claude bachelier

"ce n'est pas parce que on a rien à dire qu'il faut fermer sa gueule" Michel Audiard

jeudi 31 octobre 2019

le massacre de la Glacière, le 16 octobre 1791.


Au palais des papes d'Avignon, Ernest Pignon Ernest* expose ses oeuvres jusqu'au 29 février 2020. Si je connaissais de renom cet artiste, inventeur du "street art", j'ignorais tout ou presque de son travail, de ses collages et de ses dessins. Témoin rigoureux et implacable de son temps, il met celui ou celle qui regarde ses dessins en face des réalités. De l'apartheid à la prison Saint Paul de Lyon, de Pasolini à Rimbaud ou Genet, des expulsions, de Naples à Soweto ou Ramallah, il colle sur les murs des villes des existences douloureuses.




Mais l'objet de mon billet d'aujourd'hui n'est pas cet artiste, mais de ce que j'ai découvert en traversant les immenses salles su Palais des Papes, à savoir le massacre dit de la glacière, perpétré dans la nuit du 16 au 17 octobre 1791, donc au mi temps de notre Révolution et avant le commencement de la Terreur.

Derrière ce massacre, il y a comme point de départ, sinon comme motif, le rattachement d'Avignon et Comtat Venaissin, formant les États Pontificaux, à la République.




Sans rentrer complètement dans les détails, il faut remonter dans le temps pour comprendre l'originalité de ces deux entités à la fois politiques, économiques et géographiques.


En 1274, Philippe III, fils de Louis IX, donne le Comtat Vénaissin au pape Grégoire X. Philippe IV, dit le Bel, dès son couronnement en 1285, entre en conflit ouvert avec le pape Boniface VIII pour des raisons avant tout fiscales. Le pape menace le roi de France d'excommunication, mais meurt en 1303. S'ensuit d'interminables palabres et conflits pour lui élire un successeur. En 1305, Clément V est élu pontife et, pour fuir les querelles, complots et autres intrigues de Rome, décide de s"installer à Avignon avec l'aval de Philippe le Bel et après avoir, avec lui, mis en place ce qui devait conduire à la disparition de l'ordre des Templiers.

Sept papes, tous français, se succédèrent à Avignon, de 1305 à 1377.



La prise de la Bastille le 14 juillet 1789 fut le point de départ de la Révolution Française. Si à Paris, les insurgés n'inspiraient pas encore de grandes craintes, il n'en était pas de même en province où "la Grande Peur" s'installa partout sur le territoire. Le Comtat Venessain organisa des milices bourgeoises.


Pour diverses raisons, fiscales entre autres, l'agitation prit rapidement de l'ampleur à tel point que certains habitants du Comtat exigèrent de leurs seigneurs non seulement la baisse ou l'annulation des taxes, mais aussi qu'ils portent la cocarde tricolore.

L'idée de rattacher le Comtat Venaissin à la France, déjà dans les têtes de bien des gens avant même le 14 juillet 1789, prend une nouvelle force mais surtout une nouvelle forme, plus radicale. 

En 1790 et en 1791, les demandes de rattachement à la France se mêlaient aux revendications fiscales et contre la vie chère. Ce que l'on aurait pu appeler des querelles de clochers évoluèrent rapidement vers une forme de violence qui débordait le cadre politique traditionnel, sans pour autant en vraiment sortir. 

Le 7 février 1791, 25 communes du Comtat demandèrent à être rattachées à la France. Mais, à Paris, le moins que l'on puisse dire, c'est que les députés de la Constituante n'y sont pas spécialement favorables: il y a des décisions à prendre bien plus importantes. En effet, Louis XVI a été rattrapé à Varennes le 21 juin 1791 et il faut statuer sur son avenir; il faut également finaliser la Première Constitution et mettre en place la future Assemblée Législative.

C'est donc le 22 septembre 1791 que les députés de la Constituante vote le rattachement du Comtat Venessain à la France.

Michelet, dans sa monumentale "Histoire de la Révolution Française" écrit: Le parti français d'Avignon se fit Français, il faut le dire, sans la France et malgré la France. Il lui rendit, en dépit d'elle, un service signalé." (1)

François Furet, lui, note: "En Avignon, vieille terre pontificale, elle (la Constituante) a attendu jusqu'à septembre 1791, tout à la fin de son mandat, pour prononcer une annexion ratifiée d'avance par la population, qui la réclame depuis deux ans. C'est le conflit avec le pape à propos de la Constitution Civile du clergé qui a conduit les députés à entériner le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes." (2)





le lynchage de Nicolas Lescuyer

Auparavant, à Avignon, les évènements se précipitent: le 21 août 1791, la municipalité d'Avignon est renversée par un colonel de la garde nationale. Une nouvelle administration municipale est alors mise en place: parmi elle, Mathieu Jouve-Jourdan*, dit Coupe-Têtes, ainsi surnommé parce qu'il se vantait d'avoir coupé la tête du gouverneur de la Bastille. Mais surtout Nicolas Jean Baptiste Lescuyer*, secrétaire greffier de la commune d'Avignon.


Les papistes, partisans du pape et farouchement opposés tant au rattachement à la France qu'aux révolutionnaires, firent courir le bruit que les trésors de l'église avaient été confisqués et récupérés par les nouveaux administrateurs de la commune. Bruits totalement faux bien sûr, mais qui n'empêchèrent pas leurs partisans de protester violemment. Nicolas Lescuyer tenta vainement de les calmer en expliquant les réalités, mais il fut lynché par la foule. 

