mardi 4 août 2015

la nuit du 4 août 1789

Il y a six ans, le 4 août 2009, je publiais le billet qui suit. Je n'ai pas changé un seul mot; uniquement la mise en page...
Mais il me semble que cette nuit fondatrice est plus que jamais d'actualité.


Voilà exactement 220 ans qu'était proclamée l'abolition des droits féodaux dans la nuit du 4 août. C'est une date fondatrice dans le sens que c'est elle, bien plus que la prise de la Bastille, qui a sonné le glas de l'absolutisme et, partant, celui de la Monarchie absolue de droit divin.

Comment en est on arrivé là? Comment en est on arrivé à remettre en cause la légitimité de la royauté, mais aussi celles de l'église et de l'aristocratie?  Il y avait déjà eu en France des révoltes, des jacqueries, toutes brutales et sanglantes. Mais jamais de remise en cause du roi, jamais de remise en cause du régime royal.



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Voltaire









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Denis DIDEROT
Il y a plusieurs facteurs à cela:
  • l'influence des philosophes des Lumières, de Voltaire à Rousseau; de Diderot à Montesquieu; de d'Alembert à Condorcet et quelques autres, tous ont semé des idées qui, petit à petit, ont germé dans les esprits, y compris ceux des aristocrates, mais aussi parmi les élites d'une bourgeoisie (notion qui n'existait pas vraiment encore, en tout cas pas en tant que corps social reconnu) et enfin, parmi les paysans et les ouvriers, excédés d'être écrasés d'impôts et de charges diverses et soumis à l'arbitraire seigneurial;

  • des récoltes en 1788 très mauvaises, ce qui entraîne dans différentes provinces de terribles disettes, aggravées par un hiver 1788 - 1789 des plus rigoureux;

  • les Etats Généraux du 12 mai 1789, convoqués par Louis XVI sous la pression conjointe des Parlements et du peuple, pression qui avait commencé avec la "journée des tuiles" de Grenoble, le 7 juin 1788. les Etats Généraux donc sont en eux même un commencement de révolution dans la mesure où le Tiers Etat exige et obtient autant de représentants que la Noblesse et le Clergé réunis. (578 pour les premiers, 270 pour les seconds et 291 pour les derniers)

  • pigeonnier-du-chateau-de-vascueil.1249415130.jpg
    le pigeonnier de Vascueil
    les cahiers de doléances, établis à partir de janvier 1789, pour être présentés par les députés aux Etats Généraux de mai, vont être un des éléments déterminants du processus qui va mener aux décisions du 4 août. Ils sont établis à partir des plus petites unités administratives du royaume: "Sa Majesté à désiré que des extrémités de son royaume et des habitations les moins connues, chacun fût assuré de faire parvenir jusqu’à elle ses vœux et ses réclamations." A Vascueil, j'ai eu l'occasion de consulter quelques doléances propres au village. Une d'entre elles concerne les pigeons. En effet, le château possédait en propre son pigeonnier, une superbe bâtisse pouvant contenir jusqu'à plusieurs centaines de ces volatiles. Bien que ces pigeons s'en prennent tout naturellement aux récoltes, les paysans avaient interdiction formelle de les tuer ou même de les en empêcher! Des gens se sont retrouvés aux galères ou en exil pour n'avoir pas respecté cette interdiction!!! (cette disposition sera abolie par l'article 2)

  • la "grande peur": commencée après la prise de la Bastille, elle résulte de rumeurs (un complot aristocratique), de peurs multiples, de fantasmes. Les paysans s'arment, pillent et brûlent un peu partout les châteaux, les lieux de pouvoir. la-grande-peur-incendie-des-chateaux.1249412799.jpgLes députés, réunis à Versailles et qui se sont constitués d'abord en Assemblée Nationale le 17 juin, puis en Assemblée Nationale Constituante le 9 juillet, entendent le message transmis par les émeutiers: le pouvoir féodal doit être remis en cause.

