes à chaque génération nouvelle qui voudra lutter en faveur de la liberté des hommes.
Ayons donc de l'avenir cette crainte salutaire qui fait veiller et combattre, et non cette sorte de terreur molle et oisive qui abat les coeurs et les énerve."(1)
(1)
"de la Démocratie en Amérique", de Alexis de Tocqueville, 1840, livre
II, chapitre VII, éditions Gallimard, collection de la Pléiade.
"Angèle Cartier"
jeudi 27 octobre 2016
lundi 12 septembre 2016
un "tipi" aux Panissières
en juillet dernier, j'ai visité, avec trois de mes princesses, le marais de Sailles, près de Crêt en Belledonne, sous la houlette de Annayk T. responsable de l'écologie locale. J'ai ainsi découvert l'existence de "tipi", refuge provisoire d'insectes en tout genres, de petits rongeurs, de petits et moyens carnassiers, les uns dégustant les autres, histoire de faire vivre la chaine alimentaire.
Dans un prochain billet, avec l'aide d'Annayk, je vous en dirai plus sur ces "tipi"...
En attendant quelques photos de celui réalisé par mes soins la semaine dernière.
lundi 11 juillet 2016
bravo mes Princesses
une belle réussite en 1ère année de droit et donc un brillant passage en seconde année;
deux brillants succès (avec mentions à la clé) au brevet des collèges et donc un tout aussi brillant passage au lycée;
une très belle année de CM2 et donc un brillant passage en 6ème.
bravo mes Princesses: nous sommes fiers de vous!
dimanche 29 mai 2016
Les 55 oubliés de la bataille de Verdun.
Tout a été dit sur cette gigantesque boucherie qu'a été la bataille de Verdun.
Tout
ou presque. Tout, c'est-à-dire les combats meurtriers, l'héroïsme des
combattants, leurs peurs, leurs sacrifices, l'inhumanité de leurs
conditions de vie et de mort. Tout, c'est-à-dire les ordres et les
contre ordres qui envoyaient à la tuerie des dizaines de milliers de
soldats pour quelques mètres, gagnés le lundi et perdus le mardi. Tout,
c'est-à-dire la folie meurtrière de la guerre, cette abomination qui
habite l'homme au plus profond de lui.
Presque,
c'est-à-dire que personne n'évoque, ne parle des 55 pauvres bougres,
"fusillés pour l'exemple" et qui n'ont toujours pas été réhabilités.
Presque, c'est-à-dire que l'on se gave de mots et de belles formules
pour célébrer le courage des combattants, français et allemands, mais
que, volontairement, ces mêmes beaux-parleurs passent à la trappe la
mémoire de 55 soldats que la justice militaire de l'époque a condamné au
terme de procès iniques.

Mon
propos, dans ce billet, n'est pas de rentrer dans les détails de ces
condamnations. Pour autant, il faut garder à l'esprit que faire passer
en conseil de guerre un soldat était d'abord et surtout comme l'affirme
un rapporteur devant un conseil de guerre: "Il s'agit moins de punir un coupable que d'empêcher par la sévérité de la répression la contagion du mal." (1) A partir de là, tout est dit.
![]() |
| l'exécution d'un condamné devant tout le régiment |
La
faute, ou supposée telle, doit être punie et donc faire peur. Le
condamné sera fusillé devant le régiment selon un rite quasiment
religieux: "Réelle,
la violence de l'exécution était aussi symbolique par le cérémonial
imposé aux soldats. Son déroulement était réglé par les autorités
militaires avec une précision comparable aux grands rituels du pouvoir
et de l'Eglise. La participation de toute la société militaire
(officiers, soldats, médecins militaires, aumôniers...) procédait de la
pédagogie de l'exemple. Chacun jouait son rôle, écrit et limité à
l'avance." (2)
Après
la guerre, de nombreuses voix d'anciens combattants se sont élevées
pour demander que tous soldats condamnés par des conseils de guerre
soient réhabilités. Sans succès. Sans doute, les politiques de l'époque
jugeaient-ils qu'il était difficile de contrarier la haute hiérarchie de
l'armée, laquelle était farouchement opposée à la moindre
réhabilitation. Mais bien entendu, il n'était pas question de remettre
en cause les méthodes de commandement, les offensives aussi inutiles que
meurtrières, les erreurs grossières de stratégie, bref toutes les
fautes du haut commandement.