Michelet décrit la scène: "La foule en envoya quatre pour appréhender Léscuyer, le forcer de venir. (...) Il monta en chaire, ferme et froid d'abord. "Mes frères, dit-il avec courage, j'ai cru la Révolution nécessaire; j'ai agit de tout mon pouvoir." (...) Mais on l'arracha de le chaire, et dès lors, il était perdu. Jeté à la meute aboyante, on le tira vers la vierge. (...) Le pauvre Lescuyer, misérable objet du débat,n'espérant rien (...) Mais, à ce moment, un ouvrier taffetassier lui assène un coup si raide que le baton fut brisé et vola en deux.(...) Un terrible éclat de rire s'éleva, et on ne le toucha plus, pour qu'il savourât la mort toute entière."(3)



Bien sûr, la réaction des "patriotes" ne va pas tarder. Jean Baptiste Jourdan, futur maréchal d'empire et le colonel de la Garde Nationale incarcèrent soixante personnes, plus ou moins au hasard: certaines d'entre elles n'ont pas participé , de près ou de loin, au lynchage de Lescuyer.

Un simulacre de procès fut mis en place, très vite abandonné.

Puis, sous la direction du fils Lescuyer, 16 ans et de Jourdan Coupe-Têtes, les soixante incarcérés sont massacrés un par un et leurs corps jetés dans une tour, dite de la Glacière, en fait les latrines du palais, irrigués par les eaux et filant directement vers le Rhône. Il est à noter que Coupe-Têtes fut condamné par le tribunal révolutionnaire et guillotiné le 27 mai 1794.



Cette tuerie surprend par le fait que la vengeance s'est transformée en lynchage. Les "autorités", par lâcheté, ont été les complices d'une foule aveugle et grégaire. 


Mais au-delà de ce lynchage, il faut aussi s'interroger: était-ce le signe avant coureur de la Terreur, laquelle fut décidée par la Convention le 5 septembre 1793 en mettant, je cite, "la terreur à l'ordre du jour."

Mais la terreur n'a t-elle pas commencé avant, en septembre 1792 par exemple, quand des centaines de prisonniers dans différentes prisons de Paris et de grandes villes de France furent massacrés par des foules, elles aussi, aveugles et grégaires. 
À la limite, la terreur aurait pu commencer dès le 14 juillet 1789 avec les massacres des gardes suisses de la Bastille et de son gouverneur.



le tribunal révolutionnaire



Pourtant, il n'en est rien. 

"La terreur à l'ordre du jour", c'est-à-dire que ce sont les députés de la Convention qui l'ont décidé et donc institutionnalisée. La Patrie était en danger, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur et donc il fallait réduire les ennemis de la Révolution. Par tout les moyens. Même les pires.

Saint-Just, bras droit de Robespierre, membres tous les deux du Grand Comité après l'exécution de Danton et de ses amis, déclare le 10 octobre 1793: "Il n’y a point de prospérité à espérer tant que le dernier ennemi de la liberté respirera. Vous avez à punir non seulement les traîtres, mais les indifférents mêmes : vous avez à punir quiconque est passif dans la République et ne fait rien pour elle." 

Donc, parce que les souverains étrangers menacent, que les royalistes sont plus que jamais à l'affut, parce que la contre révolution n'a jamais baissé les bras, les révolutionnaires décident d'entraver les libertés, de les tuer même. Alors qu'ils avaient fait la Révolution pour ces libertés que leur refusait l'ancien régime. C'est un paradoxe que de vouloir supprimer la liberté au nom de la liberté. 


Hélas, ce paradoxe est encore d'actualité.
(1) in "Histoire de la Révolution Française", de Jules Michelet, livre IV, chapitre II, page 788, éditions Gallimard, bibliothèque de La Pléiade, 1952.
(2) in "la Révolution Française" de François Furet, page 328, éditions Gallimard pour les éditions GLM, 1978.
(3) ibid Michelet, page 805 et 806.

- octobre 31, 2019 Aucun commentaire:
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lundi 1 juillet 2019

"Emile Combes ou le mystérieux médaillon de la Chapelle du Bard", conférence proposée par Claude Bachelier


- juillet 01, 2019 Aucun commentaire:
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vendredi 28 juin 2019

Dominique VOISENON et Claude BACHELIER













Dominique VOISENON et Claude BACHELIER






Avec Dominique Voisenon, , le 14 juin 2019, j’ai reçu des mains de Philippe Langénieux-Villard, maire d’Allevard , la médaille de la Ville, Dominique en tant que Président des Amis des Musées du Pays d’Allevard (AMPA) et moi en tant que membre de l’AMPA et de l’équipe des bénévoles de la Bibliothèque pour Tous d’Allevard.

Ci-après, le discours de Philippe Langénieux-Villard, puis ensuite, le mien.


« Lorsque Jacques-Yves Cousteau a dû entamer son discours de réception à l’Académie Française, il se trouva fort dépourvu, cher Claude Bachelier, vous qui connaissez la mer.

L’explorateur sous-marin succédait à Jean Delay, psychophysiologue, qu’il n’avait jamais rencontré ni lu et dont il lui revenait de faire l’éloge.
Son discours commençait en conséquence par le vouvoiement de mise. Il s’achevait pourtant dans un tutoiement complice.
À force de chercher à comprendre son prédécesseur, il était parvenu à l’admirer.


L’admiration, dans cette société de certitudes jalouses, est devenue un sentiment trop rare, trop enfoui.
Cette petite cérémonie veut lutter contre l’indifférence confortable ou la reconnaissance muette que nous opposons trop souvent aux engagements exemplaires.

Cette médaille n’est ni le fait du prince ni le fait du hasard.
Ce n’est pas quelque chose de banal.
Elle est décernée à l’issue d’un Conseil Municipal qui fut unanime pour chacun d’entre vous.