Dès le début des Etats Généraux, le Tiers Etat, à l'initiative de Seyes, invite les deux autres ordres à le rejoindre. Il n'existe plus qu'un seul groupe face au roi, ( 578 du Tiers Etat, 2 de la Noblesse et 22 du Clergé) groupe qui se proclame Assemblée Nationale. Refusant ce qu'il considère comme un coup de force, Louis XVI fait fermer la salle des "menus plaisirs", sous un prétexte idiot (des travaux à faire dans cette salle), où siégeaient les députés, députés qui occupèrent aussitôt la salle du Jeu de Paume. 
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le serment du Jeu de Paume
Ils jurèrent alors de ne se séparer qu'après avoir donné une Constitution à la France: c'est le serment du Jeu de Paume: les signataires juraient   "de ne jamais se séparer, et de se rassembler partout où les circonstances l’exigeront, jusqu’à ce que la Constitution du royaume soit établie et affermie sur des fondements solides." Louis XVI voulut faire expulser les députés et c'est à cette occasion que Mirabeau aurait dit: "nous sommes ici par la volonté du peuple. Allez dire à ceux qui vous envoient que nous n'en sortirons que par la force des baïonnettes!"

Désormais, le conflit est ouvert entre le souverain qui est encore de droit divin et les députés qui ne sont plus les sujets de ce souverain. D'autant que face aux émeutes un peu partout dans le royaume, les députés doivent agir. Comme il ne peut être question d'envoyer la troupe réprimer les paysans, les députés, à l'initiative du vicomte de Noailles, soucieux de mettre fin à l'agitation, décident d'abolir les droits seigneuriaux; le duc d'Aiguillon, dans la foulée, propose l'égalité de tous devant l'impôt et le rachat des droits féodaux. On peut imaginer sans peine l'ambiance dans la salle du Jeu de paume, les propositions des uns succédant aux propositions des autres dans un consensus surprenant et un chahut indescriptible.

Le 11 août 1789, l'Assemblée publiait 1 décret de 18 articles qui n'aura force de loi qu'après la signature du roi. Car si la monarchie absolue disparaissait, le monarque, lui, n'était nullement remis en cause en tant que monarque: les députés avaient aboli les privilèges, mais pas la royauté: l'article 17 affirmait: " l'Assemblée Nationale proclame solennellement le roi Louis XVI Restaurateur de la Liberté Française." On voit par là que pour les Constituants, il n'était nullement question de renverser la monarchie et d'établir la République. Pourtant, Louis XVI refusait de signer le décret et ce n'est que, contraint et forcé le 5 octobre 1789 qu'il consentit enfin à le parapher. Le souverain n'avait pas compris la gravité de la crise qui secouait son royaume. D'ailleurs, il n'a jamais compris. Ce qui l'a conduit à l'échafaud.

Que disaient ces 18 articles? En résumé, le système féodal était aboli sans indemnités; le système fiscal complètement modifié; le système judiciaire également puisque disparaissait la justice seigneuriale et que le principe de la gratuité de la justice établi; le droit de la chasse transformé.

Il n'en restait pas moins que tout n'était pas aboli et que certains droits étant "rachetables", il fallut attendre un vote de la Convention le 17 juillet 1793 pour que l'abolition totale et irréversible des privilèges entre dans les faits. Et le code civil de 1804 pour leur donner une base juridique définitive.

Une conséquence indirecte de cette nuit du 4 août est la mise en place d'un nouveau centralisme d'état. Le système administratif de l'ancien régime était fort éclaté: provinces, diocèses, paroisses... etc, tous avaient quasiment une vie administrative propre: fiscalité, justice, commerce. La Constituante, en supprimant le système féodal, puis en créant le 11 novembre 1789 les départements, renvoyait vers le pouvoir central tous les leviers de commande. Cela n'a pas été sans conséquence pour la suite de notre Histoire. 

Outre la fin de la monarchie absolue et de la légitimité divine du souverain, cette nuit du 4 août 1789 a aussi ouvert la voie à une nouvelle société; a donné naissance aux Citoyens, tous égaux devant la Loi et la Justice; elle allait inspirer la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen du 26 août 1789, cette Déclaration qui figure dans le préambule de la Constitution de la Vème République.  