![]() |
| Louis Barthas |
Quand on pense que le général Nivelle*
a été fait Grand Croix de la Légion d'Honneur en 1920, qu'il a reçu la
Médaille Militaire en 1921 et qu'en 1931, son corps fut transféré aux
Invalides, je ne peux m'empêcher de citer Louis Barthas*: "Quels
châtiments auraient donc mérité ces généraux inhumains, artisans de la
défaite puisqu'ils gâchaient, gaspillaient, exposaient à la souffrance
et à la mort tant d'existences précieuses?"(3)
Aujourd'hui,
hélas, ces réhabilitations ne sont pas toujours à l'ordre du jour. Même
s'il est exact que quelques cas, bien trop rares, ont été réglés.
A
Craonne*, le 5 novembre 1998, Lionel Jospin, Premier Ministre de
Jacques Chirac, avait prononcé un long discours où il exaltait le
courage des combattants, mais aussi où il souhaitait que cet hommage
concerne aussi tous les soldats fusillés: "Que
ces soldats, " fusillés pour l'exemple ", au nom d'une discipline dont
la rigueur n'avait d'égale que la dureté des combats, réintègrent
aujourd'hui, pleinement, notre mémoire collective nationale. "
Aussitôt, tout ce que la droite et l'extrême droite comptent de
donneurs de leçons de patriotisme à la petite semaine s'élevèrent contre
ce discours jugé "déshonorant" et "insultant" pour la mémoire. Les
mêmes n'ont pas jugé utile de demander à ce que les médailles du
"boucher du chemin des Dames" lui soient retirées.
Au-delà
des mots des uns ou des autres, les actes ne suivent pas. Les 639
"fusillés pour l'exemple", dont les 55 de Verdun, pendant le première
guerre mondiale, n'ont toujours pas été réintroduits dans la communauté
des victimes de cette abominable tuerie. Il serait grand temps que nos
parlementaires, surmontant leur différences politiques, aient le courage
et l'audace de rétablir l'honneur de ces "fusillés pour l'exemple."
Pour conclure, je cite ici un passage de l'article de la Libre Pensée publié dans Médiapart le 24 février 2016: "Parce
que le peuple souverain, c’est la République en marche, parce que nous
sommes aussi la République, au nom de l’Humanité nous proclamerons que
les 639 Fusillés pour l’exemple (dont les 55 de Verdun) sont réhabilités
collectivement, qu’ils n’ont ni fauté ni trahi. Ils étaient des hommes
au Front sous les bombes, les obus et la mitraille. Ils étaient dans la
boue, le sang et l’horreur des tranchées. Ils ont dit NON à la mort
inutile. Ils ont dit NON à des ordres imbéciles aboyés par une
hiérarchie militaire qui se souciait comme d’une guigne de la vie
humaine."
* clic sur le lien
(1) in "Fusillés" de Jean-Yves Le Naour, éditions Larousse, 2010, page 19, note 30.
(2) in "les fusillés de la Grande Guerre" de Nicolas Offenstadt, éditions Odile Jacob, 1999, 201.
(3) in "les carnets de guerre de Louis Barthas, tonnelier, 1914 - 1918, éditions du centenaire, 2013, page 244. (première édition par la Librairie François Maspéro, 1978)
(2) in "les fusillés de la Grande Guerre" de Nicolas Offenstadt, éditions Odile Jacob, 1999, 201.
(3) in "les carnets de guerre de Louis Barthas, tonnelier, 1914 - 1918, éditions du centenaire, 2013, page 244. (première édition par la Librairie François Maspéro, 1978)
de Claude Bachelier
aux éditions Zonaires: www.zonaires.com
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