En règle générale, la remise est individuelle. A votre demande, elle vous associe alors qu’à première vue, il n’y a aucun point commun entre vous:
– prénoms androgynes,
– le marin,
– l’ingénieur de bureaux d’études,
– l’auteur des « Mémoires d’un tueur ordinaire»,
– le défenseur de la mémoire industrielle de Poitiers, Noisiel et Allevard,
– l’explorateur de la Chine, du Brésil, de Madagascar, de la Côte d’Ivoire, de la Guinée Bissau…
– le président de copropriété investi dans la création de la ville nouvelle de Marne la Vallée,
– le diplômé de Sciences Po qui cherche « plus un maitre à réfléchir qu’un maitre à penser » et qui expose dans son blog ses doutes, ses craintes et ses espoirs,
– l’ancien élève de l’École Freinet qui a fouillé dans le passé du pharmacien et chocolatier Antoine Brutus MEUNIER, inventeur de la tablette de chocolat et dont l’usine est aujourd’hui le siège de Nestlé.

Mais pourtant,
– une installation choisie à Allevard depuis plus de quinze ans,
– un investissement immédiat dans la vie culturelle de notre commune,
– une curiosité partagée pour tout ce qui touche au patrimoine et à la société des Hommes,
– du temps offert aux autres bénévolement avec la simple joie de rencontres enrichissantes,
– la création d’animations, d’échanges, d’informations, de conférences sur tout ce qui touche aux Hommes, à leurs idées, à leur travail, à leur passé, à leurs passions.

Claude Bachelier, partageux, partisan de partager les biens immatériels selon la définition de l’Académie de 1932;
Dominique Voisenon, passeur de rêves et de ballons.

On vous doit, pèle mêle:
– la mise en place de rencontres d’auteurs à la Bibliothèque pour tous,
– la création « d’ambulances » historiennes dans les rues
– la venue du Procureur Jean Olivier VIOUT, celle, prochaine, d’Henri OBERDORFF, Président de l’Université Populaire Européenne de Grenoble,
– l’identification et la protection de documents d’archives et de pièces muséales,
– le soutien vigilant de la commission du Musée,
– l’accueil permanent des élèves des écoles,
– la présence assidue et bienveillante à tous les efforts vers l’art, la culture, les artistes,
– les incontournables conférences des Amis du Musée à la Tour des Décors.

Nous vous devons aussi une forme d’engagement civique supérieur parce que rien ne vous est indifférent et parce que vous y participez avec une distance d’expression que certains jugent de la prudence et que je qualifie d’élégance.

Vous proposez, vous faites.

Vous vous méfiez des séductions et des apparences.

Vous défendez une approche humaniste de la société qui a plus que jamais besoin de la boussole du marin et des repères de notre histoire.

J’ajoute à ces qualités quelques preuves intangibles que je veux saluer au moment de conclure: sans le soutien de vos épouses et et de vos cinq enfants, vous ne seriez pas les mêmes. 

Je tiens à saluer Anne pour son immense talent et donc, son immense humilité. 

Et ce soir Dominique, je voudrais de tout coeur qu’il y ait un silence, là-haut, qui vous parle.
Merci à tous les deux.
Vive Allevard. »

et le mien:

Lorsque j’ai reçu votre lettre, Monsieur le Maire, j’ai été profondément troublé. D’ailleurs je vous l’ai écrit.

En effet, qu’avais-je fait, qu’ai-je fait pour mériter une telle distinction ?

J’ai appris peu après que le président Voisenon la recevait lui aussi ; et donc à défaut de répondre à mes interrogations, cela m’a quelque peu rassuré.

Je ne vous cache pas que j’ai eu la tentation, certes fugace, de ne pas l’accepter.

Mais bon, mis à part le fait que je ne suis pas Jean Paul Sartre, refuser cette médaille aurait été faire injure à votre personne, faire injure à votre fonction, mais aussi faire injure à l’ensemble du Conseil Municipal qui a voté à l’unanimité l’attribution de cette médaille de la ville.

Et il me semble qu’à travers ma personne, c’est aussi l’ensemble des bénévoles de la bibliothèque et des Amis du musée qui est honoré.

Alors, oui, j’ai accepté, j’accepte cette médaille avec beaucoup de bonheur, une certaine fierté, mais aussi, mais surtout beaucoup d’humilité.

A la place qui est la mienne, au sein de la bibliothèque et de l’AMPA, je continuerai d’assurer les permanences et de travailler pour mettre en œuvre tous nos projets pour les habitants de ce village qui nous a si bien  accueilli, Anne et moi, il y a presque 25 ans.

Avant de conclure, permettez moi de rendre hommage à Anne qui me soutient avec discrétion et bienveillance dans mes actions associatives.

Merci du fond du cœur à vous tous qui êtes ici ce soir, à mes amis, venus en nombre, certains d’entre vous d’assez loin, merci à vous, votre présence me fait chaud au cœur.

Merci à vous Monsieur le maire et à vous Mmes et Mrs du Conseil Municipal de m’avoir fait cet immense honneur de me donner la médaille du village d’Allevard les Bains.







- juin 28, 2019 Aucun commentaire:
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lundi 11 mars 2019




Iossif Vissarionovitch Djougachvili, ou si vous préférez Joseph STALINE, est mort le 5 mars 1953. Il y a donc soixante six ans.
Il a été beaucoup dit, beaucoup écrit sur cet homme qui a donné, bien involontairement, son nom à une variante du totalitarisme: le stalinisme.

Avant d'aborder sa mort et les réactions qu'elle a suscitées, quelques lignes sur le parcours de cet homme que rien, à priori, ne destinait au destin qui a été le sien.

Il est né en décembre 1878 en Géorgie, d'une famille de petit artisan. Sa mère, très religieuse, l'oblige à rentrer au séminaire, mais il en est expulsé à l'âge de vingt ans.
Il va très vite militer dans des organisations révolutionnaires, ce qui lui vaut de multiples arrestations et de nombreux séjours en Sibérie.
Entre deux arrestations, il rencontre Lénine à plusieurs reprises. En 1917, de retour d'un exil sibérien, il prend la direction du parti bolchévique à Pétrograd.
Même s'il a un rôle relativement mineur pendant les deux révolutions, il travaille directement et discrètement sous les ordres de Lénine. Il y a au sujet des relations entre les deux hommes des avis contradictoires: pour les uns, Lénine* appréciait Staline au point de le définir en 1911 comme "le merveilleux georgien; mais pour la grande majorité des autres, dans son testament, Lénine reprochait à Staline sa brutalité et proposait de le destituer de son poste.