En guise de conclusion, il me semble que François Furet dans "la Révolution Française", page 298, (éditions Gallimard, 2007, 1055 pages) résume bien les conséquences de cette nuit historique initiée par l' Assemblée Constituante, et de ce qu'elle implique pour l'avenir: "C'est le problème principal de l'été pour la Constituante: en détruisant le "régime féodal, celle-ci vient de redéfinir les Français en individus libres et égaux devant la loi. Elle doit ensuite les constituer comme tels en corps politique."

samedi 13 juin 2015

l'Hermione aux Etas Unis

Un Ami américain, lui même ancien de l'US Navy, m'a envoyé ce qui suit. (photos inclues)
Comme quoi, bien des américains n'ignorent rien de leur Histoire et de ce qu'a fait la France lors de leurs combats pour leur indépendance
.

  Dear Claude,
 Ma fille vit près de Yorktown , en Virginie, le premier port visité par Hermione . Elle me dit que Hermione a reçu un accueil de héros. Yorktown est une petite ville , mais a été rempli avec 100 000 visiteurs qui sont venus pour voir Hermione .
 
 Sa prochaine visite était d' Alexandria, en Virginie , près de ma maison . Gloria et moi avons visité Hermione aujourd'hui. Elle est un beau et majestueux navire. Mais elle a un look militaire sérieuse . Les foules étaient énormes et le peuple français costumés ont été accueillis et photographiés en continue.
 
Il était clair que les Etats-Unis est reconnaissante pour l' Hermione et Lafayette . France peut être très fier d'un tel beau navire .
 
Best regards,
Dick
20150610_102456 - copie
Gloria and Dick
20150610_110830 20150610_110946





"Angèle Cartier"
Angèle-Cartier-couv-6
de Claude BACHELIER

éditions ZONAIRES
www.zonaires.com

jeudi 14 mai 2015

Paul Laarman, ou l'amitié élégante

Parler au passé de quelqu'un pour qui l'on avait de la considération, de la sympathie, de l'amitié n'est pas une chose facile. C'est même douloureux. Pourtant, je me dois de prendre la plume pour parler de cet homme-là.
Paul
Paul

Paul nous a quitté il y a quelques semaines, loin de nous, au Népal, tué par la montagne qu'il aimait tant, la garce!

Il n'y a pas très longtemps que je connaissais Paul, quatre, cinq ans, pas plus. Ce sont des Amis du village qui me l'ont fait connaitre, lui et Monique,  et très vite, le courant est passé entre lui et moi.

Il nous arrivait souvent de discuter, au hasard de nos rencontres ou chez lui ou chez moi. Nous n'étions pas toujours d'accord, mais nous nous retrouvions sur l'essentiel. Et puis, ces discussions n'étaient pas toujours des plus sérieuses ou des plus graves. Paul savait mieux que personne manier l'humour, un humour qui aurait pu être féroce, mais qui n'était qu'amical et bon enfant.

Parce que Paul avait l'amitié élégante, c'est-à-dire une amitié simple et discrète. L'amitié élégante dans son regard, dans sa poignée de main chaleureuse. L'amitié élégante dans sa façon de recevoir, de parler, d'écouter.

Un jour il m'avait offert le livre de Jean d'Ormesson, "la conversation" en me disant: "je l'ai trouvé pour toi et je suis sûr qu'il va te plaire". C'était cela, l'amitié élégante de Paul, toute en attention, toute en pudeur.

Quand je regarderai la montagne - et de chez moi, je la vois tous les jours - je crois que ne pourrai pas m'empêcher de penser à Paul, à son regard, à sa voix, à sa présence.

Je ne pourrai pas m'empêcher de penser à l'amitié élégante de Paul Laarman.  

dimanche 19 avril 2015

La Gloire, frégate cuirassée, une première mondiale en 1859.



D. Voisenon, C. Bachelier, N. Macian, JP Macian

Le mois dernier, Noëlle Macian, Jean Pierre Macian, Dominique Voisenon et moi, tous les quatre membres de l'Association des Amis du Musée du Pays d'Allevard*, avons écrit un article publié dans l'Allevardin, le journal de la commune. Cet article évoque la construction de la frégate "la Gloire", premier navire cuirassé dont la moitié du blindage a été fabriqué aux forges d'Allevard*. Une façon pour nous de rendre un hommage posthume  à Eugène Charrière et à tous les employés des Hauts-Fourneaux et Forges d'Allevard: mineurs, lamineurs, perceurs, forgerons, dessinateurs, ingénieurs... qui ont participé à cette aventure.
Sans doute, un tel sujet aurait-il mérité plus de précisions techniques, de photos ou de schémas, tant ce projet était pour le moins révolutionnaire. Mais cela aurait nécessité des pages et des pages et dans un journal municipal, la place est comptée.

Ci-après l'article tel que publié dans l'Allevardin.* Avec quelques photos.


La GLOIRE:  frégate cuirassée, une première mondiale en 1859


cuirassé la Gloire  (Musée de la Marine à Paris )
maquette de la frégate au musée de la Marine à Paris


Eugène Charrière
Je n’avais d’autres buts que de mettre en relief les fers d’Allevard et de grandir leur réputation. » Eugène Charrière* (1805/1885)




La guerre de Crimée* (1853/1856) met en lumière la fragilité des navires traditionnels en bois. La Marine française avait amené sur place trois batteries flottantes qui avaient fait la preuve de leur efficacité face à l’artillerie russe grâce à leur cuirasse de fer. En 1857, une commission initia une réflexion sur la nécessaire évolution de la Marine de guerre. Il fallait concevoir puis construire un bâtiment rapide, puissant et… cuirassé.
 Ce sera donc une formidable machine de guerre flottante de 77 m de longueur pour un déplacement de 5700 tonnes. Et surtout, un blindage qui pourrait résister à l’artillerie moderne.
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JP. Macian et C. Bachelier devant la maquette de travail originale

détail de la maquette où ont été calculés les différents calculs des plaques de blindage
détail de la maquette où ont été calculés les différents calculs des plaques de blindage


Les 820 tonnes de cuirasse seraient réparties sur deux rangées de plaques de fer forgé : la rangée inférieure de 12 cm d’épaisseur sous la flottaison, la supérieure de 10 cm protégeant la batterie et le pont.

Ce navire, dénommé frégate, est né de l’imagination de l’ingénieur du génie maritime Dupuy de Lôme* (1815 – 1885).
Par ses caractéristiques, la frégate La Gloire sera donc un navire révolutionnaire, fruit de deux progrès essentiels: les moteurs à vapeurs de plus en plus performants et les avancées de la métallurgie.

 Le pays d’Allevard* disposait d’une longue histoire minière et métallurgique, remontant au moyen âge. En 1842, la société en commandite « Eugène Charrière et Cie » devient l’héritière de cette tradition. Eugène Charrière, né et formé dans le commerce familial, va faire entrer les Forges d’Allevard dans la cour des grands. Sa grande capacité d’adaptation, sa curiosité naturelle et son esprit d’entreprise, vont faire merveille pour l’innovation et le développement de la métallurgie allevardine.
En 1857, Eugène Charrière apprend par Victorin Sabattier, natif de Goncelin, que le gouvernement français veut construire des navires de guerre blindés avec des plaques de fer.

courrier des forges



Eugène Charrière propose de se lancer dans l’aventure, aux frais de son entreprise, et cela, malgré la concurrence de l’entreprise Petin-Gaudet, du groupe CFAMCF (1) de Rive de Gier (Loire), forte de 9000 salariés, bien introduit dans les sphères gouvernementales.





au fort de Vincennes, les plaques de blindage
ont été testées dans les conditions du réel.
Les plaques fabriquées avec les fers d’Allevard sont unanimement reconnues pour être d’une qualité exceptionnelle. En décembre 1857, deux plaques fabriquées à Allevard furent testées en même temps que celles fournies par Petin-Gaudet. Elles se révélèrent les plus résistantes. En conséquence de quoi, l’ingénieur Dupuy de Lôme, directeur des constructions navales, passa commande aux forges d’Allevard de la moitié des plaques de blindage nécessaire, soit 410 tonnes.