Après la mort du père de la révolution bolchévique en 1924, Staline est à la tête du parti communiste et écarte tous ceux qu'il estime lui être hostile. Au premier rang de ceux-ci Trotsky* qu'il fait exiler en 1929 et assassiner en 1940.

Au début des années 30, il met en place la collectivisation des terres; ce qui a pour effet la déportation en Sibérie de deux millions de "koulaks"*, accusés d'être des propriétaires et donc des exploiteurs. Mais aussi une famine qu'il a, sinon organisée, en tout cas encouragée, famine qui a causé la mort de plusieurs millions de paysans.

Les grandes purges qu'il mettra en place entre 1936 et 1938 lui permettent d'éliminer toutes personnes suspectées d'opposition et/ou de "déviationnisme"; parmi elle une grande partie des hauts gradés de l'Armée Rouge.

En matière de politique étrangère, il impose aux autres partis communistes la politique dite "classe contre classe", son principal ennemi étant la social démocratie.

Prétextant une mauvaise volonté de la France et du Royaume Uni à l'égard de l'URSS, il signe le pacte germano-soviétique le 23 août 1939, pacte qui prévoit le partage de la Pologne entre les deux dictatures et l'annexion par l'URSS des Pays Baltes.

L'Allemagne nazie attaque l'URSS en juin 1941, mais est mise en échec sans atteindre ses objectifs: Moscou, Léningrad et Rostov. Encerclée et vaincue à Stalingrad, l'armée allemande commence alors la retraite qui amènera l'Armée Rouge au coeur de Berlin, alors qu'à l'ouest, les armées alliées ont débarqué en Normandie, en Provence et en Italie.
Le 8 mai 1945, l'Allemagne nazie capitule.
Le prestige et l'autorité de Staline sont les grands vainqueurs de cette guerre.

W. Churchill, H. Truman, J. Staline


En Août 1945, la conférence de Postdam* qui réunit Churchill*, Truman* et Staline décide des zones d'influence: l'Europe de l'ouest aux alliés occidentaux; celle de l'est à l'URSS. En quelques années, les régimes communistes s'imposent dans les démocraties populaires sous l'autorité sans appel de Staline.
La mort de Staline en 1953 entrainera un timide début de "déstalinisation", mais n'empêchera nullement l'écrasement des révoltes populaires contre les partis communistes au pouvoir, à Berlin en juin 1953; à Budapest en octobre 1956 et à Prague en août 1968.


crédit photo: Rue des Archives/Rue des Archives/Tallandier[/caption]






 LES RÉACTIONS EN FRANCE

"Le petit père des peuples" ou "vodj" ("le guide" en russe) s'éteint donc le 5 mars 1953, officiellement suite à une hémorragie cérébrale.
L'Humanité, "l'organe central du Parti Communiste Français", annonce en une la mort du "grand Staline".
Il faut dire que le dictateur est l'objet d'un véritable culte, particulièrement en France, au sein des communistes.

Maurice Thorez et sa femme Jeannette Vermeersch

Maurice Thorez*, alors secrétaire général du PCF, écrit dans son autobiographie "Fils du peuple" après sa rencontre avec Staline en 1925: "Lors de mon premier voyage à Moscou, j'avais eu le rare bonheur de voir et d'entendre le camarade Staline. (...) La veille de notre départ, le camarade Staline reçut notre délégation. Sa cordialité souriante nous mis à l'aise dès l'abord. Une pensée que Staline exprima ce jour-là est restée gravé dans ma mémoire: "l'influence réelle d'un Parti se mesure aux actions qu'il est capable d'organiser de diriger." (1)

Paul Eluard* publiera en 1950 un recueil de poèmes, "Hommages" dans lequel il écrit ceci:
« Staline dans le coeur des hommes
Sous sa forme mortelle avec des cheveux gris
Brûlant d’un feu sanguin dans la vigne des hommes
Staline récompense les meilleurs des hommes
Et rend à leurs travaux la vertu du plaisir
Car travailler pour vivre est agir sur la vie
Car la vie et les hommes ont élu Staline
Pour figurer sur terre leurs espoirs sans bornes.
Et Staline pour nous est présent pour demain
Et Staline dissipe aujourd’hui le malheur
La confiance est le fruit de son cerveau d’amour
La grappe raisonnable tant elle est parfaite. »

Tout de suite après la mort de Staline, Aragon*, directeur des "Lettres Françaises" demande à Picasso de dessiner un portrait du défunt. Dans le numéro du 12 mars 1953,qui rend compte de la mort de Staline, il écrit: "
« La France doit à Staline tout ce que, depuis qu’il est à la tête du parti bolchevik, il a fait pour rendre invincible le peuple soviétique, et dans son armée rouge, et dans sa confiance en Staline, l’homme qui disait que gouverner c’est prévoir, et qui a toujours prévu juste... La France doit à Staline son existence de nation pour toutes les raisons que Staline a données aux hommes soviétiques d’aimer la paix, de haïr le fascisme, et particulièrement pour la constitution stalinienne, qui est une de ces raisons, pour lesquelles un grand peuple peut également vivre et mourir. (2)
Merci à Staline pour ces hommes qui se sont forgés à son exemple, selon sa pensée, la théorie et la pratique stalinienne ! "(2)

Ce dessin ne plaira pas à la direction du PCF qui le fait savoir dans l'Humanité du 18 mars: «Le Secrétariat du Parti communiste français désapprouve catégoriquement la publication dans Les Lettres françaises du 12 mars du portrait du grand Staline par le camarade Picasso."(2)
A Paris, le siège du PCF est drapé de noir. Partout dans le pays, les communistes organisent des manifestations en l'honneur de Staline.


Les plus hautes autorités de l'État rendent elles aussi hommage au dirigeant communiste: ainsi, Edouard Herriot*, président de l'Assemblée Nationale, impose t-il aux députés une minute de silence "au vainqueur d'Hitler et au modernisateur de l'Union Soviétique."

Aimé Césaire*, le poète martiniquais, y va lui aussi de son éloge: "Je suis originaire d'un petit pays qui souffre sous le joug du régime colonial. Mais j'ai visité l'Union soviétique, et je sais que la cause de la paix et de la libération nationale, la cause pour laquelle se bat le peuple de ma patrie et les peuples opprimés dans toutes les parties du monde, triomphera, car elle est indissolublement liée aux grandes idées de Lénine et de Staline ! »
Le général de Gaulle, alors président du RPF, envoie un télégramme à Mr Molotov*,  vice-président du Conseil des commissaires du peuple, télégramme de circonstance il est vrai, mais qui ne mentionne que le rôle de Staline pendant la guerre: "... Le nom de Staline restera toujours attaché au souvenir de la grande lutte menée en commun jusqu'à la Victoire par les peuples de l'URSS, le peuple français et les peuples alliés." (3)

La relation de Staline aux français communistes relève quasiment d'une relation filiale: dans presque tous les logements des familles, le portrait de Staline, orné d'un crêpe noir, trône dans la salle à manger. Des objets divers, confectionnés au sein de ces familles, sont envoyés aux sièges des différents comités départementaux et sont exposés comme un ultime hommage des camarades au petit père des peuples.

L'Humanité du 11 mars souligne, sous la plume de Pierre Courtade*: "Le peuple de France prenant le deuil en même temps que le peuple de l'Union Soviétique; tant de silence accumulés à travers le pays entier au moment où les canons soviétiques saluaient l'arrivée du corps de Staline au mausolée de la Place Rouge." (4)

A l'exception bien sûr de l'Humanité, la presse française rend compte du décès de Staline de façon sinon neutre, en tout cas sans grandes envolées lyriques.

Ainsi le Figaro se contentant de citer les médias officiels soviétiques: "Radio-Moscou transmit d'abord, comme d'habitude, la sonnerie des cloches de la grande tour du Kremlin. Puis vint l'hymne national soviétique. Enfin, le speaker a commencé la lente lecture du communiqué officiel rédigé au nom du Comité central du parti, du Conseil des ministres et du Præsidium du Conseil suprême: «Le cœur du camarade Staline, continuateur inspiré de la volonté de Lénine, guide et éducateur du parti communiste et des peuples soviétiques, a cessé de battre.» Aussitôt après cette lecture, Radio-Moscou a diffusé le solennel dernier mouvement de la «Symphonie pathétique», de Tchaïkovski."
Le Monde, daté du 7 mars 1953, dans un éditorial titré "l'homme et son héritage",  sans doute sous la plume de son fondateur Hubert Beuve-Méry*, pointe la volonté implacable de Staline et leurs conséquences: "La poursuite de ce bonheur mathématique a peuplé les camps de concentration et les charniers; elle a transformé des millions d’hommes en robots civils ou militaires. Elle en a réduit d’autres au rôle de thuriféraires dépourvus de la plus élémentaire dignité."

France-Soir consacre toute sa une au décès de Staline. "La mort de Staline survenue à Moscou à 19h50 a été connue à 2h09. Le corps du maréchal, qui sera embaumé, va être exposé à la Maison des syndicats. Les Russes s'attendaient à une issue fatale. L'hémorragie cérébrale qui l'avait frappé "avait étendu ses effets jusqu'au coeur, entraînant un désordre aigü du système cardio-vasculaire et aggravant les difficultés de respiration. Staline est mort sans avoir repris connaissance".  Puis, il reprend le communiqué des autorités soviétiques: "Le coeur du camarade de Lénine et continuateur inspiré de sa volonté, chef avisé et maître du Parti communiste et du peuple soviétique Joseph Vissarionovitch Staline, a cessé de battre". Le journaliste chargé des questions diplomatiques s'interroge "sur le mystère de la succession de Staline".

Mis à part les militants et l'appareil du PCF, le décès de Joseph Staline n'a pas été ressenti comme une perte. Certes, il faisait partie des vainqueurs, mais sa main mise sur les pays de l'est, les procès fabriqués à la chaine faisaient de lui un repoussoir. Pourtant, bien peu de gens connaissait l'étendue des crimes staliniens. Les intellectuels, dont la raison d'être est justement  d'être lucide et curieux, ont été aveuglés par l'idéologie communiste et par le culte de la personne de Staline. A cette époque, bien peu d'entre eux s'en sont détournés et ont cessé d'être des "compagnons de route."

Staline disparu, le stalinisme a t-il disparu avec lui? Sans  doute. Pour autant, le régime imposé par Mao Zédoung en Chine, ou par la famille Kim en Corée du Nord ou par Henver Hodja en Albanie, ces régimes ont de fortes concordances avec celui du "petit père des peuples": parti unique, contrôle absolu de l'État, culte du chef, terreur et crimes de masse, idéologie obligatoire.

Pour conclure cet article, permettez moi de citer Laure Adler* dans son excellent ouvrage "dans les pas de Hannah Arendt".
"Pour elle (Hannah Arendt), le totalitarisme, par essence, diffère de la tyrannie et de la dictature. Il brise la tradition, la justice, la morale, le sens commun. (...) Essence de la domination totalitaire, le terreur dispose de son propre tribunal où ne sont plus jugés des coupables ou des innocents, mais des exécutants ou des opposants à la loi historique ou naturelle." (5)

Staline a mis en place un régime totalitaire dès sa prise de pouvoir qu'il a consolidé jusqu'à sa mort. Il est malgré tout surprenant, voire incompréhensible, que des milliers de personnes à travers le monde aient idolâtré cet homme. Et encore plus surprenant et tout aussi incompréhensible qu'aujourd'hui encore beaucoup rechignent à faire le procès et de l'homme et de son régime.