Le pari fou d’Eugène Charrière était gagné !

 A chaque livraison, des plaques témoins étaient présentées aux essais au Polygone du fort de Vincennes. Pour un quelconque défaut, le lot entier était refusé.

sur le chantier du Mourillon (l'Illustration du 3 décembre 1859)
sur le chantier du Mourillon (l'Illustration du 3 décembre 1859)

Lancée à Toulon le 24 novembre 1859, la frégate La Gloire fut admise au service actif en août 1860. Ernest Doudart de Lagrée* (1823-1868), natif de Saint Vincent de Mercuze, tout jeune lieutenant de vaisseau, participa aux essais en mer de la frégate.

JP Macian et C. Bachelier devant la maquette
 Par la suite, 8 bâtiments furent construits (4 frégates et 4 batteries) sans un seul lot refusé. Pour la 5ème Frégate il fut exigé des plaques plus grandes, surtout leur épaisseur passant de 14 à 15 cm. Malgré cette nouvelle difficulté, les techniques utilisées, laminage, corroyage et traitements thermiques donnèrent la ténacité nécessaire et indispensable à la bonne tenue de ces plaques lors des chocs des obus de l’artillerie.

 Des essais furent néanmoins réalisés et les plaques des Forges d’Allevard se révélèrent une fois de plus les meilleures. Mais les « hautes » relations de Petin-Gaudet jouèrent à fond en sa faveur, ce qui eu pour conséquence d‘écarter l’entreprise allevardine malgré la supériorité de sa fabrication. Cela s’est révélé tellement vrai que Petin-Gaudet proposa même à Charrière de racheter les plaques refusées par le ministère !...

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Après une livraison des nouvelles plaques le 30 mars 1864, E. Charrière informa le ministre qu’il avait décidé d’arrêter la fabrication des plaques de blindage, lassé des intrigues et vexations des ingénieurs du ministère à son endroit.
 Ainsi, une aventure industrielle novatrice prenait fin après six années d’un travail intense en recherches et améliorations mené par les personnels des Forges d’Allevard.



Les plaques de blindage devant le musée d’Allevard sont les ultimes témoins de la contribution essentielle des ouvriers et des maitres de forge d’Allevard à la grandeur maritime de la France.



(1) Compagnie des Forges et des Aciéries de la Marine et des Chemins de Fer
 Sources :
  • « Histoire de ma carrière industrielle... » Eugène Charrière, Grenoble 1878
  • Archives Départementales de l’Isère
  • Musée d’Allevard
crédits photo: D. Voisenon, JP Macian, musée d'Allevard, musée de la Marine à Paris.*

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Angèle-Cartier-couv-6

                                           "Angèle CARTIER" de Claude Bachelier
                            www.zonaires;com

mardi 31 mars 2015

petit père Combes, reviens, ils sont devenus fous!



En montant à l'échafaud le 8 novembre 1793, Manon Roland* a déclaré: " Ô Liberté, que de crimes, on commet en ton nom!".
Permettez-moi de paraphraser la phrase de cette grande figure de la Révolution Française: "Ô laïcité, que d'âneries, on commet en ton nom!"

Il est vrai que depuis quelques années, cette grande et belle loi, si nécessaire et si indispensable, est mise à toutes les sauces, récupérée par les uns et par les autres, manipulée, triturée, déformée, amochée, dénaturée, mutilée, etc, etc.

Tout le monde se réclame d'elle, y compris et surtout les descendants spirituels de ceux qui l'ont combattu violemment il y a un peu plus d'un siècle. Chacun peut aisément en comprendre les raisons.

Je ne passerai pas en détail toutes celle ou tous ceux qui l'invoquent à tout bout de champ pour justifier leurs causes, ce serait trop long. Je me contenterai des derniers effets de manches concernant les cantines scolaires. Parce que, là, sans faire de jeux de mots, il y a à boire et à manger.

D'abord, c'est le maire UMP de Challon sur Saone qui a dégainé le premier: il a décidé qu'au nom de la laïcité, le menu de substitution* comprenant du porc, en place depuis plus de 30 ans, ne sera plus servi dans les cantines de la commune qu'il administre.

Dans la foulée et sans doute pour ne pas être en reste, le président de l'UMP affirme solennellement qu'il soutient cette initiative, ajoutant au passage que "ceux qui veulent des repas confessionnels n'ont qu'à aller dans des écoles privées confessionnelles." Je crois me souvenir que cet homme-là a été Président de la République pendant 5 ans après avoir exercé plusieurs fonctions ministérielles de haut niveau. Et pourtant, le voilà qui incite à déserter l'école publique. Il faut bien reconnaitre que c'est quand même une situation paradoxale. Mais à bien y réfléchir, pas tant que cela.

Quelques jours plus tard, sur RTL*, il propose de mettre des tables réservées pour les enfants de confession juive et des tables pour les enfants de confession musulmane. En matière d'incitation au communautarisme, il est difficile de faire mieux...

Je note au passage que plusieurs membres de son parti l'ont désavoué. Mais chacun sait que dans un parti politique, selon l'article 1, "le chef a toujours raison" et que, selon l'article 2, "si le chef a tort, c'est l'article 1 qui s'applique."

Mais, au fait, que dit la loi de 1905 au sujet des cantines publiques à laquelle ces messieurs dames se réfèrent? Et bien.... rien. Absolument rien. Pas même la moindre allusion. Sans doute, l'Observatoire de la Laïcité* recommande t-il "de ne pas prendre en compte de prescriptions religieuses", mais dans le même temps, il recommande d'offrir "une diversité de choix".

Les repas de substitution sont en place dans toutes les écoles publiques depuis des années sans que cela n'ait jamais posé le moindre problème. Donc, comment peut-on qualifier ces décisions? Pour ma part, j'aurais tendance à les qualifier de populistes, de ce populisme dont la finalité n'est rien d'autre que de semer la division et la haine. 
Nous vivons pourtant une époque où, plus que jamais, nous avons besoin de lucidité, de tolérance et d'intelligence. Tout le contraire de ces décisions politiciennes de bas étage.

Ensuite, et toujours dans le cadre des repas des cantines publiques, diverses personnalités écrivent dans Le Monde du 26 mars 2015* un article au titre évocateur: "Le repas végétarien, le plus laïc de tous." Encore une fois, la laïcité est instrumentalisée pour une cause particulière et partisane. Bien entendu au nom des grands principes chers aux signataires et accessoirement au nom "du bien être animal et respect de la vie sensible."

Après tout, pourquoi pas? Il y a des enfants qui n'aiment ni la viande ni le poisson, sans qu'il y ait la moindre cause religieuse. D'ailleurs de tels menus existent  déjà dans certaines cantines.

Mais là où le bât blesse, c'est quand ces mêmes signataires demandent, exigent que, je cite, "la loi française impose dans chaque cantine scolaire, mais aussi dans les restaurants universitaires et les administrations, une alternative végétarienne, voire végétalienne. "

Vous avez bien lu: la loi IMPOSE! Et cerise sur le gâteau, dans les restaurants universitaires! D'ailleurs, pour ne pas faire d'erreur de transcription, j'ai fait un copier-coller.

Petit à petit, j'ai le sentiment que des groupes de pression imposent insidieusement leurs préceptes, leurs dogmes, parfois leurs fantasmes ou leurs folies. Nous n'avons d'autres choix que de nous plier sans broncher à leurs exigences sous peine d'être rangés dans des catégories infamantes! Et souvent, hélas, les politiques qui nous dirigent cèdent à ces injonctions. Est-ce par faiblesse, manque de courage, démagogie? Peut-être tout cela à la fois.

Ce n'est d'ailleurs pas le seul domaine où des groupes de pression sévissent. Il y en a en matière économique: il faut être partisan inconditionnel de la liberté pour tous dans le même poulailler: pour le renard comme pour les poules.