  • clic sur le lien
(1) in "Fils du peuple" de Maurice Thorez, éditions sociales, 1949, page 51.
(2) in le blog de Philippe Solers: http://www.pileface.com/sollersdu 4 mars 2013.
(3) in "Charles de Gaulle, lettres notes et carnets, 1942 - mai 1958" éditions Robert Laffont, collection Bouquins, page 1110.
(4) in "la liturgie funèbre des communistes 1924 - 1983" de  Jean-Pierre A. Bernard, article dans Persée, 1986, page 44.
(5) in "dans les pas de Hannah Arendt" de laure Adler, éditions Gallimard, 2005, page 360.
- mars 11, 2019 Aucun commentaire:
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dimanche 6 janvier 2019

Dissolution, Monsieur le Président, dissolution!

Que personne ne se méprenne: je ne me suis rallié ni à Mme Le Pen ni à MM Mélanchon ou Dupont Aignan. Surtout pas.  Mais nous en sommes arrivés à un tel point de désordres et/ou de révoltes et/ou d'incompréhensions qu'il faut trancher dans le vif, c'est-à-dire dissoudre l'Assemblée Nationale. Cela relève de la décision du seul Président de la République.

Il semble qu'il n'ait pas encore envisagé cette solution. C'est dommage car rien ne semble pouvoir arrêter ce mouvement de contestation, ni les promesses, ni les décisions.

Ce mouvement a débuté le 17 novembre 2018 sur des revendications concernant les augmentations du prix des carburants, de la CSG des retraités et d'autres plus diffuses comme les salaires trop bas, l'abandon des territoires à travers la suppression de certains services publics ou la remise en cause de l'abandon partiel de l'ISF ou la mise en place de la "flat tax". Des revendications somme toute plutôt raisonnables.

Ce mouvement a très vite été bien perçu par l'ensemble des Français. C'est du moins ce que les sondages ont révélé. Il est vrai que cette apparente spontanéité avait quelque chose de sympathique, d'autant que les premières demandes des gilets jaunes n'avaient rien de démagogiques, en tout cas pas trop. Pour ma part, sans adhérer totalement, si un institut de sondages m'avait interrogé, j'aurais marqué ma sympathie.

Bien sûr, les politiques, et pas des moindres, sont apparus: de Mme Le Pen à MM Mélanchon, Dupont Aignan, Phillipot, Roussel, Hamon, Wauquiez et quelques autres de moindre envergure.
Tous, la main sur le coeur, dans un bel élan qui se voulait compassionnel, mais en réalité d'une hypocrisie flagrante, ils ont entonné le couplet habituel de ceux qui "veulent le bonheur du peuple", à savoir "redonner la parole" à ce dernier.
Nous avons pu alors assister à un concert où la fourberie le disputait aux mensonges, où les tartuffes concurrençaient les cabots et les comédiens!

Certes, le Président Macron et son gouvernement ne sont pas exempts de critiques: les petites phrases imbéciles du premier et les décisions du second: réforme de l'ISF, flat tax, diminution de 5 € sur les  APL, augmentation de la CSG des retraités, etc. Autant de mesures injustes et mal venues dans le contexte économique difficile pour les plus fragiles que nous vivons aujourd'hui.

Très vite, les premiers dérapages sont apparus: de la dénonciation de migrants aux gendarmes à l'obligation à une femme arrêtée à un barrage, d'enlever son voile religieux; de l'obligation de revêtir un gilet jaune faite aux automobilistes pour pouvoir passer un barrage aux blocages d'entreprises ou de grandes surfaces. Sans parler des saccages des magasins, des péages autoroutiers et même d'une préfecture et de lycées. En même temps que les slogans versaient dans l'insulte, les menaces et la démagogie. Jusqu'à cette mise en scène de la mort par décapitation du Président de la République.

Ce dernier a annoncé plusieurs mesures allant dans le sens des revendications. Mesures très vite considérées comme insuffisantes.

Bien que les gilets jaunes aient annoncé haut et fort qu'ils refusaient toutes formes de représentations, quelques figures sont apparues dans les médias. Certaines voulaient discuter avec le gouvernement, d'autres refusaient l'ébauche même de la moindre discussion.

Mais malgré ces dissensions, deux personnages sont sortis du bois: un prof et un chauffeur routier. Des gens aussi charismatiques que manipulateurs.

Le premier est un vieux routier de la contestation et un zélateur du fameux référendum d'initiative citoyenne, cela dès 2005. Il a participé à "Nuit debout", mais aussi à la "manif pour tous". Il est un anti européen convaincu. C'est  un admirateur d'Hugo Chavez, de Donald Trump, mais aussi d'Alain Soral et de Thierry Meyssan dont il partage les théories conspirationnistes.

Le second est un de ceux qui a lancé le mouvement. Sachant utiliser avec adresse les médias, il est passé des revendications initiales à une radicalisation très politique: il a appelé à investir l"Élysée pour, disait-il, "discuter". Dernièrement, il a été arrêté, puis très vite relâché: il s'est vanté d'avoir provoqué cette arrestation pour tenter de relancer le mouvement. En plus d'être un parfait manipulateur, c'est un cynique revendiqué.

On voit par là, qu'insidieusement, certains politiques ont pénétré le mouvement quand ils ne l'ont pas initié. Sans le dire bien sûr.

Nous en sommes arrivés aujourd'hui à la situation totalement incontrôlable où les revendications initiales ont laissé la place à des revendications strictement politiques, telle, entre autres, la démission du Président de la République. Et derrière ces revendications, deux partis que l'on croyait antagonistes, à savoir le RN de Mme Le Pen et la FI de Mr Mélanchon.
L'une et l'autre sont des partisans déclarés du référendum d'initiative citoyenne, le RIC.

Mais qu'est-ce que ce RIC? En gros, "redonner le pouvoir au peuple, sans passer par le Parlement. Donner à ce même peuple le droit de rédiger ou d'abroger une loi et de pouvoir destituer les élus, y compris le Président de la République."

S'il faut croire certains gilets jaunes, le peuple, ce sont eux, uniquement eux. Les autres, sont les ennemis du peuple! Donc tout ceux ceux qui ne soutiennent pas leurs luttes sont les ennemis du peuple. On a déjà entendu cela il y a quelques décennies et on en connait tous les résultats.

Le CESE (Conseil Économique Social et Environnemental) a lancé mi-décembre une consultation qui s'adressait à tout un chacun, avec ou sans gilet jaune.

A bien y réfléchir, les premiers résultats ne sont pas si étonnants que cela: sur 9000 réponses, l'abrogation de la loi Taubira (mariage pour tous) arrive en tête avec 5900 voix. Certes on ne peut traduire une généralité à partir de 9000 participants, mais il est clair qu'à partir d'une telle consultation, le RIC, peut déboucher sur des demandes telles que l'abrogation sur la loi supprimant la peine de mort ou celle de la loi Veil autorisant l'IVG, voire la remise en cause de la loi de 1905. (par parenthèse le Président serait bien inspiré de ne toucher à cette loi en aucune manière).

Bref, ce serait le règne de la folie qui nous amènerait tout droit vers un régime autoritaire!

Donc, pourquoi recourir à la dissolution de l'Assemblée Nationale?

J'en suis arrivé là parce que la situation est incontrôlable et nous allons tout droit vers une situation insurrectionnelle. Situation que les deux partis extrêmes appellent de leurs voeux.
L'État ne contrôle pas la situation et se fragilise de plus en plus après chaque samedi. La violence est chaque fois plus intense et les radicalisations des manifestants plus fortes.

Après la dissolution, des élections législatives suivent selon les procédures constitutionnelles de la V ème République.

Deux possibilités:

1. la majorité actuelle est reconduite, ce qui n'est pas impossible. Après tout ni le RN ni FI n'ont été capables de remporter la législative partielle dans l'Essonne, pas plus qu'ils n'ont été capables de mobiliser leurs électeurs. C'est un LREM qui a été élu le 25 novembre, alors que la crise des gilets jaunes en était à sa deuxième semaine!

Il conviendra cependant que le Président et sa nouvelle majorité sachent écouter et surtout entendre, ce qui n'a pas toujours été le cas depuis mai 2017.

2. la majorité actuelle est battue. Nous entrons dans une cohabitation, sachant que constitutionnellement, le Président ne peut dissoudre l'AN pendant un an après son élection.
Donc le ou les partis majoritaires sont appelés à gouverner. Ils pourront mettre en oeuvre leur programme dont celui d'une Assemblée Constituante. Et écrire une nouvelle Constitution. Et mettre en oeuvre le RIC.

Mais faut-il encore pour cela qu'ils puissent trouver un terrain d'entente. Et c'est  à ce moment que commenceront les difficultés pour eux et surtout, hélas, pour la France.

Alors, oui, il faut dissoudre, même en sachant que la seconde hypothèse est possible. Sauf qu'elle n'est qu'une hypothèse et qu'elle n'est pas inéluctable.
A un moment donné, dans la situation de crise que nous vivons actuellement, un gouvernement doit prendre les décisions qui permettent au pays de choisir son avenir. 

Cela aura le mérite de remettre "les choses" à plat, chacun aura pu s'exprimer librement par le vote. Je sais que pour certains, le vote n'est pas légitime et seule "la rue" peut s'exprimer légitimement. C'est une opinion que je ne partage pas: chacun sait comment finit ce genre de "consultations".

En tout été de cause, la France ne peut se permettre de continuer à vivre dans un état de crise permanent, dans un monde en pleines turbulences politiques, économiques et environnementales.

Et pour sortir de cette impasse, je ne vois pas d'autres solutions  que la dissolution de l'Assemblée Nationale.
- janvier 06, 2019 1 commentaire:
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samedi 31 mars 2018

Qui se souvient de Youri Gagarine?

Youri Gagarine (1934 - 1968)

Oui, qui se souvient de Youri Gagarine, le premier homme à voyager dans l'espace à bord d'un satellite artificiel le 12 avril 1961? Sans doute pas grand monde. Quoique, pour reprendre Raymond Devos, quoique...

Même s'il y avait peu de téléviseurs dans les foyers français, la presse quotidienne est encore très lue et il me semble que, quand même, ce souvenir reste vivace parmi la population tant cet évènement était inattendu. Sans doute aussi, beaucoup parmi les "Baby Boomers", alors adolescents, se rappellent-ils ce visage souriant d'un type à peine plus âgé qu'eux: Gagarine avait tout juste 27 ans, autant dire un "jeunot".

Chez nous, la guerre d'Algérie - alors appelée pudiquement "les évènements" - occupait les esprits, alors qu'à Cuba, Fidel Castro allait consolider son pouvoir après l'épisode calamiteux de "la baie des cochons"*.