En matière religieuse, il faut respecter les diverses croyances, ce qui est, bien sûr, une excellente chose, sauf que les diverses croyances en question n'admettent pas que l'on puisse les contredire, les brocarder ou les ridiculiser. Et dans ce cas, certains croyants apprennent l'insulte à leurs enfants; d'autres, des assassins, tuent sans vergogne. Dans les deux cas, qui ne sont en rien comparables, il ne faut pas toucher à la religion de quelque manière que ce soit!

Et là aussi, mais pas que là, les politiques manquent bien souvent de détermination et de courage.

Pour en revenir aux cantines scolaires et aux deux cas objets de mon billet, il me semble que c'est quand même osé de faire appel à la loi du "petit père Combes" pour justifier des parti pris, des idéologies.

Emile COMBES
Emile Combes

La loi* qu'a voulue Emile Combes* et qu'a fait voter Aristide Briand* le 9 décembre 1905, en clarifiant et en déterminant les rapport entre les églises et l'Etat, a été, quoiqu'on puisse en dire, une loi qui a apaisé la société française, même si son adoption a soulevé de vastes et violents débats.

Il est très dommageable qu'aujourd'hui, certains se croient obligés de la brandir comme un étendard pour justifier leurs petits calculs méprisables.

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Angèle-Cartier-couv-6
"Angèle Cartier" de Claude Bachelier, éditions Zonaires: www.zonaires.com

mercredi 18 février 2015

"de Gaulle 1940 - 1944, l'homme du destin"





Charles de Gaulle
J'ai regardé, sur FR3, le lundi 16 février, le documentaire que Patrick Rotman a consacré à "l'Homme du 18 juin". Rotman est plutôt quelqu'un qui penche à gauche et c'est justement cela qui donne un intérêt particulier à ce documentaire. Certes, beaucoup de gens à gauche se réclament peu ou prou de de Gaulle. Pourtant, il est certain que quand il exerçait le pouvoir, la gauche - mais pas qu'elle - ne lui a pas fait de cadeau. Il suffit de relire "le coup d'état permanent", écrit en 1964 par François Mitterrand, pour en être persuadé. Ce qui n'empêchera pas le fondateur du PS de se couler avec délices dans les institutions de la V ème République et d'exercer le pouvoir quasiment à la manière du général si décrié!...

Patrick Rotman fait partie de ces gens de gauche qui ont pour le général ce qu'on pourrait appeler les yeux de Chimène: Jean Noël Jeanneney, Jean Pierre Chevènement, Jean Lacouture et quelques autres dont Régis Debray ou Max Gallo. Tous l'ont plus ou moins combattu, mais n'ont pas hésité, courageusement, à dépasser leurs parti pris, leurs idées reçues, sans pour autant se rallier à ceux qui, aujourd'hui comme hier, se réclament de l'héritage de Charles de Gaulle. Jean Lacouture en particulier qui a écrit la biographie sans aucun doute la plus complète sur CdG (1). Un travail sans complaisance ni malveillance.

Dans l'avertissement au lecteur du premier tome, il écrit: "L'ambition de ce livre n'est pas de présenter un "nouveau de Gaulle", un Charles dévoilé, un général inconnu. Elle est de proposer à un public de non-spécialistes aux yeux duquel Charles de Gaulle est d'ores et déjà un personnage aussi légendaire  que le sont devenus Jaurès ou Clemenceau, un récit cohérent, aussi équitable que possible (mais non pas neutre) de cette traversée épique du XX ème siècle par le plus illustre, et en tout cas le plus singulier des français." Si je peux ici me permettre un conseil, c'est de vous recommander de lire ces trois volumes: certes, ce sont plus de 2200 pages, notes non comprises, mais cela vaut le coup de s'y atteler.

Mais revenons au documentaire de Rotman. Tout a été dit sur de Gaulle et ce qu'il a fait ou pas fait. Pourtant, ce documentaire nous éclaire d'un jour nouveau sur la solitude de CdG, du 17 juin 1940, le jour où il rejoint l'Angleterre au  6 juillet 1944, jour où le président Roosevelt le reçoit avec les honneurs dus à un chef d'état.
Pendant ces quatre années, il a été seul. En 1940 et 1941, peu de français ont quitté la France pour le rejoindre; la majorité des français résidant à Londres est repartie en France, pourtant occupée, ou  s'est exilée aux Etats Unis. A part l'amiral Muselier, pas d'officiers généraux, pas le moindre préfet ou sous préfet, pas non plus le moindre directeur d'une administration publique. Pas non plus le moindre politique, trop occupé à voter les pleins pouvoirs au maréchal Pétain le 10 juillet 1940 (sauf 80 députés qui s'y opposent). Pour faire court, aucune personnalité française de premier plan qui aurait pu donner un peu d'éclat et de visibilité à cette entreprise.

Winston Churchill
Le premier ministre britannique, Winston Churchill, accueille et soutient CdG dès le début. Mais, parce qu'il est seul et sans grands moyens, de Gaulle est d'une intransigeance totale en ce qui concerne les affaires de la France. Ce qui bien sûr va générer des conflits violents avec Churchill, et donc accentuera encore un peu plus la solitude du chef de la France Libre.

Suite à l'attaque japonaise contre Pearl Harbour, les Etats Unis entrent en guerre contre les puissances de l'Axe en décembre 1941.

Vis à vis de la France, le président américain maintient son ambassadeur avec le gouvernement Pétain jusqu'au 11 novembre 1942, date à laquelle les allemands envahissent la zone non occupée de la France. C'est ensuite vers l'amiral Darlan, pourtant le successeur désigné de P. Pétain, que va le soutien américain. Puis quand l'amiral est assassiné le 24 décembre 1942, c'est le général Giraud qui devient l'interlocuteur privilégié des alliés.

Parce que intransigeant, d'une susceptibilité à fleur de peau quant à la souveraineté française, le général de Gaulle est systématiquement écarté des prises de décision. C'est tout juste si Churchill ne le retient pas prisonnier à Londres. De plus, Roosevelt le soupçonne d'être un apprenti dictateur et prévoit lors de la libération de la France de mettre en place une administration sous direction américaine: c'est l'Amgot.


le Chef de la France Libre accueilli à la Maison Blanche par le Président Roosevelt
Mais, Darlan assassiné et Giraud étant d'une incompétence politique totale, il ne reste plus aux alliés qu'à reconnaitre de Gaulle et son gouvernement provisoire.
Pour Charles de Gaulle, c'est la fin de la solitude. Même si à partir de la fin 1942, des hommes politiques français de tous bords, des personnalités de la société civile, des militaires de haut rang, des artistes, des intellectuels  l'ont rejoint, il était déjà moins seul.

Mais il me semble que c'est cette solitude qui l'a conforté dans ses choix de ne jamais rien lâcher, de n'accepter aucune compromission. De refuser la moindre concession quant à la souveraineté de la France et de son empire.

Par sa seule force de caractère, par sa seule détermination, il s'est imposé aux alliés, à Churchill, à Roosevelt, à Staline. A tel point que la France a apposé sa signature sur l'acte de reddition sans conditions de l'Allemagne - le maréchal allemand Keitel lors de cette signature: "Ach ! Il y a aussi des Français ! Il ne manquait plus que cela ! " - mais aussi sur celui du Japon par le maréchal Leclerc le 2 septembre 1945.

Sans oublier non plus que, lors de la création de l'ONU le 26 juin 1945, la France fera partie des cinq membres permanents du Conseil de sécurité, avec le droit de véto.


Le titre que Patrick Rotman a donné à son documentaire était particulièrement bien choisi: quoi que puissent en penser les nostalgiques de Vichy et de l'ordre ancien, Charles de Gaulle a bien été "l'homme du destin."

(1) DE GAULLE, de jean LACOUTURE, éditions du Seuil, en trois volumes:
1. "le rebelle", 1984, 838 pages
2. ""le politique", 1985, 689 pages
3. "le souverain", 1986, 797 pages


de Claude BACHELIER
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Editions ZONAIRES
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