Ce vol de Gagarine fut un évènement considérable. Non seulement parce que personne ne s'y attendait, mais aussi parce que dans un climat de guerre froide, c'était les soviétiques qui marquaient un point considérable dans la course à l'espace devant les américains.

le Sputnik
]
Et cela après avoir lancé le premier satellite artificiel, le Spoutnik I* en 1957. Nous pouvions alors entendre son fameux "bip - bip"* Puis en novembre de la même année, c'est la chienne Laïka* qui est le premier être vivant à être lancé dans l'espace.
N. Kroutchev accueillant Y. Gagarine
Les soviétiques ne vont pas manquer de célébrer ce que Nikita Kroutchev,* secrétaire général du PCUS, appelle "la force et la supériorité du régime communiste " puisque cette victoire est celle "du parti, de la révolution, de Lénine, du système socialiste"

Y. Gagarine et N. Kroutchev


Ce fut à Moscou et dans tout le pays l'occasion de célébrer le héros Gagarine qui incarne "l'idéal de l'égalité soviétique." En 1957, - il a alors 23 ans - il obtient son brevet de pilote sur Mig 15. Il est ensuite sélectionné dans l'équipe des premiers cosmonautes du programme spatial soviétique. Après différents tests et examens, il est retenu avec vingt autres candidats. C'est Nikita Khrouchtchev qui choisit Gagarine, à cause de ses compétences physiques et scientifiques, mais aussi parce qu'il a de "meilleures origines" sociales.
la "une" de l'Humanité

Chez nous, l'Humanité, alors "l'organe central du parti Communiste Français", titre en une: "un soviétique à ouvert pour l'homme l'ère  du cosmos."





Avant le vol définitif, deux essais de lanceurs sont réalisés avec succès, même si plusieurs échecs les ont précédés. Mais les services de renseignements soviétiques signalent que le programme américain prévoit le lancement d'un vol habité pour le mois de mai.
Youri Gagarine

Aussi, le vol de Gagarine sur Vostok est-il avancé. Pour la petite histoire, Madame Gagarine, même si elle se doute de quelque chose, ignore tout de ce que va faire son mari.

Le 12 avril, Youri Gagarine s'installe dans la capsule. Bien qu'il ne soit pas très grand, 1,56 mètre, la position n'est guère confortable.

la capsule
A 09h07 précises, la fusée décolle du su site de Baïkonour,* au Kazakhstan. Le vol est entièrement automatique, c'est à dire que le pilote n'a pas accès aux commandes.


Gagarine est particulièrement décontracté: au moment
du départ, il lance " et c'est parti!". Deux minutes après le décollage, il s'exclame: " Je vois les nuages, le site d'atterrissage... C'est magnifique. Quelle beauté."


la capsule Vostok
l'orbite de Vostok



Le vol va durer 1h 48 à une hauteur moyenne de 250 km. Il constate qu'il peut manger, boire, travailler même en état d'apesanteur, ce que les ingénieurs russes pensaient impossible du fait justement de l'apesanteur.


Vostok après l'atterrissage
]
Le retour sur terre est quelque peu problématique: les rétrofusées ne fonctionnent pas comme prévu. Il note: " Tout tournait. Je voyais d'abord l'Afrique, puis l'horizon, puis le ciel. J'avais à peine le temps de protéger mes yeux des rayons du soleil. J'ai mis mes jambes de manière à couvrir le hublot sans avoir à fermer les stores." Mais il reste toujours aussi calme. Comme le prévoit la procédure, à quelques kilomètres du sol, il s'éjecte et se pose à 10H55 dans la région de Saratov, à environ 800 km au sud est de Moscou.


G. Yitov - N. Kroutchev - Y. Gagarine

Il est bien sûr accueilli en héros par toutes les autorités soviétiques qui prouvent ainsi que l'URSS n'est pas le pays arriéré comme le pensent les puissances occidentales. Il est promu major, reçoit la médaille de "héros de l'Union Soviétique" et la médaille de "l'ordre de Lénine." Avec Titov* qui a été le second soviétique à être envoyé dans l'espace en août 1961, il va entamer une tournée mondiale qui le mènera de Grande Bretagne au Brésil en passant par l'Islande, la Pologne, Cuba et l'Inde.

Bien qu'il soit toujours volontaire pour d'autres missions du même type, il ne sera plus désigné pour faire partie des futurs équipages. Quelques années plus tard, devenu le symbole de l'astronautique soviétique triomphante, il ne sera plus autorisé à voler sur des avions de chasse.
Est-ce que son succès, sa renommée lui ont-ils tourné la tête? Toujours est-il qu'il mène une vie quelque peu dissolue qui vont lui faire perdre une bonne partie de son crédit auprès des autorités.

le MIG 15 UTI biplace

Pourtant, début 1968, il est de nouveau autorisé à voler. Le 27 mars, il décolle à bord d'un avion biplace d'entrainement, un MIG 15-UTI. Ce sera son dernier vol: il s'écrase pas très loin de la base aérienne.
Dans un premier temps, l'enquête conclut que Gagarine ne s'est pas éjecté car il ne voulait pas que son avion s'écrase sur une école: il fallait à tout prix conserver l'image du héros soviétique. Mais par la suite et avec la déclassification des archives, il est apparu que son appareil avait été pris dans des turbulences créées par un autre chasseur et, de ce fait, était parti en vrille avant de s'écraser au sol.
Youri Gagarine
Youri Gagarine avait alors 34 ans. Et donc, voila 50 ans le 27 mars que disparaissait le premier homme à être envoyé hors de l'orbite terrestre.

Avec le recul, chacun peut mesurer l'importance de l'évènement. Certes, aujourd'hui, envoyer des humains ou des satellites dans l'espace est devenu quelque chose de courant.
Mais, enfin, remettons cette première dans son contexte et mesurons l'exploit à sa juste valeur: en à peine 60 ans, nous étions passé du premier vol motorisé sur 37 mètres à une fusée capable de projeter un homme dans l'espace à l'intérieur d'une cabine et de le ramener sur terre sain et sauf.

Cela devrait peut-être ramener à plus d'humilité certains scientifiques qui jouent les fiers à bras quand ce n'est pas au docteur Folamour.

*clic sur le lien

de Claude Bachelier, aux éditions ZONAIRES





- mars 31, 2018 Aucun commentaire:
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